Le (« Vieux pays de mes pères ») est un chant en langue bretonne, adopté comme « chant national breton » lors du congrès de l’Union régionaliste bretonne de 1903Divi Kervella, « Les symboles de la Bretagne », Bécédia, 2016., et, plus récemment, comme hymne officiel par la région Bretagne en 2021.. Il est fréquemment considéré comme l'hymne national de la BretagnePar exemple par le Comité Bro gozh ma zadoù, comité de promotion de ce chant..

Cette œuvre reprend l'air de l'hymne national du pays de Galles, (« Vieille terre de mes pères »). On trouve un équivalent en cornique, la langue celtique apparentée au breton parlée dans les Cornouailles britanniques, sous le titre (Vieille terre de nos pères), qui reprend aussi l'air de l'hymne gallois. En breton, les paroles sont celles de l'adaptation qu'en a faite François Jaffrennou en 1898 et qui se sont imposées dans l'usage.

Historique Les origines galloises

thumb|Premier enregistrement connu du "Hen Wlad Fy Nhadau" en 1899 Selon la version populaire de ses origines, James James aurait imaginé l'air de la chanson tandis qu'il se promenait au bord du fleuve Rhondda, d'où le fait que le premier nom était (Les rives de la Rhondda). Lorsqu'il le chanta à son père Evan James, tisserand et poète de Pontypridd, celui-ci en écrivit les paroles. D'après François Jaffrennou, le processus de transmission a été inverse. Voici ce qu'il explique dans un article en 1935 : le père, « un modeste clergyman, membre du collège des bardes (gallois) sous le nom de Ap Iago » aurait écrit « un dimanche de … un couplet et le refrain d'un hymne patriotique qu'il intitula (Vieux pays de mes pères). Puis il appela son fils James James qui savait jouer de la harpe, et lui demanda de composer un air pour la poésie qu'il venait d'écrire »François Jaffrennou, « Origine du », An Oaled-Le Foyer breton, 52, 1935, 163.. La pièce fut jouée publiquement pour la première fois en janvier ou février 1856 à la chapelle de Capel Tabor par une chanteuse appelée Elizabeth John.

En 1895, Williams Jenkyn Jones, missionnaire baptiste gallois envoyé en mission à Quimper en 1882, fait connaître l'air en Bretagne en l'éditant dans un recueil de cantiques, (La Harpe du chrétien). , le dernier du recueil, s'intitule (« Dieu et mon pays ») et se chante sur l'air de l'hymne gallois .Gwyn Griffiths, « L'hymne national gallois » (traduction de Jacqueline Gibson), Agence Bretagne Presse..

Contexte de création

La Bretagne connaît à la fin du un développement de l'idée panceltique, et les échanges avec d'autres pays celtiques comme l'Irlande, l'Écosse, ou le Pays de Galles gagnent en importance. Ce dernier devient pour certains régionalistes bretons de l'époque un exemple à suivre. À la même époque, et contrairement à ces pays, la Bretagne ne dispose pas d'un hymne, et l'idée d'en adopter un commence à être lancée dans le milieu régionaliste, qui commence à se structurer avec notamment la naissance de l'Union régionaliste bretonne en 1898.

François Jaffrennou, alors étudiant au lycée de Saint-Brieuc, sous la supervision de son professeur de breton François Vallée , tous deux futurs membres de la Gorsedd de Bretagne, créée l'année suivante, entreprend d'adapter les paroles de l'hymne gallois en breton. Il s'inspire de ses paroles, tout en utilisant sa maîtrise du gallois pour remonter au texte original sans en faire une traduction littérale, créant la version que l'on connaît aujourd'hui. Son texte est publié une première fois en 1898 dans l'hebdomadaire, La Résistance de Morlaix, et est imprimé sur feuilles volantes avec le sous-titre (Adaptation). Il paraît dans le recueil de poèmes de Jaffrennou, , en 1900 (« la harpe d'acier »).

