Rudolph William Louis Giuliani dit Rudy Giuliani, né le à New York, est un homme politique américain.

Issu d'une famille d’origine italienne de Brooklyn, juriste de formation, il est l’une des figures du système judiciaire américain sous la présidence de Ronald Reagan, étant notamment procureur général associé des États-Unis, puis procureur fédéral à New York. Se forgeant une réputation d’, il fait emprisonner les dirigeants de la Pizza Connection ainsi que plusieurs personnalités.

Membre du Parti républicain, il est maire de New York de 1994 à 2001. Prônant la tolérance zéro, il parvient à réduire de façon significative la criminalité et la délinquance, qui minaient la ville avant son élection. Il est confortablement réélu en 1997. La fin de son second mandat est marquée par les attentats du 11 septembre.

Il est l'un des favoris des primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2008, avant de se retirer et d'apporter son soutien à John McCain. En 2018, il devient juriste auprès du président Donald Trump. Il est à la pointe des contestations des résultats de l'élection présidentielle américaine de 2020 qui nie la victoire de Joe Biden, multipliant les allégations de fraude, mais les recours déposés en justice qu'il plaide parfois en personne sont quasiment tous rejetés, ce qui échauffe les partisans de Trump réunis devant la Maison-Blanche le , en prélude à l'attaque du Capitole. Il se déclare en faillite en .

Situation personnelle Famille et études Giuliani est né dans une famille catholique de Brooklyn, l'un des cinq arrondissements de la ville de New York, et a grandi à Garden City, sur l'île de Long Island. Ses deux parents sont enfants d'immigrants italiens. Son père, Harold Giuliani, un plombier., a été condamné pour vols et fait plusieurs séjours à la prison de Sing Sing. Après sa libération, il est engagé comme garde du corps de son beau-frère, Leo D'Avanzo, un petit délinquant de la mafia new-yorkaise.

Rudy Giuliani fait ses études de sciences politiques au Manhattan College. avant de poursuivre en droit à l'université de New York, où il est diplômé en 1968.

Vie privée En 1984, Rudy Giuliani épouse Donna Hanover, avec qui il a deux enfants. Le couple divorce en 2002 et il se marie avec Judith Nathan l’année suivante.

Dans la nuit du , alors qu’il portait assistance à une femme victime de violences conjugales aux abords d’une autoroute du New Hampshire, il est violemment percuté par une voiture lui causant des blessures auxquelles il survit .

Carrière professionnelle

Ascension et premiers succès Il commence sa carrière professionnelle comme clerc auprès du juge , dans le district sud de New York. Il entre au bureau du procureur fédéral en 1970. Âgé de , il est nommé chef du bureau chargé des stupéfiants.

En 1975, il part à Washington, D.C. et est nommé, durant la présidence de Gerald Ford, assistant du procureur général adjoint des États-Unis (Associate Deputy Attorney General). À ce poste, il connaît ses premiers succès publics, notamment lors de la condamnation pour corruption du représentant . De 1977 à 1981, durant la présidence de Jimmy Carter, Giuliani est membre du cabinet juridique Patterson, Belknap, Webb and Tyler.

Procureur général associé des États-Unis Quand les Républicains reviennent à la Maison-Blanche, en 1981, Giuliani est nommé procureur général associé des États-Unis (Associate Attorney General), numéro trois du département de Justice, où il supervise un grand nombre d'administrations fédérales comme le département des drogues et les marshals fédéraux.

Procureur fédéral du district sud de New York En 1983, Rudy Giuliani est nommé (procureur fédéral) du district sud de New York. C'est à ce poste qu'il poursuit avec succès des personnalités financières de Wall Street. Ainsi, Marc Rich est poursuivi par Giuliani pour évasion fiscale et pour commerce illégal avec l'Iran. Rich fuit les États-Unis pour s'installer en Suisse et est finalement gracié par Bill Clinton au dernier jour de son mandat en 2001.

