Pierre Dupont de Poursat ou Dupont-Poursat (Chabanais (Charente limousine), – Coutances (Manche), ), est un prélat français des .
Évêque de Coutances, il était le frère des généraux d'Empire Dupont de Chaumont et Dupont de l'Étang, ainsi que le grand-oncle maternel de Sadi Carnot (1837-1894), président de la République française (1887-1894).
Biographie Pierre Dupont-Poursat naquit à Chabanais, diocèse d'Angoulême, le , au sein d'. Après avoir fait des études dans les collèges de Magnac-Laval et d'Harcourt, il fit sa licence de théologie au séminaire des Trente-Trois.
Il est ordonné prêtre avant la Révolution française, et prête le serment exigé par la Constitution civile du clergé. Il devient directeur du séminaire de Saint-Louis (1791-1792).
Retiré au sein de sa famille, à Chabanais, il traversa la Révolution exempt de persécutions, grâce à la protection de ses frères, les généraux Dupont, qui commandaient les armées de la République.
En 1802, il fut nommé grand-vicaire du nouvel évêque d'Angoulême, Dominique Lacombe, ci-devant évêque constitutionnel de la Gironde.
En 1807, la protection de ses frères lui permit d'être nommé, sur proposition de , à l'évêché de Trèves, en remplacement de Charles Mannay (transféré à Coutances), puis à Coutances, en remplacement de ce même prélat, qui préféra rester à Trêves. Dupont-Poursat est donc nommé le à la tête du nouveau diocèse de Coutances, formé en 1802 par réunion de l'ancien diocèse de Coutances et de l'ancien diocèse d'Avranches. Préconisé le (le ), sa consécration épiscopale a lieu dans la cathédrale de Coutances le . Il est ordonné évêque par Claude François Marie Primat, archevêque de Toulouse assisté de Claude André (évêque de Quimper) et Fabien-Sébastien Imberties (évêque d'Autun).
Évêque de Coutances Sa première occupation fut de parcourir son vaste diocèse, pour apprendre à le connaître, et , par le moyen du sacrement de confirmation.
Sa seconde pensée fut pour le temporel de son église : refondre partout l'administration des fabriques, apprendre aux marguilliers les formes et l'usage d'une comptabilité régulière, les contraindre à une sévère exactitude ; rendre au culte sa décence extérieure, et pour cela, obliger les fabriques à se fournir les meubles, les vases, les ornements nécessaires, fut le travail opiniâtre de plusieurs années. Assez heureux pour rencontrer dans les bureaux de la préfecture, qui était encore à Coutances à cette époque, un prêtre bien au fait de la comptabilité, et des formes de l'administration nouvelle, il en fit son secrétaire, et ce secrétaire l'aida puissamment ; il se nommait .
La visite de son diocèse, dont il parcourut annuellement un arrondissement, tant que l'âge lui en donna le pouvoir, et les menus détails de l'administration occupèrent, depuis le commencement jusqu'à la fin, l'épiscopat de cet évêque, dont le caractère sut se soumettre aux nécessités des circonstances, et parfois en tirer un parti avantageux.
le créa baron de l'Empire en , et lui remit, en 1811, la décoration de la Légion d'honneur.
, cependant il conserva la paix, et maintint son diocèse en paix. Napoléon lui accorda en le titre de baron de l'Empire. Convoqué en 1811 au concile de Paris, Dupont résista aux insinuations du pouvoir : il n'était ni dans ses goûts ni dans ses moyens de résister à force ouverte, mais il se tut ; .
On peut voir la preuve de son respect pour le pouvoir dans la circulaire suivante, qu'il adressa le , pendant les Cent-Jours, aux curés de son diocèse. «
En 1817, sollicité par le gouvernement de donner sa démission du siège de Coutances, il prit le biais d'écrire au souverain pontife pour le consulter, et il reçut en réponse un bref honorable, qui lui commandait de ne pas la donner.
