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Le vin et la religion entretiennent depuis l'antiquité des rapports étroits. Il a été et reste un élément important des pratiques rituelles et sacrificielles. En Grèce antique, il est à la fois l'objet d'un culte et un symbole de la culture. Les Mystères célébrés en l'honneur de Dionysos donnent naissance au théâtre. Rome a des rapports plus conflictuels avec Bacchus, dieu du vin, et les bacchanales. Cette cérémonie religieuse, qui tournait à l'orgie, est un temps interdite. Mais la sacralisation du vin, sang de Dieu, n'intervient qu'à travers le christianisme. Ce qui n'a point été le cas dans la religion juive où il est objet de sacrifice et de bénédiction, ni chez les musulmans, où il est à la fois objet de répulsion et la récompense suprême au paradis.

Dieux grecs antiques

Le vin, breuvage d'exception, a suscité toute une symbolique. Elle est liée à la vigne qui, après avoir donné une abondante vendange, gage de félicité, semble mourir en hiver pour renaître au printemps. Symbole de résurrection et de vie éternelle, le vin qu'elle produit peut être à la fois bienfaisant bu à faible dose et devenir redoutable bu avec excès. Les dieux ou déesses Soma (védique), Spendaramet (arménien), Sabazios (thrace et phrygien), Moloch (syrien), Ammon (libyen), Oratal (arabe)Kilien Stengel, Chronologie de la gastronomie et de l'alimentation, Éd. du Temps, Paris, 2008, , ainsi que Shiva aux Indes, Osiris en Égypte, Gilgamesh à Babylone, Dionysos en Grèce, Fufluns, chez les Étrusques Liber Pater en Italie, Sucellus (latinisé en Silvanus) en Gaule — que les Romains remplacèrent par Bacchus — sont les témoins de cette résurrection et la quête de l'éternité que seule pouvait satisfaire l'ivresse divine.

Dionysies

thumb|Masque théâtral de Dionysos À l'occasion des fêtes de Dionysos ou dionysies, notamment des Grandes Dionysies célébrées annuellement au début du printemps (mais aussi des Lénéennes de décembre, les premières tragédies furent jouées à Athènes.). Elles s'inscrivent dans ce culte à travers des concoursBaldry, .. Le premier concours tragique des Dionysies se situe vers 534, sous Pisistrate, et la première tragédie conservée (Les Perses d'Eschyle) date de 472Jacqueline de Romilly, La Tragédie grecque, PUF, 1970, éd., coll. « Quadrige », 2006., . Si d’un côté le culte de Dionysos est pratiqué déjà depuis des siècles, de l'autre on voit la nécessité de créer un évènement extraordinaire avec une participation collective, afin de véhiculer et d’intégrer les citoyens au nouveau système représenté par la tyrannie. Durant les Dionysies toutes activités de la ville s'arrêtent, et les citoyens sont tous invités à collaborer à l'évènement. Telle est la nécessité de cohésion sociale ; les procédures légales sont interrompues pendant que les prisonniers sont temporairement libérés pour participer aux fêtes.

Cette origine religieuse laisse des traces, comme le nom même du théâtre d'Athènes, dédié à Dionysos, ou encore le mot tragédie, qui semble refléter une signification religieuse. On fait habituellement dériver le grec ancien / de / , « le bouc », et de / , « chanter ». Le mot signifierait donc « chant du bouc »Romilly 1970, et suivantes ; Jean Hatzfeld, Histoire de la Grèce ancienne, rééd. Petite Bibliothèque Payot, 2002, . La signification du mot a ensuite évolué et l'adjectif / ne signifie, à l’ère classique, que « ce qui se rapporte à la tragédie, tragique ». En grec moderne, le terme / , désigne une chanson populaire et le verbe / signifie « chanter ». La notion principale initiale désignant un ensemble de règles de mise en scène a complètement disparu. En revanche, les thèmes développés dans ces / trouvant habituellement le dénouement par la mort sont directement à l'origine de la famille de mots français 'tragédie', 'tragique', etc.. Le terme tragédie pourrait donc désigner une forme de dithyrambe joué par des acteurs déguisés en satyres et vêtus de peaux de boucs, hypothèse reprise par AristotePoétique, 1449a [lire en ligne].. D'autres hypothèses, elles-mêmes défendues par certains auteurs antiquesEusèbe, Chronique, Olympiade 47, 2 ; Horace, Art poétique, 220, [lire en ligne]., voient en cette évocation du bouc la récompense offerte au gagnant du concours, ou la victime d'un sacrifice effectué à cette occasionRomilly 1970, ..

