Mikheil Saakachvili ( , Mixeil Saak’ašvili), Mikheïl Nikolozovytch Saakachvili () ou Mikhaïl Nikolaïevitch Saakachvili (), né le à Tbilissi, est un homme d'État géorgien et homme politique ukrainien, Président de la Géorgie de 2008 à 2013.
En 2004, après avoir participé à la révolution des Roses, qui contraint le président géorgien Édouard Chevardnadze à la démission, il accède à la présidence de la Géorgie. Il démissionne de son mandat en 2007, lors d'une crise politique, provoquant ainsi une élection anticipée, à l'issue de laquelle il est réélu dès le premier tour. Il quitte la présidence en 2013, après être resté près de dix ans à la tête du pays. Poursuivi par la justice géorgienne, il s'exile.
Il obtient la nationalité ukrainienne en 2015, ce qui lui fait perdre la géorgienne, et devient gouverneur de l'oblast d'Odessa. L'année suivante, il démissionne de son poste de gouverneur et fonde un parti politique pro-occidental. Il est déchu de la nationalité ukrainienne par le président Petro Porochenko, ce qui fait de lui un apatride. Il redevient ukrainien en 2019, sous Volodymyr Zelensky.
Revenu en Géorgie en 2021, il est arrêté pour purger une peine de prison pour « abus de pouvoir » à laquelle il avait été condamné par contumace.
Biographie Jeunesse et études
Mikheil Saakachvili naît à Tbilissi, en république socialiste soviétique de Géorgie en Union soviétique, d'une famille de l'intelligentsia géorgienne. Son père, Nikoloz Saakachvili, né Sahakov (Sahakian), dont le propre père était d'origine arménienne, est un médecin en activité à Tbilissi. Sa mère, Giuli Alasania, est historienne et enseigne à l'université d'État de Tbilissi...
Diplômé de l'école secondaire à Tbilissi en 1984, Mikheil Saakachvili poursuit ses études en Ukraine, études menées en langue russe, et obtient son diplôme de l'Institut des relations internationales de l'université d'État de Kiev (Ukraine) en 1992. Il travaille brièvement comme chargé de mission pour les droits de l'Homme pendant l'intérim du Conseil d'État de Géorgie qui suit la démission du président Zviad Gamsakhourdia, avant de recevoir une bourse du département d'État des États-Unis (via le programme de partenariat de diplômés du FSA d'Edmund Muskie).. Les trois années qui suivent dans cette période de transition pour les anciens pays de l'URSS voient donc l'émergence d'un futur dirigeant formé par les États-Unis.
Il reçoit un LL.M. (maîtrise universitaire en droit) de l'École de Droit de Columbia en 1994, et un diplôme de Doctor of Laws (docteur en droit) de l'École de Droit de l'université George Washington l'année suivante. En 1995, il obtient un diplôme de l'Institut international des droits de l'Homme à Strasbourg.
Début 1995, alors qu'il travaille à New York dans le cabinet de droit Patterson Belknap Webb & Tyler, Mikheil Saakachvili est approché par Zourab Jvania, un ancien ami de Géorgie qui travaille pour le président Edouard Chevardnadze en vue de recruter de jeunes Géorgiens talentueux. Il se présente aux élections de aux côtés de Jvania, et les deux hommes sont élus au Parlement de Géorgie, au titre de l'Union des citoyens de Géorgie, le parti de Chevardnadze.
Mikheil Saakachvili se fait connaître en tant que président du comité parlementaire chargé de créer un nouveau système électoral, une justice indépendante, et une force de police apolitique, et gagne en popularité. Les enquêtes d'opinion le placent la plus populaire de Géorgie, derrière Chevardnadze. Il est nommé « homme de l'année » par un panel de journalistes et de tenants des droits de l'Homme en 1997. En , Saakachvili est nommé vice-président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Vie privée Il est marié à Sandra Roelofs, d'origine néerlandaise, dont il a eu deux fils, Edouard et Nikoloz.
