Boris Vian, né le à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise) et mort le dans le , est un écrivain, poète, parolier, ingénieur, chanteur, critique musical, musicien de jazz (trompettiste) et directeur artistique français.

Ingénieur formé à l'École centrale, Vian s'est aussi adonné aux activités de scénariste, de traducteur (anglais américain), de conférencier, d'acteur et de peintre.

Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il publie plusieurs romans dans le style américain, parmi lesquels J'irai cracher sur vos tombes qui fait scandale et lui vaut un procès retentissant. Si les écrits de Vernon Sullivan attirent à Boris Vian des ennuis avec la justice et le fisc, ils l’enrichissent à tel point qu'il dit que . Il utilise d'autres pseudonymes, parfois sous la forme d'une anagramme, comme Bison Ravi ou Brisavion, pour signer une multitude d'écrits.

Boris Vian pratique plusieurs genres littéraires : poésie, documents, chroniques, nouvelles, pièces de théâtre et scénarios pour le cinéma. Son œuvre est une mine dans laquelle on continue de découvrir au de nouveaux manuscrits. Sa bibliographie reste difficile à dater, lui-même ne datant pas toujours ses manuscrits. Ainsi, Noël Arnaud dans les Vies parallèles de Boris Vian, et Claude J. Rameil qui font des recherches poussées, ne donnent pas les mêmes dates que les proches de l'auteur sur l'année de publication d'œuvres comme les Cent sonnets.

Il est également l'auteur de peintures, de dessins et de croquis, exposés en annexe de La Nouvelle Revue française en 1946. Une exposition à la Bibliothèque nationale de France lui a été consacrée en 2011-2012.

Pendant quinze ans, il promeut le jazz, qu'il pratique dès 1937 au Hot Club de France. Ses chroniques, parues dans Combat, Jazz-hot, Arts, sont rassemblées en 1982 : Écrits sur le jazz. Il crée les quarante-huit émissions radiophoniques , dont les textes, en anglais et en français, sont destinés à une radio new-yorkaise, et dont les manuscrits sont rassemblés en édition bilingue en 1996.

Son œuvre littéraire, peu appréciée de son vivant, est saluée à partir de 1960-1970. L'Écume des jours, avec ses jeux de langage et ses personnages à clef, devient un classique, étudié dans les collèges et lycées.

Réputé pessimiste, Boris Vian adore l'absurde, la fête et le jeu. Il est l'inventeur de mots et de systèmes parmi lesquels figurent des machines imaginaires et des mots, devenus courants. Il élabore des projets d'inventions originales lorsqu'il étudie à l'École centrale Paris. Sa machine imaginaire la plus célèbre est restée le pianocktail, instrument destiné à confectionner des boissons tout en se laissant porter par la musiqueVoir l'hommage rendu au piano cocktail..

Boris Vian meurt en 1959 (à ) à la suite d'un accident cardiaque survenu lors de la projection de l'adaptation cinématographique de son livre J'irai cracher sur vos tombes. Adepte d'Alfred Jarry et d'une certaine forme de surréalisme, son adhésion au Collège de 'Pataphysique fait de lui un Satrape auquel le collège rend hommage en annonçant la mort apparente du « Transcendant Satrape ».

Biographie Enfance et origines vignette|Un des étangs de Ville-d'Avray où les enfants Vian vont pêcher les grenouilles.

En dépit de son prénom et de son physique qui firent croire à des origines russesSite etymo-logique.com, page sur Vian (Boris), consulté le ., il est issu d'une famille des Alpes-Maritimes dont le nom, selon Philippe Boggio., serait d'origine piémontaise : Viana. Son aïeul Séraphin Vian naquit en 1832 à Gattières, dans les Alpes-Maritimes, près de la frontière italienne.. Fils de cordonnier et petit-fils de maréchal-ferrant, il fait carrière dans l'alchimie du métal. Son fils Henri, le grand-père de Boris, formé à la bronzerie d'art, épouse Jeanne Brousse, héritière des papeteries BrousseNicole Bertolt, D'où viens-tu Boris, Le Cherche midi, , , . dont la fortune vient compléter celle des Vian.. Henri est notamment le créateur des grilles de la bibliothèque de la villa Arnaga d'Edmond Rostand à Cambo-les-Bains« Villa Arnaga » visite virtuelle., et des bronzes du Palais Rose de l'avenue Foch. de Boni de Castellane.