Bacchanales

thumb|Bacchanales thumb|Procession bachique

Les bacchanales sont des fêtes religieuses, liées aux mystères dionysiaques, elles se tiennent en l'honneur de Dionysos-Bacchus, dieu du vin, de l'ivresse et des débordements, notamment sexuels. Inspirées des anciennes fêtes dionysiaques grecques, les cérémonies des bacchanales furent introduites en Italie vers -300, mêlées à d'autres coutumes notamment étrusques. À l'origine ces fêtes sont célébrées en secret parmi les femmes, les 16 et 17 mars. Ces fêtes ont lieu ensuite trois fois par an sous le contrôle de matrones respectables. Elles deviennent publiques et sont célébrées dans toute la Grande-Grèce, en Égypte et principalement à Rome. Elles durent environ 3 à 5 jours en fonction de la région, étant avant tout axées sur des représentations théâtrales faisant office de cérémonie religieuse. Elles servent bientôt de prétexte aux désordres les plus extravagants car elles évoluent en fêtes orgiaques nocturnes de plus en plus fréquentes (jusqu'à 5 fois par mois ?) qui ont souvent mauvaise réputation, du fait de l'ivresse publique et des licences sexuelles qu'elles provoquent.

Les Romains se méfient de ce culte orgiastique semant le désordre. Rome vit toujours dans les cultes à mystères, exigeant le secret de la part des participants, un risque pour l'État. Les hommes y feignent des fureurs sacrées, les femmes déguisées en bacchantes courent au Tibre avec des torches. La secte des initiés est bientôt si nombreuse qu'elle forme presque un peuple (jam prope populum dit Tite-Live). Elle compte parmi ses membres des hommes et des femmes de haut rang. On décide de ne plus admettre aux cérémonies que des jeunes gens âgés de moins de vingt ans, instruments plus dociles lors des orgies initiatiques. Mais le « scandale des Bacchanales » (en 186 av. J.-C.) conduit à une répression du culte. On évalue à le nombre des conjurés qui sont incarcérés, jugés, bannis ou condamnés à mort. Un sénatus-consulte, Senatus Consultum de Bacchanalibus, interdit ce culte durant près d'un siècle et demi. Il est à nouveau autorisé par César.

Libation

thumb|Jeunes filles marchant en file ; la première à gauche porte un thymiaterion (brûleur d'encens), les autres des œnochoés (pichets) et des phiales (bols) pour les libations. Plaque VIII (fig. 57-61) de la frise Sud du Parthénon, vers 447-433 av. notre ère Une libation est un rituel religieux consistant en la présentation d'une boisson en offrande à un dieu, en renversant quelques gouttes sur le sol ou sur un autel. C'est une forme de sacrifice. Il est très pratiqué dans toutes les religions de l'Antiquité, notamment le judaïsme. Genèse, 35. 14.. Dans sa Lettre aux Romains, Ignace d'Antioche compare le martyre des chrétiens à une libation.

Un holocauste est toujours accompagné d'une libation de vin « » : Emil G. Hirsch, Kaufmann Kohler, M. Seligsohn, Isidore Singer Jacob Zallel Lauterbach, Joseph Jacobs, Jewish Encyclopedia, 1901-1906, Sacrifice. Les liquides offerts en libations sont variés, c'était le plus souvent du vin, mais possiblement du lait ou de l'huile d'olive. Les textes grecs anciens font souvent mention de libation (spondè) accompagnée d'une prière ou d'un vœu; C'est ainsi qu'Électre supplie les dieux de venger le meurtre de son père dans Les Choéphores d'Eschyle : « Voici les vœux sur lesquels je verse ici mes libations ».

Cette pratique a longtemps subsisté. Elle est encore pratiquée dans les Balkans, à la fin de la Première Guerre mondiale : G. Drioux, Coutumes funéraires en Macédoine, Bulletin de la société préhistorique française, 1918, Vol. 15, , , sur le site Persée.

