thumb|264px|right|Représentation de Chicard extraite d'un ouvrage signé Chicard et Balochard, Paris 1841 Physiologie des bals de Paris par Chicard et Balochard, dessins par MM. Lacoste et Kolb, éditeur : Desloges, Paris 1841, page 96.. thumb|right|187px|Dédicace du quadrille Monsieur Chicard par Auguste Desblins.
Le Père Chicard . ou, simplement, Chicard est un personnage de carnaval se livrant à des danses grotesques dans les bals masqués, en vogue dans la deuxième partie du [consulté le ].. Le personnage doit son nom au surnom de son créateur, Alexandre Lévêque ..
Chicard, Balochard, Pritchard étaient dans les années 1830-1850 des célébrités du carnaval de Paris. Il y en eut d'autres à la même époque comme Rosita qu'on appela ensuite la reine Pomaré, Céleste Mogador et Milord l'Arsouille. Tous ces noms étaient des sobriquets. Toutes ces célébrités, excepté Milord l'Arsouille, étaient d'abord et avant tout estimées et remarquées pour leur extraordinaire talent de danseur et animateur de bals du Carnaval de Paris.
Plusieurs de ces sobriquets ont été imaginés en référence à l'actualité politique de l'époque : la reine Pomaré et Pritchard font référence à l'affaire Pritchard et à la reine Pomare IV qui fut concernée par celle-ci en 1844. Céleste Mogador reçut son nom de Mogador à la suite du bombardement et de la prise de la ville par les Français le 15 août 1844.
Chicard qu'on retrouve aussi appelé Monsieur Chicard était un marchand en cuirs de la rue Quincampoix nommé Levesque. Il inventa son costume, sa propre chorégraphie et organisait son bal de carnaval sur invitations, le très fameux bal Chicard.
Chicard eut des émules et disciples. Pour dire danser à la manière de Chicard on inventa un verbe : chicarderLarchey, en 1865 indique le sens du mot « Chicarder : Danser le pas chicard. » On lit chez E. Deriège : « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières. ».
Le costume de Chicard se composait d'un bizarre assemblage d’objets hétéroclites, dont le fond était formé le plus souvent d'un casque à plumet colossal. Un ouvrage datant de 1841 signé par Chicard et Balochard sur les bals du Carnaval de Paris appelle ce casque un « casque de débardeurPhysiologie des bals de Paris par Chicard et Balochard, Desloges éditeur, Paris 1841, pages 53 et 66. ». À celui-ci s'ajoutaient blouse de flanelle, bottes fortes et gants à manchette de buffleLa profession de marchands en cuirs de Levesque est peut-être illustrée ici par ce détail vestimentaire.. Le reste des accessoires variait à l’infini. Ce costume inventé par Levesque, du fait de son chic lui valut d'être baptisé « Chicard ».
Le costume de Balochard était une variété de celui de Chicard, avec un feutre défoncé à la place du casqueSource :..
Le costume de Chicard et celui de Balochard distinguaient deux sociétés festives et carnavalesques parisiennes : les chicards et les balochards. Ces émules de Chicard et Balochard jouèrent un grand rôle d'animation du Carnaval de Paris au côté d'autres sociétés comme les badouillards, flambards et braillards.
Il existait un costume de pritchard. Le fait est attesté par un texte de 1850 sur le Carnaval de ParisLouis Huart, Le Bal Musard, Bibliothèque pour rire, Paris 1850, page 5. :
Il est un costume encore plus dangereux que celui de Taïtien ou de Pritchard, et nous engageons bien vivement les amateurs de travestissements excentriques à s'en méfier, — c'est une peau d'ours, de loup ou autre tigre quelconque.
Il ne semble pas qu'il exista une société festive et carnavalesque des pritchards.
La carrière de Chicard s'est déroulée de 1830 à 1850. Beaucoup d'écrits furent rédigés à son propos et même un quadrille burlesque baptisé : « Monsieur Chicard » fut composé par Auguste Desblins, chef d'orchestre des bals du Wauxhall. Ce quadrille est dédié à Monsieur Balochard.
