L'abbaye Saint-Léonard de Corbigny est une ancienne abbaye bénédictine située dans la commune de Corbigny, dans le département de la Nièvre.

Si le monastère médiéval participe grandement à la naissance et au développement du bourg de Corbigny, il entre en déclin à partir des Guerres de Religions qui affectent grandement la région. Presque entièrement reconstruite dans la seconde moitié du , l'abbaye abrite aujourd’hui les « Espaces de cultures du Pays Nivernais Morvan » et le projet artistique et culturel « Abéïcité »https://www.abeicite.fr/.

Localisation L'abbaye est bâtie sur un monticule à d'altitude, dans la vallée de l'Anguison au nord de la ville, à la jonction des routes de Nevers à Dijon et de Clamecy à Luzy..

Toponymie On relève les mentions suivantes : in pago Avalinse et Neverninse sive Ammonias, curtem qui vocatur Corbiniacus et Antonum cum omnibus adjacentis (721), Ecclesia de Corbegni (1191), Conventus monachorum de Corbigniaco (1293), Conventus Sancti-Leonardi de Corbigniaco (1315), Sainct-Lienard (1477), Église et monastère de Sainct-Léonard-de-Corbigny (1528)Georges de Soultrait, Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, Paris, Imprimerie Impériale, 1865, p. 54..

Histoire Fondation La tradition s'accorde pour faire remonter la fondation du monastère au règne de Charles le Chauve : c'est Égile, abbé de Flavigny, qui, en 864, établit à Corbigny une cella de douze religieux. Toujours selon la tradition, Égile fait cette fondation afin de se conformer à un diplôme octroyé par Charlemagne à l'abbé Manassès de Flavigny et qui autorise ce dernier à fonder un monastère dépendant à Corbigny. C'est à cette querelle sur les statuts que se résume pendant longtemps toute l'histoire du monastère.

En 1034, Helmuin, évêque d'Autun, rétablit le monastère de Corbigny dans l'obédience de l'abbaye de Flavigny. En 1076, son successeur Aganon, évoque l'indépendance de Corbigny, via un voyage effectué à Rome par le prieur du lieu, celui-ci réussi à convaincre Nicolas II « de ne plus accorder désormais le moindre appui à la prétention de l'abbé de Flavigny »Anatole de Charmasse, Chartes de l’abbaye de Corbigny, Autun, Dejussieu, 1889, p. 4.. En 1107, le pape Pascal II confirme l'exemption du monastère de Corbigny ; bulle reconfirmée par Adrien IV en 1155.

Moyen Âge En 1407, la communauté est évoquée : en plus de l'abbé, on trouve Jean de Couvaut, grand prieur, Regnault de Digoine, doyen, Jean de Beaumont, infirmier, Guillaume de Tais, hôtelier, Jean de Vaux, sacristain, Guillaume Despois, prieur d'Anlezy, Robert Colon, chantre, Hugues de Charroy, cellérier, Jean de Beaumont (répétition ?), Alexandre de Digoine, aumônier, Étienne de Frasnay, Jean de Freney, sous-prieur et François Couvaut ; soit treize (ou quatorze) religieuxMarillier, p. 91-92..

En 1442 (n. st.), Robert de Colaverdey, seigneur de La Chapelle-Saint-Luc (près de Troyes), époux d'Isabeau de Flamericourt, demande dans son testament passé à Troyes qu'on exécute en son nom un pèlerinage à Saint-Léonard de CorbignyArchives de l'Aube, G 3458-2, en date du mardi avant la conversion de Saint Paul (25 janvier) 1441 (vieux style). In Etienne Meunier. Notes pour servir à l'histoire de Pont-sur-Vanne. Au fil de la Vanne, n° 25, 2025. .

Époque moderne

En 1538, la communauté, qui compte alors dix religieux, est évoquée : « À tous ceux qui ces presentes lettres verront, Jacques de Baudereul, bachelyer en décret, par la permission divine humble abbé de l'esglise et monastère de Sainct Léonard Les Corbigny, frères Philbert de Maulmigny, grand prieur et secrétain, Guillaume Forme, sous-prieur, Charles de Champygnolles, chantre, François de Baudereul, François de Grand Rye, hostellyer, Laurent de Marry, Jehan Perreault, Guillaume de Saint-Vincent, Pierre Tricquet et Hermand Thillot, tous religieux et faysant la plus grande et sayne partye du convent dudit monastère, les aultres nos coureligieux absens dyceluy nostre monastère, salut »Marillier, p. 130..

