vignette|Le croiseur lourd américain , en 1935, porte un des plus puissants armements de ce type de navire : 10 canons de en deux ensembles d'une tourelle triple superposée à une tourelle double, à l'avant et à l'arrière.

La dénomination de croiseur lourd est communément employée à partir de 1930 et jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour désigner un croiseur, c'est-à-dire un navire principalement armé de canons, d'un déplacement supérieur à , et inférieur à conformément au traité de Washington (1922) et dont l'artillerie principale avait un calibre supérieur à , et au plus égal à (), conformément au traité naval de Londres (1930). Si la distinction entre croiseur lourd et croiseur léger a ainsi été claire pendant quelques années, l'apparition, après 1935, des « grands croiseurs légers », déplaçant , et armés de dix à quinze canons de , tirant jusqu'à 8 à 10 coups par minute, avec des blindages de ceinture de plus de , a sérieusement contribué à brouiller les catégories.

Du traité de Washington (1922) au traité de Londres (1930) D'après le traité de Washington de 1922, les limites maximales applicables aux croiseurs étaient un tonnage de , et un armement principal au calibre de .

Les bâtiments d'un déplacement supérieur, ou porteurs de canons d'un calibre plus élevé, entraient dans les catégories des cuirassés, ou des croiseurs de bataille, soumises à d'autres limitations, telles qu'un tonnage global par nation et un moratoire de construction de . L'objectif était d'en finir avec la catégorie des grands croiseurs cuirassés. À la fin du , et jusqu'au début des années 1910, il y avait eu, en effet, une tendance à l’accroissement du déplacement et de l’armement de ce type de navires, ce qui conduisit aux croiseurs cuirassés de la classe Minotaur, de la Royal Navy, avec quatre , et dix , à la et au avec huit à douze canons de , de la Kaiserliche Marine. Dans d'autres marines, certains croiseurs cuirassés ont porté des canons de (comme le austro-hongrois), du (comme la espagnole), voire du (comme les classes et Tsukuba japonaises, dont les unités ont fini par être reclassées croiseurs de bataille). vignette|La classe Hawkins ne fut pas construite pour respecter le traité de Washington, c'est le traité qui a été établi de façon que la classe Hawkins le respectât. Les limites imposées aux croiseurs par le traité de Washington résultaient d'un accord entre le Royaume-Uni qui souhaitait inclure dans les croiseurs autorisés par le traité sa dernière classe en construction, la classe Hawkins, d'un déplacement de et armée de canons de , dont la première unité avait été achevée en 1919 et dont les suivantes devaient être mises en service entre 1921 et 1925, et les États-Unis et le Japon, qui estimaient avoir besoin de croiseurs de , pour assurer la sécurité des communications maritimes dans l'immensité de l'Océan Pacifique, où ces deux marines ne disposaient que de bases éparses.

Les nouveaux croiseurs du traité de Washington Comme l’expérience de la guerre avait montré l’importance de cette sécurité des routes commerciales maritimes, le nombre de ces croiseurs de , armés de canons de , détenus dans les années 1930 par les puissances signataires du traité de Washington, a atteint dix-huit chacun, pour les États-Unis et le Royaume-Uni, douze pour le Japon, et sept chacune, pour la France et l’Italie.

Dotés de huit pièces en quatre tourelles doubles pour ce qui est des croiseurs britanniques, français, ou italiens, ils ont compté jusqu'à neuf ou dix canons pour les croiseurs américains ou japonais. Avec une vitesse de 30 à , les premières séries étaient légèrement blindées. Les séries postérieures furent équipées d'une meilleure protection, au prix d’une vitesse légèrement réduite. Les croiseurs japonais des classes Furutaka, Aoba, Myōkō et Takao vignette|gauche|Les premiers croiseurs japonais respectant les stipulations du traité de Washington de 1922, des classes Furutaka et Aoba, n'ont eu que six canons de mm trois tourelles principale. La Marine impériale japonaise fut la première à mettre sur cale, dès la fin de l'année 1922, des croiseurs répondant aux stipulations du traité de Washington, avec la , conçue par l'amiral Hiraga, reprenant des innovations du croiseur Yubari, qu'il avait précédemment dessiné, et avec un pont continu « ondulé », au franc-bord plus important à l'avant et moins important à l'arrière. L'armement principal de six canons de , en affûts simples sous masques, fut remplacé à la fin des années 1930 par des tourelles doubles, dont ont été dotées dès l'origine les unités de la , mises sur cale en 1924. L'artillerie secondaire de quatre pièces simples de de la classe Furutaka y avait été portée à quatre pièces de . La Marine impériale japonaise dota tous ces croiseurs de tubes lance-torpilles, les fameuses « Longues Lances » de () de diamètre. Avec un déplacement de et une puissance installée de , la vitesse maximale était de . vignette|La Marine Impériale japonaise a très vite choisi d'armer ses croiseurs de 10 canons de (ici le Haguro). Les deux classes suivantes de quatre unités chacune, les classes Myōkō et Takao, mises sur cale respectivement en 1924-1925 et 1927-1928, ont porté cinq tourelles doubles, trois à l'avant et deux à l'arrière, la deuxième tourelle avant étant superposée, la troisième avait un champ de battage limité aux tirs en abord, et l'artillerie secondaire comptait six pièces simples de mm. Le blindage était renforcé, atteignant d'épaisseur en ceinture sur la classe Myōkō, et , sur les magasins de l'artillerie principale de la classe Takao. Un bloc passerelle plus massif caractérisait la classe Takao. Avec un déplacement réel atteignant et une puissance installée de , la vitesse maximale atteignait .