Gavarni a dessiné un album intitulé : « Souvenirs du bal Chicard » . Son portrait de Chicard orne la couverture de l'édition imprimée du quadrille de Auguste Desblins.
En janvier 1844, Le Journal des artistes déforme le nom de Chicard en « Chicandard », en en faisant par la même occasion un nom commun. À propos du Carnaval de Paris, il parle des chicandardsExtrait de la Chronique théâtrale, Journal des artistes, Revue pittoresque consacrée aux artistes et aux gens du monde, XVIII année, volume I, N°1, 7 janvier 1844, page 11. :
Pourquoi les années se suivent-elles en se ressemblant toujours ? En effet, au carnaval, tous les directeurs vont nous offrir des parades dans lesquelles, au lieu d'esprit, nous aurons l'argot des bals Musard débité par les balochards, les chicandards et les débardeurs. Le tout terminé par un inévitable cancan avec accompagnements de gestes qui ne seraient pas tolérés à la Grande-Chaumière.
Le Chicard vu par Taxile Delord en 1840 thumb|264px|right|Chicard devant la foule parisienne en CarnavalDessin de Henri Emy extrait du livre anonyme Physiologie de l'Opéra, du Carnaval, du Cancan et de la Cachucha, par un vilain masque., Paris 1842.. thumb|234px|left|Chicard vu par GavarniDessin d'après Gavarni ornant la couverture de la partition du quadrille burlesque pour le piano de Auguste Desblins Monsieur Chicard.. thumb|234px|left|Balochard vu par GavarniIllustration de : Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle. Louis Curmer éditeur, Paris, 1840, tome 2.. thumb|264px|right|Balochard astronome découvre l'étoile de Musard, par Cham 1851. Texte où il est également parlé de Balochard, extrait de l'ouvrage Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième sièclePages 361 à 376 du tome deuxième de : Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle. Louis Curmer éditeur, Paris, 1840. Ce texte intitulé Le Chicard est illustré par 11 dessins de Gavarni. :
Toutes les époques ont dansé : l’ère hébraïque, l’ère romaine, l’ère française ; David, Néron, Louis XIV. Après les rois, les peuples ; quel peuple, quel pôle civilisé n’a pas sa danse individuelle et caractéristique, sa bourrée, sa tarentelle, sa gigue ou son fandango ? Paris seul, jusqu’à présent était sans type de danse, sans chorégraphie inter-nationale, et primesautière. Paris ne dansais pas, il bâillait ; témoin les raouts de l’hiver dernier, et probablement ceux de l’hiver futur. – C’est au point que les invitations pour une contredanse se formulaient ainsi : « Madame me fera-t-elle l’honneur de marcher avec moi ? » Heureusement « un homme s’est rencontré, d’une profondeur de génie incroyable, » comme aurait pu dire Bossuet. Ce génie profond, ce pseudonyme incomparable, est aujourd’hui essentiellement populaire et trop haut monté dans l’opinion publique et les bals masqués, pour que nous ne lui ouvrions pas à deux battants la case la plus exceptionnelle de notre musée. Chicard est Français de cœur, sinon de grammaire, et bien qu’il ne soit pas encore du dictionnaire de l’Académie ; mais il en sera, pour peu que la prochaine édition ait lieu dans le carnaval. En attendant, célébrons-le, comme le plus divertissant, le plus comique et le plus populaire barbarisme de l’époque.
Après tout, que faut-il à l’homme de génie ? un moule. Bonaparte a eu pour moule la colonne, l’Anglais Brummel les cravates les plus empesées du siècle, M. Van Amburgh la gueule de son lion. Chicard, lui, s’est coulé et infusé tout entier dans le moule-carnaval. Là où tant d’autres, des profanes, des plagiaires, n’avaient vu que matière à entrechats et à police correctionnelle, il voit, lui, foudre de danse, regard d’aigle, matière à ovation, royauté vivante à improviser et à conquérir. Honneur à lui ! il a créé une dynastie, il a sa phalange, ses affidés, ses chicards présomptifs, bande joyeuse, carnaval effréné qui ne fait qu’un pas depuis le premier entrechat masqué, jusqu’à la dernière saint-simonienne de la mi-carême.