Lors d'une visite de l'abbaye menée par l'évêque d'Autun le 15 juillet 1624, la communauté se présente ainsi : « [...] il réunit tous les religieux présents au monastère [...] ils étaient au nombre de six, à savoir : frère Gilbert Julien, maitre-es-arts, aumônier ; frère Esme de Torcy, infirmier ; frère Pierre de Carouble, cellérier ; frère Léonard Camusat, sacristain ; frère François Miel et frère Joseph de Loron de Limenton, religieux. Les autres moines étaient absents. C'était d'abord messire Martin de Couvet, abbé titulaire ; c'était encore Daniel Périer, grand-prieur et licencié en droit canon ; frère Jean Molot, doyen, étudiant au collége des jésuites d'Autun ; frère François Chappelain, religieux prêtre ; frère Gilles Messyer et frère Philibert Gallet, religieux »Marillier, p. 185-186.. On compte donc six religieux présents et six absents.

La communauté, qui compte six religieux, est encore évoquée en 1718 : Zacharie Boucquin, prieur, Jacques Barré, Jacques Monier, Henri Grignard, Joseph Peronin et Claude de la VarenneMarillier, p. 350..

La Révolution Lorsqu'éclate la Révolution, les travaux dans l'abbaye ne sont pas terminés et l'église n'est pas encore consacrée. En 1790, les revenus de l'établissement s'élèvent à 10612 l. Sur place, en dehors de l'abbé commendataire qui ne réside pas, il y a quatre religieux :

Jacques Philippe Rousseau, prieur claustral, âgé de 48 ans ; Étienne Chambert, sous-prieur, âgé de 77 ans ; Gérard-Marius Landelle, procureur cellérier, âgé de 55 ans ; Jacques-Pbilippe Mommereau, âgé de 58 ansJules Charrier, Histoire religieuse du département de la Nièvre pendant la Révolution, tome II (1795-1803), Paris, Guitard, 1926, p. 248..

Époque contemporaine L’abbaye de Corbigny, propriété de la ville (après avoir accueilli à partir de 1789 un haras, un petit séminaire, diverses écoles, la gendarmerie…), abrite aujourd’hui les « Espaces de cultures du Pays Nivernais Morvan », avec un projet artistique et culturel « Abéïcité », porté par la ville avec le concours du Conseil général de la Nièvre, de la Région Bourgogne, du Ministère de la culture (DRAC Bourgogne) et du Syndicat mixte du Pays Nivernais Morvan.

Chaque été depuis 1999, la cour d'honneur de l'abbaye accueille un festival de musique « Les fêtes musicales de l'Abbaye ».

Aujourd'hui, l'abbaye abrite trois œuvres créées in situ par des artistes internationaux : « La salle Bleue » de Krijn de Koning (création de 2006, acquisition de 2007), « Au Pays » de Lawrence Weiner (2009) et « La multiplication des contraintes » de Vincent Mauger (2011).

Architecture

Général L'essentiel des bâtiments, à l'exception du logis abbatial du , a été reconstruit au , à partir de 1754, selon la réforme de Saint-Maur puis d'après les plans de l'architecte Michel Caristie. Les structures de l'ancienne abbaye sont encore visibles au niveau du sous-sol..

Les bâtiments sont répartis en forme de U autour d'une cour centrale ornée d'un puits circulaire à colonnes, et fermée par une grille. L'aile nord est occupée par l'église abbatiale. L'aile est et l'aile sud qui la prolonge se composent de grandes galeries formant cloître. L'intérieur a conservé dallages, ferronneries et huisseries d'origine avec des moulurations. L'escalier monumental, avec sa rampe de fer forgé à motif végétal, est représentatif des escaliers d'apparat tels qu'ils existent dans les grandes abbayes mauristes.

Le trésor et les reliques L'abbé Jacques de Baudereul fait réaliser l'inventaire du trésor des reliques en 1537, après celui de 1407, qui comprend : un vase transparent renfermant ce qui est donné pour du « lait de la Sainte-Vierge » ; une dent supposée de saint Jean-Baptiste, et une autre tout aussi supposée de saint Pierre, enchâssées en deux morceaux de vermeil ; les deux bras attribués à saint Léonard dans une châsse d'argent ; le chef de saint Vétérien ; un ex-voto en chaînes de métal.

Gilles Franchet, juge prévôt de Corbigny est appelé le à faire l'inventaire des reliquaires et vases d'argent de l'abbaye ; leur poids montant à quatre-vingts marcs. En 1562, l'or et l'argent détachés des reliquaires consistent en deux lingots de vingt deux marcs et en diverses feuilles d'argent de trente-trois marcs. L'ensemble tombe aux mains des huguenots en 1563.

