Le Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT) est le syndicat des travailleurs de la presse, du labeur et de l'édition, dont il couvre l'ensemble des chaînes de production : fabrication, impression et distribution. Il est organisé en sections techniques (maintenance, auxiliaires, etc.) ou professionnelles (départ-imprimerie, labeur, correcteurs, photograveurs-graphistes-maquettistes). Il est adhérent de la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication CGT. C'est le syndicat unique parmi les ouvriers de la presse quotidienne nationale française sur le modèle du syndicalisme d'industrie.
Histoire
D’abord créé dans la CGT-U, en tant que Syndicat général du Livre-Papier de la région parisienne, qui regroupe alors les différentes syndicats des professions du livre et du papier, le Comité intersyndical du Livre est créé le pour y ajouter les syndicats des typographes, des correcteurs, des mécaniciens-linos et des fondeurs.
Une convention collective nationale est signée le entre la Fédération du Livre et les Maîtres-imprimeurs.
En 1944, le secrétaire général à l'Information du Gouvernement provisoire Francisque Gay, officialise le label syndical et le monopole d'embauche de la CGT-FFTL dans les imprimeries parisiennes, pourtant illégal depuis un arrêt du , afin de rassurer les ouvriers du Livre et faciliter l'impression des nouveaux journaux souvent issus de la Résistance.
Durant des décennies, la puissance du syndicat du livre est incontestée. Les éditeurs de presse doivent généralement plier face aux exigences du syndicat, sa capacité de conduire des grèves de plusieurs semaines et de bloquer la distribution des périodiques sur le territoire. L'un des rares patrons de presse qui osera se confronter directement au syndicat est le fondateur du Parisien libéré, Émilien Amaury, entre 1975 et 1977« Décès de Philippe Amaury, patron de presse », Delphine Le Goff, rfi.fr, 27 mai 2006.. En , celui-ci décide d'imprimer ses éditions régionales en-dehors de Paris afin de réduire les coûts et de lutter contre le monopole à l'embauche de la CGT-livre. Pendant une grève qui dure 28 mois, le syndicat bloque des camions, commet impunément des faits de violence, occupe les imprimeries et détruit des exemplaires du journal, afin d'empêcher sa distribution. Le Parisien passe de à exemplaires vendus.
Dans un contexte général de baisse des ventes de la presse écrite, pour la première fois en 1989, les dirigeants de la presse résistent à une grève totale de dix jours« CGT du Livre. La presse nationale prise en otage pendant trois semaines. Presse : les secrets du bras de fer », Valentin Goux, Valeurs actuelles, 23 décembre 2010..
En 2010, le SGLCE-CGT bloque la distribution des périodiques durant trois semaines en région parisienne. Il s'oppose à la réorganisation du groupe Presstalis (ex-NMPP) et notamment de la messagerie Société presse Paris services (SPPS) qui est chargée de la distribution de la presse à Paris et dont le déficit structurel est de 26 millions d’euros par an.
En , le quotidien Le Figaro dénonce les blocages de la distribution décidée par la SGLCE-CGT liés de nouveau avec la restructuration de PresstalisÀ nos lecteurs, Marc Feuillée et Alexis Brézet, Le Figaro.fr, 6 février 2013.
Lors de son assemblée générale du , le syndicat des correcteurs et des professions connexes CGT, créé en 1881, décide de son intégration au SGLCE-CGT comme section professionnelle. Cette intégration est effective au printemps 2017, après révision des statuts des deux syndicats.
Comité intersyndical du livre parisien Le comité intersyndical du livre parisien, qui regroupe les syndicats du livre par profession, a un rôle unique dans la gestion du personnel de l'imprimerie de presse.
Cet organisme assure une double fonction : celle de la défense des intérêts des salariés de la presse quotidienne nationale et celle de bureau de placement des ouvriers du livre dans les imprimeries de presse parisienne.
