(en italien : ), né le à Racconigi, province de Coni, et mort le à Genève, est le dernier roi d'Italie qui a régné durant , du au , ce qui lui vaut le surnom de Re di Maggio (« roi de mai »).
Humbert II est le fils unique du roi Victor-Emmanuel III et de la reine Hélène de Monténégro. Sa formation militaire est développée, au détriment de l'art politique. En 1924, il effectue un long périple qui le conduit en Amérique latine. Ce voyage constitue une mission diplomatique encouragée par le gouvernement fasciste de Mussolini. Divers commandements militaires lui sont octroyés, mais le prince demeure sous l'autorité de son père auquel il voue une grande déférence.
Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, Humbert commande le groupe ouest de l'armée italienne lors de la bataille de France qui se solde par un échec pour le royaume italien. Bien qu'élevé au rang de maréchal d'Italie, Humbert demeure en retrait du conflit qui voit la chute de Mussolini en 1943 et la capitulation de l'Italie. En 1944, les partis antifascistes demandent l'abdication du roi Victor-Emmanuel qui refuse, mais nomme son fils Humbert lieutenant général du royaume, exerçant les prérogatives royales sans la dignité souveraine.
Le , le roi abdique en faveur de son fils qui ne règne que durant jours. Humbert décide en effet de quitter l'Italie quelques jours après la proclamation de la République italienne votée par référendum le pour s'établir définitivement au Portugal. Époux depuis 1930 de la princesse Marie-José de Belgique, le couple, parents de quatre enfants, vit séparément à partir de 1947.
Exilé sur la côte d'Estoril, dans la municipalité de Cascais, au Portugal, le roi Humbert vit entouré d'une petite cour de monarchistes fidèles. Participant à plusieurs événements réunissant le gotha européen, la santé d'Humbert décline dès les années 1960. Souhaitant revoir une dernière fois son épouse Marie-José, le roi Humbert meurt à Genève en 1983.
Biographie Famille gauche|vignette|La famille royale d'Italie en 1908. Humbert de Savoie naît le au château royal de Racconigi dans la région du Piémont en Italie. Fils unique du roi et de la reine Hélène, (fille du roi ), mariés en 1896, il est prince de Piémont à sa naissance, titre confirmé par un décret du et qu'il garde jusqu'à son accession au trône. Le prince, baptisé Umberto Nicola Tommaso Giovanni Maria en la grande salle du palais du Quirinal le , est le filleul de son grand-père maternel, le roi Nicolas de Monténégro, et de sa grand-mère paternelle, la reine Marguerite d'Italie. Il a quatre sœurs : Yolande (1901-1986), Mafalda (1902-1944), Jeanne (1907-2000) et Marie-Françoise (1914-2001).
Après de nombreuses discussions entre dynasties, la fiancée étant la petite nièce de la reine des Deux-Siciles Marie en Bavière dont les États furent annexés à l'Italie par la maison de Savoie en 1860 et qui vécut jusqu'en 1925, le prince épouse le dans la chapelle Pauline du palais du Quirinal, la princesse Marie-José de Belgique (née à Ostende le et morte à Genève le ), fille du roi et d'Elisabeth de Bavière.
Le couple est parent de quatre enfants : Maria-Pia de Savoie, née à Naples le , mariée en 1955 (divorce en 1967) au prince Alexandre de Yougoslavie (1924-2016), remariée en 2003 au prince Michel de Bourbon-Parme (1926-2018), dont quatre enfants du premier mariage ; Victor-Emmanuel de Savoie, né à Naples le et mort à Genève le , duc de Savoie, prince de Naples, prince héritier d'Italie ; Marie-Gabrielle de Savoie, née à Naples le , mariée en 1969 (séparés en 1976, divorce en 1990) à Robert Zellinger de Balkany (1931-2015), dont une fille ; Marie-Béatrice de Savoie, née à Rome le , mariée en 1971 (séparés en 1995 et divorcés en 1998) au diplomate argentin Luis Reyna-Corvalán y Dillon (1939-1999), dont trois enfants.
