Le sumac grimpant, herbe à puce, bois de chien, sumac vénéneux ou (Toxicodendron radicans, anciennement Rhus radicans) est une liane de la famille des Anacardiaceae, comme les anacardiers et les pistachiers. C'est une plante sauvage originaire d'Amérique du Nord, où elle est commune dans une grande partie des États-Unis et du Canada. Il est aussi possible de la voir en Amérique du Sud et en Asie tempérée. Comme celle d'autres espèces proches, sa sève peut être sensibilisante et induire de sévères réactions allergiques (dermatite de contact).
Synonymes Rhus radicans L. Rhus toxicodendron sensu P.Fourn. (ne pas confondre avec Rhus toxicodendron L. qui est, en fait, Toxicodendron pubescens Mill.)
Description Cette plante adopte divers ports : rampante, dressée et buissonnante, ou longuement grimpante. Les feuilles sont pétiolées, trifoliolées, à folioles ovées ou rhomboïdales, entières ou crénelées ou irrégulièrement paucidentées. Les fleurs (longueur ) sont verdâtres, en panicule axillaire lâche Le fruit est glabre, blanc.
Reproduction Cette espèce se multiplie par ses graines. Toutefois, les individus sont souvent sans fleurs et sans fruits. Lorsqu'elle a lieu, sa floraison est estivale..
Écologie thumb|Détail des crampons qui permettent à cette liane de profiter des arbres pour coloniser l'espace.
La sève de cette espèce est très irritante et allergène pour l'Homme, mais les oiseaux mangent ses fruits sans problèmes, et divers herbivores (bétail y compris) broutent ses feuilles apparemment sans effets nocifs pour eux.
Les oiseaux frugivores sont considérés comme les disperseurs des graines de cette espèce. Or ces oiseaux, comme d'autres, voient leur aire de répartition rapidement changer., de même pour leurs dates de migration en raison des changements climatiques (qui perturbent la phénologie des espèces, en ville notamment surtout pour les oiseaux effectuant de longues migrations), et des modifications écopaysagères induites par les activités humaines (agriculture, foresterie, urbanisme, voies de circulation, éclairage nocturne…).
Des scientifiques cherchent à modéliser les effets des grandes perturbations humaines (artificialisation, destruction et fragmentation des habitats naturels, urbanisation, pollution, changement climatique) sur les écosystèmes en général, et sur les espèces susceptibles de poser des problèmes pour la santé et/ou de devenir invasives en particulier. Le sumac grimpant, originellement principalement associé à certains biomes et habitats forestiers fait partie des espèces susceptibles d'être perturbées par des changements de niche écologique. De plus, les incendies de forêt (de plus en plus graves ou plus fréquents) peuvent disperser les allergènes synthétisés par cette liane. À ce jour, selon Istvan Karsai (2022), en modélisant les effets croisés de l'urbanisation et du changement climatique sur la maturation et dispersion des graines de sumac par les oiseaux (en tenant compte des pertes par chutes au sol, fruits parasités ou consommés par les oiseaux), le succès de germination devrait plutôt diminuer en zone urbaine (bien que les sumacs y produisent généralement plus de fruits qu'ailleurs). Selon les scénarios climatiques, l'« inadéquation phénologique » (asynchronisme entre les rythmes biologiques des plantes et des oiseaux disperseurs de graines) pourrait, plus ou moins, s'aggraver, au détriment des succès de germination du sumac, et c'est en ville qu'on s'attend aux effets les plus exacerbés du réchauffement global (avec des effets synergiques). En 2022 on manque encore de données pour bien prédire et atténuer les effets de l'anthropisation sur les sumacs..
Histoire, usages médicinaux anciens
Selon le médecin valenciennois André Ignace Joseph Dufresnoy :
Dufresnoy explique qu'il avait d'abord souhaité vérifier l'efficacité de la plante sur une vingtaine de malades avant de publier ces résultats, mais il les a publiés plus tôt (dès 1788) car un article en préparation à Paris présentait la plante comme très dangereuse, ce qui risquait de priver certains malades de son effet bénéfique à leur égard. Dufresnoy ajoute qu'après cette première publication, .
