Jean-Denis Bredin, né Jean-Denis Hirsch le à Paris et mort le dans la même ville, est un professeur de droit, avocat, écrivain et académicien français.

Biographie Origines et jeunesse Famille Jean-Denis Bredin est issu, par son père, l'industriel Claude Hirsch-Bredin, d’une famille de Juifs alsaciens et, par sa mère, Denise Barry, catholique, de la haute bourgeoisie parisienne...

Dans ses romans à caractère autobiographique, il raconte une enfance partagée entre deux cultures, où d’un côté le travail et la rigueur étaient vertus cardinales, de l’autre primaient l’élégance et le goût pour la culture, la musique. Très jeune, il est marqué par le divorce de ses parents, puis, en 1939, alors qu’il n’a que , par la mort de son père avec lequel il vivait. Il apprendra plus tard que cet homme n'était pas son père biologique. Il évoque rapidement cet épisode, sans vouloir s'étendre sur cette histoire, lors de ses entretiens avec Antoine Garapon en pour France Culture. Jean-Denis Bredin est alors élevé par sa mère, remariée avec l’avocat Jean Lemaire, futur bâtonnier du barreau de Paris. Quand il entre en classe de au lycée Charlemagne, pendant l’Occupation, il est inscrit sous le nom de son beau-père, abandonnant le nom de son père, Hirsch. Par décret du , il obtient de changer définitivement son nom d'origine, prenant celui de sa grand-mère paternelle, Sara Bredin.

Marié avec Danièle Hervier, décédée en 2018, il a deux enfants, Olivier et FrédériqueWho's Who in France, dictionnaire biographique, 1992-1993. Éditions Jacques Lafitte, 1992.

Formation À la fin de ses études secondaires au lycée Charlemagne, il suit un double cursus de lettres et de droit à la Sorbonne. Il est diplômé de la faculté des lettres de Paris (licence, 1949) et de la faculté de droit de Paris (doctorat, 1950).

Il prépare l'agrégation de droit privé, à laquelle il est reçu premier en 1957. Il est alors le plus jeune agrégé de France.

Carrière

Professeur Jean-Denis Bredin est nommé professeur à la faculté de droit de Rennes (1957-1967), à la faculté de droit de Lille (1967-1969), professeur de droit privé à l’université Paris-Dauphine (1969-1971) et enfin professeur à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, où il enseigne plus de vingt ans, jusqu'en 1993.

Il est coauteur du traité Droit du commerce international, en collaboration avec le doyen Loussouarn en 1969.

À partir de 1993, il est professeur émérite à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Avocat Débuts Jean-Denis Bredin n’a que et il est encore mineur lorsqu’il est admis au barreau de Paris, en 1950. Il est désigné premier secrétaire de la conférence du stage l’année suivante. Il installe alors son cabinet chez sa mère.

Il fait son stage au cabinet de Jacques Isorni en compagnie de son demi-frère, Philippe LemaireL’avocat Philippe Lemaire, adversaire acharné de la peine de mort aux côtés de Robert Badinter, est le fils de Jean Lemaire, beau-père de Jean-Denis Bredin. Jean Lemaire a été l’un des défenseurs, avec Jacques Isorni, du Maréchal Pétain..

Isorni avait été l’avocat de Pétain après avoir défendu des communistes devant les Sections spéciales pendant l'Occupation. Il plaidera ensuite pour les inculpés de l'OAS. Jean-Denis Bredin dit de lui : « Ceux qu'il avait défendus, il ne cessait de les aimer, de les exalter. Beaucoup de ses confrères ne le comprirent pas dans cet acharnement passionnel à poursuivre inlassablement sa mission d'avocat. Mais même ceux qui ne l'aimaient pas admiraient son talent et son audace »..

Association avec Robert Badinter et Jean-François Prat Parallèlement à sa carrière de professeur de droit civil à l’université, Jean-Denis Bredin fonde en 1965 avec Robert Badinter le cabinet d'avocats Bredin Badinter. Dans un premier temps, le jeune cabinet s’oriente vers l’arbitrage et le contentieux.

