Labbaye d'Oigny, de son nom complet utilisé au « abbaye royale de Notre-Dame d'Oigny ».Archives Nationales, F-19-601-Dossier3-Piece35, est un monastère de chanoines augustins fondé sur des lieux déjà occupés par une plus ancienne communauté monastique. À la fin du , Albéric de Cîteaux et Étienne Harding, chassés de Molesmes, y trouvent refuge avant de fonder l'abbaye de Citeaux. Située à Oigny dans le département de la Côte-d'Or et la région Bourgogne-Franche-Comté, l'abbaye elle-même n'est fondée qu'en 1106. Son histoire reste marquée par une importante effervescence spirituelle au , étroitement liée à la création des ordres cistercien et prémontré via un échange de textes entre leurs initiateurs.
Le développement matériel de l'abbaye fut important et, malgré quelques ventes de terres entre les et pour mettre fin à des procès, l'abbaye sera toujours considérée comme une abbaye riche à la fin de l'ancien régime. Sur son cartulaire, l'abbaye d'Oigny est d'ailleurs dénommée en latin "Ungiacensis, domus inclyta" soit "Oigny, illustre maison"..
Elle est située dans un vallon à une dizaine de kilomètres de la source de la Seine. Lors de la Révolution française, ses bâtiments et possessions sont saisis et vendus aux familles qui exploitaient les terres attenantes.. Une partie de l'abbaye est par la suite utilisée en exploitation agricole tandis que l'autre partie est transformée en demeure bourgeoise dénommée château d'Oigny à partir du . L'abbaye, qui reste une propriété privée, est inscrite sur la liste des Monuments Historiques en 1990.
Histoire Fondation alt=fondation de l'abbaye d'Oigny|vignette|left|Charte de la fondation de l'abbaye d'Oigny tirée de la Gallia Christiana.
L'abbaye d'Oigny est située dans le creux d'un vallon boisé où coule la Seine, dont la source se situe à quelques kilomètres plus au Sud. Le lieu ne fut pas choisi par hasard : il répond à tous les critères nécessaires à la vie autarcique avec la présence d'eau, de bois, de pierre, d'argiles et de vastes terrains à défricher. On note même une carrière de marbre dans l'enclos monastique à 200 m des bâtiments actuels. Bien que l'endroit constitue le lieu monastique par excellence, une autre raison peut également expliquer l'établissement d'une fondation religieuse à cette localisation précise. L'historien Prosper Mignard fait état de l'existence d'Oigny dès la période celtique, avec la présence d'un culte païen dédié aux sources et à l'eau. Selon lui, des divinités païennes auraient été retrouvées à Oigny. L'établissement d'une communauté monastique en ce lieu aurait donc eu vocation à détrôner le mysticisme des anciens rites de la localité.. Prosper Mignard ajoute : La première communauté présente à Oigny est donc un groupe de cénobites probablement installés ici durant la seconde moitié du . En effet, Oigny est mentionné comme le lieu de refuge d'Albéric de Cîteaux et d'Etienne Harding, juste avant qu'ils ne partent fonder l'ordre Cistercien en 1098, ayant quitté l'abbaye de Molesme dont les moines refusaient leur vision trop rigoriste de la règle de Saint Benoit. Nul doute que la grande solitude et la pauvreté absolue de la communauté d'Oigny de l'époque fut pour eux une sorte d'idéal qui inspira les futurs Cisterciens dans leur quête de la stricte observance. Cet épisode de l'épopée cistercienne à Oigny est plutôt méconnu puisqu'il a longtemps été négligé par la difficulté de traduire et localiser le lieu nommé Uinicus dans les textes latins cisterciens. Toutefois, la proximité géographique entre l'abbaye de Molesme et Oigny laisse peu de doute sur le fait que ce soit selon toute vraisemblance le lieu où Albéric et Étienne se sont provisoirement retirés avant de fonder l'ordre Cistercien avec Robert de Molesme. Les échanges spirituels qui auront lieu par la suite semblent confirmer une relation étroite entre Oigny et Cîteaux.