Les croiseurs américains des classes Pennsacola, Northampton, Portland et New Orleans vignette|gauche|, seconde unité de la , en 1935 Mises à part les deux unités de la qui portaient dix canons de en deux ensembles d'une tourelle triple superposée à une tourelle double, à l'avant et à l'arrière, les croiseurs de l'US Navy répondant aux stipulations du traité de Washington portaient, pour obtenir une économie de poids, trois tourelles triples de 203 mm/55 calibres, deux à l'avant et une à l'arrière. L'artillerie secondaire était constituée de huit pièces simples de ()/25 calibres pouvant tirer contre-avions. vignette|L'USS New Orleans fait partie de la classe la mieux protégée des croiseurs lourds américains des années 1930 La défense contre-avions rapprochée comptait généralement deux pièces simples à tir rapide de et huit pièces simples de . Des installations d'aviation, catapultes, grues, (et hangar à partir de la ), se trouvaient entre les deux cheminées. Le blindage qui, sur la n'avait que d'épaisseur sur les flancs, sur le pont principal et sur le pont inférieur, a été augmenté sur les classes suivantes Northampton et Portland, et atteignait sur la jusqu'à en ceinture, sur le pont principal et sur le pont inférieur. Les machines (huit chaudières alimentant des turbines Parsons entrainant quatre hélices) développaient et assuraient 32 nœuds.

Les croiseurs britanniques de la classe County et les HMS York et Exeter vignette|gauche|Le HMS Kent a donné son nom à la première sous-classe de la classe County Pour les treize bâtiments de la de la Royal Navy qui ont été construits en trois sous-classes, Kent, London et Norfolk, le blindage de ceinture n'avait que d'épaisseur. Cela leur a valu, par dérision, le surnom de « navires de fer-blanc » (tin-clad ships), mais leurs tourelles doubles plus spacieuses que les tourelles triples des croiseurs américains, avaient une cadence de tir supérieure, jusqu'à 5 coups par minute, et leurs canons pouvaient être pointés à 70°. Leur protection sous-marine était bien conçue. Avec leur silhouette de paquebot, due à leurs trois cheminées inclinées, c'étaient de bons marcheurs, (), très marins avec un franc-bord élevé et un bon rayon d'action.

À la fin des années 1920, dans une tentative de construire plus de navires dans les limites du traité naval de 1922, la Royal Navy prévoit de construire des croiseurs de , six à construire (soit ), au lieu de cinq County. Ce type de navire, avec une batterie principale de six canons au lieu de huit, était une solution tentante à l'époque pour une marine en temps de paix avec un Empire colonial aussi étendu que l'Empire britannique. On verra plus loin que seuls deux de ces navires sur six auront été construits, les et .

De 1938 à 1941, une unité de la , le , aura été profondément refondue, conservant son artillerie principale mais recevant de nouvelles superstructures, rappelant celles de la , alors en construction, avec une ceinture blindée de , en une sorte d'équivalent britannique de l', c'est-à-dire un armement de croiseur « lourd » sur une coque de grand croiseur « léger ».

Les croiseurs italiens et français vignette|gauche|Le croiseur Trento prototype des croiseurs lourds italiens Pour l'Italie, d'abord des croiseurs puissamment armés paraissaient un soutien bienvenu à une flotte de quatre cuirassés ne portant que des canons de . Ensuite, destinés à opérer uniquement en Méditerranée, l'Italie ne possédant pas de colonies lointaines, les bâtiments de la Regia marina pouvaient favoriser la vitesse au détriment de la distance franchissable, ce qui n'était pas le cas des croiseurs français qui devaient assurer les liaisons maritimes lointaines avec l'Empire colonial. Ce sont ces deux caractéristiques qui ont été retenues pour la première classe de croiseurs à partir de 1925, la classe Trento, mais la limite de de déplacement, avec un armement de quatre tourelles doubles de mm et une vitesse maximale de 36 nœuds, ne permettait qu'une protection très légère (verticale de , horizontale de ) même si, dans la réalité, le déplacement autorisé a été dépassé de plus de 30 %. vignette| Les quatre unités de la classe Zara, à l'ancre à Naples, en 1938 Les quatre croiseurs de la classe suivante, , construits de 1927 à 1932, ont été un peu moins rapides et un peu mieux protégés ; mais pour le septième croiseur construit, le , la Regia Marina italienne est revenue à une protection très légère et une grande vitesse. vignette|gauche|Le croiseur français Duquesne, en 1943 Pour les croiseurs français, si l'artillerie principale de quatre tourelles doubles de /50 Modèle 1924Navweaps France /50 Mod.1924>est restée la même pour toutes les unités construites, on a assisté au fil du temps à une augmentation du blindage qui restait faible et allait de pair avec une légère réduction de la vitesse. Ainsi, sur le , premier croiseur français construit en respectant les stipulations du traité de Washington, le poids du blindage était de et la vitesse maximale atteinte aux essais était de pour une puissance de . Le dernier croiseur français construit dans ce cadre fut l' dont le poids du blindage était de , la vitesse maximale de pour une puissance de . vignette|gauche|Le croiseur Colbert Après les deux unités identiques de la , les croiseurs français différaient tous les uns des autres.