Le corbeau – sans référence à une espèce en particulier – a une influence considérable sur la culture humaine, puisqu'il est présent aussi bien dans les mythes et contes traditionnels amérindiens nord-américains, sibériens ou nordiques que dans les légendes et la littérature de toutes les époques. Il y joue le plus souvent un rôle de fripon, de héros, ou contribue par sa ruse à la création de l'homme. Chez les Inuits, le même mot désigne le corbeau et l'esprit des corbeaux réels.

Au fil du temps, l'oiseau acquiert une mauvaise réputation à cause de son plumage noir, de son cri rauque et de sa nécrophagie, en particulier dans l'Europe chrétienne, ce qui se traduit par une diabolisation progressive et une réputation d'« oiseau de mauvais augure ».

La plupart des références culturelles se rapportent à l'espèce commune, le Grand Corbeau (Corvus corax), mais il peut aussi se confondre avec la corneille. Sa symbolique a notamment intéressé l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, qui suggère une hypothèse structuraliste, selon laquelle le corbeau, tout comme le coyote, a obtenu un statut mythique parce qu'il était considéré comme un médiateur entre la vie et la mort.

Europe Mythologie nordique vignette|Les deux corbeaux Hugin et Munin perchés sur les épaules d'Odin.

Le corbeau dans l'iconographie viking Les Vikings utilisaient beaucoup l'image du corbeau, par exemple comme symbole sur leurs voiles. Ragnar Lodbrok avait une bannière nommée « Reafan » brodée de l'image de cet oiseau: selon la légende, si la bannière flottait au vent, Lodbrok serait victorieux, mais si le drapeau pendait sans mouvement, la bataille serait perdue. Le roi Harald Hardrada possédait aussi une bannière illustrée d'un corbeau appelée Landeythan. De telles bannières étaient également utilisées par de nombreux Vikings, comme les comtes des Orcades et le roi Knut II de Danemark.

Un corbeau est représenté sur le côté droit des armoiries de l'Île de Man, ancienne colonie viking, et l'oiseau apparaît également dans le folklore local. Il était désigné par le mot hraefn en vieil anglais, hrafn en vieux norrois. Ce mot était utilisé fréquemment dans les périphrases des kennings célébrant les batailles et les effusions de sang, et plusieurs anthroponymes norrois en dérivait, comme HrafnE.g., Gunnlaugs saga passim ; Reykdaela saga, § 13., HrafnkelE.g., Hrafnkels saga passim. et HrafnhildE.g., Ketils saga hœngs, § 3..

Les corbeaux d'Odin Dans la mythologie nordique, les corbeaux Hugin et Munin sont assis sur les épaules du dieu Odin et lui rapportent tout ce qu'ils voient et entendent. Hugin représente la réflexion – au sens de « pensée » et de « reflet » –, tandis que Munin représente la mémoire. Odin les envoie chaque jour, au temps du petit-déjeuner (at dǫgurðarmáli), voler autour du monde afin de savoir ce qui s'y passe.

Le corbeau et la mort Charognards, les corbeaux parcouraient les champs de bataille et se posaient sur les gibets pour s'attaquer, entre autres, aux organes fragiles et exposés des corps humains (blessures des soldats morts, yeux, entrailles et cervelle des cadavres), comme le rappelle un vers du poème la Ballade des pendus de François Villon publié en 1489.. Ce mode d'alimentation leur vaut d'être souvent associés aux morts et aux âmes perdues. Dans plusieurs cultures occidentales, les corbeaux ont aussi été considérés comme étant de mauvais augure, en partie à cause du symbolisme négatif de leur plumage noir, couleur du deuil. Ainsi, en Suède, les corbeaux représentent les fantômes des personnes assassinées et, en Allemagne, ils représentent les âmes des damnés.

Durant le premier millénaire de l'ère chrétienne, le corbeau est également pour les peuples nordiques et celtiques un animal psychopompe, c'est-à-dire capable de guider les âmes des défunts dans la mort. Une tradition répandue explique ainsi qu'un corbeau se posant sur l'épaule droite d'un mort le guidera vers le paradis, et vers l'enfer s'il se pose sur l'épaule gauche. Des bijoux ou des statuettes figurant l'animal ont ainsi été retrouvés dans nombre de sépultures viking, et même parfois de véritables crânes de corbeaux, comme dans une tombe datée du IXe ou du Xe siècle de la grande nécropole de Lindholm Høje au Danemark.