Rudy Giuliani ne rencontre pas que des succès et il est accusé de faire de la justice spectacle et de procéder à des arrestations en dépit du manque d'éléments à charge. Cependant, les réussites de sa lutte contre la corruption, les trafiquants de drogue, le crime organisé et les criminels en col blanc sont vite reconnues et en peu de temps, sont jugées avec condamnations à la clé (contre de relaxe).

Qualifié d'incorruptible, il fait emprisonner en 1985 les responsables de la Pizza Connection, une organisation de trafic d'héroïne, ainsi que plusieurs hommes d’affaires travaillant à Wall Street. Il fait également poursuivre et condamner un ami et contributeur financier de son allié politique Alfonse D'Amato, sénateur de New York au Congrès des États-Unis, en dépit des pressions de ce dernier pour enterrer l'affaire.

Parcours politique Débuts Dans sa jeunesse, il s'enregistre chez les Démocrates, puis rejoint les Indépendants et enfin les Républicains, un mois après l'élection de Ronald Reagan à la présidence.

En 1989, Rudy Giuliani est le candidat du Parti républicain aux élections à la mairie de New York. La ville compte alors une majorité de Noirs et d'Hispaniques, et les foyers aisés ont généralement déménagé dans les banlieues, fuyant Manhattan et Brooklyn, où règne l’insécurité.. Rudy Giuliani obtient finalement 47,8 % contre 50,4 % pour son adversaire Démocrate, un Afro-américain issu d’Harlem, David Dinkins, qui l’emporte ainsi avec quelque d’écart sur près de de bulletins exprimés..

Maire de New York Première élection Rudy Giuliani se présente de nouveau à la mairie de New York en 1993. Alors que des quartiers à Lower Manhattan, à Harlem ou dans le Bronx ont continué de se dégrader sur fond de tensions raciales (avec par exemple les émeutes de Crown Heights) et de consommation de crack, il met en avant la lutte contre la criminalité, avec la promesse de une ville devenue l’une des plus dangereuses métropoles au monde. Il insiste également sur les thématiques économiques et sociales (même si une reprise a commencé) dans une ville où un million d’habitants vit de prestations sociales.

Candidat à sa réélection, David Dinkins reçoit le soutien appuyé du président Bill Clinton. Mais, alors qu’il avait suscité un grand espoir parmi son électorat au moment de son élection, il a déçu et doit gérer des critiques émanant de son propre parti. Il accuse ses détracteurs de racisme.

Le , Rudy Giuliani est élu avec 50,9 % des suffrages exprimés et d’avance sur David Dinkins, qui recueille 48,0 %. C’est la première fois au cours du qu’un maire de New York briguant un second mandat est battu. Comme quatre ans plus tôt, le candidat Républicain est largement en tête dans les arrondissements de Queens et Staten Island et devancé à Manhattan, dans le Bronx et à Brooklyn (mais avec une marge moins importante, notamment à Brooklyn).

Baisse de la criminalité thumb|Rudy Giuliani, le 10 septembre 2002. Pour lutter contre l’insécurité, Rudy Giuliani prône la tolérance zéro et s’appuie sur la théorie de la vitre brisée, qui pose le principe suivant : .

La criminalité, la délinquance et les tensions intercommunautaires ont diminué à New York pendant ses mandats de maire. Entre 1993 et 1998, le nombre de meurtres par an a été divisé par plus de troisKASPI A., DURPAIRE F., HARTER H., LHERM A., La civilisation américaine, Paris, PUF, 2004, page 145, ., alors que le taux de délinquance ordinaire s'effondrait et que la prostitution était éradiquée de Times Square. Ces résultats ont été vus comme la conséquence (liste non classée par ordre d'influence) : d'un travail concerté des diverses institutions municipales, en particulier des écoles ; de la baisse du chômage ; d'une répression plus forte (notamment contre les trafiquants en tout genre, les réseaux de prostitution et le crime organisé) ; de la réhabilitation des quartiers du nord de Manhattan, comme Harlem ; de la « tolérance zéro » (sanction au premier délit même mineur) ; de l'omniprésence de la police (passant de en 1990 à en 1999.) et de l'intégration des minorités ethniques dans les forces de l'ordre ; de la légalisation de l'avortement en 1973 à la suite de l'arrêt Roe v. Wade..