Dufresnoy affirma plus tard avoir toujours utilisé avec succès les extraits de Rhus radicans contre les dartres et contre certaines paralysies. Il a utilisé l'eau distillée des feuilles du Rhus radicans, parfois ou mêlée le matin avec du lait, et le soir avec un peu d'eau sucrée.
Dufresnoy utilisait une infusion de feuilles fraîches ou séchées (remplacée durant l'hiver par l'infusion de tiges du Sumac Rhus-radicans). Selon Dufresnoy (1799), ce médicament se montrait également efficace contre certaines formes de paralysieDufresnoy, André Ignace Joseph (1799). Des caractères de traitement et de la cure des dartres. Méquignon, Snr.. voir notamment p8 |https://www.google.fr/books/edition/Des_caractères_de_traitement_et_de_la_c/EXQ_AAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=inauthor:%22André+Ignace+Joseph+Dufresnoy%22&printsec=frontcover.
Il évoque aussi un possible effet antidépresseur ou euphorisant :
Sève allergène thumb|upright=1.5|Exemples de réaction cutanée (dont lésions bulleuses) après contact de la peau avec le suc (sève) du sumac grimpant. thumb|upright=1.5|Lésions sévères induites par le contact de la peau avec la sève de Sumac grimpant chez une personne sensibilisée à l'urushiol (le composé allergène du Sumac grimpant).Le fauchage ou l'utilisation d'un rotofil jambes nues et sans vêtement de protection est à proscrire. thumb|Panneau alertant les promeneurs : Attention, Sumac grimpant. thumb|Panneau recommandant en cas de contact le lavage immédiat à l'eau et au savon, et le lavage des vêtements avec séchage au soleil. thumb|Le 'tronc' du sumac grimpant (sans feuilles) peut être confondu avec le lierre.
Symptômes Le contact direct avec la sève de Toxicodendron radicans ou tout contact indirect avec des vêtements ( une simple étiquette de vêtement d'origine indienne, ayant reçu de la résine de Semecarpus anacardium.), des outils, des animaux présentant des traces d'urushiol, suffisent à déclencher une allergie cutanée.
Dès le premier contact avec l'urushiol du sumac grimpant (sensibilisation), il est possible de développer une dermatite de contact. La fumée issue d'un feu de forêt ou plus encore issue du brûlage direct de la plante, ou de déchets de tonte, de fauchage ou débroussaillage mécaniques contenant la plante, peut libérer l'oléorésine dans l'air et provoquer une réaction allergique.. Les feuilles mortes de la plante, même après quelques années (5 ans) peuvent provoquer une réaction allergique chez les plus sensibles.
Une première exposition entraîne généralement un prurit et un érythème, suivis d'une éruption papulovésiculaire, d'un œdème et d'un suintement dans les 10 à 14 jours Lofgran T et Mahabal G (2021) Toxicodendron Toxicity. StatPearls |URL=https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK557866/#article-27288.r1. En cas de réexposition, les symptômes seront plus aigus et apparaissent en 24 à 72 heures. Des taches noires sont parfois présentes sur la peau ou sur les vêtements (urushiol oxydé à la suite de son exposition à l'air). Vues au dermoscope, ces taches apparaissent comme des lésions de couleur brun foncé, bordées de rouge.
Au premier contact, des cellules T sont activées, ce qui entraîne la production de cellules T CD4 et CD8 sensibles à l'urushiol. Ces dernières vont activer une réponse immunitaire plus vive et robuste lors des prochaines expositions à l'urushiol. Les kératinocytes et les monocytes semblent également jouer un rôle dans la libération de cytokines locales et de médiateurs pro-inflammatoires.. Beaucoup de ces voies peuvent être bloquées ou inhibées par un traitement corticoïde.
