La présidence de James Monroe débuta le , date de l'entrée en fonction de James Monroe en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti républicain-démocrate, Monroe accéda à la présidence après avoir remporté l'élection présidentielle de 1816 par un score écrasant sur son adversaire fédéraliste Rufus King. Cette élection fut la dernière où les fédéralistes présentèrent un candidat et Monroe n'eut aucun concurrent lors de l'élection présidentielle de 1820. Son secrétaire d'État, John Quincy Adams, lui succéda à la Maison-Blanche.
Durant son mandat, Monroe chercha à éliminer les partis politiques, à commencer par le Parti fédéraliste qui disparut presque complètement de la scène nationale. Les républicains-démocrates cessèrent également de fonctionner comme un parti unifié et la présidence de Monroe est souvent associée à l'« ère des bons sentiments » en raison de l'apaisement des tensions partisanes. Sur le plan intérieur, Monroe dut affronter la panique bancaire de 1819 qui fut la première récession importante connue par les États-Unis depuis la ratification de la Constitution. Il favorisa également la mise en œuvre d'une politique de travaux publics financée par le gouvernement fédéral, mais mit son veto à plusieurs projets pour des motifs constitutionnels. Il soutint par ailleurs le compromis du Missouri de 1820 qui admettait le Missouri, un territoire esclavagiste, en tant qu'État au sein de l'Union mais qui interdisait l'esclavage dans les territoires situés au nord du parallèle 36° 30′.
En politique étrangère, Monroe et le secrétaire d'État Adams achetèrent la Floride orientale à l'Espagne grâce au traité d'Adams-Onís de 1819, qui faisait suite à la première guerre séminole. Cet accord permit en outre de renforcer la présence américaine en Floride occidentale et de délimiter la frontière entre le territoire américain et la Nouvelle-Espagne jusqu'aux Rocheuses et à l'océan Pacifique, le long du parallèle nord. L'administration Monroe négocia deux traités avec le Royaume-Uni, initiant un rapprochement entre les deux pays à la suite de la guerre de 1812. La frontière avec l'Amérique du Nord britannique fut démilitarisée en vertu du traité Rush-Bagot tandis que la convention de 1818 déboucha sur le règlement d'un certain nombre de contentieux territoriaux et sur le partage du territoire de l'Oregon. Très enthousiaste à l'égard des mouvements révolutionnaires en Amérique latine, le président craignait une ingérence européenne dans la région et formula en 1823 la doctrine Monroe, qui proclamait la neutralité des États-Unis dans les affaires du Vieux Continent mais qui s'opposait en retour à la présence des puissances européennes en Amérique du Sud.
Lors de l'élection présidentielle de 1824, quatre candidats issus du Parti républicain-démocrate se présentèrent pour succéder à Monroe, qui resta en retrait pendant toute la campagne. Après un scrutin houleux qui nécessita l'arbitrage de la Chambre des représentants, John Quincy Adams fut déclaré vainqueur face au général Andrew Jackson et au secrétaire au Trésor William H. Crawford. Monroe est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président supérieur à la moyenne.
Élection présidentielle de 1816
vignette|Résultats de l'élection présidentielle de 1816.
Les services rendus par Monroe au sein de l'administration Madison lors de la guerre anglo-américaine de 1812 faisait de lui un héritier potentiel du Parti républicain-démocrate, mais un certain nombre de dirigeants de ce parti n'étaient pas disposés à soutenir la candidature de Monroe en vue de l'élection présidentielle de 1816. Le secrétaire au Trésor, William H. Crawford, avait la faveur de nombreux membres du Congrès du Sud et de l'Ouest dont beaucoup se méfiaient du soutien apporté par Madison et Monroe à la création de la seconde banque des États-Unis. Les républicains-démocrates de New York ne voulaient pas d'un autre Virginien à la présidence et ils appuyèrent la candidature du gouverneur de leur État, Daniel D. Tompkins. Crawford souhaitait décrocher la nomination de son parti, mais il ne s'opposa pas franchement à la candidature de Monroe car il espérait se positionner pour succéder à Monroe en 1820 ou en 1824. Lors du caucus des nominations au Congrès, Monroe battit Crawford par 65 voix contre 54, Tompkins étant désigné comme candidat à la vice-présidence.
Le Parti fédéraliste, moribond, nomma Rufus King comme candidat à l'élection présidentielle ; toutefois les fédéralistes ne constituaient plus une force d'opposition sérieuse depuis la fin de la guerre de 1812 à laquelle ils s'étaient opposés. Des adversaires de Monroe essayèrent de convaincre DeWitt Clinton de présenter sa candidature, mais ce dernier refusa d'entrer dans la course. Monroe fut finalement élu par 183 voix sur 217 au sein du collège électoral. Il remporta tous les États à l'exception du Massachusetts, du Delaware et du Connecticut.. À l'issue des élections congressionnelles qui eurent lieu à la même période, les républicains-démocrates remportèrent plusieurs sièges à la Chambre des représentants dont l'effectif devint composé aux trois-quarts de membres de ce parti.