Formation et études gauche|vignette|upright|Le prince Humbert enfant. En qualité d'héritier du trône depuis sa naissance, le prince est élevé afin de répondre aux critères qu'exige sa position. Le , le roi nomme l'amiral Attilio Bonaldi, un homme aux principes rigides, en qualité de précepteur du prince. Alors qu'éclate la Première Guerre mondiale en 1914, l'Italie demeure neutre avant de s'engager dans le conflit en . Le prince est élevé dans un cadre autoritaire et strict, incité à montrer une déférence exagérée envers son père en s'agenouillant devant lui et en embrassant la main du souverain, geste qu'il perpétuera à l'âge adulte. De 1918 à 1921, le prince Humbert effectue ses études au collège militaire de Rome, puis à l'académie militaire de Modène, où il est élevé, dès son entrée, au grade de sous-lieutenant des grenadiers le . La formation politique est absente de son cursus, le souverain estimant que l'art politique sera développé lorsque l'héritier accèdera au trône.
Prince de Piémont
vignette|redresse|Le prince Humbert lors de sa visite au Chili en 1924. vignette|redresse|Le prince de Piémont par Philip de László en 1928. vignette|redresse|Timbre émis par les Postes italiennes pour la Cyrénaïque : mariage de Humbert et Marie-José, . De à , le prince effectue un long périple qui le conduit en Amérique du Sud. Accompagné par son précepteur l'amiral Attilio Bonaldi, il visite le Brésil, l'Argentine, le Chili, et l'Uruguay. Ce voyage constitue une mission diplomatique encouragée par le gouvernement fasciste de Mussolini qui y voit l'occasion d'établir un lien avec les nombreux immigrants d'origine italienne et leurs descendants qui avaient commencé une nouvelle vie en Amérique latine. L'un des objectifs de la visite était en effet de faire de la publicité à travers la figure du jeune prince, une image positive du nouveau gouvernement (pas encore explicitement un « régime ») et de la maison de Savoie..
Installé à partir de 1925 au palais royal de Turin, le prince Humbert mène une vie insouciante, s'adonnant à ses passions sportives (natation, escrime, équitation) et au piano.. Progressivement il obtient des commandements militaires, mais ces rôles sont purement formels car le roi Victor-Emmanuel III, garde jalousement son pouvoir de commandement suprême par rapport au Duce, Benito Mussolini. D'un commun accord, Humbert et Mussolini ont toujours gardé leurs distances. En 1926, Mussolini vote une loi autorisant le Grand Conseil du fascisme à décider de la succession, même s'il admet en pratique que le prince succéderait à son père. À la fin , le prince Humbert entame un long voyage officiel en Afrique orientale. Son périple le conduit en Égypte, en Abyssinie, dans les colonies italiennes de l'Érythrée et de Somalie, en revenant par la Terre sainte. De retour en Italie le , la presse souligne l'accroissement du prestige de l'Italie en Orient. Accueilli favorablement tant par Lord Herbert Plumer et les autorités britanniques en Palestine mandataire, le voyage princier revêt également une grande importance au point de vue du catholicisme, notamment lorsque le prince de Piémont a participé à l'inauguration de la cathédrale de Mogadiscio, dans la ville élevée l'année précédente au rang de vicariat apostolique..
