Rosalie Cadron-Jetté (Lavaltrie, - Montréal, ) est une religieuse canadienne fondatrice des sœurs de Miséricorde de Montréal et reconnue vénérable par l'Église catholique en . En 2021, Rosalie Cadron est identifiée personnage historique par le Gouvernement du Québec.

Biographie

Rosalie Cadron est née à Lavaltrie, Québec, le , de l'union d'Antoine Cadron dit St-Pierre, cultivateur, et de Rosalie Roy dite Desjardins, sage-femme. Sa sœur cadette, née le , s'appelle Sophie Cadron. Sa famille est catholique et c'est l'abbé Louis Lamotte qui baptise Rosalie le jour de sa naissance. Jusqu'en 1822, elle vit à la résidence familiale de la rue Notre-Dame, à Lavaltrie.

Rosalie fut pensionnaire dans un couvent situé à Pointe-aux-Trembles à l'est de Montréal. Toutefois, elle n'y serait restée que quelques semaines parce qu'elle s'y serait trop ennuyée. Auprès de ses parents, elle apprend à tenir maison, faire de la couture et de l'artisanat. En 1806, Rosalie fait sa première communion; sa confirmation suivra un an plus tard en 1807.

Vers l'âge de 17 ans, vraisemblablement lors d'une fête de famille, Rosalie rencontre un "garçon-voyageur" du nom de Jean-Marie Jetté, et l'épouse le à l'église de Lavaltrie. Jean-Marie est le frère de Paul Jetté, l'oncle par alliance de Rosalie, et au moment de leur rencontre, il est déjà dans la trentaine. Jean-Marie s'installe donc avec Rosalie dans la maison familiale des Cadron et y devient cultivateur. Toujours en 1811, les parents de Rosalie cèdent la maison, les dépendances et le terrain à Rosalie et Jean-Marie, à la condition que les parents Cadron puissent continuer à y vivre jusqu'à leur mort et que Jean-Marie et Rosalie prennent soin de sa sœur Sophie jusqu'à ce qu'elle soit majeure.

Entre 1812 et 1832, Rosalie et Jean-Marie auront onze enfants, dont cinq mourront en bas âge (quatre avant la mort de Jean-Marie et un après, en 1836) : l'aîné, Jean-Marie (né en 1812), Marie-Rose (née en 1813), Pierre (né en 1815), François (né en 1817), Léocadie (née en 1819), Joseph-Léonard (né en 1819), un bébé anonyme, mort-né (1823), Marie Edwige (née en 1825 - décédée en 1827), Antoine (né en 1827 - décédé en 1827), Hedwige (née en 1830 - décédée en 1831), et Marie Hedwige (née en 1832 - décédée en 1836).

Bien qu'elle soit parmi les plus fertiles du Bas-Canada, la terre des Jetté n'est pas assez grande pour permettre aux enfants de Jean-Marie et Rosalie de s'y établir. Comme la seigneurie de Lanaudière, dont Lavaltrie faisait partie, ne compte plus de lots disponibles, les Jetté vendent leur propriété le dans l'espoir de trouver ailleurs. De là, la famille déménage à Verchères, puis à Saint-Hyacinthe où, en 1824, elle achète une terre pour ensuite découvrir que le vendeur n'en était pas le propriétaire. C'est ainsi que vers 1826 la famille perd tout et décide de se rendre à Montréal où Jean-Marie travaille comme journalier.

Le , Jean-Marie Jetté meurt du choléra, comptant parmi les quelque de l'épidémie qui sévit alors à Montréal, laissant Rosalie Cadron-Jetté veuve avec sept enfants. À l'époque, les fils aînés de Rosalie, Jean-Marie et Pierre (âgés de 20 et 17 ans), étaient cordonniers et l'aînée des filles, Rose (âgée de 19 ans) était fiancée (prévoyant se marier en ). Toutefois, les autres enfants de Rosalie, ainsi que sa mère, avaient encore besoin d'elle. C'est en 1838, après le décès de Madame Cadron, que l'emploi du temps de Rosalie se libère suffisamment pour lui permettre de s'investir dans des œuvres de charité.