Les détracteurs de Giuliani lui ont reproché son autoritarisme, sa politique brutale de tolérance zéro, au risque, selon eux, d'emprisonner des innocents, de menacer les libertés civiles dont celles des minorités ethniques (la ville a été poursuivie une douzaine de fois pour violation du premier amendement) ou encore d'aseptiser la cité.

William Bratton, chef de la police de New York entre 1994 et 1996, porte en grande partie la réussite de la baisse de la criminalité. À son arrivée, la violence était endémique et une partie des forces de police était corrompue. C'est lui qui a imaginé et mis en pratique la théorie de la « vitre cassée » et créé un programme informatique qui identifie des points sensibles où les patrouilles de police deviennent plus présentes ; il a notamment aidé à ce que Manhattan redevienne fréquentable, y permettant le retour du tourisme de masseMaurin Picard, « Bill Bratton, le "superflic" de New York », Le Figaro, encart « Culture », lundi 6 janvier 2014, page 39..

Politique envers les sans-abris Durant ses mandats, le maire a décrété que les sans abris ne pourraient plus trouver refuge gratuitement et exigé que les demandeurs d’abri fassent l’objet d’une évaluation obligatoire pour trouver du travail. Dans son livre Leadership, Rudy Giuliani écrit que sa réforme du système d’assistance sociale a occasionné une réduction du budget pour les aides sociales d’environ 60 % et que la municipalité s’était efforcée de « faire des révisions et examens afin d’éviter toute fraude »« Les mesures proposées s’accompagnaient de sanctions sévères qui soulevèrent une forte indignation. Ceux qui ne se pliaient pas à cette procédure n’obtenaient pas de logement et, lorsqu’ils étaient chef de famille (dans la plupart des cas il s’agissait de mères isolées), on leur retirait leurs enfants qui étaient ensuite recueillis par des familles. Par exemple, lorsqu’un sans-abri logé dans un foyer de la ville arrivait à son travail avec une heure de retard, il était expulsé du foyer pendant à la première faute, à la seconde et 180 à la troisième. », « Como Giuliani limpio Manhattan », par Charles O’Byrne..

Politique urbaine Rudy Giuliani a imposé également des normes strictes en matière d'aménagement urbain. On lui doit la transformation de Times Square d'un quartier touristique bas de gamme en un quartier plus chic, familial et en un haut lieu du monde des affaires et des spectacles.

Communication politique Dès son élection, Rudy Giuliani commence à effectuer des conférences de presse hebdomadaires depuis les marches du City Hall et à participer à des émissions télévisées new-yorkaises populaires comme le Late Show, animé par David Letterman.

En 1999, il menace de couper les subventions au Brooklyn Museum s'il ne remplace pas un tableau qu'il juge insultant pour les chrétiens. Il reçoit le soutien de groupes religieux, avec lesquels il n'était pourtant pas toujours en bons termes. Rudy Giuliani est cependant désavoué par les tribunaux.

Impact du 11 septembre 2001 thumb|240x240px|Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld et Rudy Giuliani sur le site du World Trade Center à Manhattan, le .

Il est encore maire de la ville quand surviennent les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center. Son action est très appréciée et louée pour l'organisation des secours, et son leadership est reconnu. Surnommé « maire de l'Amérique », il est choisi comme homme de l'année 2001 par le Time Magazine. Il contribue largement à la victoire de son successeur à la mairie de New York, le Républicain Michael Bloomberg.

Sur le plan national