Uni de sentiments avec les autres membres de l'épiscopat français, toutes leurs démarches furent communes à ce prélat. Avec eux, il réclama contre l'ordonnance royale qui vint en 1828 jeter le trouble dans les petits séminaires ; avec eux, il condamna ensuite les doctrines philosophiques de M. de La Menais, desquelles il était personnellement adversaire ; avec le plus grand nombre, il se soumit sans opposition aux exigences du pouvoir sorti de la révolution de Juillet; et . En 1833, il reçut dans ses appartements la visite de , lors de son passage par Coutances.
Il vit pendant son épiscopat le diocèse de Coutances s'élever à un point de prospérité qui laissait de beaucoup en arrière presque tous les autres diocèses de France. Le clergé devint si nombreux, que, dans les dernières années, le nombre fut un embarras ; les maisons religieuses semblèrent sortir de terre : l'on vit naître le couvent des Trappistes de Bricquebec, ceux des Augustines de Carentan, de Valognes, de Vindefontaine, de Coutances ; des Ursulines, d'Avranches et de Mortain ; des Trinitaires de Saint-James ; des dames du Bon-Sauveur, de Saint-Laud ; des Bénédictines de Valognes ; des Carmélites de la même ville, qui vinrent d'Angleterre s'établir d'abord à Thorigny ; et plus de vingt maisons de Dames du Sacré-Cœur, Dames de la Providence, Sœurs de la Miséricorde, Frères Ignorantins Le séminaire atteignit presque le chiffre de trois cents élèves, les collèges, les petits séminaires regorgèrent d'étudiants.
Plein de zèle pour le maintien de la discipline cléricale et l'instruction du peuple, Pierre Dupont-Poursat rétablit auprès de sa personne l'officialité, la chantrerie, l'archidiaconat, et il procura à ses prêtres un grand nombre de retraites ecclésiastiques. En 1823, il rétablit les conférences : la révolution de Juillet les ayant interrompues, il les établit de nouveau en 1835. En 1825, il publia un CérémonialLe cérémonial fut composé principalement par , professeur du séminaire. et un Nouveau CatéchismeLe bréviaire et le catéchisme furent l'œuvre de , supérieur du séminaire. Cet homme, mort en 1833, avait gouverné le grand séminaire pendant , avec une supériorité de moyens qui ne laissait rien à désirer. ; en 1828, un nouveau corps de Statuts, vicaire-général, et supérieur du séminaire avant , est l'auteur des statuts et du mandement qui les précèdent ; ils furent lus à la fin d'une retraite ecclésiastique, dans un synode auquel les curés de canton avaient été convoqués nominativement. ; en 1829, un Nouveau bréviaire.
Les prêtres furent rarement forcés d'accepter des places contre leur gré, ou de quitter celles qui étaient à leur convenance ; le plus souvent on s'efforçait de ne pas les éloigner de leur lieu natal. Ordinairement les réclamations des paroisses en faveur du prêtre de leur choix étaient exaucées. Il s'entoura d'hommes éminents par leur science et leurs talents, ou .
De grandes dépenses
L'évêque s'imposa pour la plupart de ces divers établissements de grands sacrifices, et pour plusieurs il sollicita la charité publique, qui lui était familier, et il obtenait ordinairement d'abondantes aumônes : ainsi, il fit faire par le diocèse des quêtes pour ses séminaires ; puis, quand fut amortie l'ardeur des quêtes, il taxa ses amis, ses chanoines, ses prêtres, et parvint, en changeant de moyens, à maintenir ces maisons favorites dans l'aisance et la prospérité. Les maisons dont on peut plus spécialement le regarder comme fondateur, sont le petit séminaire de Mortain, le petit-séminaire de Sottevast, et celui de Coutances, qui le remplaça ; enfin, la société des missions diocésaines.
On disait que Pierre Dupont-Poursat avait de son patrimoine une douzaine de milliers de livres de rente ; sous l'Empire, son traitement était de dix mille francs ; sous la Restauration, il fut élevé à quinze mille, plus une subvention de quatre mille, que le département de la Manche y ajouta ; mais cette subvention lui fut retirée en 1828, par le conseil général, en punition de l'ordonnance qui, en forçant les aspirants à l'état ecclésiastique d'aller faire leur rhétorique et leur philosophie dans un petit séminaire, ruinait les collèges. La révolution de Juillet, lui rognant cinq autres mille francs sur son traitement, le ramena à dix mille francs comme il était d'abord.
