Le mont du Temple (en hébreu הר הבית, transc. har ha Bayit ; en arabe المسجد الأقصى, transc. al-Masjid al-Aqṣā) est une colline située dans la vieille ville de Jérusalem. C'est le site sur lequel se trouvait le temple de Jérusalem, détruit en 586 par le roi et en 70 par le général romain Titus, et le lieu le plus sacré du judaïsme. La partie occidentale des murs monumentaux, bâtis comme murs de soutènement par Hérode pour agrandir le site, serait le seul vestige du temple de Jérusalem et constitue le Mur occidental (Kotel) ou mur des Lamentations, tandis que la partie orientale fait partie des remparts de Jérusalem.

Aujourd'hui, l'esplanade des Mosquées occupe la majeure partie du mont du Temple avec deux monuments majeurs de l'islam : la mosquée al-Aqsa et le dôme du Rocher..

Le mont du Temple forme le premier lieu saint du judaïsme tandis que l'esplanade des Mosquées est le troisième lieu saint de l'islam sunnite, après La Mecque et Médine.

L'appellation hébraïque est « mont du Temple » (הר הבית, har ha Bayit, précisément le mont des deux temples juifs appelés Beit HaMikdash (« le Sanctuaire ») (beit = bayit = « maison », Ha Mikdash = « sanctifiée »), et l'appellation arabe en est le « Noble Sanctuaire » (en arabe : الحرم الشريف al-Ḥaram aš-Šarīf).

L'accès à l'esplanade des Mosquées est régi par un statu quo affirmé par le général Moshe Dayan en 1967 lors de la conquête de la vieille ville de Jérusalem par les Israéliens en 1967, confirmé dans le traité de paix israélo-jordanien de 1994 et interdisant aux Juifs de venir prier sur le mont du Temple. De plus, le grand-rabbinat d'Israël a interdit l'accès au mont du Temple à toute personne se réclamant du judaïsme de peur qu'elle ne foule par ignorance les zones requérant un état de pureté rituelle non-atteignable de nos jours, et en particulier le Saint des Saints.

Le mont du Temple se situe dans la vieille ville de Jérusalem à Jérusalem-Est, revendiquée par l'État de Palestine comme sa capitale, annexée et administrée par l'État d'Israël qui a proclamé Jérusalem capitale en 1980. Son administration religieuse a cependant été confiée par Israël au Waqf, une fondation religieuse sous juridiction jordanienne.

Description vignette|gauche|Plan de l'esplanade des Mosquées en 1890, tiré de Palestine Under the Muslims: A Description of Syria and the Holy Land from AD 650 to 1500 par Guy Le Strange (Londres 1890).

La colline est bordée à l'est par la vallée du Cédron, aussi appelée vallée de Josaphat dans sa partie nord, qui la sépare du mont des Oliviers. Elle est prolongée au sud par la colline de l'Ophel. Dans l'Antiquité, le mont du Temple était bordé à l'ouest par la vallée du Tyropœôn qui a été progressivement comblée depuis.

vignette|L'esplanade des Mosquées se situe au sommet du mont du Temple : au centre, le dôme du Rocher, plus à droite sur l'esplanade, la mosquée al-Aqsa, et à droite de la photo, la foule au Mur occidental, en contrebas de l'esplanade.

Dans sa configuration actuelle, cette hauteur calcaire à forme trapézoïdale de 15 hectares de superficie, mesure de 470 (côté est) à (côté ouest), sur 280 (côté sud) à 315 (côté nord) mètres, pour une altitude de .

Le mont du Temple se situe à mi-chemin entre les actuels quartiers juif et musulman à l'est de la vieille ville.

Sur l'esplanade, outre le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa, on trouve une centaine d'édifices de différentes périodes dont certains sont des œuvres d'art remarquables. : des lieux de prière musulmans, des arches et des portiques, des écoles religieuses musulmanes (madrassas), des minarets, des fontaines pour boire et d'autres pour les ablutions rituelles. Sous la surface, dans les parties artificielles du Mont, il existe 37 cavités de différentes tailles. Plusieurs sont considérées comme des citernes, d'autres comme des escaliers souterrains ou des passages. On trouve aussi des salles appelées écuries de Salomon, aujourd'hui transformées en mosquée.

