Auguste Emmanuel Pointelin, né à Arbois le et mort à Mont-sous-Vaudrey le , est un peintre français.

Son œuvre dépeint principalement les paysages du Jura.

Biographie

Né de parents limonadiers-vignerons, Auguste Pointelin décide adolescent de devenir peintre. Élève au collège d’Arbois, il suit l'enseignement du professeur de dessin Victor Maire. Sur les conseils de son maître, Pointelin devient professeur et choisit les mathématiques afin de n'avoir que quatorze heures de cours par semaine, au lieu de vingt pour les lettres. Il est tout d'abord répétiteur au lycée de Douai puis, à partir de 1871, professeur de mathématiques au collège d'Avesnes-sur-Helpe dans le Nord.

En 1865, Pointelin se rend à Paris afin de visiter le Salon des artistes français. Ce Salon fut certainement l’un des plus libéraux, après le scandale du Salon des refusés de 1863, et plus de y étaient exposées, dont des œuvres de Claude Monet, Edme-François Daubigny, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Henri Fantin-Latour, le Portrait de Proudhon par Gustave Courbet et l’Olympia d'Édouard Manet. Depuis l’école de Barbizon et Jean-Baptiste Corot, le goût pour le paysage s’est propagé, et le Salon présente de nombreux suiveurs de ces peintres. Robert Fernier, fondateur du musée Courbet à Ornans, rapporte les souvenirs de Pointelin sur ce premier Salon : Propos d'Auguste Pointelin rapportés par Robert Fernier, in « Une visite à Pointelin », Franche-Comté et Monts Jura, , décembre 1933, .. Enthousiasmé et sûr d'y trouver un jour sa place, il y expose effectivement l’année suivante, en 1866, deux toiles. Le Salon de 1866 est particulièrement agité à la suite du suicide de Jules Holtzapffel, l’un des refusés, mais ce sont surtout les deux tableaux de Courbet, La Remise des chevreuils en hiver et La Femme au perroquet qui marquent le public. En confrontant ainsi ses premiers essais aux toiles des autres artistes du Salon, il juge ses tableaux Robert Fernier, et n'expose à nouveau qu'en 1869.

En 1870, il épouse à Paris, Marie Adelina Durand et n'expose pas pendant trois ans.

Un artiste indépendant Pointelin mène une double vie : professeur de mathématiques pendant près de 20 ans dans le Nord et peintre du Jura, il ne cesse de peindre de mémoire les paysages franc-comtois et suit une carrière Anne Dary, Auguste Pointelin (1839-1933), Dole, Musée des Beaux-Arts, 1993, ., exposant régulièrement de 1874 jusqu'à sa mort, récoltant prix et récompenses au cours des années mais restant en marge des cercles artistiques et des courants picturaux majeurs.

thumb|redresse|Sur un plateau du Jura, l'automne (1876), huile sur toile, musée des beaux-arts de DoleInv. 10. Tableau exposé au Salon des artistes français de 1876.. Ne cédant ni au courant réaliste, ni à l’idéal rustique des peintres de Barbizon, ni aux tentations coloristes des impressionnistes, son originalité est révélée dans son grand tableau de 1876, Sur un plateau du Jura. Récompensé au Salon par une mention honorable, et aujourd’hui conservé au musée des beaux-arts de Dole, il surprend par la taille et l’austérité de ce paysage dénudé et inhabité. À la suite de ce succès et sur la recommandation de Louis Pasteur, le tableau est acheté par l'État.