Avec leur enfance marquée par la guerre, leur engagement à gauche, et tous deux agrégés des facultés, Jean-Denis Bredin et Robert Badinter sont plus que de simples associés. « Au palais de justice on ne s’y trompe pas : on les surnomme les Bread and Butter ».

Leur cabinet va défendre de grandes causes et connaître des affaires célèbres : Boussac, talc Morhange, le baron Empain, l'Aga Khan, Chagall. Après la mort de Picasso, Jean-Denis Bredin fait reconnaître la paternité de l’artiste sur ses deux enfants adultérins, Claude et Paloma. À l’issue d’une longue bataille judiciaire, il leur permet d’obtenir leur part d’héritage (1974).

Lorsque Jean-François Prat les rejoint, en 1969, leur cabinet étend son activité au droit des sociétés. En 1981, Robert Badinter est nommé garde des Sceaux par le président Mitterrand, et quitte la structure.

Après sa réorientation vers le droit des affaires, le cabinet Bredin Prat participe à toutes les grandes opérations boursières françaises de 1980 à 2010 (Total-Elf, Sanofi-Aventis…). Bredin Prat intègre deux associés américains, Richard Schepard et Elena Baxter, et développe son activité vers la Chine et les États-Unis.

Avec dans ses bureaux de Paris et Bruxelles, le cabinet Bredin Prat est aujourd'hui considéré comme l'un des cabinets d'affaires français les plus prestigieux.

Plaidoiries Grand spécialiste du droit civil et du droit commercial, Jean-Denis Bredin est également connu pour son intense activité d'avocat plaidant et son engagement pour de grandes causes historiques. Il s'est particulièrement illustré en défendant la mémoire de Guillaume Seznec en 2006 pour sa réhabilitation devant la Cour de révision.

Jeune avocat, il est mandaté par Pierre Bergé pour défendre Yves Saint-Laurent contre son licenciement par Dior. Aux assises, il défend des militants du FLNC impliqués dans l’attentat contre le château de la belle-famille de Jean d’Ormesson en 1978. Il est aussi l’un des premiers avocats de Luc Tangorre.

Jean-Denis Bredin plaide pour le couple Fabius contre l’hebdomadaire Minute ainsi que pour Bertrand Poirot-Delpech, attaqué en diffamation par Roland Gaucher qu’il avait qualifié de SS. Il est l’avocat du musée du Louvre et de son conservateur en chef, Pierre Rosenberg. Il défend Michaël Levinas dans la succession d’Emmanuel Levinas.

Il plaide également pour Bernard Arnault et Jean-Luc Lagardère. Il est l’avocat de la Générale des Eaux et plaide dans les affaires Alcatel et Cogedim.

En 2007, il est l'avocat du juge d'instruction Renaud van Ruymbeke, entendu par le Conseil supérieur de la magistrature dans l'affaire Clearstream. Les poursuites contre le juge sont abandonnées en 2012.

À partir de 1977, il rejoint l’avocat Jean-François Le Forsonney pour la révision de la condamnation de Christian Ranucci ; avec lui, il dépose une première requête le Alain Dugrand, « Ranucci : pour la révision du procès - Un entretien avec M Jean-Denis Bredin », Gang, novembre 1979., laquelle sera rejetée ainsi que les suivantesAssociated Press, « Le Pull-over rouge : pas de révision du procès Ranucci », 30 novembre 1991.. Avec son confrère Yves Baudelot, il défend Dany Leprince contre la France devant la Cour européenne des droits de l’Homme en 2011.

Jean-Denis Bredin écrit beaucoup sur l'art de l'éloquence et sur la profession d'avocat. On retiendra notamment Convaincre, Dialogue sur l'éloquence en collaboration avec Thierry Lévy (Odile Jacob, 1997).

Arbitre Jean-Denis Bredin exerce de nombreuses fois en qualité d’arbitre, y compris dans des affaires majeures. Il est notamment choisi par le gouvernement français pour le règlement des suites de l’affaire Greenpeace face à la Nouvelle-Zélande, obligeant la France à verser des dommages et intérêts en réparation de l’exfiltration des prisonniers.