Figurent encore de nos jours plusieurs portes (ou leurs vestiges) datant de l'époque du Second Temple : dans le Mur occidental la Porte de et la Porte de Wilson, et dans le Mur méridional les doubles portes cintrées dites portes de Houldah, toutes murées depuis le Moyen Âge.

gauche|vignette|Pierre du Soreg à l'inscription (en grec) d'avertissement : « Ne laissez aucun étranger [à la Judée] entrer dans le parapet et la cloison qui entoure l'enceinte du Temple. Toute personne surprise [en violation] sera tenue responsable de sa mort [par la main divine] qui s'ensuivra » (-). Temple d'Hérode (musée archéologique d'Istanbul).

Les découvertes archéologiques peinent à montrer des vestiges du Premier Temple. En revanche, plusieurs traces du Second Temple sont remarquables. Parmi elles se trouvent des dizaines de bassins rituels d'immersion ou de baptême (mikvé) autour de l'enceinte du mont du Temple ; les inscriptions d'avertissement du Temple, interdisant l'entrée des païens au Temple, une interdiction également mentionnée par l'historien Flavius Josèphe du de notre ère ; l' censée marquer l'endroit où les prêtres avaient l'habitude de déclarer l'avènement de Shabbat et d'autres fêtes juives.

Des écrits contemporains de l'époque du Second Temple attestent également de son existence, comme les manuscrits de la mer Morte ou la Lettre d'Aristée.

Dans son Voyage en Orient, entre 1832 et 1833, Lamartine apporte son témoignage sur le lieu :

Les principaux édifices religieux

Judaïsme

Selon la Bible, le roi Salomon fait construire sur ce site le Temple de Jérusalem, détruit vers 586 av. J.-C. par , roi de Babylone.

Les Juifs, de retour d'exil, construisent sous la direction du gouverneur Zorobabel, petit-fils du roi de Juda Joachin, le Second Temple, inauguré en 516 av. J.-C. Celui-ci est considérablement agrandi sous qui établit l'esplanade actuelle vers la fin du .

En 70 ap. J.-C, le Temple d'Hérode est détruit et pillé par l'armée romaine sous le commandement du futur empereur Titus lors de la Première Guerre judéo-romaine.

Paganisme Après la conquête par Titus, aucun édifice ne remplace le temple de Jérusalem. Toutefois, en 130, l'empereur Hadrien rebaptise Jérusalem du nom d'Aelia Capitolina, ce qui suscite la révolte de Bar Kokhba vaincu à nouveau par les Romains en 135. L'empereur Hadrien fait alors élever sur le site un temple dédié au dieu païen Jupiter Capitolin.

Il a longtemps été supposé que le mont du Temple avait été laissé à l'abandon une fois l'Empire romain devenu chrétien (au ), sous l'empereur . Cependant, des recherches archéologiques récentes suggèrent au contraire qu'une église byzantine aurait été édifiée sur le mont du Temple et aurait existé avant la conquête musulmane de Jérusalem Gavriel Fiske, De minuscules poids attestent de la présence chrétienne pré-musulmane sur le mont du Temple – archéologues, The Times of Israel, 28 janvier 2024..

Islam Après la conquête de Jérusalem par les Arabes en 637, de nouveaux bâtiments sont élevés : le dôme du Rocher (souvent appelé « Mosquée d'Omar ») est achevé vers 691, sous le règne d'Abd al-Malik. Ce monument, le plus visible de Jérusalem avec aujourd'hui sa coupole dorée, abrite le Rocher de la Fondation, site, selon la tradition juive, de la ligature d'Isaac et, selon la tradition musulmane, du départ de Mahomet lors de son voyage nocturne.

Puis, vers le début du , la mosquée al-Aqsa est édifiée mais elle subit de nombreuses destructions et sa dernière grande reconstruction date du .