Protection L'ancienne abbaye est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 13 juin 2001.

Cette protection s'étend sur l'ancienne abbaye comprenant tous les bâtiments en élévation et éléments de clôture situés dans les limites de l'emprise de l'abbaye, y compris les bâtiments du , ainsi que tous les sols correspondants à cette emprise, à savoir les parcelles AD 164 à 170, 173, 174.

Propriétés, prieurés, bénéfices Propriétés L'abbaye de Corbigny possède un riche temporel. Dans le Nivernais elle détient notamment :

un domaine à Montreuillon, donné par Hugues dit le Roux de Champallement avant son départ en croisade vers 1146-1147Anatole de Charmasse, Chartes de l’abbaye de Corbigny, Autun, Dejussieu, 1889, p. 6-7. ; l'église de Ruages (avec ses dépendances et ses possessions), donnée par Henri, évêque d'Autun, le 2 octobre 1152Anatole de Charmasse, Chartes de l’abbaye de Corbigny, Autun, Dejussieu, 1889, p. 7-8. ; une maison à Autun est mentionnée dans la bulle papale de 1253Anatole de Charmasse, Chartes de l’abbaye de Corbigny, Autun, Dejussieu, 1889, p. 27-28. ; les villages de Germenay, Dreuzy (hameaux d'Héry), Auxois, Renebourg (hameaux de Corbigny), Combres (hameaux de Chitry-les-Mines) et Doussas (hameaux de Cervon) sont évoqués dans la bulle papale de 1253 ;

Prieurés L'abbaye de Corbigny s'est constituée un petit réseaux de prieurés, principalement dans le Nivernais. Assez mal connus pour la plupart, ils sont mentionnés dans la bulle papale de 1253 : le prieuré Saint-Donat d'Abon (commune de Maux) ; le prieuré Saint-Georges d'Anlézy ; le prieuré Saint-Privé de Decize ; le prieuré de Franay (commune d'Aunay-en-Bazois) ; le prieuré de Chevannes-Gazeaux (commune de Billy-Chevannes) ; le prieuré d'Héry ; le prieuré Sainte-Camille (commune de Pazy) ; le prieuré de Reviry (commune d'Épiry) ; le prieuré d'Anthien ; le prieuré de Ruages ; le prieuré de Cuzy (commune de Flez-Cuzy) ; le prieuré de Sainte-Pallaye (commune de Vermenton).

Cependant, l'étude approfondie de ces implantations appellent à la nuance : ces prieurés peuvent être considérés comme « simples » voire rattachés à un officeIl semble, par exemple, que le moine infirmier soit aussi prieur de Saint-Privé. ; avec peu de moines sur place et donc pas de vie conventuelle. Certains deviennent probablement des domus au fil du temps. À l'époque moderne, seuls les prieurés d'Abon, d'AnlézyADN : 1 B 600., de Saint-PrivéADN : H 23. et de RuagesADN : H 22. sont encore évoqués. À la Révolution, les dépendances d'Abon, Anlézy et Saint-Privé sont mentionnées comme « prieurés » dans les documents de ventes des biens nationauxADN : 1 Q 837, 838 et 840..

Bénéfices L'abbaye de Corbigny détient de nombreuses paroisses dans les anciens diocèses d'Autun, d'Auxerre et de Nevers.

Ancien diocèse d'Autun : Anthien, Chevagnes, Crucifix à Corbigny, Mhère, Ruages, Saint-Jean à Corbigny, Saint-Léger-du-Bois, Saint-Martin du Puy, Saint-Seine à Corbigny, VauclaixAuguste Longnon, Pouillés de la province ecclésiastique de Lyon : Diocèse d'Autun, vol. I, Paris, Imprimerie Nationale, 1904 et Marillier, p. 114.. Ancien diocèse d'Auxerre : Sainte-Pallaye. Ancien diocèse de Nevers : Abon, Anlézy, Asnan, Brain, Chassenay, Chevannes, Dirol, Frasnay, Héry, Pazy, Saint-Privé, Sainte-Camille, Sauzay..

Abbés (liste non exhaustive) 1076 : Lambert ; 1152 : Walon ; Mentionné entre 1158 et 1165 : HuguesAnatole de Charmasse, Chartes de l’abbaye de Corbigny, Autun, Dejussieu, 1889, p. 11 et 13. ; 1173 : SeguinMarolles, p. 365. ;