Thomas Wiltberger Evans, né le à Philadelphie et mort le à Paris , est un chirurgien dentiste américain.
Biographie
De Philadelphie à Paris : formation et ascension sociale
Né dans une famille quaker, Thomas WiltbergerCertaines sources, et notamment son acte de décès (Registre des décès du XVI arrondissement de Paris, 16 novembre 1897), lui attribuent pour second prénom « William » et non « Wiltberger », qui est le nom de jeune fille de sa mère., après un apprentissage auprès du docteur De Haven White et des études au Jefferson Medical College, est diplômé docteur en médecine en 1843. Il exerce le métier de dentiste dans le Maryland et à Lancaster jusqu'en 1847, avant de s'installer à Paris à l'invitation d’un compatriote, le docteur C. Starr Brewster (1799-1870), qui y exerçait depuis 1833.
D'abord associé à Brewster, qui compte parmi ses patients des artistes et des écrivains, tels George Sand, Mérimée, Delacroix, et Balzac, ainsi que les monarques Nicolas I et Louis-PhilippeMarguerite Zimmer, Histoire de l'anesthésie : méthodes et techniques au , EDP, 2008, p. 653, nº 98., il reprend, à partir de 1850, la clientèle de ce dernier et dirige son cabinet dentaire, situé rue de la Paix.
Réputé pour sa science et son savoir-faire, notamment l'utilisation de feuilles d'or, Evans devient le dentiste de hautes personnalités telles que le président Louis-Napoléon Bonaparte et la comtesse Eugénie de Montijo, futurs empereur et impératrice des Français.
Proximité avec la famille impériale
Employé comme conseiller officieux par Napoléon III (qui l'envoie en mission diplomatique auprès du président Lincoln et du secrétaire d'État Seward en 1864), Evans contribue à dissuader l'empereur d'intervenir en faveur du Sud dans la guerre de Sécession.
Personnalité influente du Second Empire, Evans reste fidèle à la famille impériale après la défaite de Sedan et la proclamation de la République, protégeant l'impératrice déchue lors de sa fuite de Paris vers l'Angleterre, du 4 au ), avant d'aller rendre visite à Napoléon III captif au château de Wilhelmshöhe, le .
Il accepte également de prendre sous sa protection un fils naturel de l'empereur, Arthur Hugenschmidt, qui devient son associé puis son successeur.
Membre du comité international de la Croix-Rouge, il organise et finance une « ambulance américaine » lors du siège de Paris par les PrussiensLe Comte d'Hérisson, Journal d'un officier d'ordonnance, Ollendorff, Paris, 1885, ..
Clientèle couronnée et innovations techniques vignette|gauche|Thomas W. Evans, 1892 par Henri Gervex, Université de Pennsylvanie.
Dentiste des têtes couronnées d'Europe, il a l'occasion de toutes les soigner, à l'exception du Sultan, de la reine VictoriaNécrologie du New York Times, 16 novembre 1897. et des Habsbourg. Il prolonge ainsi de 90 jours la vie de l'empereur Frédéric III d'Allemagne en pratiquant sur lui une trachéotomie.
N'hésitant pas à innover, il est l'un des premiers dentistes à utiliser le protoxyde d'azote lors d'une opération (1860 ou 1866), ainsi que du caoutchouc vulcanisé pour la réalisation de prothèses dentaires (1865). Il a également utilisé de la pyroxiline pour fabriquer des dentiers, et on lui attribue l'invention de l'occluseur rectificateur destiné à améliorer l'articulation des dentiers doubles. D'autres innovations d'Evans sont plus discutables, comme ses amalgames en alliage d'étain et de cadmium (1848).
Sociabilité vignette|Evans en vacances à Royat en 1888, posant avec le chien de Méry Laurent.
Membre notable de la communauté américaine de Paris, Evans crée pour elle un hebdomadaire anglophone, l'American Register (1868), et participe largement au financement de la construction de l'église américaine du 23 de l'avenue de l'Alma.