La communauté d'Oigny dirigée par Christophorus n'est érigée en abbaye à proprement parler qu'au début du à la suite de la charte de fondation de l'abbaye matérialisée par des donations de seigneurs locaux : Gaudin de Duesme et Milon de Frôlois. La communauté est placée sous le triple vocable de la Vierge, de saint Laurent et de saint Nicolas, ce qui montre une certaine ambition de ses fondateurs. L'ordre choisi est celui des chanoines réguliers de saint Augustin, ce qui est une curiosité en Côte d'Or où seule l'abbaye Notre-Dame de Châtillon y est également rattachée. Toutefois, ce choix est assez répandu pour les communautés fondées par des ermites.
-s : la prospérité
Les deux siècles qui suivirent furent sans doute les plus prospères de l'abbaye d'Oigny dont la genèse est suivie d'un important développement matériel et spirituel dont l'Histoire ne lui a pas beaucoup rendu hommage. En effet, de nombreuses donations eurent lieu dès l'abbatiat de Constantin et le nombre de religieux augmente parallèlement. Est alors entrepris la rédaction du Coutumier de l'abbaye d'Oigny afin d'organiser la vie de la communauté et des éventuelles abbaye-filles qu'Oigny pourrait constituer. Deux monastères dépendants d'Oigny sont connus à ce jour, il s'agit d'une communauté de femmes installée un peu plus loin sur l'actuelle commune d'Oigny et d'un autre établissement sur l'actuelle commune de Baigneux-les-Juifs mentionné en 1265. Cependant, même si l'abbaye d'Oigny n'a pas créé d'ordre monastique à proprement parler, son coutumier servira de base à la création de l'ordre des Prémontrés, également des chanoines Augustins, comme l'explique l'ouvrage Cîteaux, commentarii cistercienses, Volume 23 de 1972 :
Cet ouvrage n'est pas le seul à faire le lien de filiation spirituelle entre Prémontré et Oigny dans les Mélanges à la mémoire du Père Anselme Dimier,Volume 2 l'auteur semble surpris qu'une abbaye oubliée ait inspiré le grand ordre des Prémontrés : Cette impulsion spirituelle de l'abbaye d'Oigny est donc justifiée par l'importante extension territoriale du domaine abbatial à la même époque qui laissait présager une possibilité pour la communauté d’essaimer.
Sont notées en effet des possessions sur toutes les terres alentour, listées dans le terrier tenu par les moinesArchives départementales de Côte d'Or 19H R745. Notamment dans les actuelles communes de : Alise-Sainte-Reine, Ampilly-les-Bordes, Arnay-sous-Vitteaux, Billy-lès-Chanceaux, Bussy-le-Grand, Cessey, Dampierre-en-Montagne, Duesme, Échalot, Étalante, Fixin, Frôlois, Gissey-sous-Flavigny, Magny-Lambert, Mauvilly, Marcilly-lès-Vitteaux, Ménétreux-le-Pitois, Poiseul-la-Ville-et-Laperrière, Posanges, Salives, Venarey-les-Laumes, Vitteaux, Volnay (Côte-d'Or).
Le duc Hugues II de Bourgogne lui-même fit don au monastère des terres d'Orret, dont les abbés d'Oigny sont les seigneurs (comme pour d'autres lieux) pendant tout le Moyen Âge. La grande prospérité de cette période correspond à l'édification de bâtiments plus dignes du rang que l'abbaye d'Oigny avait atteint. Ainsi le voit la construction de l'important bâtiment conventuel (toujours existant), de l'abbatiale, de l'ancien réfectoire et de bâtiments annexes. Cet ambitieux programme d'amélioration coïncide avec la visite de Saint Louis à l'abbaye d'Oigny.
La visite du roi à cette période semble être le signe le plus évident de l'importance qu'avait atteint la communauté d'Oigny dès le Moyen Âge. Mais la visite du roi fut peut-être motivée par une considération plus spirituelle, et notamment par la présence dans le monastère d'Oigny d'une partie des reliques de saint Baudry.
Autre signe visible de l'opulence et de l'importance de l'abbaye d'Oigny est la possession d'un hôtel particulier à Dijon.