Henri et Jeanne vivent sur un grand pied. Ils habitent à Paris l'hôtel Salé, puis le château de Villeflix, à Noisy-le-Grand. Ils ont leur loge à l'Opéra et une maison à la campagne. C'est dans l'opulence que naît le . leur fils Paul, qui épouse le . Yvonne Ravenez., de huit ans son aînée, fille du riche industriel Louis-Paul-Woldemar Ravenez et de Jeanne Elisabeth Marshall. Paul Vian est assez riche pour ne pas travailler. ; il se déclare « sans profession » à son mariage.

Paul et Yvonne s'installent dans un hôtel particulier à Ville-d'Avray, rue de Versailles, où naissent le Lélio et le Boris.. Ils acquièrent ensuite une villa, « Les Fauvettes », rue Pradier, non loin du parc de Saint-CloudBoris VIAN à Ville d’Avray et Paris., où naissent deux autres enfants : Alain le et Ninon le .Noël Arnaud, Le Magazine littéraire du reproduit sur le site de Laurent Cousinne.. Les Vian mènent une vie insouciante : ils ont chauffeur, professeur à domicile, coiffeur à domicile, jardinier. Yvonne est musicienne, elle joue Erik Satie, Claude Debussy ou Maurice Ravel à la harpe et au piano. Elle a donné aux deux aînés des prénoms issus d'opéras : Boris pour Boris Godounov de Modeste MoussorgskiSite franceculture.fr, article « Boris Vian, le cœur battant », consulté le . et Lélio pour Lélio ou le Retour à la vie d'Hector Berlioz.. Ils ont pour voisin Jean Rostand et les enfants Vian iront pêcher dans les étangs environnants des grenouilles avec son fils François..

Le krach de 1929 ruine Paul Vian, qui perd la majeure partie de sa fortune dans les manipulations boursières de la société des hévéas de Cochinchinesociété des Hévéas de Cochinchine. et qui ne peut réintégrer la fabrique de bronze car elle a changé de mains.. Il est obligé d'abandonner la maison principale et d'aller habiter avec les enfants et le jardinier dans la maison du gardien, qu'il a fait rehausser d'un étage tout en conservant une étroite bande de terrain et un carré de pelouse.. La villa est louée à la famille Menuhin avec laquelle les Vian ont d'excellents rapports ; les enfants jouent avec leur fils Yehudi Menuhin qui est un prodige et qui invite la famille Vian à venir l'écouter à Paris en concert, ce qui ravit Yvonne. Ce sont les rares sorties où Yvonne ne s'inquiète pas pour ses enfants. De caractère anxieux et autoritaire, elle favorise tous leurs jeux à condition de garder sa nichée à portée de voix..

Paul s'essaie à travailler, il commence à traduire quelques textes que lui procure Louis Labat (traducteur de Walter Scott et Arthur Conan Doyle). Les rentrées d'argent sont insuffisantes et il devient représentant-associé pour le laboratoire homéopathique de l'abbé Chaupitre. Paul abandonne sa luxueuse Packard pour une fourgonnette qui lui sert à faire ses tournées chez les commerçants.. Il devient ensuite démarcheur pour une agence immobilière de l'avenue de l'Opéra jusqu'à sa mort le .. De l'avis de Noël Arnaud .

Il reste à la famille Vian un autre « paradis », à Landemer, dans le Cotentin, à l'ouest de Cherbourg, une propriété où sont construits trois chalets en pin situés en haut des falaises, où sa mère entretient un jardin luxuriant. C'est cet univers que Boris reproduit dans son roman L'Arrache-cœur en inventant force noms de fleurs : .