Outre sa langue maternelle, le géorgien, Mikheil Saakachvili parle couramment le français, l'anglais, le russe et l'ukrainien, et maîtrise l'abkhaze et l'ossète (langues parlées par des minorités en Géorgie).
Débuts en politique Le , il devient ministre de la Justice dans le gouvernement du président Edouard Chevardnadze, ancien ministre des Affaires étrangères soviétique de Mikhaïl Gorbatchev. Mikheil Saakachvili met en œuvre des réformes majeures des systèmes judiciaire et pénitentiaire géorgiens, à l'époque vétustes, corrompus et hautement politisés. Cela lui vaut l'éloge d'observateurs internationaux et de militants des droits humains. Mi-2001, il entre en désaccord majeur avec le ministre de l'Économie, Ivane Tchkhartichvili, le ministre de la Sécurité de l'État, Vakhtang Koutateladze, et le chef de la police de Tbilissi, Iosseb Alavidze, les accusant de bénéficier de trafics et de corruption.
Mikheil Saakachvili démissionne le , expliquant : « Je considèrerais comme immoral de rester membre du gouvernement Chevardnadze ». Il affirme que la corruption a pénétré les tréfonds du gouvernement géorgien, et que Chevardnadze n'a pas de réelle volonté de traiter le problème, et ajoute que « les développements actuels en Géorgie pourraient transformer le pays en une enclave criminelle d'ici un à deux ans ».
Mouvement national uni vignette|Mikhail Saakachvili le 25 janvier 2004. Ayant démissionné du gouvernement et quitté l'Union des citoyens de Géorgie, parti conduit par Chevardnadze, Saakachvili fonde le Mouvement national uni (MNU) en , parti politique de centre-droit, affilié au Parti populaire européen, avec une pointe de nationalisme, afin de rassembler une partie des chefs réformistes géorgiens. En juin 2002, il est élu président de l'Assemblée de Tbilissi (Sakrebulo), à la suite d'un accord entre le MNU et le Parti travailliste géorgien. C'est pour lui une nouvelle tribune pour critiquer le gouvernement.
Les élections législatives du sont qualifiées de trucage grossier par les observateurs internationaux. Saakachvili proclame qu'il a gagné les élections (une assertion appuyée par des sondages « sortie des urnes » indépendants), et adjure les Géorgiens de manifester contre le gouvernement Chevardnadze et de participer à un mouvement de désobéissance civile non-violent contre les autorités. Le MNU de Saakachvili et les Démocrates unis de Bourdjanadze s'unissent pour demander l'éviction de Chevardnadze et l'organisation de nouvelles élections.
Des manifestations politiques massives ont lieu à Tbilissi en novembre, avec près de à l'appel de Saakachvili et d'autres personnalités de l'opposition. L'organisation de jeunes Kmara (« Assez ! »), la contrepartie géorgienne de l'Otpor serbe, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales comme l'Institut de la Liberté de Géorgie, prennent une part active à ces manifestations. Après deux semaines de protestations dans un climat de tension croissante, Chevardnadze se plie à l'inévitable et démissionne de la présidence le , laissant l'intérim à la présidente du Parlement, Nino Bourdjanadze. Bien que les meneurs révolutionnaires aient fait de leur mieux pour rester dans les normes constitutionnelles, beaucoup considèrent le changement de gouvernement comme un coup d'État populaire, connu dans les médias géorgiens sous le nom de « révolution des Roses ».
Le , le MNU et les Démocrates unis fusionnent et forment un groupe politique au Parlement nommé Mouvement national - Démocrates. Les principales priorités politiques du mouvement sont d'accroître le niveau des retraites et de fournir de l'aide sociale aux classes pauvres - la principale source de voix -, de combattre la corruption, et d'accroître les revenus de l'État.
