L'innovation est le processus de recherche et d'amélioration de l'existant. Elle se distingue de l'invention, qui vise à créer du nouveau.

Dans le domaine économique, l'innovation se traduit par la conception d'un nouveau produit, service, processus de fabrication ou d'organisation pouvant être directement mis en œuvre dans l'appareil productif et répondant aux besoins du consommateur. Elle se distingue de l'invention ou de la découverte par le fait qu'elle peut être immédiatement appliquée par les entreprises, dans le but d'obtenir un avantage compétitif.

Dans le domaine de l'ingénierie, l’innovation est le cœur de métier. Elle est la capacité qui permet de trouver des solutions à des problèmes complexes d'ordre technique, financier, organisationnel, méthodique voire social, problèmes qui par leur complexité ne peuvent pas s’obtenir en appliquant des formules préétablies. Il s'agit de trouver des solutions, de mettre en œuvre de nouvelles idées, d’un point de vue pratique, en réponse à la complexité de projets de toute taille que réalisent les ingénieurs. De la conception à la mise sur le marché, l'innovation fait ainsi appel à des processus aux résultats incertains qui s'appuient sur des outils de management appropriés.

Plus largement, l'innovation consiste à faire preuve de créativité afin de dépasser les limites humaines qui étaient autrefois établies. Dans une perspective schumpeterienne, l'innovation serait le moteur de la croissance. Ainsi, selon Schumpeter, l’évolution économique est .

Son utilisation en tant que buzzword en fait un terme très polysémique en pratique. On trouve ainsi de nombreuses expressions composites, dont innovation ouverte, innovation participative, innovation frugale, innovation inclusive, innovation incrémentale, innovation radicale, innovation révolutionnaire, innovation évolutive, innovation associative, innovation spasmodique..

Histoire et étymologie Le terme innovation vient du mot latin qui signifie « revenir à, renouveler ». quant à lui est composé du verbe de racine , qui veut dire « changer », « nouveau », et du préfixe in-, qui indique un mouvement vers l’intérieur..

Dans la terminologie juridique au Moyen Âge, innovation désigne « introduire quelque chose de nouveau dans une chose établie », d’où l’acception de renouveler. Jusqu’au , le mot désignait ce qui était jeune.

Vers le , le sens dérive vers ce qui est singulier, inattendu, surprenant. C’est à cette même période que le mot innover signifie faire preuve d’inventivité, créer des choses nouvelles, sens qu’il a encore en partie aujourd’hui. La connotation de ce concept n'a pas toujours été positive, comme en témoigne l'interdiction en 1546 de l'innovation par Édouard VI d'Angleterre, pour protéger l’État du désordre et de la déviance B. Godin, Innovation: the History of a Category, Project on the Intellectual History of Innovation Working Paper, 2008..

vignette|redresse=.5|L'économiste Joseph Schumpeter.

Le mot est ensuite réintégré dans un sens politique par Machiavel dans Le Prince en 1513, puis par Francis Bacon en 1625.. Pour Machiavel, il s'agit de donner une impression de renouvellement d'un système politique afin d'en garder le pouvoir en période de trouble.. Ensuite ignoré des économistes classiques, il est introduit au sens actuel d'innovation de procédé dans la pensée économique par Joseph Schumpeter au début des années 19401939 et 1942. et au sens principal d'innovation produit au début des années cinquante par Peter Drucker. Ce dernier réinvente le mot et le concept, en en faisant un synonyme de progrès finalisé.

Selon le chercheur Benoît Godin Benoît Godin, Innovation Studies : The Invention of a Specialty, Minerva, volume 50, numéro 4, 397-421, 2012 (résumé)., ce concept devient très populaire au cours du mais peu de gens examinent de façon critique les études produites sur l'innovation, y compris sur l'innovation technologique (pourtant étudiée depuis plus d'un siècle). Dès le début du , les anthropologues, sociologues, historiens et économistes commencent à produire des théories sur l'innovation technologique, souvent chacun de son cadre disciplinaire respectif. Mais dans les années 1970, une vision et une compréhension plus économiques s'imposent dans ce secteur, qui ne considère alors plus l'innovation technologique que définie comme invention commercialisée. Elle devient l'objet de systèmes nationaux de soutien Benoît Godin, National innovation system : a note on the origins of a concept, Project on the Intellectual History of Innovation, Montreal, Quebec, 2010.. D'autres auteurs, comme Jeremy Rifkin, voient dans l'Internet, l'open source, l'open data, l'économie collaborative« La révolution collaborative », Les Échos, 11 avril 2014. et le de nouvelles sources d'innovation pouvant déboucher sur ce qu'il appelle une et .

L'innovation est souvent aujourd'hui appréhendée par un modèle linéaire de progrèsBenoît Godin, « The Linear model of innovation the historical construction of an analytical framework. Science, Technology & Human Values », 31(6), 639-667, 2006. et n'exclut pas la copie de la nature (biomimétique) ou l'inspiration (du partage volontaire au plagiat éventuellement) à partir de ce que font les autres ou la concurrenceBenoît Godin, The rise of innovation surveys: Measuring a fuzzy concept. Canadian Science and Innovation Indicators Consortium, Project on the History and Sociology of S&T Statistics, Paper, (16), 2002..

Selon Étienne Klein, directeur de recherche au CEA, le mot « progrès » a brutalement disparu des discours publics. Il est remplacé depuis 2007 environ par le mot « innovation »Mélanie Roosen, « L'innovation a remplacé le progrès… Et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle », L'ADN, 10 janvier 2019..