Le chicard est donc bien plus qu’un masque, c’est un type, un caractère, une personnalité. Ce n’est que pendant le carnaval qu’on peut observer le chicard ; le reste de l’année, il rentre plus ou moins dans la catégorie du viveur. Selon son rang, son état ou sa fortune, il fréquente la Chaumière, le Ranelagh ou le Chalet ; il est étudiant, dandy ou clerc de notaire ; commis, ou négociant de peaux de lapins. C’est un homme qui ressemble à tous les autres hommes ; n’allez pas cependant le confondre avec le commis voyageur. Le vrai chicard ne vit que trois jours chaque année ; c’est une chrysalide qui brise son écorce. C’est un papillon qui meurt pour s’être trop approché des lustres du bal masqué.
Mais certaines personnes, qui ne connaissent le carnaval que par le stationnaire domino, seraient peut-être en droit de nous dire : – Après tout, qu’est-ce que le roi de tout ce peuple, qu’est-ce que la racine de tous ces adjectifs, expliquez-nous chicard, où est chicard ? Quel est ce mythe, ce symbole, cette allégorie, ce miracle ? Chicard, est-ce un être fictif comme Bouginier, ou comme Credeville ? est-ce un évangile comme l’abbé Châtel ? est-ce un obélisque comme M. Lebas ? est-ce un tilbury comme M. Duponchel ? Arrêtez, allez au bal, j’entends le bal où l’on ne danse pas, mais où l’on roule et tourbillonne ; là vous le verrez, ou plutôt vous ne le verrez pas ; mais vous le devinerez ; on vous en montrera dix, et ce ne sera pas lui ; enfin, au milieu d’un cercle de curieux, d’une avalanche de pierrots, de débardeurs, de corsaires, vous découvrirez une pantomime sublime, des poses merveilleuses, irréprochables au point de vue de la grâce, des mœurs et du garde municipal. Callot et Hoffmann, Hogarth et Breughel, tous les fous célèbres réunis, des prunelles dévorantes, une force comique incalculable, Sathaniel en habit de masque, un costume ou une furie qui résume les physionomies dansantes de tous les peuples, le punch des Anglais, le pulcinella napolitain, le gracioso espagnol, l’alméedes Orientaux ; et nous Français, nous seuls manquions jusqu’à ce jour d’un mérite de ce genre : mais aujourd’hui cette lacune est comblée ; Chicard existe, c’est un primitif, c’est une racine, c’est un règne. Chicard a créé chicandard, chicarder, chicander ; l’étymologie est complète.
Il est donc certain que sous cette reliure bouffonne, et ce diadème de grelots, la nature a caché un des génies les plus complets et les plus profonds de l’époque. Assurément on ne mérite pas d’être modelé toutes les minutes, d’avoir à chaque pose, à chaque évolution vertébrale et chorégraphique, le sort de l’Apollon du Belvédère, sans avoir en soi une puissance qui, pour se révéler par des allégories d’attitude, n’en suppose pas moins une organisation phrénologique supérieure. On ne révolutionne pas les cinq unités de la danse, on ne suspend pas tout un bal masqué à son geste, avec des facultés roturières et normales. On vante beaucoup Napoléon pour avoir détruit le vieux système de circonvallation de l’archiduc Charles ; l’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard, a modifié complètement la chorégraphie française ; il a dénaturé les pastourelles, métamorphosé les poules, septembrisé les trénis, ou, pour mieux dire, il a repétri ces antiques figures à son image, il a créé sa contredanse-chicard, cette danse modèle tour à tour anacréontique, macaronique ou macabre ; ce n’est ni Marcel, ni Vestris, ni MazurierCélèbre mime., tout chez lui est renouvelé et entièrement renaissance ; balancés, en avant deux, queue du chat, tours de main, c’est chicard ! les entrechats de Paul lui-même, ce zéphyr qui montait si haut dans les frises de l’Opéra, s’agenouilleraient devant lui.