À douze ans, à la suite d'une angine infectieuse, Boris souffre de rhumatismes articulaires aigus, qui provoquent une insuffisance aortique. À partir de là, le garçon est élevé dans du coton, à la manière de Wolf, l'enfant couvé de L'Herbe rouge, où des passages entiers décrivent la façon dont il était surprotégé. Wolf explique à Monsieur Perle qui l'interroge sur ses parents :

Paul Vian a par la suite construit une salle où ses enfants peuvent organiser des fêtes. Cette salle de jeu, que Paul « en fameux bricoleur » a reliée à la maison, permet aussi d'organiser des tournois de tennis de table, des bals. Les copains de quartier (parmi lesquels se trouve le futur ministre François Missoffe) rejoignent les Vian.. C'est là que Boris et ses frères montent leur première formation : L'Accord jazz à partir de 1938.. Le fait qu'ainsi ses enfants puissent s'amuser sur place rassure Yvonne ; il a pour conséquence de couper encore davantage Boris et ses frères du monde extérieur. Boris regrettera en partie ce confort de vie qui l'a maintenu dans l'ignorance des faits politiques et sociaux, et il va par la suite se révolter comme Citroën., l'un des « trumeaux » de L'Arrache-cœur (avec Joël et Noël)C'est bien le terme trumeaux et non triplé qu'emploie la mère pour désigner ses enfants dans L'Arrache-cœur..

Famille vignette|redresse=1.2|Vue du village de Gattières.

Dès le début du , la famille Vian est installée à Gattières, aujourd'hui dans le département des Alpes-Maritimes, à l'époque paroisse du Comté de Nice, qui par le traité de Turin du , sera cédée au royaume de France – dont elle est séparée par le fleuve Var – par Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne, duc de Savoie et prince de Piémont de 1730 à 1773.

Les études, la guerre et le jazz vignette|redresse=1.2|Carte d'élève centralien de Boris Vian.

Vian fait ses études au collège de Sèvres, puis au lycée Hoche de Versailles jusqu'en 1936.. À cette époque, il joue de toutes sortes d'instruments fantaisistes parmi lesquels le « peignophone », composé d'un peigne et de papier à cigarette. Sa scolarité est souvent interrompue en raison d'accidents de santé. Malgré une fièvre typhoïde, à l'âge de , il passe avec dispense son baccalauréat latin-grec, et entre en terminale au lycée Condorcet, à Paris en 1936.. En 1937 à , il obtient le second baccalauréat (philosophie, mathématiques, allemand). Il suit les classes préparatoires des grandes écoles scientifiques du lycée Condorcet, est admis en 1939 au concours d'entrée à l’École centraleListe des candidats nommés par le ministre de l'Éducation nationale élèves ingénieurs à l'école centrale des arts et manufactures à la suite du concours d'admission de 1939, J.O. du ., où il obtient son diplôme d'ingénieur en 1942..

Le , Boris rejoint l'École centrale repliée à Angoulême. Toutefois en voyant passer les convois de réfugiés belges, il mesure l'absurdité d'une situation dont, jusque-là, les échos ne lui parvenaient que sous forme de rumeurs. Confronté à une réalité qui le dépasse, il écrit par la suite :

vignette|redresse|Villa de Capbreton, accueillant le séjour de Boris Vian pendant l'Occupation allemande.

En , fuyant la zone occupée, la famille Vian s'installe dans la villa Emen-Ongi, aujourd'hui au 4 rue Laborde à Capbreton..

Michelle Boris Vian fait partie d’une bande d'amis avec son frère cadet Alain, Jacques Loustalot surnommé « le Major », ainsi que Claude et Michelle Léglise qui sont frère et sœur. Michelle et Boris ont vingt ans tous les deux, ils se retrouveront à Paris. Lorsque Boris vient demander la main de Michelle, la famille Léglise, bourgeoisie vieille France proche de l'Action française, et antisémite, est loin d'être enthousiaste.. Elle considère cette union comme une mésalliance. Mais les fiançailles ont tout de même lieu le ., jour des vingt et un ans de la fiancée et de sa majorité. Et le mariage se déroule le pour le mariage civil, le à l'église. La cérémonie est célébrée à l'église Saint-Vincent-de-Paul de Paris..

La « trompinette »