Mythologie celtique vignette|gauche|Cúchulainn conduit son char vers la bataille. Illustration de Joseph Christian Leyendecker, 1911. Dans la mythologie celtique irlandaise, les corbeaux sont associés à la guerre et aux champs de bataille sous les représentations de Badb et Morrigan. C'est après avoir revêtu l'apparence d'un corbeau que la déesse Morrígan se serait posée sur l'épaule du héros Cúchulainn après la mort de celui-ci.

D'autres mythes celtiques des Îles Britanniques rapportent que les corbeaux étaient associés au dieu gallois Bran le Béni, frère de Branwen, dont le nom se traduit par « corbeau ». Il est représenté comme un géant, et les récits des Mabinogion font de lui le roi des Bretons. Selon ces récits, la tête de Bran fut enterrée sur la colline blanche de Londres comme talisman contre les invasionsLes Quatre Branches du Mabinogi, traduit du moyen gallois, présenté et annoté par Pierre-Yves Lambert, Paris, éditions Gallimard, coll. « L'aube des peuples », 1993 .. Plusieurs autres héros de la mythologie celtique galloise partagent son nom.

Les corbeaux occupent une place importante dans le texte du ou , Le Songe de Rhonabwy en tant qu'armée de Owain mab Urien, un chevalier du roi Arthur.

Durant le premier millénaire de l'ère chrétienne, le corbeau est également pour les peuples nordiques et celtiques un animal psychopompe, c'est-à-dire capable de guider les âmes des défunts vers le paradis ou l'enfer. Une tradition répandue explique ainsi qu'un corbeau se posant sur l'épaule droite d'un mort le guidera vers le paradis, et vers l'enfer s'il se pose sur l'épaule gauche.

Mythologie grecque vignette|Apollon citharède versant une libation face à un oiseau noir – peut-être un corbeau. Médaillon d'un kylix attique à figures blanches provenant de Delphes. Dans la mythologie grecque, Apollon fut un jour si amoureux de la princesse Coronis, fille du roi Phlégias, qu'il confia à un corbeau blanc le soin de veiller sur elle. Un jour que le corbeau relâcha son attention, Coronis se laissa séduire par un mortel nommé Ischys. Lorsque Apollon le sut, il en fut si jaloux qu'il tua la jeune fille d'une flèche. Sur le point de mourir, elle lui apprit être enceinte de ses oeuvres. Sauvé par Apollon, leur fils Asclépios fut confié au centaure Chiron, chargé de l'éduquer. Comme punition pour sa négligence, Apollon revêtit le corbeau d'un plumage noir.

Mythologie romaine vignette|gauche|Corbeau de bronze ornant une fontaine, retrouvé dans les ruines de la villa romaine San Marco à Stabies, détruite lors de l'éruption en 79 du Vésuve. Selon Tite-Live, un corbeau se posa sur le casque du soldat romain Marcus Valerius Corvus (vers -370 jusqu’à -270) pendant un combat avec un Gaulois gigantesque, terrifiant ce dernier en l'attaquant au visageTitus Livius. Periochae. Book 7:10..

Pline l'Ancien consacre un long passage du livre X de son Histoire naturelle au corbeau. Il narre notamment l'histoire d'un corbeau romain devenu célèbre au Ier siècle ap. J.-C. : adopté par un cordonnier qui lui aurait appris à parler, l'animal se serait régulièrement rendu sur le forum pour saluer les passants et même la statue de l'empereur Tibère, qu'il qualifiait d'. Un cordonnier concurrent aurait tué le corbeau, suscitant une vive émotion populaire. La dépouille de l'oiseau malheureux aurait été amenée par une foule importante jusqu'à son propre bûcher funéraire au bord de la voie Appia.

Religions abrahamiques Judaïsme et christianisme vignette|Le prophète Élie nourri par les corbeaux. Représentation sur un carreau de Delft. 1658. vignette|Saint Paul ermite nourri par le corbeau. D'après Le Guerchin. Dans la Bible, le corbeau joue parfois un rôle bénéfique.

