La Jamaïque () est un État insulaire de la mer des Caraïbes, couvrant . Troisième plus grande île des Grandes Antilles et de la Caraïbe après Cuba et l'Hispaniola, elle est située à environ au sud de Cuba et à à l'ouest d'Hispaniola. Avec près de trois millions d'habitants, elle est le quatrième pays le plus peuplé des Caraïbes. Kingston est sa capitale et sa principale ville.

Elle constitue un État souverain indépendant depuis 1962, faisant partie des Antilles. C'est une monarchie constitutionnelle parlementaire et un royaume du Commonwealth, dont est le souverain. Andrew Holness en est le Premier ministre depuis .

Initialement peuplée sous l’ère précolombienne par les indigènes Arawaks et les Taïnos, l'île passe sous contrôle espagnol à la suite de l'arrivée de Christophe Colomb en 1494. De nombreux indigènes meurent alors de maladies et les Espagnols y transfèrent des esclaves africains. Nommée « », l'île demeure une possession espagnole jusqu'en 1655, lorsque l'Angleterre la conquiert et la rebaptise « ». Sous le joug colonial britannique, elle devient l'un des principaux exportateurs de sucre au monde grâce à son économie de plantation reposant sur l'esclavage. Les Britanniques émancipent les esclaves en 1838, et nombre d'entre eux préfèrent alors l'agriculture vivrière aux plantations. À partir des années 1840, les Britanniques ont recours à des Chinois et des Indiens pour travailler dans les plantations. L'île obtient son indépendance du Royaume-Uni le .

L'économie jamaïcaine repose très largement sur le tourisme, avec en moyenne 4,3 millions de visiteurs par an. En raison d'une émigration importante depuis les années 1960, il existe une large , notamment au Canada, au Royaume-Uni et aux États-Unis. La population est majoritairement d'ascendance afro-subsaharienne, avec d'importantes minorités européennes, chinoises, indo-caribéennes et métisses.

Malgré sa taille modeste, la Jamaïque exerce une influence culturelle mondiale considérable. Elle est le berceau du mouvement rastafari et de la musique reggae, ainsi que de genres associés comme le ska, le dub et le dancehall. Elle se distingue également sur le plan sportif, notamment en athlétisme, au cricket et en sprint.

Toponymie Le nom du pays provient de Xamayca (prononcé en moyen espagnol ) signifiant « la terre du bois et de l'eau », dans la langue des Arawaks.

Histoire

Origines Les Arawaks sont les premiers à avoir peuplé l'île de la Jamaïque vers les années 1000, en provenance d'Amérique du Sud ; partis s'installer dans les Caraïbes à cause d’un grand mouvement de population. Ce peuple vit de l’agriculture et produit du maïs, du manioc, du tabac et des racines. Il exerce également la pêche et pratique la chasse à l’arc. Ils dansent et emploient des instruments de musique pour les accompagner comme l’ocarina ou le tiriaman qui est une flûte.

Colonie espagnole La Jamaïque fut annexée par l'Espagne après que Christophe Colomb, accompagné de Juan de Esquivel, y débarqua en 1494. Il y créa la ville « Sevilla la Nueva » (appelé aujourd'hui juste Seville, localisé à l'ouest de Saint Ann's Bay sur la côte nord). Colomb l'employa en tant que domaine privé de sa famille. Plus tard, les Espagnols abandonnent Sevilla la Nueva, trop inhospitalière, pour s'installer dans les plaines riches et fertiles du sud. Ils ont ainsi créé une nouvelle ville : « Santiago de la Vega » (aujourd'hui Spanish Town). Les Arawaks constituèrent la première main-d'œuvre d'esclaves pour les Espagnols. La quasi-totalité des Arawaks fut rapidement exterminée et sont morts à cause des maladies des Européens. On ne comptait déjà plus d'autochtones à la fin du .