C'est à nouveau grâce à l’appui de Pasteur qu'il est nommé en 1876 au lycée Louis-le-Grand à Paris. Pointelin, malgré son choix délibéré de peindre le Jura, souhaite vivre à Paris, Auguste Emmanuel Pointelin, « Pasteur et les artistes », Franche-Comté et Monts Jura, novembre 1922, , .. Là, comme lors de ses années passées dans le Nord, il ne s’éloigne que rarement de son principal sujet : le Frédéric Paulhan, ami de Pointelin et philosophe, écrit entre autres deux ouvrages sur la mémoire affective et les fonctions évocatrices de l’art dans ce processus : La Fonction de la mémoire et le souvenir affectif, Paris, Alcan, 1904 et L’Esthétique du paysage, Paris, Alcan, 1931. des paysages jurassiens, la traduction de son émotion face à une nature dépouillée de tout artifice et de toute anecdote. Il ne peint pas d’après nature mais d’après son sentiment. Jules de Gaultier, célèbre pour son analyse sur le bovarysme, et de fait connaisseur des âmes sensibles, compare l’impression provoquée par les œuvres Pointelin au sentiment de la nature même, à l’émotion intime que l’homme éprouve face au mondeJules de Gaultier, « Le lyrisme intérieur et la peinture : Auguste Pointelin », Mercure de France, septembre 1912, (en ligne).. Pointelin, dans ses paysages le plus souvent et volontairement inhabités, sans scène historique ou champêtre, confronte le spectateur à sa propre solitude, Valérie Pugin, Auguste Pointelin (1839-1933), les dessins, Saint-Claude, musée de l'Abbaye-Donations Guy Bardonne-René Genis, 2010, (en ligne).. Marie-Rose Michaud-Lapeyre, « Un grand artiste franc-comtois : Les fusains psychiques de Pointelin », Revue des provinces de France, 1928, , ..

Les fusains thumb|redresse|Paysage, fusain, musée des beaux-arts de DoleInv. 1993.3.1.. Préférant l'heure indécise entre chien et loup et les aubes incertaines, il devient pour le public et la critique le . Charles Saunier décrit des Charles Saunier, « Auguste Pointelin », La Revue blanche, 15 mars 1899, ., et la lumière de ses œuvres qui se devine, se dérobe, se cherche et surprend par son intensité et son étrangeté. Dans ses fusains, les ciels sont électriques et suggèrent des bourrasques et des orages menaçants. Armelle Jacquinot, "Souvenirs du paysage", Auguste Pointelin (1839-1933), les dessins, Saint-Claude, Musée de l'Abbaye-Donations Guy Bardonne-René Genis, 2010, .. Les fusains occupent une place primordiale dans son œuvre et deux articles importants lui seront consacrés par ses amis Marie Michaud-Lapeyre et Emmanuel Templeux. Ce dernier, peintre lui-même, évoque un Emmanuel Templeux, « Les fusains polychromes de Pointelin », Le Pays comtois, , 20 janvier 1933, ..

Les pastels thumb|redresse|La Combe aux vipères (1885), pastel, Arbois, musée Sarret de GrozonInv. 1885.1.9. Exposé au Salon des artistes français de 1885.. Dans ses pastels, les impressions colorées donnent à ses paysages d'élection une lumière plus tendre. Il expose son premier pastel au Salon de 1878 et celui-ci est tout de suite remarqué par la critique. Le renouveau du pastel, porté par des artistes très différents les uns des autres, comme Odilon Redon ou Edgar Degas, se concrétise en 1885 par la création de la Société des pastellistes français, mais Pointelin ne participera jamais à leurs expositions. Il explorera toutes les possibilités de ce medium jusqu'à la fin de sa vie, comme le fusain, ne semblant privilégier aucune technique au cours de sa carrière. Pointelin crée une atmosphère lumineuse où la solitude mène le spectateur à une rêverie méditative.

En 1897, Auguste Pointelin revient dans le Jura et s’installe à Mont-sous-Vaudrey, tout en conservant son atelier et son domicile parisiens. Sa vie artistique parisienne n'en continue pas moins et jusqu’à sa mort en 1933, il peint, dessine et expose régulièrement au Salon. En 1899, à l’occasion de ses 60 ans, une exposition rétrospective est organisée à la galerie des artistes modernes au 19, rue de Caumartin. Cette exposition monographique mit particulièrement en valeur son évolution et l'importance de ses pastels et fusains. Elle inaugure également une seconde vie pour le peintre, entièrement consacrée cette fois à ses recherches vers un synthétisme de plus en plus marqué, menant à une abstraction caractérisée par Anne Dary, Auguste Emmanuel Pointelin, [catalogue d'exposition], Dole, Musée des Beaux-Arts de Dole, 1993, ..

thumb|redresse|Paysage (Jura, matin), pastel, musée des beaux-arts de DoleInv. 767.. À sa mort en 1933, Claude Roger-Marx lui rend hommage dans La Nouvelle Revue française : Claude Roger-Marx, « Auguste Pointelin », La Nouvelle Revue française, , , ..

À Dole, une rue, une place et une école publique portent son nom. À Arbois, sa maison natale se trouve au 6 avenue Pasteur. Une plaque commémorative est apposée sur la façade.