Dans le Tanakh ou l'Ancien Testament, un corbeau apparaît pour la première fois au livre de la Genèse dans le récit du déluge. Noé, au bout de quarante jours, lâche un corbeau pour savoir si l'eau a baissé ou non. Comme l'oiseau ne fait qu'aller et venir sans pouvoir se poser, Noé lâche ensuite la colombe.. Dans le premier livre des Rois, Dieu commande aux corbeaux de nourrir le prophète Élie.. Job se demande qui nourrit les corbeaux dans le livre de Job.. Le roi Salomon est décrit comme ayant des cheveux noirs comme le corbeau dans le Cantique des Cantiques..

Dans l'Évangile selon Luc du Nouveau Testament, les corbeaux sont utilisés par Jésus pour montrer la prévoyance de Dieu.. vignette|gauche|Avers d'une médaille de saint Benoît, où saint Benoît est représenté avec un corbeau – l'un de ses principaux attributs – à ses pieds. Selon La Légende dorée (), Paul de Thèbes, premier ermite chrétien qui aurait vécu au , et auquel aurait rendu visite saint Antoine le Grand, se nourrissait du pain qu'un corbeau lui apportait chaque jourJacques de Voragine, « Saint Paul ermite », dans La Légende dorée, trad. Théodore Wyzewa, Paris, Perrin, 1910, .. La tradition rapporte encore quelques exemples de bons corbeaux, dans les hagiographies de Vincent de SaragosseJacques de Voragine, « Saint Vincent, martyr », dans La Légende dorée, trad. Théodore Wyzewa, Paris, Perrin, 1910, . L'épisode du corbeau est relaté ., de Benoît de Nursie – un corbeau aurait protégé saint Benoît en emportant du pain supposé bénit, mais qui en fait avait été empoisonné par un prêtre jalouxJacques de Voragine, « Saint Benoît abbé », dans La Légende dorée, trad. Théodore Wyzewa, Paris, Perrin, 1910, . L'épisode du corbeau est relaté . –, et de l'ermite et martyr du Meinrad d'Einsiedeln.

Cependant, le corbeau a eu globalement une image négative en Occident, qui en fait un oiseau infidèle à ses maîtres, égoïste, et impur car charognardSandrine Restelli-Imbert, Marie-Christine Braillard, Hélène Cavalié, Des oiseaux… de la fin du Moyen Âge au , Digne-les-Bains, Musée départemental d’art religieux, 2011, catalogue de l’exposition Des oiseaux, cathédrale Saint-Jérôme de Digne-les-Bains et prieuré de Salagon, Mane, juillet 2011-avril 2012 , .. Dans les bestiaires, sa couleur noire en fait le symbole de la mort, et il est le signe de cataclysmes – notamment dans les peintures flamande et italienne, au .

Islam Dans la tradition musulmane, le corbeau est perçu comme un animal sans scrupule. Il est parfois surnommé « fils du malheur » (Ibn al-berih)Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Paris, éditions Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 2001, .. Dans le Coran, il est mentionné dans l'histoire de Caïn et Abel, les deux fils d'Adam, comme étant la créature qui montre à Caïn comment enterrer son frère qu'il a assassiné (al-mā'ida, 5:31).

Asie vignette|Le roi Corbeau tenant conseil, illustration d'un manuscrit du Pañchatantra Le Grand Corbeau est l’oiseau emblème du Bhoutan puisqu’il orne le chapeau royal. Il représente le dieu Gonpo Jarodonchen (Mahakala avec une tête de corbeau), l'un des plus importants gardiens divins de la culture du Bhoutan.

Il joue aussi un rôle prééminent dans le recueil indien de contes Pañchatantra, en particulier dans L’Acquisition des amis et la troisième la Guerre du corbeau et du hibou.

Dans la mythologie japonaise, le Yatagarasu est un corbeau ou une corneille qui aurait guidé le légendaire empereur Jinmu dans son périple à travers l'archipel.

Amérique du Nord Le corbeau créateur et « fripon » vignette|gauche|The Raven and The First Men. Sculpture de Bill Reid, présentant le mythe créateur haïda. Université de la Colombie-Britannique.