Mythologie aztèque

Religions abrahamiques Dans les religions abrahamiques, ce sont l'Ancien Testament pour les juifs et le Nouveau Testament pour les chrétiens (la réunion de ces textes vétérotestamentaires et néotestamentaires étant connue sous le nom de Bible), le Coran pour les musulmans, et les apocryphes bibliques.

Judaïsme thumb|Gustave Moreau, Le Cantique des cantiques, 1853, Dijon, Musée des beaux-arts. Dans la Bible, le vin et la vigne sont cités 443 fois. Ces références vont, dans l'Ancien Testament, de la grappe gigantesque rapportée du pays de Canaan à la consécration du pain et du vin par le Christ au cours de la Cène et, dans le Nouveau Testament, de la transformation de l'eau en vin lors des Noces de Cana à l'ivresse érotique et brûlante du Cantique des cantiques.

Si, dès la Genèse (XLI, 11), le vin est salué comme , il n'en reste pas moins un breuvage redoutable. Le Livre des Proverbes est là pour rappeler : , , , . Car personne ne peut oublier que Loth, ivre, commit l'inceste avec ses filles et que l'ivresse de Noé lui fit découvrir sa nudité devant ses fils. thumb|L'ivresse de NoéChroniques de Nuremberg. Quelques textes apocryphes expliquent que la chute du patriarche a été due à l'intervention de Lucifer, l'ange déchu. Fort naïvement, Noé aurait accepté l'aide du diable pour planter sa vigne après le Déluge. Celui-ci, selon la tradition, commence par faire un sacrifice en immolant un mouton, un lion, un singe et un cochon.

Tout se gâte quand il en asperge le plantier. Face à la surprise du patriarche, Satan explique alors : .

Pour les chrétiens, il faut la venue du Christ pour effacer la soûlerie du premier patriarche de l'humanité. Jésus de Nazareth se présente en disant à ses disciples : et il poursuivit (Jean, XV, 1-5). thumb|Une coupe de Kiddouch sur la table de Chabbat. Le vin joue un grand rôle dans la halakha, les lois et les traditions juives. Le Kiddouch est une bénédiction récitée sur le vin à sanctifier pour le Shabbat ou au cours d'une fête juive comme la Pâque. Durant le séder, c'est une obligation pour les hommes et les femmes de boire quatre coupes de vin. Dans le Tabernacle et dans le Temple de Jérusalem, la libation de vin participait à la fonction sacrificielle. Les vins qui sont alors utilisés, sont cités dans l'Ancien Testament. Il s'agit de ceux du Liban (Livre d'Osée) et des vins de Chelbom et de Dam, qui sont vendus aux foires de Tyr.

Pour les Hébreux le vin est resté une boisson naturelle et quotidienne. Une bénédiction spécifique au vin est prononcée avant d'en boire : Baruch atah Hashem (Adonai) elokeinu melech ha-olam, boray p’ri hagafen, . Le fruit de la vigne étant le raisin, et le fruit du raisin étant le vin. Les textes sacrés, depuis Moïse, y font de telles allusions que ne pas boire de vin provoquait stupeur et indignation ; un abstème pouvait être soupçonné d'être sous l'emprise du démon.

Seule la tribu nomade judaïsée des Rechabites, refusant la culture de la vigne, jette l'interdit sur le vin : (Jérémie, XXXV, 6-7). Le parallèle est net avec les tribus païennes ou judaïsées autour de La Mecque du temps de Mahomet.

Quand la diaspora se dispersa en Europe, la grande opposition avec les chrétiens est la façon de vinifier. Le conflit est récurrent pendant presque un millénaire. Témoin, cette criée faite à Carpentras, le : Louis Stouff, La table provençale. Boire et manger en Provence à la fin du Moyen Âge, Éd. Alain Barthélemy, Avignon, 1996, ..

Christianisme La vigne et le vin dans les Évangiles Si le rôle des dieux de l'Antiquité a été d'apporter le vin aux hommes, l'apparition du christianisme va modifier le rôle du vin qui dès lors devient le sang du Christ.

Les noces de Cana sont un récit tiré du Nouveau Testament. Le miracle du changement de l'eau en vin est présenté comme le premier de Jésus. Évangile selon Jean, 2,1-11.. thumb|Les noces de Cana par Pietro Monaco