Définitions Une innovation et l'innovation possèdent plusieurs sens suivant qu'on prend ces mots au sens large ou au sens strict

Ceux donnés par Le Petit Robert : chose nouvelle ; introduction de quelque chose de nouveau, d'encore inconnu, dans une chose établie.

Le Manuel d'Oslo de l'OCDE propose la définition suivante de ce qu'est pour lui une innovation : une innovation est la mise en œuvre ( - mise en œuvre) d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé (de production) nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques d’une entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieuresManuel d'Oslo, ..

L'innovation peut être la mise en œuvre réussie économiquement sur un marché d'une idée nouvelle pour ce marché. ; mais aussi la concrétisation d'une idée nouvelle que s'approprie un public.

Elle comporte trois piliers : la créativité (création de nouveautés relative) ; la valeur (valeur d'estime, valeur d'usage et valeur d'échange) ; la socialisation (maîtrise de la conduite du changement).

Pour les économistes classiques, le processus d'innovation est l'un des moyens d'acquérir un avantage compétitif en répondant aux besoins du marché et à la stratégie d'entreprise.

L'innovation est un phénomène polymorphe et complexe qui se manifeste au travers de produits, de composants, de services, de procédés, de pratiques sociales ou sportives, de logiciels, de technologie, de business model C'est un phénomène subjectif. Si l'on prend un échantillon aléatoire d'« innovations », certains les catégorisent comme « innovations », d'autres comme « nouveaux produits ».

La caractéristique commune à tous ces produits, composants, services, procédés, pratiques sociétales ou sportives, logiciels, de technologie, de business model — leur « PGCC » (Plus Grande Caractéristique Commune) est qu'ils ont apporté, au moment de leur lancement, face à la concurrence, et pour la première fois, un avantage décisif pour le marché, le client, l'utilisateur ou le consommateur, décisif au sens de , celle de changer d'habitude ou de préférence d'achat.

Autre caractéristique commune : le succès. Une innovation est un nouveau produit qui a eu du succès.

Autre caractéristique commune : la créativité : Une innovation est un nouveau produit créatif, c'est-à-dire, pour reprendre la définition de la créativité d'Edward de Bono, à lefficience inattendue, surprenante ().

Processus intellectuel de l'innovation L'innovation se base sur le désir d'innover, ce désir de faire toujours mieux. C'est une forme d'exploitation réussie de nouvelles idées, Royaume-Uni de la , 2004..

Henri Bergson postule que l'impulsion qui pousse l'homme à innover se nourrit de la nature humaine, c'est-à-dire la caractéristique d'être toujours insatisfait. Cet , au sens du philosophe Henri Bergson (voir L'Évolution créatrice), est alors à la base du désir d'innover, inhérent à l'esprit entrepreneurial, tel que Joseph Schumpeter le définit. Le processus qui permet de transformer une opportunité en idées nouvelles et de mettre celles-ci en pratiques dans une large mesure.

Concepts proches Améliorations vignette|La première souris d'Apple et ses améliorations successives, 1984. vignette|gauche|Harley-Davidson, 100 ans d'améliorations sans véritable innovation sinon celle du moteur Porsche. Harley-Davidson, fondée en 1903, n'a jamais vraiment innové. Mais d'amélioration en amélioration, face à la moto Gold Wing de son concurrent Honda, la marque a perduré. On oppose souvent le kaizen, amélioration continue interne, à l'innovation de rupture.

Statu quoAmélioration incrémentaleInnovation incrémentaleAmélioration 50 %Amélioration 75 %Amélioration radicaleAncien produitFausse innovationProduit amélioréNouveau produitInnovationinnovation de rupture

Innovations génériques En économie politique (Joseph Schumpeter, etc.), en sociologie (Everett Rogers, etc.) et en économie (l'OCDE et son Manuel d'Oslo), le concept d'« innovation » se réfère à de plus ou moins « grandes » innovations, innovations « génériques » comme l'automobile, le stylo à bille, la machine à laver le linge, les couches-culottes jetables, le four à micro-ondes, la photographie numérique, le GPS, les conteneurs et les porte-conteneurs, les jeux vidéo, le téléphone mobile, la liseuse, le smartphone, la tablette

Elles sont l’équivalent actuel des « grandes » inventions d’hier et correspondent à des nouveaux secteurs d'activité, marchés ou à des catégories de produits. Ce sont de nouvelles catégories générales de biens et de services. Elles sont le plus souvent qualifiées d'« invention ». Elles correspondent à des secteurs économiques d'activité (en anglais : industry), comme l'industrie vidéoludique. Elles sont le résultat, au départ d'une innovation spécifique, et, ensuite, de plusieurs innovations spécifiques.

Innovations spécifiques En stratégie d'entreprise et en marketing-management (Theodore Levitt, Philip KotlerPhilip Kotler, Kevin Keller & Delphine Manceau, Marketing Management, édition, Pearson, Paris, 2012 (traduit de : Philip Kotler & Kevin Keller, Marketing Management, edition, Prentice Hall, 2011.), le concept d'« innovation » se réfère à des innovations « spécifiques », concrètes, qui sont des offres commerciales, des produits, des services, des procédés, etc. innovants, c'est-à-dire qui apportent — ou permettent — pour la première fois au marché quelque chose que n'apportaient — ou ne permettaient pas — les offres commerciales existantes.

Les innovations spécifiques sont des produits, services concrets lancées ou commercialisées par des entreprises existantes ou des entreprises ad-hoc créées par des innovateurs pour les lancer ou les mettre en œuvre.