« Les historiens avancent plusieurs raisons pour expliquer la construction d'édifices religieux musulmans sur le mont du Temple. L'instauration de la dynastie des Omayyades en 658 correspond à une période d'instabilité dans le monde islamique, caractérisée par des luttes pour le pouvoir et des assassinats. L'un des cinq piliers de l'islam est le pèlerinage à la Mecque, la ville la plus sainte pour les musulmans. À la fin du , le califat omeyyade basé à Damas perd le contrôle de la Mecque. La nécessité de réduire l'importance de la Mecque, et donc de créer un lieu saint musulman plus près de Damas, peut fort bien avoir incité le calife omayyade Abd al Malik à entreprendre, en 688, la construction du dôme du Rocher sur le site où s'élevait le Temple. Une autre raison avancée par les historiens pour expliquer la présence musulmane à Jérusalem pourrait être le désir du calife de rivaliser avec l'imposante église du Saint-Sépulcre où se trouve, selon la tradition chrétienne, la tombeau de Jésus. Il est intéressant de noter que les dimensions actuelles du dôme du Rocher sont les mêmes que la rotonde du Saint-Sépulcre ».

Christianisme Dans les Évangiles canoniques, Jésus chasse les marchands du Temple de Jérusalem, lors de son pèlerinage avec ses disciples lors de la Pâque juiveE. P. Sanders, The Historical Figure of Jesus, Penguin, 1993.Bart D. Ehrman, Jesus, Interrupted, HarperCollins, 2009. ..

Le sort du mont du Temple pendant la période byzantine n'est pas certain. Toutefois, des recherches archéologiques menées depuis 2004 ont permis de découvrir des artefacts suggérant qu'il y aurait eu une église byzantine sur le mont du Temple avant la conquête musulmane de Jérusalem. Puis, pendant les Croisades, le dôme du Rocher est transformé en Templum Domini et la mosquée al-Aqsa est remise aux Templiers.

Lieu saint du judaïsme Le nom le plus fréquent de « Jérusalem » est cité 349 fois dans la Torah et son équivalent « Sion » 108 fois. Le mont du Temple à Jérusalem est le lieu le plus sacré du judaïsme (certains disent même que c'est le seul lieu saint).

Selon le Talmud, c'est du sol de ce lieu que Dieu rassemble l'argile qui forme Adam. C'est là qu'Adam puis, selon son exemple, Caïn, Abel et Noé, font leur holocauste. La tradition juive place aussi à cet endroit le mont Moriah de la Bible où aurait dû s'accomplir le geste sacrificiel d'Abraham :

Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai.

Selon la Bible, le roi David achète cette terre pour y construire un autel permanent (II Samuel 24:24). Le roi Salomon réalise ce vœu en construisant à cet endroit le Premier Temple en -950, détruit par en -586, date qui marque l'exil des Juifs à Babylone.

Le Second Temple y est établi à partir de -516, après le retour d’exil. Il est détruit par l'empereur Titus Flavius Vespasianus en 70, à l'exception du mur ouest, aujourd'hui connu comme le mur des Lamentations, lieu de prière le plus important des juifs.

C’est aussi, selon des juifs religieux, le site du Troisième Temple de Jérusalem qui sera construit aux temps messianiques, lors de la venue du Messie.

Trois fois par jour, pendant la prière juive, les Juifs de la diaspora se tournent vers Jérusalem, et les Juifs qui se trouvent à Jérusalem se tournent vers le mont du Temple. Aussi, lors de chaque mariage juif, le marié brise un verre en signe de deuil, en souvenir de la destruction des deux Temples du mont de Jérusalem.

Son ascension, de par la sainteté du lieu, est formellement interdite pour un Juif et est punie de karet. C'est ainsi que le grand rabbin séfarade d'Israël Yitzhak Yosef reproche en juillet 2023 au ministre Itamar Ben-Gvir (sans le nommer) de « pécher et de faire pécher les autres » en visitant le mont du Temple.

Lieu saint de l'islam vignette|Le dôme du Rocher. vignette|La Mosquée al-Aqsa.

Pour les musulmans, cet endroit est surtout le point d'où Mahomet est monté au ciel lors d'Isra et Miraj, le voyage nocturne que le prophète de l'islam a fait de La Mecque à Jérusalem, emporté par son cheval Bouraq. Le Coran ne cite pas le nom de Jérusalem explicitement, mais la désigne implicitement :

Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la mosquée sacrée [(mosquée al-Haram)] à la mosquée lointaine (ou au qui en arabe se dit mosquée al-Aqsa) dont Nous avons béni l’alentour, et ceci pour lui montrer certaines de Nos merveilles.