Colonie anglaise vignette|Carte de la Jamaïque (postérieure à 1671).|gauche L'amiral anglais William Penn et le général Robert Venables s'emparèrent de l'île le , qui devint officiellement une colonie britannique en 1670. Entretemps, la plupart des colons espagnols avaient quitté l'île pour Cuba, restée espagnole. Au cours de l'invasion, des groupes d'esclaves africains fuient les plantations pour se réfugier dans les hauteurs de l'ile, d'où ils mènent une série d'escarmouches avec les Britanniques avant d’être vaincus puis déportés vers la province canadienne de la Nouvelle-Écosse.. L'amiral Penn donna à « Santiago de la Vega » le nom de Spanish Town et fit de l'île une plaque tournante de la lutte contre l'Espagne et la piraterie. Parmi les nouveaux arrivants, une première vague d'immigration française, installée en particulier dans la paroisse de Saint Andrew, à Liguanea, où les à l'époque sont anglais et français, ainsi qu'à Sainte-Catherine. Les registres paroissiaux conservent les noms français de Bouin, Roche, Sablé, Clisson, Mainet, Jarries, Tranchant, Faucourt, Lemoque, Declozel, Chamlet, Plisson, Causson, Tapin, Lafleur, Lépine, Thomassin, Touzalin, Godin, Buchier, Narvais, Pintard, Augier, Campion, Dupuy, Durant, ou Pelpiat..

Plus tard, la Jamaïque devint le deuxième plus grand exportateur de sucre au monde, mais loin derrière la colonie française de Saint-Domingue. L'emploi d'esclaves par la Grande-Bretagne, à partir de 1672, une vingtaine d'années après la prise de l'île aux Espagnols, eut comme conséquence de faire de la Jamaïque l'une des plaques tournantes de la traite des noirs.

Elle connaît au même moment une nouvelle vague d'immigration française. Le , le roi d'Angleterre signe à Hampton Court l'édit enjoignant aux colonies anglaises d'accueillir et naturaliser les huguenots français. Un ordre daté de mentionne 42 protestants français auxquels doit être fourni le passage vers la Jamaïque ». Parmi eux, quelques patronymes encore portés par des familles jamaïcaines : Rusea, Nazereau, Gaultier, Boucher, Duquesne, de Boneval, Perrin, du Bourgay, ValetteDe Pierre Valette, fondateur de la plantation de Montpellier., ou encore GaldyLouis Galdy est très vite devenu fameux pour avoir été un survivant du tremblement de terre de Port- Royal..

vignette|Harbour Street, Kingston, 1820.|gauchePlus d'un demi-million d'esclaves africains sont débarqués sur l'île entre 1701 et 1807. À la fin du , l'île comptait ; au début du , la population noire était en proportion de 20 contre 1. Une série de révoltes suivit. Durant cette époque, les Britanniques eurent beaucoup de mal à traquer les nègres marrons, ces esclaves qui réussissaient à s'enfuir. gauche|vignette|Proclamation de l'abolition de l'esclavage dans la colonie de Jamaïque, le 1er août 1838, depuis la maison du gouverneur à Spanish Town. En 1831, une rébellion d'esclaves, lancée par Sam Sharpe, éclate au nord-ouest de la Jamaïque. Bien qu'elle soit écrasée par les forces britanniques, elle permet d'influencer le débat abolitionniste qui se tient au Royaume-Uni. L'abolition de l'esclavage en 1834 est suivie d'une période de quatre ans pour former les affranchis ; en réalité, il s'agit surtout, pour les anciens propriétaires d'esclaves indemnisés de la perte de main-d’œuvre, de réorganiser la production. Les affranchis quittèrent les plantations pour s'établir sur des terres inoccupées de l'intérieur du pays.

L'économie resta néanmoins dominée par une minorité de planteurs blancs et la population noire commença à se rebeller contre les mesures discriminatoires dont elle faisait l'objet. Devant l'indifférence du gouvernement britannique, une rébellion éclata à Morant Bay en 1865, suivie par un mouvement de révolte qui s'étendit à tout le pays. Elle fut brutalement réprimée : l'état d'urgence est déclaré, plus de 400 personnes furent pendues ou fusillées, plus de 600 furent flagellées (cent coups de fouet pour les hommes et 30 pour les femmes ; la corde était alors bardée de fil de fer) et un millier de maisons furent incendiées. Cette rébellion aboutit à l'abolition de l'Assemblée locale et à l'établissement d'un gouvernement colonial relevant de la Couronne. Elle ne fut finalement maîtrisée par les autorités britanniques qu'en 1884.