Expositions et récompenses 1866 : première exposition au Salon des artistes français. 1869 et 1870, puis de 1874 à 1933 : Salon des artistes français. 1878 : médaille de troisième classe au Salon grâce pour Une prairie dans la Côte d'Or, acquis par l'administration des Beaux-Arts et attribué au musée de Sens. 1880 : Soir de Septembre, acquis par l'État pour le musée du Luxembourg, déposé au musée des beaux-arts de Lons-le-Saunier. 1881 : médaille de seconde classe pour Coteau Jurassien, acquis par l'État et attribué au musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon. 1884 : La Combe aux vipères, pastel, acquis par l'État et attribué au musée Sarret de Grozon d'Arbois. 1884 : exposition des dessins de l’école moderne (1780-1884) à l’École des beaux-arts de Paris. 1886 : chevalier de la Légion d'honneur. 1889 : expose six tableaux et quatre dessins à l’Exposition universelle à Paris où il reçoit une médaille d’or. 1897 : expose deux paysages : Les Prés dans le Jura et Côteaux le soir au Salon de Bruxelles .. 1899 : première exposition rétrospective à la galerie des artistes modernes, rue de Caumartin à Paris. 1900 : Exposition universelle à Paris, où il participe à l’exposition décennale. Médaille d’or. 1904 : officier de la Légion d'honneur. 1912 : exposition collective Les Pompiers à la galerie Georges Petit, Paris. 1923 : commandeur de la Légion d'honneur. 1927 : exposition rétrospective au musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon. 1931 : Salon des Annonciades de Pontarlier. 1933 : musée des beaux-arts de Lons-le-Saunier, Paysages comtois. 1934 : Salon des Annonciades de Pontarlier, exposition rétrospective. 1936 : exposition rétrospective au Salon des artistes français. 1983 : Arbois, musée Sarret de Grozon, Auguste Pointelin : 1839-1933, exposition organisée par la Maison des jeunes et de la culture d'Arbois. 1993 : Auguste Pointelin, musée des beaux-arts de Dole, commissaire d'exposition : Anne Dary & Armelle Jacquinot. 2009 : Le Mystère Pointelin, Courlans, galerie Antiquités Rouget de Lisle. Du au : Auguste Pointelin (1839-1933), les dessins, Saint-Claude, musée de l'Abbaye, commissaire d'exposition : Valérie Pugin. Du au : Clarté crépusculaire, Arbois, musée Sarret de Grozon. 2018 : Auguste Pointelin. La clarté intime de la terre, musée des beaux-arts de Dole, musée Sarret de Grozon, Pontarlier, musée municipal, commissaires d'exposition : Isabelle Julia & Armelle Jacquinot

Collections publiques Angers, musée des Beaux-Arts. Arbois, musée Sarret de Grozon. Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie. Dijon, musée des Beaux-Arts. Dole, musée des Beaux-Arts. Grenoble, musée des Beaux-Arts. Le Havre, musée d'art moderne André-Malraux (MuMa). Lons-le-Saunier, musée des Beaux-Arts. Lyon, musée des Beaux-Arts. Mâcon, musée des Ursulines. Paris : musée d'Orsay ; musée Pasteur. Reims, musée des Beaux-Arts. Sens, musée de Sens. Valenciennes, musée des Beaux-Arts. Vesoul, musée Jean-Léon Gérôme.

Publications « Pasteur et les artistes », Franche-Comté et Monts Jura, , numéro spécial « Le centenaire de Pasteur », , . Credo spiritualiste déduit de la science, Lons-le-Saunier, Imprimerie moderne, 1912. Art et spiritualisme, Paris, La pensée française, 1925. « La vie dans l’univers », L’Art, janvier-, , .

Notes et références

Annexes

Bibliographie Arsène Alexandre, Auguste Pointelin, [catalogue d’exposition], Paris, galerie des Artistes modernes, 1899. Arsène Alexandre, ed., Auguste Pointelin et la critique, Paris, 1920. Raymond Bouyer, « Auguste Pointelin », La Chronique des arts et de la curiosité, , . Victor Champier, L’Année artistique, Paris, A. Quantin, 1878, (en ligne). Anne Dary, Auguste Emmanuel Pointelin, [catalogue d'exposition], Dole, musée des Beaux-Arts, 1993. Maurice du Seigneur, L’Art et les artistes au Salon de 1880, Paris, Paul Ollendorf, 1880, et 129.