En 1884, il publie la première traduction anglaise des mémoires de Heinrich Heine, dont il rédige également l'introduction.. Également actif dans le domaine artistique, il a contribué à lancer la carrière du célèbre sculpteur américain Cyrus Edwin Dallin, en lui commandant, en 1889, l’une de ses premières sculptures équestres, Model for Lafayette Smithsonian American Art Museum, Washington, D.C., qui figurera en bonne place à l’Exposition universelle de 1889 à Paris.. Ses contacts dans le monde artistique, dont certains étaient au nombre de sa patientèle, lui ont permis d’entretenir, dès avant la fin du Second Empire, la célèbre demi-mondaine, muse parisienne et modèle proustienne d’Odette Swann, Méry Laurent. Assurée d’une existence opulente, grâce aux cinquante mille francs de rente qu’il lui verse chaque année, celle-ci, que Paris a surnommée « Toute-la-Lyre » donne pour rien à des artistes ou à des écrivains, ce qu’Evans, complaisant, achète à si haut prix..
Très riche, il aurait amassé une fortune de 35 millions de dollars. Il se fait construire un luxueux palais dans le 16 arrondissement, à l'angle de l'avenue du Bois-de-Boulogne et de l'avenue de MalakoffJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« A-K »), « Avenue Foch », .Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Avenue Raymond-Poincaré », .Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Rue de Lasteyrie », .. Appelé « Bella Rosa », cet hôtel particulier était doté d'un grand escalier en marbre conçu par Garnier et abritait notamment son importante collection d'œuvres d'art, qui comptait des tableaux de Manet.
Utilisée en 1900 pour loger des souverains étrangers en visite à l'exposition universelle, la demeure est démolie en 1907 et la rue de Malakoff est ouverte sur la parcelle l'année suivante.
Legs : The Thomas W. Evans Museum and Dental Institute
Ébranlé par la mort de son épouse Agnès Joséphine (née Doyle), en , Evans succombe, quelques mois plus tard, à un infarctus du myocarde. Il repose au cimetière de Woodlands à Philadelphie.
Il lègue d'importants moyens pour l'établissement d'une école de chirurgie dentaire au sein de l'université de Philadelphie ; ce legs ne sera devenu effectif que plus de dix ans après sa mort, le testament d'Evans ayant fait l'objet d'une bataille judiciaire du fait qu'Evans, qui n'avait jamais eu d'enfants, avait déshérité son neveu, John Henry Evans, quand ce dernier fut anobli à Rome par bref apostolique (1876).
Finalement, les travaux du Thomas W. Evans Museum and Dental Institute pourront démarrer en 1912, et l'école de chirurgie dentaire sera inaugurée en 1915.
Distinctions Chevalier (1853), puis officierDistinctions mentionnées en 1867 sur le frontispice d'un ouvrage d'Evans, De la Découverte du caoutchouc vulcanisé et de la priorité de son application à la chirurgie civile et militaire et aux opérations dentaires, Raçon, Paris, 1867. (1866), puis commandeur de la Légion d'honneur (1871) (France) Membre de l'ordre de Saint-Vladimir (Russie) Commandeur de l'ordre de Sainte-Anne et de l'ordre de Saint-Stanislas (Russie) Commandeur des ordres de l'Osmanié et du Médjidié (Empire ottoman) Commandeur de l'ordre de Frédéric (Bade) et de l'ordre de Zaehringen (Wurtemberg) Officier de l'ordre de la Couronne et de l'ordre de l'Aigle rouge (Prusse) A refusé d'être décoré de l'ordre de l'Aigle noir Officier de l'ordre du mérite Saint-Michel (Bavière) Officier de l'ordre de la Couronne de chêne (Hollande) (Italie) Membre de l'ordre du Sauveur (Grèce)
Publications partielles en français . . . . .
Références
Bibliographie . . . . .
Liens externes
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