Théodore-Augustin Forcade, né à Versailles le et mort à Aix-en-Provence le , est un prêtre français des Missions étrangères de Paris.

Considéré comme un grand voyageur, il est tour à tour nommé vicaire apostolique du Japon de 1846 à 1852, puis évêque de Basse-Terre (Guadeloupe) de 1853 à 1860, évêque de Nevers de 1860 à 1873 et enfin archevêque d'Aix-en-Provence de 1873 à 1885. Lors de son épiscopat à Nevers, dans les années 1860, il contribue à éveiller la vocation de Bernadette Soubirous.

En 1879, sa ferme opposition à la loi Ferry du 18 mars 1880 défraie la chronique sous le nom d'. Condamné par le Conseil d'État, il devient une figure majeure de la résistance des catholiques à la laïcisation de la société.

Il meurt à Aix-en-Provence des suites du choléra, après avoir été contaminé au contact de malades qu'il venait réconforter.

Biographie Théodore-Augustin Forcade naît le à Versailles d'un père employé à la préfecture de Seine-et-Oise, Auguste-Louis Forcade, et d'Augustine Joséphine Alexandrine Giroust, son épousep. 121.. L'enfant suit des études au séminaire de Versailles où il est élevé au sacerdoce. Il est ensuite chargé de la chaire de philosophie au même séminaire pendant environ une année et supplée les services d'un curé infirme dans une petite paroisse locale. Les résultats qu'il y obtient sont spectaculaires. Honoré Fisquet affirme qu'. C'est sans doute de cette période qu'est venue sa vocation de devenir missionnaire religieux.

Le , il est ordonné prêtre à la Société des Missions étrangères. et embarque pour l'Extrême-Orient en alors qu'il est simple prêtre.

Chine et Japon (1846-1852) Alors que, depuis 1640, le Japon s'isole en interdisant l'entrée des étrangers sur son solCe sont principalement Hideyoshi Toyotomi en 1587 et le shogunat Tokugawa en 1602-1610 qui édictent des interdictions formelles du christianisme sur le sol du Japon., et que la Chine ouvre plusieurs de ses ports dans les années 1830, les puissances occidentales envisagent d'utiliser cette occasion pour tenter de pénétrer économiquement au Japon en le forçant à s'ouvrir.. Le , alors qu'est signé, par le diplomate français Théodore de Lagrené et Qiying, gouverneur mandchou du Guangdong, le traité de Huangpu entre la France et la Chine, la Société des Missions étrangères envoie un prêtre aux îles Ryūkyū : il s'agit de Théodore-Augustin Forcade..

thumb|Le à Canton.

Débarquant à Lieou-Kieou en compagnie d'un catéchiste chinois nommé Augustin Ko., récemment sorti des prisons de Canton où il avait été mis en raison de sa croyance, les autorités chinoises lui refusent de débarquer. L'autorisation n'intervient que le mais ils sont immédiatement placés en résidence surveillée dans une bonzerie. Les deux hommes parviennent de temps à autre à partir prêcher en ville, mais les soldats les reprennent et s'efforcent de convaincre les habitants du lieu de ne pas leur ouvrir leurs portes. Théodore-Augustin Forcade reste là deux années durant, malgré les risques qu'il court. Sa présence est seulement tolérée par le gouvernement chinois, sous la menace de la flotte française de l'amiral Jean-Baptiste Cécille. En moins de six mois, Forcade apprend à parler la langue chinoise, malgré l'interdiction qui lui est faite de parler aux habitantsp. 122..

Durant cette période, il ne semble pas manifester d'intérêt particulier pour la culture japonaise, pays qui constitue la destination qui lui a été fixée, ne possédant que d'anciens ouvrages d'histoire, comme Histoire du christianisme dans l'empire du Japon (1715), de Pierre-François-Xavier de Charlevoix, ou encore Histoire et description générale du Japon (1736), du même auteur .. Le , Forcade est nommé vicaire apostolique du Japon, mais ne sera jamais autorisé à se rendre à Tokyo. Le même jour, il devient évêque de . Le , un navire français, commandé par l'amiral Cécille, vient le secourir de son inextricable situation chinoise et lui fait quitter Lieou Kieou. Arrivé à Chusan, il y rencontre Mathieu Adnet, ancien curé de Verdun, devenu missionnaire, qu'il envoie à Lieou-Kieou tenir compagnie à Pierre-Marie Leturdu des Missions étrangères, resté sur place. Il prend, lui, la route pour Hong Kong. À compter de cette période, il se fait appeler « Augustin »..

