L’organisation de l’Église adventiste du septième jour se caractérise par une structure ecclésiale mondiale et unifiée sur la doctrine, les règlements, le fonctionnement et la mission, mais décentralisée dans l’utilisation des compétences, de la prise de décision et des stratégies d’évangélisation. Elle vise l’unité dans la diversité dans ses modes d'opération. Elle est basée sur une représentation démocratique qui ressemble au système presbytérien d’organisation ecclésiale.
Histoire
Le système d’organisation de l’Église adventiste du septième jour se développa de façon ad hoc, sans plan préétabli. À plusieurs reprises, les adventistes se trouvèrent forcés de s’adapter aux circonstances et d’ajuster leur structure afin de répondre aux exigences de leur mission.
Opposition initiale à l’organisation
Au début du mouvement, les adventistes étaient fortement opposés à une organisation ecclésiale. Un grand nombre d’entre eux, dont beaucoup de pasteurs, avait été expulsé de leurs congrégations locales durant le mouvement de réveil millérite. Aussi, ils prirent en aversion toute forme d’organisation religieuse.
Joseph Bates et James White, deux fondateurs de la future Église adventiste du septième jour, étaient des anciens membres de l’Église chrétienne (les connexionnistes), un mouvement protestant qui considérait l’organisation ecclésiale comme étant un obstacle à la liberté chrétienne. Sa seule concession fut l’établissement de congrégations locales, indépendantes les unes des unes. Bien qu’Ellen White, l’autre fondatrice de l’adventisme, fut anciennement membre d’une dénomination très structurée, l’Église méthodiste épiscopale, elle partagea ce sentiment. Sans être averties, sa famille et elle avaient été radiées de la liste de leur congrégation à cause de leur croyance au retour du Christ.
Ce sentiment de rejet était commun à beaucoup d’autres millérites. Certains furent même parfois franchement radicaux. Ainsi, pour le prédicateur millérite George Storrs, une église devenait Babylone – un terme synonyme d’apostasie dans la Bible – à l’instant précis où elle s’organisait. Il argua en faveur d’une église invisible de croyants, unis dans l’amour par leur fidélité à DieuGeorge Storrs, "Come out of Her my People", Midnight Cry, 15 février 1844..
Privés de lieux de culte, les premiers adventistes se réunissaient dans des maisons en petits groupes. Dispersés à travers la Nouvelle-Angleterre, ils se rencontraient occasionnellement pour étudier la Bible, comme lors des « réunions sur le sabbat et le sanctuaire » entre 1848 et 1850. Autrement, leur seul point de ralliement fut la revue, Advent Review and Sabbath Herald (La revue de la venue et le héraut du sabbat), fondée par James White en 1849. En plus des articles, cette revue fournissait des nouvelles sur les adventistes et publiait les lettres des lecteurs en réaction aux sujets abordés.
Organisation en église (1860-1863)
Comprenant les besoins d’un mouvement naissant, James et Ellen White réclamèrent pour la première fois « l’ordre évangélique » (l’organisation en église) en 1853. James White le souhaitait pour des raisons bibliques et pragmatiques. Ils avaient besoin de lieux de culte, de pasteurs, de structures, de ressources, et surtout d’unité, pour remplir leur missionJames White, "Gospel Order", Review and Herald, 6 décembre 1859..
Il ne fut pas facile de vaincre la réticence des adventistes mais lors de l’assemblée générale du au , convoquée par James White à Battle Creek dans le Michigan, ils adoptèrent le nom proposé par David Hewitt : « les adventistes du septième jour ». Ils étaient alors 3000 membres.
Premières Fédérations En , les églises adventistes du Michigan se regroupèrent en une Fédération d'églises locales, présidée par un laïc, William Higley. Le terme « laïc » signifie ici une personne qui n’est pas membre du clergé, non pas quelqu’un d’irréligieux. Inspirées par l’exemple des églises adventistes du Michigan, sept autres Fédérations se formèrent en 1862 dans les états de la Nouvelle-Angleterre et du nord-est des États-Unis.
La Conférence générale Cependant, des Fédérations d’églises ne constituaient pas une entité légale unique, étant indépendantes les unes des autres. Aussi, sous l’impulsion de James White, du 20 au , vingt délégués des Fédérations se réunirent à Battle Creek dans le Michigan pour fonder la Conférence générale de l'Église adventiste, chargée de les orienter et de les superviser. Ils élurent pour un an les trois officiants de cette direction mondiale :
Président : John Byington. Secrétaire : Uriah Smith. Trésorier : E. S. Walker.
Il y avait alors 3500 adventistes du septième jour et une trentaine de pasteurs.
Restructurations (1888-1913)
La structure à deux niveaux administratifs au-dessus des congrégations apporta de l’unité et de la stabilité qui permirent à l’Église adventiste de se développer. Mais les adventistes découvrirent qu’elle avait aussi des lacunes. Le premier problème fut que le petit comité exécutif de la Conférence générale (jamais plus de 8 membres avant 1897, où il passa à 13 membres) se réunissait rarement. Ses membres étaient le plus souvent en voyage. Aussi, les décisions les plus importantes étaient prises par le président de la Conférence générale. Pour ne pas arranger les choses, des personnalités fortes comme James White et George Butler avaient tendance à dominerGeorge Knight, Organising for Mission : The Development of Seventh-day Adventist Organizational Structure (Silver Springs, Maryland, 2006), ..
