Le , est une catégorie générique de yōkai (créatures du folklore japonais) inspirés du Le nom vernaculaire « tanuki » est attesté en français dans les références zoologiques, bien qu’il soit moins fréquent que le terme « chien viverrin ». Il est utilisé dans les dénomination vulgaire chez les deux espèces actuelles du genre Nyctereutes., un genre de canidé ressemblant au raton laveur et parfois confondu avec le blaireau. Tout comme le renard et le chat, le tanuki fait l'objet de récits dans lesquels il est réputé pouvoir changer de forme à volonté et posséder les humains. L'animal est très présent dans la littérature classique, le folklore et la culture populaire du Japon. Le mamedanuki, connu pour son attrait pour l'alcool et son scrotum extensible, représenté sous forme de petits personnages dans les céramiques de Shigaraki, est la forme de bake-danuki la plus reconnaissable dans l'imaginaire populaire.

Présentation vignette|Tanuki regardant la lune, par Hokusai (1843)|gauche Le terme bake-danuki (化け狸), pouvant se traduire par « tanuki transformiste » ou « monstre-tanuki », désigne aujourd’hui, spécifiquement un tanuki dotés de pouvoirs magiques ou ayant un rapport avec le paranormal et le fantastiqueCertains auteurs, influencés par les sources anglophones, attribuent la dénomination de « tanuki » ainsi que sa dimension fantastique et folklorique, uniquement à l’espèce du chien viverrin japonais (Nyctereutes viverrinus) ou sa sous-espèce type N. v. viverrinus. Mais certaines histoires faisant état de bake-danuki venus de l’étranger, ce genre de précisions zoologiques ne sont généralement par retenues dans les sources japonaises.. Il s’agit d’une dénomination surtout utilisée dans un contexte actuel, dans l’objectif de bien dissocier l’animal des yōkai du folklore. Cela peut concerner une même créature légendaire inspirée du chien viverrin, comme de très nombreuses variantes très différentes selon les régions du Japon n’ayant rien à voir entre elles. Tout comme le renard, la loutre ou encore le singe, le chien viverrin, en tant qu’animal était, par le passé, décrit comme une entités surnaturelle, comparable à d’autres créatures du folklore japonais, comme les kappa et les tengu, 村田哲郎-中村沙給+南宗明+上保利樹+萩野(文)賢一. たぬきの本 里山から街角まで « Le livre du Tanuki ; des villages reculés jusqu’au coin de la rue » . 共和国. 30 avril 2023.. Le nom « tanuki » était donc utilisé pour désigner sans distinction les animaux vivants dotés de pouvoirs extraordinaires, les spectres, les revenants ou encore les divinités. Son image a été popularisé dans des légendes populaires et les contes pour enfant comme Kachi-kachi-yama ou Bunbuku-chagama, ou bien par l’intermédiaire de productions comme les ukiyo-e ou encore sur la forme de statuettes.

Dénominations Au cours de la période Édo, le chien viverrin était désigné par un grand nombre de dénominations qui pouvaient varier selon les localités, et le contexte : Dans le folklore local, le chien viverrin était désigné sous les noms de , et , avec plus ou moins de variations selon les régions Kunio Yanagita (柳田国男), Tanuki et Mujina (狸とムジナ), 「上毛の民俗」煥乎堂, août 1948, Texte en ligne sur Aozora Bunko.. Certaines de ces dénominations pouvait désigner d’autres animaux comme le blaireau japonais, désigné sous le nom de mujina, mais surtout mami dans de nombreuses régions. Cependant, il semblerait que le blaireau en tant que tel n’ai joué aucun rôle prédominent dans le lore autour du bake-danuki. Le , l’un des yōkai ayant le plus influencé le folklore autour du tanuki, était également une dénomination utilisée pour désigner le chien viverrin dans les contrées comprenant le Kansai actuel. Dans la littérature, le bake-danuki possédait des dénominations d’inspirations sino-japonaises comme , ou encore Yumi Aikawa『これでいいのか、にっぽんのうた』Littérature et art Printemps et automne(文藝春秋), 1998、。..