-s : les libéralités La période qui précède les guerres de Religion est relativement paisible à Oigny et l'on y note surtout diverses chartes d'affranchissement dans les possessions de l'abbaye ou la nomination de maires (major) à Baigneux et Cessey. Ces maires sont surtout des régisseurs ou intendants des biens de l'abbaye, au fil des siècles les moines n'auront d'ailleurs de cesse de déléguer la gestion et l'exploitation de leur domaine devenu considérable.
-s : les troubles Comme dans de nombreuses abbayes la prospérité et l'évolution des mœurs eurent un impact sur l'observation des règles religieuses. Dès 1530, les chanoines d'Oigny entrèrent en conflit avec l'abbé Gendron. Il fut convenu, outre les considérations alimentaires et pécuniaires, que les religieux auraient dorénavant une cellule individuelle en lieu et place du grand dortoir commun. Les dispositions intérieures du bâtiment conventuel furent modifiées à la suite de cette décision, douze cellules distribuées par une grande galerie sont alors créées à l'étage dans l'ancien dortoir qui était aussi volumineux que celui de l'abbaye de Fontenay..
L'abbé Gendron fut le dernier abbé régulier et lui succèderont des abbés commendataires, nommés par le roi, qui ne seront pas toujours très consciencieux dans leur gestion. Toutefois l'un des abbés commendataire, Jean Chandiot, s'est illustré par un legs important (cent arpents de bois pour être convertis en terres labourables) à sa communauté d'Oigny. En 1636, l'abbaye d'Oigny se retrouve malgré elle impliquée dans la guerre de Trente Ans. En effet, les troupes impériales du duc de Lorraine, commandée par le général Matthias Gallas ravagent la Bourgogne. Les religieux durent quitter Oigny pour se réfugier à Dijon dans leur hôtel. On ignore si l'abbaye en elle-même a subi des dégâts mais il est avéré que le bourg de Baigneux, seigneurie des abbés d'Oigny, fut complètement pillé par les troupes françaises qui, indisciplinées et mal payées, commettaient autant d'exactions que les armées adverses. Après les guerres et les pillages ; il ne reste plus que deux religieux à l'abbaye en 1644. Une réforme s'impose et elle fut confiée aux génovéfains de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon.
-s : les génovéfains alt=Bouthillier de Chavigny|vignette|left|Denis-François Bouthillier de Chavigny.
Durant la seconde moitié du , le calme revient à Oigny et, malgré quelques ennuis judiciaires, un vaste programme d'amélioration du confort de l'abbaye va être lancé par la famille Bouthillier de Chavigny. Cette famille aura la charge d'abbé commendataire d'Oigny durant près d'un siècle et laissera une marque importante sur le monument.
La famille Bouthillier était durant les règnes de Louis XIII et Louis XIV l'une des plus prestigieuses de France. En effet Claude Bouthillier, surintendant des finances de Louis XIII, est le numéro deux du gouvernement derrière Richelieu dont il a la confiance. Son fils Léon Bouthillier sera quant à lui Secrétaire d'État des Affaires étrangères. Leur influence auprès du roi leur permit d'avoir la survivance familiale de la charge d'abbé commendataire d'Oigny. Denis-François Bouthillier de Chavigny, le dernier abbé de cette famille à Oigny, était le petit-fils de Léon Bouthillier et terminera sa carrière comme Archevêque de Sens.
C'est à cette période, plus précisément en 1680, que fut construit le logis abbatial, son aménagement a complètement transformé la partie Sud de l'abbaye auparavant occupée par les cuisines, le réfectoire et d'autres salles dont l'utilité n'est pas connue. Le réfectoire fut transféré dans l'ancienne salle des moines (jouxtant la salle capitulaire) et la cuisine trouve sa place dans l'ancien chauffoir (qui, lui, jouxtait l'ancienne salle des moines).
Les modifications apportées à l'architecture de l'abbaye ne s'arrêtent pas là puisqu'une nouvelle entrée est construite à l'Est afin de simplifier l'accès du nouveau logis abbatial. Est donc créée une cour d'honneur fermée par un portail monumental et ceinturée par des communs (remises à arcades, écurie et cellier notamment).
Ce programme architectural du Grand Siècle, bien loin de la rigueur initiale du monastère est un signe évident de l'embourgeoisement des moines et de leurs abbés, issus souvent de la noblesse.