Le , il devient le premier évêque ordonné au diocèse de Hong Kong par avec comme co-consécrateurs et Auguste Thivet.. Mais il ne peut y exercer sa charge, des événements le rappelant en Europe pour plusieurs annéesHonoré Fisquet ne précise pas la nature de ces événements. Théodore-Augustin Forcade reste bien responsable du diocèse de Tokyo et de Hong Kong, mais dans les faits, sa présence en Europe l'en empêche..

Guadeloupe (1853-1860) L'évêché de Basse-Terre, en Guadeloupe, est tout nouveau à cette époque. Son premier évêque, Pierre Lacarrière, y exerce un court épiscopat de deux années, à l'issue desquelles il doit cesser ses activités pour cause de maladie.

Installation thumb|Les côtes de Vieux-Fort (Guadeloupe) où aborde Forcade le . Le , Théodore-Augustin Forcade est nommé par décret impérial évêque de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre à sa place. Il est confirmé le de la même année. Entre-temps, il assiste au concile provincial de Bordeaux tenu à La Rochelle en et, le , participe à la cérémonie du sacre de Vital-Honoré Tirmarche, évêque titulaire d' , dans la chapelle du palais des Tuileries.

Son arrivée en Guadeloupe se fait le après avoir quitté Brest le à bord de la corvette La Fortune et après avoir fait une escale par Tenerife et que le gouverneur de la Guadeloupe, , présent aussi à bord, voulait absolument visiter.. Alors que le vaisseau paraît à la pointe du Vieux-Fort, la population accourt, les cloches se mettent en branle et des feux d'artillerie sont déclenchés. La façade de la cathédrale est somptueusement décorée de trophées et d'inscriptions.

À trois heures et demie, une salve de canons annonce que le nouvel évêque quitte La Fortune. La batterie du fort tire du canon alors qu'il met les pieds à terre. Théodore-Augustin Forcade est reçu par l'adjoint au maire de Vieux-Fort et se revêt de ses habits épiscopaux. Puis il procède à plusieurs bénédictions solennelles à l'adresse de la foule sur le chemin de l'église. À la porte de la cathédrale l'attend l'abbé Salesse, premier vicaire général et administrateur du diocèse. Forcade lance alors ces mots, tant à l'adresse de Salesse que de la foule : Ce est Pierre Lacarrière (1850-1853)...

Un chant du Te Deum est entonné et l'évêque reçoit sur son trône l'obédience du clergé. Puis il prononce une oraison sur la paix du haut de la chaire. Enfin, se rendant à l'évêché, une foule nombreuse le suit. Un repas est organisé le soir en présence du maire et du gouverneur de Vieux-Fort.

Ses huit années à la Guadeloupe vignette|Ferdinand-François-Auguste Donnet. Les années passées en Guadeloupe contribuent à l'enracinement de la foi catholique sur l'île. Il fait notamment construire des petits séminaires, mais contrairement à son collègue de Martinique, Étienne-Jean-François Le Herpeur, il refuse de construire un grand séminaire et préfère donner des bourses aux futurs prêtres pour qu'ils aillent s'instruire à l'Institut du Saint-Esprit à Paris. Il est confronté au manque de prêtres dans son diocèse, et fait appel aux Spiritains pour des missions spécifiques, il envisage aussi de leur confier les paroisses de Saint-Martin et Saint-Barthélemy dont les casuels sont trop faibles pour attirer des séculiers. Il crée en une école de travaux agricoles, mais cet établissement dirigé par les Spiritains cesse son activité deux ans après. Il consacre, le , l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Pointe-Noire édifiée deux ans auparavant.

