Les traités de Tilsit sont deux accords signés en juillet 1807 dans la ville de TilsitPetite ville de la province de Prusse-Orientale devenue aujourd'hui Sovetsk en Russie. par l'empereur Napoléon après avoir remporté la bataille de Friedland. Le premier traité de Tilsit a été signé en secret le par le tsar Alexandre et Napoléon, lors d’une rencontre sur un radeau au milieu du Niémen. Le second traité de Tilsit a été signé le avec le roi de Prusse, qui avait déjà accepté une trêve le après avoir été pourchassé par la Grande Armée jusqu’aux limites des frontières de son royaume.

Ces traités mettent fin à la guerre de la Quatrième Coalition européenne contre la France aux dépens de la Prusse, qui cède près de la moitié de ses territoires d'avant-guerre au profit d’États sous tutelle française : donne naissance au duché de Varsovie en privant la Prusse de la Posnanie et de la Mazovie. Le district de Białystok échoit à la Russie. Dantzig devient une République indépendante. Le duché de Varsovie est attribué au roi de Saxe. La Prusse cède également l'Altmark, Magdebourg, Halberstadt, Hildesheim, Wernigerode, Eichsfeld, Mansfeld, Erfurt, Minden, Ravensberg et Paderborn au nouveau royaume de Westphalie attribué à Jérôme Bonaparte qui avait épousé Catherine de Wurtemberg. La Prusse cède la Frise orientale au nouveau royaume de Hollande, Clèves, le comté de la Marck, Münster et Lingen au grand-duché de Berg. Les troupes françaises occupent le Hanovre et la principauté de Bayreuth.

Le traité franco-russe thumb|280px|Adieux de Napoléon et d'Alexandre après la paix de Tilsit (9 juillet 1807), Gioacchino Serangeli, 1810, musée de Versailles.On peut constater sur cette œuvre que les deux souverains se sont échangé leurs ordres respectifs : Napoléon porte l'écharpe bleue de l'ordre de Saint-André tandis qu'Alexandre arbore l'écharpe rouge de grand-croix de la Légion d'honneur.

En échange de l'engagement d'Alexandre d'adhérer au blocus contre l'Angleterre, Napoléon laisse les mains libres au tsar pour s’emparer de la Finlande qui appartenait à la Suède et dans son projet de démembrement de l'Empire ottoman (une clause prévoit le partage des possessions turques entre la Russie et la France). La Russie promet de fermer de ses ports au commerce britannique et même de déclarer la guerre au Royaume-Uni si ce dernier refusait son offre de médiation, ce qui aura lieu en lors du déclenchement de la guerre anglo-russe. Les deux souverains concluent ainsi une alliance contre les Anglais. En outre, le tsar rend Cattaro à la France et cède les îles Ioniennes.

Le traité franco-prussien thumb|right|Napoléon à Tilsit avec le roi et la reine de Prusse. Le second traité est signé avec la Prusse le . Le royaume de Prusse perd la moitié de ses territoires. Ceux situés à l'ouest de l'Elbe sont intégrés au royaume de Westphalie nouvellement fondé dont Frédéric-Guillaume III doit reconnaître le souverain, Jérôme Bonaparte, dans l'article VI du traité Walter Demel/Uwe Puschner, Deutsche Geschichte in Quellen und Darstellung. Band 6. Von der Französischen Revolution bis zum Wiener Kongreß 1789-1815, Stuttgart, 1995, p. 53.. La Prusse doit également céder les territoires qu'elle avait gagnés à la suite des partages de la Pologne et cela depuis le 1772, hormis l'Ermeland et des terres à l'ouest des territoires prussiens anciens. L'article XIV commande à la Prusse de renoncer à Dantzig qui devient une ville libre. C'est ainsi qu'est créé le duché de Varsovie. En plus, la Prusse doit adhérer au blocus continental contre les Anglais, payer de francs d'indemnité de guerre et réduire son armée à .

Talleyrand avait conseillé à Napoléon de modérer ses exigences envers le vaincu ; les deux traités constituent une étape importante dans sa mise à l'écart graduelle par l’empereur.

Un observateur a fait remarquer qu'alors qu'on rédigeait le traité, le roi de Prusse marchait à l'écart le long du Niémen ; selon McKay, Napoléon « n’avait qu'à lever la main pour rayer la Prusse de la carte. » C'est pourquoi plusieurs officiels prussiens et russes virent le traité comme un acte inique et une humiliation nationale : les soldats russes refusèrent par la suite d'obéir aux ordres de Napoléon, comme l’incident à Lisbonne le démontra à toute l'Europe. Les projets de Napoléon d'épouser la sœur du tsar furent repoussés par la famille royale russe ; et finalement, la coopération entre la Russie et la France prit fin lorsqu'en 1810 le tsar commença à autoriser l'accès de ses ports aux navires neutres. En 1812, Napoléon fit franchir le Niémen par la Grande Armée et envahit la Russie, balayant les derniers vestiges de l’alliance passée.

Pertes territoriales et démographiques de la Prusse Au terme du second traité de Tilsit, le royaume de Prusse perdit la moitié de son territoire et la population de d'habitants qu'il comptait avant les hostilités fut désormais réduite de moitié. Les rentrées fiscales du royaume furent entamées dans une proportion considérable, car les provinces perdues, qui étaient les plus riches et les plus fertiles, étaient aussi celles que depuis des années l’État modernisait à coups de millions de thalers. Presque tout ce que la Prusse avait conquis lors des trois partages de la Pologne était désormais perdu. Le duché de Saxe, ancienne principauté alliée de la Prusse, était le nouveau bénéficiaire de ces provinces. Quant à la Russie, naguère son plus fidèle allié, elle lui prenait en étendant sa frontière au thalweg du Boug. Le tableau suivant résume les pertes prussiennes du traité de TilsitD'après . :

Possessions de WestphalieQuelques-unes des possessions de Westphalie avaient déjà été concédées auparavant, si bien qu'aucune compensation ne vint en payer le transfert au traité de Tilsit.Superficie (km²)PopulationComté de La Marck, y compris Essen, Werden et Lippstadt 2 894Principauté de Minden Comté de Ravensberg936Lingen et Tecklembourg737.5Clèves, rive gauche du RhinPrincipauté de Frise-Orientale3 206Principauté de MünsterPrincipauté de PaderbornPossessions de Basse-SaxeSuperficie (km²)PopulationMagdebourg, avec les territoires du duché sur la rive gauche de l'Elbe, Halle, & c. Comté de Mansfeld 567Principauté d'Halberstadt Comté de Hohenstein 482Territoires de Quedlinbourg85Principauté de Hildesheim et Goslar

Postface L'un des fameux radeaux de l'entretien a eu un destin peu ordinaire : il fut donné à Regnaud de Saint-Jean d'Angély qui le ramena avec peine en France et l'installa sur un étang dans sa propriété de l'abbaye du Val, à Mériel dans le Val d'OisePhilippe Champy, « Visite de l'abbaye du Val », bulletin des Amis du Vexin français, 2003, p. 19-20.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie . . (de) Sven Prietzel, Friedensvollziehung und Souveränitätswahrung. Preußen und die Folgen des Tilsiter Friedens 1807-1810 (Quellen und Forschungen zur Brandenburgischen und Preußischen Geschichte, 52), Berlin 2020 . .

Articles connexes Campagne de Russie Rue de Tilsit (Marseille) Rue de Tilsitt (Paris) Quai Tilsitt (Lyon)

Liens externes

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