La présidence de James Madison débuta le , date de l'investiture de James Madison en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti républicain-démocrate, Madison accéda à la présidence après avoir remporté l'élection présidentielle de 1808 par une confortable avance sur son adversaire fédéraliste Charles Cotesworth Pinckney. Quatre ans plus tard, il fut réélu face à DeWitt Clinton mais avec une marge plus réduite. Son mandat fut essentiellement marqué par la guerre de 1812 contre le Royaume-Uni. Son secrétaire d'État James Monroe lui succéda à la Maison-Blanche.
La présidence de Madison fut en grande partie conditionnée par le déroulement des guerres napoléoniennes sur le continent européen. Les marchands américains avaient initialement profité de ce conflit en intensifiant leurs activités maritimes mais les Anglais et les Français commencèrent à s'en prendre aux navires américains afin de mettre un coup d'arrêt aux échanges commerciaux. En réponse aux attaques perpétrées par la marine anglaise sur la navigation américaine et à la méthode de la « presse » utilisée par la Grande-Bretagne dans le recrutement de ses équipages, les États-Unis déclarèrent la guerre au Royaume-Uni en 1812. La préparation américaine dans ce conflit fut désastreuse car le pays ne disposait pas des moyens militaires ou financiers suffisants et ses troupes échouèrent à conquérir le Canada. En 1814, les Britanniques s'emparèrent de Washington et incendièrent la Maison-Blanche ainsi que le Capitole.
Les États-Unis remportèrent toutefois plusieurs combats navals et écrasèrent la révolte des tribus amérindiennes alliées aux Anglais. Peu après la bataille de la Nouvelle-Orléans, qui se solda par une victoire décisive de l'armée américaine, les hostilités prirent fin avec la ratification du traité de Gand. Alors que ce dernier rétablissait une forme de statu quo entre les belligérants, le contexte dans lequel se déroula la signature du traité persuada de nombreux Américains que leur pays était le grand vainqueur de la guerre et la popularité de Madison monta en flèche. Le Parti fédéraliste déclina fortement sur la scène politique nationale après l'issue victorieuse de la guerre de 1812, à laquelle il s'était opposé.
Madison était entré en fonction avec l'intention de préserver l'héritage politique de son prédécesseur, Thomas Jefferson, qui prônait un interventionnisme limité du gouvernement fédéral. Néanmoins, en raison de la guerre, Madison se montra de plus en plus partisan d'une augmentation des droits de douane et des dépenses militaires et soutint la création de la deuxième banque des États-Unis. Malgré l'opposition des constitutionnalistes radicaux comme John Randolph, une grande partie de son programme d'après-guerre fut adoptée. Madison était très populaire au moment de quitter ses fonctions et son successeur désigné, James Monroe, fut élu sans grande difficulté. En dépit de sa gestion controversée de la guerre de 1812, Madison est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président supérieur à la moyenne.
Élection présidentielle de 1808
vignette|Résultats de l'élection présidentielle de 1808.
Le deuxième mandat de Thomas Jefferson en tant que président des États-Unis touchant à sa fin, et sitôt connue la décision de Jefferson de se retirer des affaires politiques, James Madison émergea comme le principal candidat du Parti démocrate-républicain en vue de l'élection présidentielle de 1808. La candidature de Madison fut cependant contestée en interne par le représentant John Randolph, chef d'un groupe démocrate-républicain appelé les tertium quids qui s'opposait régulièrement aux politiques mises en œuvre par Jefferson. Une autre faction du parti soutint la candidature du vice-président sortant George Clinton.
Lors du caucus du nomination au Congrès, Madison battit Clinton et le candidat présenté par les tertium quids, James Monroe.. Le Parti fédéraliste avait vu son influence décliner partout en dehors de la Nouvelle-Angleterre et Madison remporta facilement l'élection générale face à son candidat Charles Cotesworth Pinckney. Madison récolta 122 voix contre 47 à Pinckney et 6 à Clinton. Ce dernier fut aisément réélu à la vice-présidence contre son adversaire fédéraliste Rufus King.. Les débats tournèrent essentiellement autour de l’Embargo Act of 1807 qui avait décrété un embargo sur tous les navires allant ou venant dans les ports américains. L'interdiction des exportations mit à mal l'économie du pays et raviva l'opposition fédéraliste, particulièrement en Nouvelle-Angleterre qui était fortement tributaire du commerce.
Composition du gouvernement
Lors de son arrivée au pouvoir en 1809, Madison déclencha une vaste polémique en annonçant son intention de nommer le secrétaire au Trésor Albert Gallatin au poste de secrétaire d'État. Madison décida de ne pas se disputer avec le Congrès au sujet de cette nomination mais il conserva tout de même Gallatin, qui avait servi sous la précédente administration Jefferson, à la tête du département du Trésor. Suisse d'origine et homme politique talentueux, Gallatin fut à la fois le confident et le principal conseiller de Madison et il joua un rôle essentiel dans la mise en oeuvre de son programme politique. Les autres membres du gouvernement furent choisis davantage sur la base de leur loyauté et de la nécessité d'équilibrer géographiquement le cabinet qu'en fonction de leurs compétences réelles et ils ne jouèrent qu'un rôle réduit au sein de l'administration. La seule expérience militaire du secrétaire à la Guerre William Eustis était d'avoir servi comme chirurgien pendant la guerre d'indépendance américaine tandis que le secrétaire à la Marine Paul Hamilton était un alcoolique. À la demande de l'influent sénateur Samuel Smith, Madison se résigna à nommer le frère de ce dernier, Robert Smith, en tant que secrétaire d'État, bien que le président n'eût aucune affection pour les deux hommes. De son côté, le vice-président Clinton s'activa en sous-main à saper le travail de l'administration. Devant composer avec un gouvernement rempli d'individus dont il se méfiait, Madison ne se réunissait que rarement avec son cabinet et préférait s'entretenir seul-à-seul avec Gallatin.