Adoption et diffusion thumb|upright|Livret intitulé « Chants nationaux bretons » et contenant le Bro Gozh. L'hymne est une première fois chanté lors d'un congrès de l'Union régionaliste bretonne à Guingamp en 1900, mais ce n'est que plus tard que ce mouvement lance un concours pour sélectionner un hymne. Jaffrennou en propose deux, le Sao Breiz izel et le . C'est ce dernier qui est choisi par le jury de l'Union régionaliste bretonne et proclamé « chant national », au nom de la fraternité qui rapproche Bretons et Gallois au congrès de Lesneven le « Coupe de France. Jour de gloire pour le Bro gozh », Le Télégramme, 8 mai 2009..

Une controverse concernant la paternité du morceau éclate quelques années plus tard entre Jaffrennou et Jones. Ce dernier considère que Jaffrennou l'a plagié, et il proteste en 1904 dans une lettre adressée à la librairie . Il explique que le texte de Jaffrennou a de sa composition, mais la librairie tranche en faveur de Jaffrennou. Ce dernier sans nier l'origine galloise déclarera plus tard « Je n’ai pas inventé l’air du Bro goz ma zadou. Je l’ai transplanté et popularisé en Bretagne ». Jones aurait quant à lui déclaré « qu'après tout, il n'était pas mécontent s'il avait pu contribuer, pour quelque part, au chant national breton »

Le morceau commence à être médiatisé lors des années suivantes, et connait plusieurs adaptations. Le a lieu la première exécution publique parisienne à l'occasion de la première de la pièce de théâtre en breton, Marvaill ann Ene Naounek de Tanguy MalmancheTexte du carton reproduit dans Gwennolé Le Menn, Istor ar brezhoneg, 4, Roll-gerioù Jabadao (1903), Gaston Esnault (1874-1971). In : Hor Yezh, , Mezheven (juin) 2003, . . Une partition pour piano d'Owen Alaw est le fait du père de Camille Le Mercier d'Erm, imprimeur à NiortFrançois Jaffrennou, « Origine du », An Oaled-Le Foyer breton, 52, 1935, 164.. En 1906, Maurice Duhamel écrit une nouvelle harmonisation pour piano et il est enregistré par Pathé frères, de Paris, sur disques phonographiques en 1910Disque Pathé saphir 4926 interprété par Jaffrennou "Taldir" source "Répertoire des Disques Pathé édition juin 1912. D'autres accompagnements ont été écrits, entre autres, par Paul Ladmirault ou par Georges Arnoux et l'abbé Jean-Louis Mayet, organiste de la cathédrale de QuimperFrançois Jaffrennou, « Origine du », An Oaled-Le Foyer breton, 52, 1935..

Popularisation

L'hymne commence à sortir du cercle des milieux régionalistes dès 1900. On l'entend ainsi dans une fête d'école à Pontivy, lors d'une soirée bretonne du 80e régiment d'infanterie basé à Vitré, et à l'occasion de réunions de Bretons à l'étranger. Il est à la même époque connu dans les cercles bretons de Paris et adopté par les étudiants bretons de Rennes, qui en font leur chant de ralliement Selon la version rapportée par François Jaffrennou, alors étudiant à Rennes, dans l'article cité plus haut de An Oaled (1935)., et son utilisation est toujours attestée dans les années 1930, . Durant la Grande guerre, le "Bro Goz va Zadou" est imprimé dans le premier numéro de Le Biniou à poil, la gazette du 248ème Régiment d'Infanterie.

Lors de sa visite à Morlaix le , le maréchal Foch, qui avait une résidence près de cette ville, avait prononcé après avoir entendu le de Taldir : Il est joué sur les quais de la gare de Guingamp en 1923 pour accueillir le président du Conseil, Raymond Poincaré, venu célébrer à Tréguier le centenaire de la naissance d'Ernest Renan. François Jaffrennou relève qu'en 1930, le président de la République, Gaston Doumergue, a pu aussi écouter son exécution sur le cours d'Ajot à Brest par une chorale carhaisienne. L'hymne breton est aussi repris par la foule réunie le lors de la fête organisée par le P.C.F. à Pont-l'Abbé, et est chantée avec L'Internationale lors des fêtes des Bretons émancipés, en région parisienne.