Un deuxième problème fut qu’à partir de 1874, les adventistes se déployèrent à travers le monde. Cette année-là, John N. Andrews devint le premier missionnaire adventiste officiel, œuvrant en Europe, de sa base à Bâle en Suisse. Il fut suivi en 1876 par le Canadien francophone, Daniel Bourdeau, qui œuvra en France. À partir de 1877, le Danois John Matteson sillonna la Scandinavie. En 1891, l'Allemand Louis Conradi devint le président de la Mission Allemagne-Russie, la première Mission dans le monde. Mais l'organisation était centralisée à la direction mondiale adventiste à Battle Creek dans le Michigan. Les missionnaires devaient écrire aux dirigeants adventistes pour recevoir leur aval pour de nombreuses décisions. Parfois, les dirigeants ne comprenaient pas tous les aspects d'une situation et demandaient des explications supplémentaires avant de se décider. C’était l’époque de la calèche, des coursiers à cheval, de la locomotive à vapeur et du bateau à vapeur. Le courrier prenait plusieurs semaines pour être acheminé d’un continent à un autre. Plusieurs mois pouvaient s’écouler avant d’obtenir un accordRichard Schwarz, Light Bearers to the Remnant (Nampa, Idaho : Pacific Press Publishing Association, 1979), , 354-371..
Un troisième problème releva du développement relativement rapide du nombre de Missions, de Fédérations et d’institutions adventistes à travers le monde : écoles, sanitariums, maisons de retraite, restaurants végétariens, imprimeries, orphelinats, centres d’hydrothérapie ou centres d’accueil urbains. Ces institutions représentaient une masse de détails administratifs et de défis financiers, ingérables pour une poignée de dirigeants. En fait, la dénomination accumulait des dettes énormes. Dans les années 1890, l’Église adventiste était confrontée à deux dysfonctionnements apparemment contradictoires : une trop grande centralisation des décisions et une décentralisation des associations (étant légalement indépendantes, elles fonctionnaient sans coordination avec la Conférence générale)Knight, ..
Au fil des années, les adventistes avaient créé plusieurs associations : publications (1861), société d'imprimés (1874), école du sabbat (1875), tempérance et santé (1879), liberté religieuse (1889) ou mission étrangère (1889). Dans la pratique, quelques personnes prenaient des décisions pour tout un secteur d'activités : John Harvey Kellogg dominait le système médical adventiste, William Prescott dirigeait plusieurs institutions du système d'éducation adventiste et l'association de publication gérait toutes les imprimeries adventistes.
Ellen White déplora vivement cette situation : le surmenage et le « pouvoir royal » des dirigeants adventistes, la lenteur du processus de décision, l’ignorance des réalités des pays éloignés, le manque d’administrateurs qualifiés et l'endettement des institutions. Elle réclama une réorganisation de l’Église adventiste qui décentraliserait les compétences et les sphères de décision, et de la discipline dans la gestionEllen White, Testimonies, vol.9, .. Au départ, les efforts de restructuration furent laborieux. Deux tentatives de restructuration (les districts en 1888 et les trois Conférences générales en 1897) furent infructueuses et durent être abandonnées. Néanmoins, les adventistes procédèrent étape par étape à une grande réorganisation.
Les départements En 1889, Asa Robinson fut chargé d’organiser la Fédération adventiste d’Afrique du Sud. Persuadé que le nombre d’adventistes sud-africains était trop faible pour former des associations, il intégra leurs activités à l’organisation de cette Fédération sous la forme de départements. Ce système marcha si bien qu’il fut généralisé en 1901 à l’ensemble des congrégations locales et des niveaux administratifs de l’Église adventiste.
Première Union
Avec le soutien d’Ellen White, qui résidait alors en Australie, les Fédérations de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande se regroupèrent en 1894 sous la direction d’une administration supérieure, l’Union australasienne, avec Arthur Daniells comme président. Cette structure fut créée pour fonctionner de façon plus autonome. Avec l’accord de la Conférence générale, la plupart des décisions fut pris localement, sans se référer à chaque fois à la direction adventiste mondiale.
La réorganisation de 1901
En 1900, l'Église adventiste était devenue une organisation de dimension mondiale implantée dans 38 pays. Sa structure n'était plus adéquate dans de telles conditions. Lors de l'assemblée générale de la Conférence générale en , au cours de laquelle Arthur Daniells fut nommé président, les adventistes du septième jour procédèrent à une série de restructurations :
Le niveau administratif des Unions (de Fédérations et de Missions) fut officialisée. Les associations devinrent des départements de la Conférence générale, des Unions et des Fédérations. Le comité de la mission étrangère fut confié au comité exécutif de la Conférence générale. Auparavant, ce comité travaillait avec trois associations différentes, ce qui créait de la confusion. Les Unions obtinrent la supervision administrative et la possession légale des institutions (auparavant sous le contrôle des associations) qui se trouvaient sur leurs territoiresSchwarz, ..
Une autre conséquence de ce mouvement de décentralisation fut la relocalisation des institutions adventistes de Battle Creek. Ellen White estima qu'une telle concentration n'était pas saine pour la mission de l'adventisme. De ce fait, le college de Battle Creek fut relocalisé à Berrien Springs dans le Michigan, ainsi que l'imprimerie Review and Herald et le siège de la Conférence générale à Takoma Park, près de Washington dans le MarylandSchwarz, , 307-311..
Premières Divisions
Malgré la restructuration de 1901, les adventistes européens réclamèrent une structure qui coiffe toutes les Unions de leur territoire. Dès 1882, ils avaient formé un conseil européen des Missions adventistes. Après deux tentatives qui s'avérèrent peu satisfaisantes et de courte durée (la Conférence générale européenne en 1902 et la nomination en 1909 de Louis Conradi et d'Irwin Evans comme vice-présidents de la Conférence générale de l'Europe et de l'Asie respectivement), les adventistes créèrent officiellement en 1913 le système de Divisions de la Conférence généraleSchwarz, , 373-376.. Peu à peu, d'autres Divisions furent établies :
1902 : Division européenne