Hospice de Sainte-Pélagie Entre 1830 et 1832, alors qu'ils vivaient à Montréal, Rosalie et Jean-Marie reçoivent, dans le milieu de la nuit, la visite d'une prostituée cherchant à fuir deux matelots appelés les matelos. Le couple Jetté cachent la femme dans leur cave jusqu'à ce que la menace des marins soit passée. Rosalie l'invite ensuite à rester chez elle, permettant à la femme de se reprendre en main et de refaire sa vie. Les enfants Jetté rapportent que la femme en question s'est mariée par la suite et s'est installée aux États-Unis.

Depuis son arrivée à Montréal, Rosalie Cadron-Jetté fréquente l'église Saint-Jacques où elle rencontre Ignace Bourget, évêque du diocèse de Montréal. En , elle adhère à l'archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, un groupe de prière institué par Bourget pour la conversion des pécheurs. Dès 1840, Bourget fait appel à Rosalie lorsque des mères célibataires se confient à lui. C'est ainsi qu'entre 1840 et 1845, Rosalie place plus de vingt-cinq femmes chez des personnes disposées à les recevoir dans le secret. Elle s'impliquera également dans le suivi de chacune de ces grossesses, naissances et rétablissements.

Elle fait souvent appel à ses propres enfants, maintenant établis, pour prendre soin des futures mamans et en reçoit même quelques-unes chez elle. Après chaque naissance, Rosalie Cadron-Jetté fait baptiser le nouveau-né à la basilique Notre-Dame de Montréal, et en devient la marraine.

En 1845, la ville de Montréal est en pleine croissance démographique. Bien que les Sœurs Grises, fondées par Marguerite d'Youville en 1737, accueillent les nouveau-nés illégitimes depuis 1754, aucun service n'existe encore pour venir en aide aux mères célibataires. thumb|Maison de la rue Wolfe du Faubourg Québec de Montréal. En 1846, l'Hospice de Sainte-Lucie, fondé par Rosalie Cadron-Jetté, en occupera une partie. Pour remédier à ce manque, Ignace Bourget dessine le projet de créer une nouvelle communauté religieuse, « sans traditions ni attaches antérieures gênantes », et demande à Rosalie d'y jouer un rôle de premier plan. Rosalie Cadron-Jetté accepte et, le , fonde l'hospice de Sainte-Pélagie. L'hospice se cache dans le grenier d'une maison située rue Saint-Simon dans le faubourg St-Laurent à Montréal et louée par Pierre Jetté à Aurélie Vinet, dite la veuve Scipiot.

Les conditions de vie à l'hospice sont précaires. On y retrouve pour tout meuble qu'une table et des chaises, un poêle et quelques lits pour les mères et les assistantes, Rosalie couchant souvent directement sur le plancher. On accède au grenier par une échelle extérieure et la maison n'est pas isolée.

Les enfants Jetté, qui s'inquiètent des conditions de vie accablantes de l'hospice, tentent de dissuader Rosalie de poursuivre son projet, et vont essayer de l'évincer du grenier. Malgré tout, Rosalie persévère, prenant parfois soin à elle seule de huit femmes à la fois, jusqu'à l'arrivée, en , de Sophie Desmarets. Cette première associée, elle-même veuve, prend soin des mères et sollicite parfois l'entourage pour obtenir des dons en faveur de l'hospice.

Grâce aux efforts de Sophie Desmarets et d'Ignace Bourget, l'hospice tombe dans les bonnes grâces d'Antoine-Olivier Berthelet, un riche philanthrope, qui donne d'abord de l'argent, de la nourriture et du bois de chauffage, puis devient le principal bailleur de fonds lors de la construction de l'édifice des Sœurs de Miséricorde, boulevard Dorchester.

En 1846 et 1847, l'hospice déménage tour à tour dans des locaux plus grands situés rue Wolfe, puis au coin des rues Sainte-Catherine et Saint-André.

Institut des Sœurs de Miséricorde

Le , à l'âge de 53 ans, Rosalie Cadron-Jetté et sept consœurs de travail de l'hospice prononcent leurs vœux de religion. Ignace Bourget, évêque de Montréal, et Émilie Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Providence y assistent. C'est ainsi que Rosalie devient Mère de la Nativité, son nom de religion. Ensemble, les huit femmes de l'hospice forment l'Institut des Sœurs de Miséricorde.