Administration
Monroe composa un cabinet géographiquement équilibré, avec lequel il assura la direction de la branche exécutive. À la demande de Monroe, Crawford continua de servir en tant que secrétaire au Trésor. Monroe choisit également de conserver Benjamin Crowninshield du Massachusetts au poste de secrétaire à la Marine et Richard Rush comme procureur général. Conscient du mécontentement provoqué au Nord par la « dynastie de Virginie », Monroe désigna John Quincy Adams du Massachusetts comme secrétaire d'État, faisant de ce dernier le principal prétendant à sa succession. Diplomate expérimenté, Adams avait quitté le Parti fédéraliste en 1807 pour soutenir Thomas Jefferson et Monroe espérait que sa nomination encouragerait d'autres fédéralistes à faire défection. Monroe offrit le poste de secrétaire à la Guerre à Henry Clay du Kentucky, mais Clay ne consentait à servir dans le cabinet qu'à condition d'être nommé secrétaire d'État. La nomination d'Adams à ce dernier poste irrita profondément Clay qui s'opposa régulièrement par la suite à la politique de l'administration. Le général Andrew Jackson et le gouverneur Isaac Shelby ayant à leur tour décliné leur nomination au secrétariat à la Guerre, le président se tourna vers un membre du Congrès originaire de Caroline du Sud, John C. Calhoun, laissant le cabinet sans personnalité occidentale éminente. À la fin de l'année 1817, Rush fut nommé ambassadeur en Grande-Bretagne et William Wirt lui succéda comme procureur général. À l'exception de Crowninshield, les membres du cabinet de Monroe restèrent en place pendant toute la durée de sa présidence.
vignette|upright=1.5|Monroe présidant une réunion du cabinet en 1823.
Cabinet MonroeFonctionNomDatesPrésidentJames Monroe1817-1825Vice-présidentDaniel D. Tompkins1817-1825Secrétaire d'ÉtatRichard Rush1817 John Quincy Adams1817-1825Secrétaire au TrésorWilliam H. Crawford1817-1825Secrétaire à la GuerreJohn C. Calhoun1817-1825Procureur généralRichard Rush1817 William Wirt1817-1825Secrétaire à la MarineBenjamin Crowninshield1817-1818 Smith Thompson1819-1823 1823-1825
Nominations judiciaires
En , le secrétaire à la Marine Smith Thompson fut appelé à la Cour suprême par le président Monroe pour combler le siège laissé vacant par Henry Brockholst Livingston. Officiellement investi le , il fut confirmé dans ses fonctions par le Sénat le .. Thompson entretenait des relations amicales avec Monroe et avait longtemps servi dans la fonction publique comme juriste et fonctionnaire. Comme Livingston, il était originaire de l'état de New York. Le sénateur Martin Van Buren et les juristes Ambrose Spencer et James Kent furent également pressentis pour cette nomination..
Affaires intérieures
Domination du Parti républicain-démocrate
vignette|Cette aquarelle réalisée en 1819 par John Lewis Kimmel, intitulée Independence Day Celebration in Centre Square, illustre l'état d'esprit de l'« ère des bons sentiments ».
Comme tous ses prédécesseurs, Monroe estimait que l'existence de partis politiques était préjudiciable aux États-Unis et il fit de leur éradication un objectif majeur de son administration. Il chercha notamment à renforcer le Parti républicain-démocrate en évitant les sujets de division et en accueillant des ex-fédéralistes en son sein, le but recherché étant la dissolution du Parti fédéraliste. Ce dernier ne parvint pas à développer un programme national unifié et les candidats fédéralistes faisaient souvent campagne sur des questions locales plutôt que nationales.
De son côté, Monroe fit deux longues tournées à travers le pays afin de restaurer la confiance de la population. Sa visite à Boston en 1817 fut saluée comme le début d'une « ère des bons sentiments ». Les nombreuses étapes qu'il effectua au cours de ses voyages donnèrent lieu à d'innombrables cérémonies d'accueil et de démonstrations de bonne volonté. Pendant ce temps, les fédéralistes continuèrent de décliner : le parti conservait sa vitalité et une forme d'organisation dans le Delaware mais n'avait plus qu'une influence réduite dans la politique nationale. Faute d'opposition sérieuse, le caucus du Congrès du Parti républicain-démocrate cessa de se réunir et, à des fins pratiques, mit un terme à ses activités..
Panique bancaire de 1819
Deux ans après le début de son mandat, Monroe dut faire face à la crise bancaire de 1819. La panique fut engendrée par une diminution des importations et des exportations ainsi que par le relâchement des prix agricoles., à une période où les marchés mondiaux se réajustaient à la production et au commerce en temps de paix au sortir de la guerre anglo-américaine de 1812 et des guerres napoléoniennes. La sévérité du ralentissement de l'économie américaine fut aggravée par la spéculation excessive sur les terres publiques, encouragée par l'émission sans restriction de papier-monnaie par les banques et les milieux d'affaires. La deuxième banque des États-Unis (BUS) n'était pas parvenu à contrôler l'inflation avant la fin de l'année 1818, lorsque les directeurs de la banque prirent des mesures tardives pour réduire le crédit. Les succursales reçurent l'ordre de ne plus accepter d'autres billets à ordre que ceux de la BUS, de régler les paiements par billets de banque d'un État en une seule fois et de ne renouveler aucun billet de banque personnel ou hypothèque. Ces politiques budgétaires restrictives échouèrent car elles minèrent la confiance du public dans les banques et contribuèrent au début de la panique.
Monroe avait peu d'influence sur la politique économique, qui reposait en grande partie sur les États et sur la BUS. Alors que la crise se propageait, il refusa de convoquer une session extraordinaire du Congrès pour traiter des problèmes économiques. Lorsque le Congrès reprit ses travaux en , Monroe plaida pour une augmentation des droits de douane mais sans recommander de tarifs spécifiques. Les droits de douane ne furent finalement augmentés qu'en 1824 avec l'adoption par le Congrès du Tariff of 1824. La crise bancaire provoqua une importante hausse du chômage, de nombreuses faillites et saisies et un fort mécontentement populaire à l'égard des banques et des sociétés commerciales. Le ralentissement économique, qui persista pendant trois à quatre ans dans la plus grande partie du pays, fut la première récession en temps de paix depuis la ratification de la Constitution à avoir un impact majeur sur toutes les couches de la société.