Président de la Géorgie vignette|Investiture devant le Parlement de Mikheil Saakachvili à la présidence de la République, en janvier 2004. Le , Mikheil Saakachvili remporte l'élection présidentielle géorgienne avec plus de 96 % des suffrages exprimés, devenant ainsi le plus jeune président du pays. Saakachvili fait campagne sur la base de l'opposition à la corruption et de l'amélioration des salaires et des retraites. Il promet d'améliorer les relations internationales. Bien qu'il soit pro-occidental et qu'il tente de faire entrer la Géorgie dans l'OTAN et l'Union européenne (UE), il parle également de l'importance d'avoir de meilleures relations avec la Russie. Il doit faire face à quelques problèmes majeurs, notamment à la situation économique difficile de la Géorgie et à la question toujours en suspens du séparatisme des régions de lAbkhazie et de l'Ossétie du Sud. L'Abkhazie se considère indépendante de la Géorgie et n'a pas pris part aux élections, tandis que l'Ossétie du Sud milite pour son rattachement avec sa contrepartie, l'Ossétie-du-Nord-Alanie au sein de la Russie.
Mikheil Saakachvili prête serment comme président à Tbilissi le . Le , lors d'une cérémonie à l'église « Kashueti » Saint-Georges de Tbilissi, il signe un décret autorisant le rapatriement du corps du de la République, Zviad Gamsakhourdia, depuis Grozny en Tchétchénie, et donne son nom à une rue principale de la capitale. Il fait également libérer 32 partisans de Gamsakhourdia, faits prisonniers politiques par le gouvernement Chevardnadze en 1993-1994.
left|vignette|redresse=0.75|alt=Ancien drapeau de la Georgie|Drapeau de la Georgie de 1991 à 2004. Saakachvili change les emblèmes nationaux de son pays. Immédiatement après la cérémonie d'inauguration le , il signe un décret instituant un nouveau drapeau national. Le de cette même année, il autorise l'adoption de Tavisoupleba comme hymne national, remplaçant Dideba ; et le , il autorise l'institution des nouvelles armoiries nationales.
Zourab Jvania, premier ministre, meurt par intoxication au monoxyde de carbone au domicile de l'un de ses amis le vice-gouverneur de la région de Basse Kartlie. La thèse de l'accident est confirmée par le gouvernement géorgien et le FBI, mais certains médias occidentaux mettent en cause une action terroriste menée par les indépendantistes d'Ossétie du Sud. Mikheil Saakachvili assure l'intérim..
Pendant les premiers mois de sa présidence, Saakachvili doit faire face à une crise politique majeure au sud-ouest de la République autonome d'Adjarie, menée par un chef autoritaire régional pro-russe, Aslan Abachidze., qui ignore le gouvernement central de Géorgie. La crise menace de dégénérer en conflit armé, mais le gouvernement de Saakachvili résout le conflit de façon pacifique, en poussant Abachidze à se démettre de ses fonctions le . Son succès en Adjarie encourage le président à intensifier ses efforts pour ramener l'Ossétie du Sud dissidente dans le giron de la Géorgie. Les autorités séparatistes répondent à ces efforts par un réarmement massif dans la région, qui conduit à quelques affrontements armés en . Il s'ensuit une impasse et, malgré le nouveau plan de paix proposé par le gouvernement géorgien en 2005, le conflit ne trouve pas de solution. Fin , le gouvernement de Saakachvili réussit à résoudre une autre crise majeure dans la vallée de Kodori, à la frontière abkhaze, où les forces de police géorgiennes désarment une milice provocatrice menée par un chef de guerre local, Emzar Kvitsiani.
En politique étrangère, Saakachvili maintient des relations étroites avec la classe dirigeante américaine, ainsi qu’avec celle des autres pays de l’OTAN, et il est l'un des dirigeants de l'Alliance du GUAM. La Révolution des Roses, menée par Saakachvili, est décrite par la Maison-Blanche, occupée par George W. Bush, comme l'un des mouvements les plus puissants des temps modernes. qui, toujours selon Bush, inspirera d'autres mouvements de libération.. En , Tbilissi est la première capitale des anciens pays de l'URSS à baptiser une de ses rues au nom de George W. Bush..
Politique économique