En mauvais termes avec Gallatin, Smith fut renvoyé en 1811 au profit de James Monroe, qui s'affirma comme une figure majeure de l'administration. Après la réélection de Madison, de nouvelles personnalités intégrèrent le cabinet : Hamilton fut remplacé par William Jones et Eustis par John Armstrong, Jr., à la consternation de Monroe qui détestait Armstrong. Pendant la guerre de 1812, Gallatin fut envoyé comme ambassadeur de la paix en Europe et fut provisoirement remplacé au Trésor par Jones, puis par George W. Campbell et enfin par Alexander J. Dallas. Madison, exaspéré par les déboires d'Armstrong à la tête du ministère de la Guerre, le congédia et offrit son poste à Monroe. Richard Rush, Benjamin Crowninshield et Dallas rejoignirent à leur tour le cabinet en 1814 et celui-ci put fonctionner pour la première fois de manière efficace et harmonieuse.
vignette|Le président Madison dans son cabinet de travail.
Cabinet MadisonFonctionNomDatesPrésidentJames Madison1809-1817Vice-présidentGeorge Clinton1809-1812 Elbridge Gerry1813-1814Secrétaire d'ÉtatRobert Smith1809-1811 James Monroe1811-1817Secrétaire au TrésorAlbert Gallatin1809-1814 George W. Campbell1814 Alexander J. Dallas1814-1816 William H. Crawford1816-1817Secrétaire à la GuerreWilliam Eustis1809-1813 John Armstrong, Jr.1813-1814 James Monroe1814-1815 William H. Crawford1815-1816 George Graham1816-1817Procureur généralCaesar A. Rodney1809-1811 William Pinkney1811-1814 Richard Rush1814-1817Secrétaire à la MarinePaul Hamilton1809-1813 William Jones1813-1814 Benjamin W. Crowninshield1814-1817
Nominations judiciaires
Madison nomma deux juges à la Cour suprême sous sa présidence. Une première vacance se produisit à la fin de l'année 1810 avec la mort du juge associé William Cushing. Étant donné que les juges de la Cour suprême étaient souvent amenés, à l'époque, à se déplacer dans différents districts pour y exercer leurs fonctions de magistrat ― en vertu de la pratique du circuit riding ―, Madison était dans l'obligation de remplacer Cushing, qui vivait dans le Massachusetts, par un individu originaire de Nouvelle-Angleterre. Cependant, les éventuels candidats locaux dont le positionnement politique et idéologique était semblable à celui de Cushing n'étaient pas très nombreux. Sur la recommandation de Jefferson, Madison offrit tout d'abord le poste à l'ancien procureur général Levi Lincoln, mais celui-ci refusa en raison d'une santé fragile. Le président se tourna alors vers Alexander Wolcott, proche des républicains-démocrates, mais la nomination de ce dernier fut rejetée par le Sénat. Un troisième candidat, l'ambassadeur américain en Russie John Quincy Adams, déclina également la proposition afin de ne pas compromettre ses ambitions présidentielles. En dépit des objections de Jefferson, Madison jeta finalement son dévolu sur Joseph Story, un jeune avocat républicain-démocrate qui avait voté contre les lois sur l'embargo au cours de son unique mandat à la Chambre des représentants. Le Sénat approuva le choix de Story et celui-ci siégea à la Cour jusqu'en 1845. En 1811, Madison dut trouver un nouveau juge pour combler la mort de Samuel Chase ; il proposa le nom de Gabriel Duvall le . Le Sénat ratifia la décision du président le 18 et Duvall prit ses fonctions le même jour. Toutefois, contrairement aux espérances de Jefferson et de Madison qui souhaitaient diminuer l'influence du juge en chef John Marshall au sein de la Cour, les nominations de Madison ne modifièrent pas les tendances fédéralistes de l'institution.
De 1809 à 1812
Politiques économiques d'avant-guerre
vignette|La Première banque des États-Unis à Philadelphie. Gravure de Thomas Birch, 1799.
Madison se plaça d'emblée en continuateur de la politique de Jefferson. Dans son discours d'investiture, il préconisa une baisse des impôts et une réduction de la dette nationale. L'une des questions les plus urgentes auxquelles Madison fut confronté à son entrée en fonction était celle de la First Bank of the United States, dont la charte accordée pour vingt ans devait arriver à échéance en 1811. Un autre enjeu majeur était l'économie qui était entrée en déclin à la fin de la présidence de Jefferson. Gallatin était favorable au renouvellement de la charte de la banque puisque cette dernière était une source de capitaux importante ainsi qu'un endroit sûr pour déposer les fonds du gouvernement, surtout en période de difficultés économiques. Cependant, la majorité des républicains-démocrates étaient hostiles à la First Bank dont la mission avait été, selon eux, dénaturée au profit des élites citadines. Madison ne prit aucune position tranchée sur le sujet et le Congrès laissa la charte de la banque arriver à son terme. Au cours des cinq années suivantes, le nombre de banques à charte d'État fit plus que tripler, nombre d'entre elles émettant leurs propres billets de banque. Ces billets occupèrent rapidement un rôle central dans le système monétaire américain car le gouvernement fédéral n'émettait pas de monnaie papier à cette époque.
Floride occidentale