Le à Bruxelles, le prince Humbert se fiance avec la princesse Marie-José de Belgique. Cette annonce intervient alors que des militants italiens antifascistes résidant en Belgique, auxquels se sont joints des communistes belges, avaient quelques jours auparavant pris pour cible l'ambassade d'Italie à Bruxelles en brisant des fenêtres et en poussant des clameurs hostiles à l'ambassadeur Carlo Durazzo et à son gouvernement avant de s'enfuir à l'arrivée des forces de l'ordre.. Arrivé dans la capitale belge le , le prince héritier d'Italie se rend le lendemain afin de déposer, selon la tradition, une gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu devant la Colonne du Congrès. Fernando de Rosa, jeune étudiant anti-fasciste et militant socialiste, venu de Paris où il suit des cours de droit à l'université, armé d'un revolver, tire en direction du prince de Piémont, aux cris de , en souvenir du député socialiste Giacomo Matteotti, tué par des fascistes en 1924. La balle tirée par de Rosa se perd dans la façade d'un immeuble voisin. Promptement arrêté par les forces de l'ordre, Fernando de Rosa est jugé l'année suivante à Bruxelles. En 1932, à la demande du prince Humbert, son beau-père le roi Albert accorde une grâce royale au condamné qui venait d'effectuer la moitié de sa peine d'emprisonnement..
Le mariage d'Humbert et Marie-José, le à Rome, donne lieu à de nombreuses festivités publiques auxquelles Mussolini ne se montre pas, se bornant à signer, en qualité de notaire de la couronne, le contrat de mariage des princes au palais du Quirinal.. Humbert et sa jeune épouse s'installent dans un appartement privé du palais du Quirinal, où Humbert donne libre cours à son grand formalisme, obnubilé par les règles et le protocole. En , le couple déménage pour s'installer au palais royal de Turin où Humbert vient d'être nommé général et commande la première brigade d'infanterie de la ville. En , Humbert étant nommé général de la brigade d'infanterie à Naples, Marie-José et lui s'installent officiellement au palais royal de Naples, mais en réalité, ils demeurent à la villa Maria-Pia, dans la baie de Pausilippe. vignette|224x224px|Le prince héritier Humbert vers 1930. En dépit de ses commandements militaires, le prince est toujours tenu à l'écart de la politique active. En 1935, le prince soutient la guerre contre l'Empire éthiopien, qu'il qualifie de « guerre légitime » et dans laquelle il veut servir. Cependant, son père refuse que le prince héritier serve en Afrique de l'Est. La mise à l'écart du prince Humbert des affaires de l'État est sciemment voulue par son père qui ne veut pas voir son héritier compromis avec le fascisme et demeurer dès lors en réserve de la monarchie.
Sur le plan privé, et aux conséquences dynastiques majeures, après la naissance d'une fille, Maria-Pia, en 1934, Humbert II devient père d'un fils, Victor-Emmanuel, qui naît à Naples, le . Titré prince de Naples dès sa naissance, l'enfant est baptisé en grande pompe le en la chapelle pauline du palais du Quirinal et en l'absence de Mussolini, chef du gouvernement. Ce dernier est irrité par cette célébration à caractère monarchique, à une époque où il se lie de plus en plus à Hitler, qu'il envie car le Führer ne doit pas partager les honneurs et la renommée avec une dynastie souveraine.
Seconde Guerre mondiale
Humbert partage les craintes de son père selon lesquelles la politique d'alliance de Mussolini avec l'Allemagne nazie est imprudente et dangereuse, mais il n'effectue aucune démarche pour s'opposer à ce que l'Italie devienne l'une des puissances de l'Axe. Lorsque Mussolini décide d'entrer dans la Seconde Guerre mondiale en , Humbert laisse entendre à son père qu'il devrait utiliser le veto royal pour bloquer les déclarations de guerre italiennes à la Grande-Bretagne et à la France, mais ses conseils sont ignorés.
Durant la bataille de France, en , le prince Humbert dirige le groupe ouest de l'armée italienne, et mène, aux côtés du de l'armée allemande, la bataille des Alpes face aux troupes françaises. L'offensive italienne est un fiasco et la réputation d'Humbert en qualité de général n'est sauve qu'en raison de l'armistice que les Français, déjà vaincus, signent avec l'Italie le . Après la capitulation de la France, Mussolini maintient Humbert inactif en tant que commandant de l'armée. À l'été 1940, le prince de Piémont devait commander une invasion planifiée du royaume de Yougoslavie. Pourtant, Mussolini a par la suite annulé l'invasion de la Yougoslavie en faveur de l'invasion du royaume de Grèce.