Il ne s'absente pas de l'archipel, préférant notamment se faire représenter au concile provincial de Bordeaux tenu à Périgueux en p. 123.. Ses deux seules absences de Guadeloupe ont lieu, l'une le lorsqu'il assiste aux obsèques de Michel Vesque, évêque de Roseau, sur l'île de Dominique, et l'autre du au pour le quatrième concile de la province de Bordeaux, période durant laquelle a aussi lieu la consécration de la basilique de Notre-Dame de Bonne-Encontre, à laquelle il assiste en compagnie du cardinal Ferdinand-François-Auguste Donnet. C'est aussi cet été-là que, par un décret impérial daté du et sur la proposition du secrétaire d'état au département de l'Algérie et des colonies, il est nommé chevalier de la Légion d'honneurBulletin officiel de l'Algérie et des colonies, vol. 2, 14-55, Paris, avril 1860, p. 285., puis, le , comte, titre confirmé en France le (monographie imprimée)..

Mais les qualités de Forcade sont appréciées en métropole et l'on envisage de lui confier un siège épiscopal plus prestigieux. Alors que, le , il envoie une lettre à Donnet pour l'informer du décès de Louis-Martin Porchez, évêque de Fort-de-France, le cardinal lui envoie une réponse sans équivoquep. 123-124. :

Quelques semaines plus tard, Théodore-Augustin Forcade doit quitter son diocèse de Guadeloupe, avant de pouvoir mener à bien le projet qu'il avait de transférer le siège épiscopal et la cathédrale de Basse-Terre à Pointe-à-Pitre.

Nevers (1860-1873) thumb|La nef de la cathédrale de Nevers. Par un décret impérial, Théodore-Augustin Forcade est nommé évêque de Nevers à l'âge de , le ., à la suite du décès de Dominique-Augustin Dufêtre. Préconisé au consistoire du , il prête serment devant l'Empereur le p. 124.. C'est le qu'il fait son entrée solennelle à Nevers. Lors du banquet qui suit son installation, l'évêque fait asseoir à sa table vingt pauvres de la ville. Il publie ensuite une lettre qu'il fait lire dans toutes les églises du diocèse et visant à encourager les fidèles de l'Église. Augustin-Joseph Crosnier, dans ses Études sur la liturgie nivernaise : son origine et ses développements (1868), indique que .. Mais le clergé profite de son arrivée pour demander un supplément au rituel pour divers types de cérémonies, tant pour les bénédictions particulières que pour les cérémonies réservées aux évêques. Afin de satisfaire à cette demande, Forcade obtient un indult le qui l'autorise à admettre dans son diocèse toutes les bénédictions déjà autorisées dans d'autres diocèses de France.

Dès son arrivée à Nevers, Forcade entreprend une visite des paroisses de son diocèse, commençant par Fourchambault le . La veille, un ouragan ravage plusieurs communes, dont Moulins-Engilbert, Fours et Luzy. L'évêque fait un appel à la charité publique pour venir en aide aux sinistrésp. 125.. Le , il bénit une église construite à La Celle-sur-Loire.

L'opposition à Baroche Alors que le Second Empire fait régner l'autorité sur la France., le ministre de la Justice Pierre Jules Baroche, de tendance résolument conservatrice, mène à partir de 1863 une politique centralisatrice. Le , le pape publie une encyclique nommée . Le ministre Baroche informe alors tous les évêques de France que le Conseil d'État est saisi de l'examen d'un projet de décret visant à censurer une partie de cette encyclique dans l'Empire français, sur la base de la loi du , appliquant le concordat de 1801p. 126.. Cette décision ulcère l'épiscopat français et de nombreuses voix s'élèvent pour protester contre le projet. Parmi celles-ci, se trouve celle de Forcade qui écrit une lettre à Baroche le Lettre Il importe d'obéir à Dieu plus qu'aux hommes, signée « AUGUSTIN, évêque de Nevers », p. 125-126. :

Il s'agit ni plus ni moins d'une menace de désobéissance. Dans la foulée, Forcade écrit une lettre au Journal de la Nièvre pour informer les lecteurs de la mauvaise application de la loi qui est faite selon lui. Enfin, il adresse un mandement à son clergé et ses diocésains leur enjoignant .

Les visions de Bernadette Soubirous

thumb|Bernadette Soubirous, dont Forcade éveille la vocation.