Histoire

Origines et développement de la culture autour du tanuki Des sources historiques anciennes font état de récits évoquant des chiens viverrins usant de pouvoirs magiques comme la métamorphose pour jouer des tours aux humains ou déclencher des phénomènes paranormaux, mais la plupart des folkloristes sont d'accord pour affirmer que la plupart des récits autour de tanukis transformistes, sont issus des récits autour des esprits-renards en Chine, principalement issus de pratiques ésotériques du bouddhisme dans lesquels ils pouvaient être vus comme des forces démoniaques possédant les hommes, ne pouvant être vaincues que par les préceptes bouddhiques. La première mention supposée de l’animal dans la littérature pourrait remonter à la période Nara dans le chapitre du Nihon Shoki parlant du règne de l’impératrice Suiko :

« Au deuxième mois du printemps, il y a des ujina dans le pays de Mutsu »(春二月、陸奥有狢) Dōbutsu Yōkaitan. ., « Ils se changent en Homme et chantent des chansons » (化人以歌) Dōbutsu Yōkaitan. Vol. 2. . Murakami, Kenji (2008). "Yōkai to natta kitsune to tanuki (妖怪となった狐と狸)". In 講談社コミッククリエイト (ed.). Discover Yōkai Nihon Yōkai Daihyakka 妖怪 日本妖怪大百科. KODANSHA Official File Magazine. Vol. 07. Kōdansha. . ..

D’autres mentions d’animaux dotés de pouvoirs de métamorphose apparaissent par la suite dans des classiques tels que le Nihon ryōiki et le Uji shūi monogatari. À cette époque, le chien viverrin était désigné sous le nom de , c'était une créature comparable au renard, dotée de grands pouvoirs magiques contenus dans un magatama dans son estomac, à la manière des renards en Chine et en Corée.

Les premières traces relatives de bake-danuki tels qu'on les perçoit aujourd'hui, remontent à l'époque de Kamakura où le poète Jakuren décrit la créature ainsi : "Seuls les tanukis peuvent battre le tambour dans un vieux temple où les gens ne peuvent même pas sonner la cloche". vignette|Illustration d’un dans le Wakan sansai zue, 1713.L'utilisation de la peau du ventre de l'animal pour confectionner des tambours et des soufflets de forge ou encore battre l'or, était déjà quelque chose d'effectif à cette époque. Mais en règle générale, les récits de tanuki métamorphes resteront relativement inconnus dans la littérature japonaise, jusqu'à la période Edo où ils sont devenus connus dans tout le pays. Difficile de savoir d'où vient cette soudaine popularité, mais certains pensent que les représentations d'animaux et de yōkai auraient eu pour objectif de créer un contre-pouvoir constitué de productions locales contre l'influence des écoles bouddhistes orthodoxes qui se propageaient peu à peu sur tout l’archipel. D'autres auteurs pensent que cette proximité entre tanukis et moines bouddhistes serait due au fait que ces derniers, notamment les moines itinérants, avaient certaine tendance à venir mendier ou obtenir opportunément de la nourriture auprès des habitants des villages qu'ils côtoyaient. En échange de cela, ils pouvaient utiliser leurs connaissances religieuses pour enseigner et impressionner les gens lors de ces interactions たぬきの本 里山から街角まで . , en racontant des récits de renards et de tanukis se transformant. Les récits de bake-danuki permettaient également de se moquer des élites politiques ou des prêcheurs religieux, mais également d'expliquer la présence d'individus au physique ne correspondant pas à la norme nationale à l'époque, comme les yamabushi ou encore les navigateurs occidentaux venu au Japon. Il était alors courant de penser que les bake-danuki pouvaient être en fait, des tanukis originaires du continent asiatique ^ a b c d e f g h Murakami 2011, . Cette représentation si tardive du tanuki, par rapport à d'autres animaux comme le renard, peut s'expliquer par le fait que cet animal est surtout un élément culturel propre au Japon, ce qui fait qu'il apparait peu dans la littérature chinoise. Mais surtout, il s'agit d'un élément de la culture populaire, né de pratiques agricoles, et associé à des pratiques religieuses de bas rang, notamment des traditions ésotériques, comme des variantes du bouddhisme ou encore le shūgendo. Les auteurs de ces récits étaient généralement des personnes ayant peu accès à des moyens d'écriture démocratisés. gauche|vignette|Illustration du récit « mudjina no katakiuchi » dans l'Akahon, 1661, période d’Édo. La figure de l'animal a commencé à apparaître chez le grand public, seulement grâce au développement de l'économie monétaire et de la technique d'impression sur bois, ce qui a permis une plus grande facilité de création et de distribution de documents imprimés destinés aux classes populaires.