L'Institut se voit donner pour mission : "Vivre la miséricorde de Jésus avec les filles et les femmes en situation de maternité hors mariage et leurs enfants et, encore, avec les mères de famille vivant difficilement leur maternité." C'est la première communauté religieuse au Canada à recevoir un tel mandat. En plus des trois vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, les Sœurs de Miséricorde font également vœu d'assister les femmes pauvres "dans leurs maladies".

Le , des élections présidées par Bourget ont lieu chez les Sœurs de Miséricorde. Josephte Malo-Galipeau (en religion Mère Sainte-Jeanne-de-Chantal) est élue supérieure. Rosalie Cadron-Jetté est nommée conseillère, conservant toutefois ses responsabilités d'infirmière. Cette nomination permet à Rosalie Cadron-Jetté de poursuivre son travail de soignante auprès de la clientèle de la maternité, mais aussi de soigner les malades à domicile et de visiter les prisons. Certaines sources, dont le livre d'Hélène Grégoire Rosalie Cadron-Jetté. Une histoire d'audace et de compassion, indiquent que Rosalie Cadron-Jetté se serait fait offrir le poste de supérieure mais qu'elle aurait décliné l'offre.

Dès lors, afin d'honorer le quatrième vœu que chacune d'elles a prononcé la veille, les six premières religieuses des Sœurs de Miséricorde, dont Rosalie (Mère de la Nativité), commencent l'étude de la sage-femmerie, sous la supervision du Dr Eugène-Hercule Trudel, jeune obstétricien. La formation, d'une durée de dix-huit mois, leur permet de passer un examen présidé par deux membres du Collège des Médecins et Chirurgiens du Bas-Canada et d'obtenir ainsi, le , un certificat de sage-femme. Le , sainte Marie-Madeleine est nommée patronne de l'Institut.

Malgré leur discrétion, les Sœurs de Miséricorde et leur mission n'échappent pas à la désapprobation publique. Dès les premières années de l'hospice de Sainte-Pélagie et de l'Institut, l'endroit où Rosalie Cadron-Jetté et les Sœurs œuvrent doit demeurer secret afin de protéger les mères célibataires des injures et du mépris. Les sœurs et les novices se font injurier presque quotidiennement lorsqu'elles emmènent les nouveau-nés à l'église Notre-Dame pour les faire baptiser puis chez les Sœurs Grises, à qui ils sont confiés.

En 1850, le Collège des Médecins demande à Bourget la permission de recourir à la clientèle de la maternité de Sainte-Pélagie et à l'expertise des Sœurs en matière d'obstétrique pour former ses étudiants en médecine. Bourget acquiesce malgré l'opposition des Sœurs. Ces dernières obtiennent toutefois qu'une religieuse soit toujours présente auprès des femmes pendant l'accouchement. La tension monte entre les sœurs et les étudiants en obstétrique. Le manque d'hygiène et le comportement désinvolte de certains étudiants à l'égard des patientes irritent profondément les sœurs. Les Sœurs de Miséricorde, quant à elles, sont compétentes et offrent leurs services dans le cadre d'une mission sans but lucratif, ce qui représente une compétition certaine pour les jeunes médecins en quête de patients.

En 1851, les Sœurs de Miséricorde déménagent rue Campeau, dans une maison-mère. Entre 1852 et 1853, les Sœurs décident d'offrir aux jeunes femmes ne sachant où aller une fois leur maternité terminée la possibilité de demeurer auprès d'elles, dans la communauté. Celles-ci seront appelées les « Madeleines », même s'il n'est pas encore question pour elles d'un engagement religieux.

En 1853, cédant à la pression de certains médecins et de leurs étudiants, Bourget remet en question le quatrième vœu des Sœurs (celui portant sur le travail de sage-femme), proposant que les Madeleines soient instruites en matière d'obstétrique afin de remplacer les Sœurs auprès des mères célibataires. En cette unique occasion, Rosalie Cadron-Jetté s'oppose à Bourget, estimant que le travail de sage-femme est une responsabilité trop lourde pour les Madeleines.