Le placement des ouvriers du livre dans les entreprises de presse parisienne résulte de « la convention collective de travail des ouvriers des entreprises de presse de la région parisienne » qui dispose dans son article 14 que : .
Le bureau de placement ne concerne que les ouvriers et fonctionne de la façon suivante : les ouvriers demandent à être inscrits sur une liste dressée par le bureau de placement ; une fois inscrits sur la liste, les ouvriers sont appelés au coup par coup par le bureau de placement et proposés aux imprimeurs en fonction de leurs besoins. Cette disponibilité des ouvriers inscrits au bureau de placement s’appelle « la permanence ».
Le syndicat dispose ainsi d'un monopole d'embauches dans le secteur, source de sa puissance. Le système s'apparente alors à celui des closed shop britanniques et permet aux employés de bénéficier d'un très haut niveau de salaire. Ainsi, selon un rapport sénatorial, le poids des salaires dans les coûts de l'impression de presse (quotidiens) est de 80 % contre 35 % dans l'imprimerie de labeur (autres publications)Jusqu'où aider la presse ?.
Pour l'entreprise Presstalis, chargée de la distribution des quotidiens et dont les pertes s'accumulent la menant au bord du redressement judiciaire en 2012, les coûts salariaux présentent également un écart énorme vis-à-vis des autres entreprises de logistique. Grâce aux différentes primes et avantages, les salaires des ouvriers de l'entreprise se situent entre et . Presstalis est également grevée d'un taux d'encadrement particulièrement élevé, encadrement qui est payé entre à en moyenne. Ces coûts salariaux ont pour conséquence que « le coût d'un employé de Presstalis équivaut à nettement plus du double de celui des employés d'un autre logisticien, et son temps de travail est nettement inférieur de moitié »Presstalis, le conflit qui mine la presse, Renault Enguérand, Le Figaro.fr, 7 février 2013.
Le pouvoir du SGLCE-CGT sur la distribution de la presse et dans la réforme du groupe Presstalis a été abondamment critiqué sans que la situation change pour autant« C’est dans ce contexte que la CGT a gardé le monopole de l’embauche des ouvriers de la presse quotidienne, des clavistes aux camionneurs, dans un secteur où les progrès techniques de mise en page et d’impression ont divisé les besoins réels d’effectifs par cinq. Comme les dockers CGT de Marseille qui ont tué leur port, ils travaillent peu, gagnent beaucoup et embauchent leurs neveux. C’est un système péri-institutionnel qui régente, en toute légalité, un secteur économique à l’unique profit de ses membres. » Ne m’appelez plus jamais NMPP, Pierre-Louis Rozynès, lenouveleconomiste.fr, 4 octobre 2012Lire : Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais, de Jean Stern, Jean Pérès, acrimed.org, 7 novembre 2012. Info'Com-CGT Le syndicat info'Com-CGT, branche de la CGT rattachée au "puissant syndicat du livre", est né en , des décisions du congrès de la Chambre syndicale typographique parisienne. Voulant , il met en avant pour justifier sa fondation Site Info'Com-CGT .
Son secrétaire général Romain Altmann se place dès le printemps 2021 dans l'opposition au numéro un confédéral Philippe Martinez appelle à «changer d'ère» pour «écrire une nouvelle page de la CGT (...). Et ça passe notamment par une nouvelle direction»"La CGT poursuit son déclin électoral, Martinez fragilisé", dans Le Figaro avec AFP le 27/05/2021 .
En juillet 2021, plusieurs cadres du syndicat Info'Com CGT, démissionnent, dénonçant dans une lettre ouverte la gestion de Romain Altmann, ainsi que ses émolumentsLa lettre A le 12/07/2021 .
Controverses Détournement de papier au profit de Cuba Dans son livre Spéciale Dernière, Emmanuel Schwarzenberg révèle l'existence puis le démantèlement, en 1987, d'un trafic de papier avec Cuba. Ainsi, il révèle que 5 % du papier (200 tonnes par mois) destiné aux quotidiens nationaux était détourné par le syndicat du livre au profit de la presse officielle cubaineSpéciale Dernière - Emmanuel Schwarzenberg - Chapitre 11. Lorsque ce trafic est découvert et démantelé en 1987, Robert Hersant aurait décidé de ne pas porter plainte face aux menaces de grève du syndicat du livre.