La crise économique qui naît de la Première Guerre mondiale est présente également en Jamaïque. Il y a plusieurs grèves et émeutes violentes qui font des morts car la colonie n’arrive pas a reprendre le dessus sur la crise. Par la suite, des syndicats émergent dont celui d'Alexander Bustamante et d' nommé Le entre les années 1935 et 1936. Dans les dix années qui suivirent, Marcus Garvey avait fondé, en 1921, la Jamaican Political Association et en 1929, le Parti national du peuple. Grâce à cet homme, les noirs vont prendre conscience de leur héritage. En 1944, il y a d’importantes modifications politiques. En 1957, il y a des réformes au niveau du , il est remplacé par le conseil des ministres. Ce conseil est nommé par le Gouverneur avec les recommandations du Chief Minister.

Les mouvements nationalistes se développèrent sous l'impulsion de deux leaders jamaïcains, Alexander Bustamante (1884-1977) et Norman Manley (1893-1969). D'abord alliés puis adversaires politiques, ils alternèrent au pouvoir. Manley accéda au poste de Premier ministre en 1955 et fut un partisan de l'unité des Caraïbes anglophones, celle-ci se réalisant brièvement dans la Fédération des Indes occidentales (1958-1962). La Jamaïque obtint son indépendance, dans le cadre du Commonwealth, le .

Jamaïque indépendante À la suite de l'indépendance, c'est Bustamante qui obtient le pouvoir. Il fait un plan de développement de l'industrialisation du pays afin de contrer la pauvreté. Cette politique économique fait ses preuves, car à la fin des années 1960, le taux de mortalité infantile a diminué, ainsi que le taux d'analphabétisme. L'espérance de vie augmente également., en dépit d'une criminalité élevée. En 1967, le gouvernement impose l'état d'urgence à Kingston.

En 1972, le Parti national du peuple (PNP) remporte sa première grande victoire électorale depuis l'indépendance et a choisi Michael Manley comme premier ministre. Manley a réaffirmé les fondements idéologiques socialistes démocratiques du PNP en s'efforçant d'accroître l'alphabétisation, l'accès à l'enseignement supérieur et l'accession à la propriété, et supprime les lois discriminatoires à l'égard des femmes et des enfants nés hors mariage. Contrairement aux politiques des premiers ministres du JLP qui l'ont précédé, il améliore les relations avec les pays socialistes tels que Cuba, soutient les rébellions anticoloniales en Afrique australe et approfondit les liens avec le Mouvement des non-alignés. Il impose également une taxe sur la bauxite. Les attaques contre la politique de Manley, qualifiée de "communiste", se sont accompagnées de violences, ce qui a conduit à la proclamation de l'état d'urgence en 1976. Néanmoins, les politiques sociales du gouvernement étaient populaires auprès des classes défavorisées, conduisant à la victoire de Manley et du PNP aux élections de 1976. Les répercussions de la crise pétrolière décidée par l'OPEP et les pressions des États-Unis conduisent le JLP à reprendre le pouvoir à l'occasion des élections de 1980.

Le nouveau premier ministre, Edward Seaga, rompt les relations diplomatiques avec Cuba afin de se réconcilier avec Washington. L'administration du président américain Ronald Reagan a réagi positivement à la politique anticommuniste de Seaga ; la Jamaïque est devenue l'un des principaux bénéficiaires de l'aide américaine dans les Caraïbes. En , Seaga envoie des troupes participer à l'invasion de la Grenade pour y renverser le gouvernement communiste. Le JLP, bien qu'impopulaire, se maintient au pouvoir jusqu'en 1989 du fait du boycott des élections par le PNP, qui entendait ainsi protester contre les méthodes autoritaires du gouvernement. La crise économique et l'austérité imposée par les exigences de restructuration de la Banque mondiale et du FMI a déclenché des émeutes et une grève générale en 1985. Le JLP et le PNP alternent au pouvoir depuis lors mais ce dernier a abandonné son orientation socialiste dans les années 1990 pour se replacer au centre.

Géographie physique

Localisation, frontière et superficie