L'homme vu par ses contemporains
D'un caractère plein de douceur et d'aménité, d'un esprit tourné à la finesse et aux saillies ingénieuses, il eût fait les délices de la société, s'il eût voulu fréquenter les cercles ; mais il préférait le calme de son palais, il s'y livrait à la prière et à l'étude ; aussi le monde ne le connut pas, et le crut même d'un petit esprit. Il usait avec ses prêtres d'une certaine dignité, d'une certaine réserve, qui les tenait dans le respect ; son air froid, son regard sournois, empêchaient qu'on ne prît aucune liberté avec lui.
L'évêque se levait régulièrement à quatre heures. Il disait la messe tous les jours, il se confessait toutes les semaines. Souvent il interrompait son sommeil, pour aller, pendant le silence des nuits, passer de longs moments dans sa chapelle. Sa table était pauvre ; pendant le carême, il se privait de vin et de tabac. Sa maison ne se composait que de quatre domestiques, y compris M. Esca, son frère de lait et son homme de confiance.
Le fait de son vicariat d'Angoulême lui fit grand tort dans le diocèse de Coutances, car on crut jusqu'à la fin qu'il s'était allié par des serments à l'église constitutionnelle, de sorte que les jureurs le regardaient comme Son panégyriste, l'abbé Poret, dit qu'il n'avait jamais partagé les erreurs de l'église schismatique.
Fin de vie Le , Pierre Dupont-Poursat éprouva une violente attaque de paralysie, qui troubla pour longtemps ses facultés intellectuelles. Les dernières traces de cette maladie étaient à peu près effacées lorsque, le , il fut atteint d'une hydropisie de poitrine, qui devait le conduire au tombeau. Le , il bénit pour la dernière fois son diocèse ; le , à du matin, il cessa de vivre. Il était âgé de . Son inhumation, différée jusqu'au suivant, fut faite par Jean-Charles-Richard Dancel, évêque de Bayeux, ancien curé de Valognes et ami intime en présence d'un concours de plus de mille prêtres, et de plusieurs milliers de laïques, venus de tous les points du diocèse.
Il est inhumé dans la cathédrale en avant de la grille d'entrée du chœur (sous l'actuel autel central), sous un tombeau de marbre noir, chargé de ses armes et d'une simple inscription : Petrus Dupont-Poursat, ep[iscop]us Constantiae - 1807 - 1835.
Quelques jours avant l'inhumation, le chapitre prit sur lui la démarche d'envoyer à Paris une députation pour obtenir la mitre à , vicaire-général capitulaire et ancien vicaire de l'évêque ; mais la députation arriva trop tardivement, car avant qu'elle fût à Paris, dès le lendemain de l'inhumation, l'on apprit que la cour avait fait son choix, et que c'était , curé de Saint-Étienne de Rennes, qui avait obtenu la faveur du roi.
Dans son testament, il légua son rochet, son anneau pastoral et son domaine du Mas-Chaumont à sa nièce, Claire Grâce Dupont de Savignat, mère du président Carnot.
Titre Baron Dupont de Poursat et de l'Empire (lettres patentes du , Paris). Poursat était le nom d'une propriété des Dupont située sur la paroisse de Chabrac. Distinction Légionnaire () ;
Armoiries
Figure Blasonnement 100px Armes de la famille Dupont de Chabanais D'azur, à un pont d'argent, surmonté de trois étoiles d'or, rangées en chef.
Ou Écartelé : aux 1 et 4, d'azur, à un lévrier courant d'argent, acc. au canton dextre du chef d'une étoile du même, brochant sur un rameau d'olivier d'or en bande; au 2, d'azur, à un château flanqué de deux tours d'or, ouvert et ajouré de sable, ch. d'un écusson d'or, au-dessus d'or, au-dessus de la porte, surch. d'un P de sable ; au 3, contre-écartelé: a. de gueules à la fasce d'argent ; b. d'argent à une couleuvre ondoyante en pal d'azur; c. d'argent au lion de gueules; d. d'argent à une pique de sable. Armes du baron Dupont de Poursat et de l'Empire