Cache d'armes des NMPP En 1991, la direction des NMPP découvre une cache de plus de 5 000 armes dans un de ses entrepôts de Saint-OuenQuand les quotidiens français livraient du papier à Fidel Castro, Le Point, 7 septembre 2007. Ces armes avaient été détournées puis cachées par des ouvriers membres du syndicat du livre lors de la faillite de Manufrance en 1980 en prévision du « grand soir ». La direction des NMPP ne portera pas plainte.
Selon Emmanuel Schwarzenberg, le scandale aurait été étouffé par le gouvernement socialiste de l'époque, soucieux de ménager la CGT.
Intimidations En 1992, la société Les Meilleures Éditions SA, éditrice des journaux Le Meilleur et Spéciale Dernière avaient voulu changer d'imprimeur afin de diminuer ses coûts. Le syndicat du livre a empêché d'autres imprimeries contrôlées par le syndicat du livre d'accepter les contrats sous la contrainte de grèves. Lorsque l'éditeur a fait appel à une imprimerie non contrôlée par le syndicat du livre (imprimerie de labeur), celui-ci a été séquestré et obligé de signer un nouveau contrat sous la contrainte. Par la suite, le syndicat du livre a empêché la publication des journaux pendant plusieurs mois par représaillesDécision n 99-D-41 du Conseil de la concurrence en date du 22 juin 1999 relative à des pratiques mises en œuvre par le Comité intersyndical du livre parisien et les syndicats composant cette coordination dans le secteur de l’imprimerie de publications.
De nombreux cas d'intimidation ont été rapportés vis-à-vis de journaux choisissant de ne pas passer par le quasi-monopole des NMPP. Par exemple, lors de la sortie du quotidien gratuit Metro en 2002, de nombreux cas de violences physiques vis-à-vis des distributeurs de Metro par des membres du syndicat du livre ont été rapportés« Des colporteurs parisiens du journal gratuit « Metro » agressés et hospitalisés », Guy Dutheil, Le Monde, 23 février 2002.Émission Capital - 24/03/2002« La bataille musclée du Syndicat du livre contre « Metro » », Antoine Jacob, Le Monde, 2 mars 2002.. Des vols ont été commis dans les imprimeries et la distribution a été fortement perturbée par des membres du syndicat du livre. Le quotidien 20 minutes a aussi été la cible du syndicat du livre qui a tenté d'empêcher sa publication le .
En , le syndicat s'en prend au gratuit Direct Matin Plus, propriété du groupe Bolloré, en envoyant un commando de 40 personnes asperger d'eau 150 000 journaux. Le groupe Bolloré Média avait dénoncé son contrat de 3,7 millions par an en pour choisir une imprimerie de labeur (donc non contrôlée par le syndicat du livre) arguant de questions de qualité d'impression« Ambiance de plomb sur les rotatives », F. Roussel, Libération.fr, mars 2010..
Le , 40 militants de la CGT ont mis à sac la permanence du député UMP Richard Mallié qui avait déposé une proposition de loi visant à supprimer la loi Bichet..
En , 200 militants mettent à sac le centre de logistique de l'entreprise Géodis (distribution des magazine) utilisant « des battes de baseball, des barres à mine et des marteaux ». Campagne d'affichage controversée contre les violences policières Le , la branche Infocom fondée en 2006 publie ainsi une affiche montrant une matraque, une flaque de sang et un insigne de CRS., ce qui est très largement critiqué par la classe politique..
Le directeur général de la police nationale, Jean-Marc Falcone s'est déclaré indigné par un de cette affiche , et . Le Ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, rappelant que , a dénoncé une affiche qui « détruit le lien de confiance entre la population » et la police..