Sous la présidence de l’ancien ministre espagnol José Pédro Perez-Llorca, il rend une sentence en 1996 condamnant Thomson dans un volet de l’affaire des frégates de Taïwan.

En 2007, Jean-Denis Bredin est désigné arbitre dans la procédure contestée entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie. La sentence allouant à Bernard Tapie la somme de d’euros de dommages et intérêts fait l’objet d’une vive polémique en raison des liens qu’avait entretenus le troisième arbitre, le magistrat Pierre Estoup, avec Bernard Tapie.

À l’instar de l’ancien président du Conseil constitutionnel Pierre Mazeaud, co-arbitre, Jean-Denis Bredin voit son domicile perquisitionné et il est entendu sous le statut de témoin assisté. À l’issue de l’enquête, Jean-Denis Bredin et Pierre Mazeaud ressortent totalement innocentés, l’escroquerie à l’arbitrage en bande organisée ne visant finalement, aux yeux des juges, que Bernard Tapie, Pierre Estoup et Maurice Lantourne. À la fin du procès, les différents prévenus sont tous relaxés. Seule l’ancienne ministre de l’Économie, Christine Lagarde, est condamnée pour négligence parce qu’elle n’a pas contesté la sentence.

Vie publique et politique

Engagement au MRG Jean-Denis Bredin s’engage, après les événements de , dans la vie politique. Il travaille avec Edgar Faure (Parti radical), alors ministre de l’Éducation nationale, à la réforme de l'enseignement supérieur.

Il participe à la rédaction de la loi d'orientation de l'enseignement universitaire, qui marque une rupture dans l'enseignement français en intégrant des revendications de et qui est adoptée à une large majorité.

Jean-Denis Bredin rejoint le comité du Nouveau Contrat social, créé par Faure en 1970, puis il adhère au Mouvement des radicaux de gauche (MRG), dont il devient vice-président de à 1980.

Rapports sur le cinéma et l'audiovisuel En 1978, il publie Éclats, dialogue avec Jack Lang sur la place de l’art dans la culture. Le texte est annoté par l’homme de théâtre Antoine Vitez.

En , Jack Lang lui confie la présidence de la Commission sur la réforme du cinéma. Le rapport Bredin insiste sur la nécessité de préserver le caractère « artisanal » du cinéma français face à l’industrie du cinéma américain, suggérant une politique du film favorable à la diversité et au pluralisme de la création.. Ce rapport est bien accueilli par la commission des Affaires culturelles du Sénat, qui le décrit en ces mots : « Mais, outre que ce rapport est bien écrit — ce qui n'est pas si fréquent — et qu'il comporte des analyses souvent très fines (par exemple sur les relations entre le cinéma et la télévision), on peut considérer ce travail comme le plus riche et le plus complet qui ait été rédigé ces dernières années sur l’industrie et l'art du cinéma ».

À la même époque, il est vice-président, avec François-Régis Bastide, de la Commission d'orientation et de réflexion sur l'audiovisuel, dite « Commission Moinot »Pierre Moinot, ancien conseiller d’André Malraux préside cette commission.. Le travail de cette commission sert à l’élaboration de la loi sur la communication audiovisuelle, adoptée le , qui met fin au monopole d’État et crée la Haute autorité (devenue le CSA). En 1983, il est sollicité par trois ministères pour un rapport sur le thème spécifique de l’enseignement du cinéma, le « deuxième rapport Bredin ». Il propose une vaste refonte de l’offre de formation en encourageant notamment le développement d’un Institut supérieur national (future FEMIS), l’enseignement dans les lycées mais aussi la création de véritables diplômes universitaires.

À la demande de François Mitterrand, il rédige en 1985 un rapport sur les nouvelles télévisions hertziennes. Ce rapport remis au Premier ministre se prononce en faveur de la création télévisuelle et admet le principe de télévisions privées.

De 1982 à 1986, il est président du conseil d'administration de la Bibliothèque nationale.

De 1993 à 1997, il préside l'Institut Pierre-Mendès-France.

Tribunes Au-delà de son œuvre d'écrivain, Jean-Denis Bredin prend régulièrement position lors des débats de société qui animent la vie intellectuelle française. La justice et les libertés sont ses sujets de prédilection.