Dès les années 30, le Bro gozh est diffusé sur les ondes hertziennes, par exemple lors d'un concert de musique celtique radiodiffusé par Rennes-PTT. Le , il est diffusé par Radio Londres, dans une émission consacrée à la Bretagne, publié dans des revues de la résistance française, chanté lors de fêtes de Bretons opposés à l'occupation allemande. Ce chant aussi est entonné par des otages du camp de Chateaubriant avec L'Internationale en breton, le , lorsque le , militant communiste et médecin au Huelgoat, est fusillé par des soldats allemands. Le a dispensé, durant sa captivité, des cours de breton pour les autres otages du camp et mis en place une chorale bretonne. L'hymne breton est au programme du premier concert de la Libération, à Quimper, le 27 août 1944.

Sa diffusion se poursuit à l'international après la guerre et, en 1946, le "Bro goz ma zadou" est cité comme un des "disques préférés" des auditeurs de Radio Tanarive, à Madagascar, par exemple.

Il existe plusieurs traductions en français. L'une d'elles, de Henry de la Guichardière, dit Telen Aour, est publiée en 1904 avec le titre Vieux pays de mes pèresAlmanak Kevredigez broadus Breiz – Almanach de l’Union régionaliste bretonne, 1904, p. 57 (lire en ligne).. Une traduction proche fut publiée en 1936 par Henry Lemoine, éditeur à Paris, dans le livret ("20 chants"). Griffiths a émis l'hypothèse que cette version serait de Taldir lui-même. Une autre version est publiée chez le même éditeur en 1933 sous le titre Vieille Terre de Mes Pères. Aucune de ces traductions n'a acquis la popularité de la version en breton. Une version en gallo a été publié par l'hebdomadaire Ya ! le . Elle est signée Fabien Lécuyer.

Au centre de Lesneven, ville où il a été lancé solennellement, une place a reçu le nom de « Bro goz ». En 2014, la chaîne France 3 Bretagne lance sur Internet le « défi Bro Gozh », un jeu-concours faisant appel aux internautes pour réinterpréter l'hymne et partager les vidéos au plus grand nombre. Le défi est remporté par la chanteuse Kaelig, accompagnée dans sa vidéo par Dour/Le Pottier Quartet, qui gagne un tour du monde de trois semaines pour promouvoir l'hymne.

Utilisations thumb|right|L'équipe de Bretagne de football avant le match contre le Cameroun en 1998.

Politiques L'hymne a été repris à plusieurs reprises par des personnalités politiques bretonnes, ou lors d'événements officiels. En ouverture du procès de lAmoco Cadiz en 1982 à Chicago par 150 élus bretonsJean-Laurent Bras, « L'histoire de l'hymne breton à l'écran », Ouest-France, 24 février 2011., ou par la préfète de région Bernadette Malgorn lors de son départ de la région en 2006« La Préfète de Région Bretagne chante l'hymne breton pour son départ », Agence Bretagne Presse..

Ce chant est à plusieurs reprises chanté au sein du Conseil régional de Bretagne, notamment le lors de la visite du Premier ministre du pays de Galles Carwyn Jones « Conseil régional. Le Bro Gozh chanté par l'ensemble des conseillers », Le Télégramme, 24 juin 2011.Didier Gourin, « Le Pays de Galles fait envie aux Bretons », Ouest-France, 25 juin 2011., ou lors de l'élection du nouveau président du conseil régional Loïg Chesnais-Girard le Philippe Créhange, « Conseil régional. Les Bretons ont un nouveau président », dans Le Télégramme, le 22 juin 2017, consulté sur www.letelegramme.fr le 22 juin 2017.

Le , dans le cadre du festival de Cornouaille, le Bro Gozh est mis en valeur à l'occasion de la cérémonie du Collier de l'Hermine avec la participation des chœurs de Plomelin et Concarneau« Le Bro Gozh ma Zadoù pour saluer les Herminés - Quimper », Ouest-France, 23 juillet 2011..

Le chant national est entonné lors des rassemblements du collectif des Bonnets rouges, à Quimper« La manifestation des Bonnets rouges à Quimper », 20 Minutes, 4 novembre 2013 : "certains ne peuvent s'empêcher de verser une larme", à Carhaix« Plus de Bonnets Rouges à Carhaix : un succès sans précédent pour faire bouger l'État français », Agence Bretagne Presse, 30 novembre 2013 : "un petit garçon qui se mit à entonner avec beaucoup de doigté et d'assurance, le « Bro gozh va Zadoù »" fin 2013 ainsi que lors des manifestations à Nantes pour la réunification de la Bretagne ( et ).