Épidémiologie Le contact avec le suc de cette plante est l'une des causes les plus fréquentes de dermatite de contact (dermatose bulleuse dans les cas les plus sévères) aux États-Unis et la cause la plus fréquente est le contact avec le suc de cette espèce et de 3 autres espèces proches..
Cette dermatite peut survenir à tout âge, dans toutes les ethnies et sur tout type de peau ; environ 25 à 40 millions de cas étaient traités par an dans les années 1980. Les travailleurs exposés (services forestiers notamment) sont couramment touchés, aux extrémités le plus souvent..
Mécanisme allergique Quand la sève ou le suc du sumac entre en contact avec la peau humaine, elle provoque une réaction allergique extrêmement irritante (impliquant une libération de cytokines locales via des cellules présentatrices d'antigène (APC), et d'autres médiateurs inflammatoires aigus qui initient la sensibilisation, via les mastocytes)., avec dans les cas graves des lésions bulleuses pouvant se surinfecter.
Le composé allergène du suc est rapidement absorbé dans la peau car très lipophile. Il est capté par les cellules de Langerhans de l'épiderme (ce pourquoi le lavage doit être fait rapidement).. La dermatite de contact apparaît généralement 24 à 48 heures après le contact, et parfois jusqu'à 2 semaines plus tard.
Les symptômes disparaissent au mieux dans les 2 à 5 jours et après quelques semaines dans les cas sévères non soignés. Il est fréquemment indiqué que le premier contact ne provoque pas d'effet autre que de sensibiliser l'individu chez lequel un contact ultérieur provoquera la réaction allergique.
L'agent irritant appartient au groupe des urushiols, qui sont des catechols (= 1,2-dihydroxybenzene) substitués en position 3 par une chaîne en C15 plus ou moins insaturée.
Ces composés ont des propriétés biologiques particulières ; l'urushiol est très tenace et non volatil, il peut occasionner des lésions par contact direct ou indirect avec des feuilles, tiges ou racines coupées, meurtries ou blessées de la plante..
Des expériences faites sur le modèle animal murin (application sur la peau des composants de l'huile d'urushiol de sumac vénéneux, espèce proche du Sumac grimpant) ont montré que la souris est sensible au suc de la plante durant environ 25 jours. L'analyse de sérums prélevés quand la réponse de sensibilisation de contact diminuait chez ces animaux, a montré que l'allergie disparaissait quand l'induction de la sensibilisation au 3-n-pentadécylcatéchol(PDC), un composant de l'urushiol, diminuait ; le facteur sérique suppressif est un composé spécifique, présent en plus grande quantité 25 jours après la sensibilisation, mais qui n'est plus détectable 40 jours après la sensibilisation. Il s'est montré transférable à une autre souris pour prévenir l'allergie (désensibilisation) : une seule dose de de la fraction IgG purifiée administrée 7 jours avant la sensibilisation d'une souris suffit. Une autre étude a montré que les fractions d'immunoglobulines IgG sériques de sujets humains hyposensibilisés au sumac vénéneux (par administration orale d'urushiol) suppriment l'induction de réponses d'hypersensibilité de type retardé (DTH) chez la souris à cet haptène..
Degré de susceptibilité individuelle En Amérique du Nord, environ 50 à 70 voire 75 % de la population serait sensible au suc de cette plante. Des causes génétiques ou d'histoire de vie peuvent expliquer ces variations de susceptibilité selon l'individu ou le moment de la vie.
En particulier, beaucoup d'allergènes et de sensibilisants cutanés connus (ou leurs variantes chimiques) sont ingérés via l'alimentation ou d'autres sources. Or l'exposition orale à des substances antigéniques peut entraîner une tolérance ; ce qui explique que la consommation/ingestion de sensibilisants peut avoir un impact sur le degré (étendue, durée et force) de la sensibilisation cutanée, surtout si le sensibilisant a été consommé tôt dans la vie, avant le premier contact avec la peau. Une revue récente (2020) de la littérature clinique et épidémiologique humaine a porté sur ce sujet..
Possibles allergies croisées