De grands centres urbains comme Osaka ou Edo, propices à l’émergence d’une littérature citadine populaire, verront l’apparition de nombreux ouvrages illustrés, comme des encyclopédies ou des albums jeunesse : LAkakohon (赤小本 ; petit livre rouge) publié à Edo entre 1661 et 1681 ayant une histoire titrée sous le nom de , une histoire se voulant comme étant un ancêtre spirituel du célèbre conte kachi-kachi yama, racontant l’histoire d’un mujina se vengeant d’avoir été attrapé par un vieux couple de campagnards, en tuant la vieille dame et en la faisant manger à son mari.

En opposition au renard qui est associé a la sphère religieuse et des élites, la figure du tanuki n'était alors pas vraiment un animal associé à la mythologie japonaise à l'échelle nationale . Il n'est alors sacralisé que dans certaines localités spécifiques. Mais cela n’a pas empêché quelques personnages d’histoires populaires, de faire l’objet d’un culte : dans les régions situées vers le centre de l’archipel japonais, notamment dans la région du kansai ou encore sur l’île de Shikoku, également appelée , de nombreux sanctuaires sont dédiés à des tanukis devenus des divinités. Au Japon, l’on compte trois tanukis plus fameux que les autres : Danzaburō, Shibaemon et Tasaburō.

Le bake-danuki à la fin de la période Édo Avec l'homogénéisation progressive du Japon depuis l’ouverture à la civilisation, la langue nationale s'homogénéisant petit à petit, le bake-danuki dans sa forme actuelle se développera drastiquement durant le et sera un composite d'histoires et de folklores locaux autour des chiens viverrins de différentes régions : de vieilles histoires comme kachi kachi yama et des phénomènes comme le ou le sont devenus populaires et transmis un peu partout sur l'archipel : Par exemple, la légende du mujina transformé en un vieux moine vertueux, doté d’une bouilloire magique transmise dans les régions à l’Est du Japon sera associé aux contes traditionnels issus du centre du Japon dans lesquels des renards et des tanuki se transformaient en bouilloire, formant le concept de Bunbuku Chagama. La fin de la période Édo, verra l’apparition de nombreux autres histoires de tanuki, dont certains ont été déifiés et des sanctuaires ont été construits en leur nom, et font toujours l’objet d’un culte populaire actuellement.

Le terme tanuki ne désignera le chien viverrin pour l’ensemble de la population sur tout le territoire qu’à partir du milieu du , notamment à la suite d'une affaire juridique impliquant la confusions entre les termes tanuki et mujina. Aujourd'hui, le terme  "tanuki" désigne avant tout l'animal, les autres variantes telles que mujina mami ou encore mameda qui désignaient auparavant des entités réelles, désignent aujourd'hui des yōkai du folklore.

Au fil des éditions d’albums à destination de la jeunesse, de l’homogénéisation de la langue et de l’apparition des cultes associés, l’image du tanuki a fini par se lisser au fil du temps, en faisant un animal plus facétieux que dangereux, mais des témoignages faisaient encore état de l’animal comme une créature diabolique au début du .