La présidence de Martin Van Buren débuta le , date de l'investiture de Martin Van Buren en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti démocrate et vice-président d'Andrew Jackson, Van Buren entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1836 face à plusieurs candidats issus du Parti whig. Il brigua un second mandat lors de l'élection présidentielle de 1840 mais fut battu cette fois par son opposant whig, le général William Henry Harrison.

Élu sur un programme qui revendiquait l'héritage de son prédécesseur, Van Buren défendit la conception jacksonienne du pouvoir où l'État ne jouait qu'un rôle restreint dans la régulation de l'économie. Cette doctrine fut toutefois rapidement remise en cause par la panique de 1837 qui entraîna une forte dépression économique et des faillites en cascade. Le président fut longtemps réticent à impliquer l'exécutif dans la gestion de cette crise mais la gravité de la situation le poussa finalement vers la fin de son mandat à donner son accord à la création d'une banque fédérale. En politique intérieure, Van Buren, bien qu'étant personnellement hostile à l'esclavage, se refusa à le condamner officiellement et favorisa même à plusieurs reprises les intérêts esclavagistes afin de ne pas se couper de l'électorat du Sud, traditionnellement acquis aux démocrates. Il poursuivit également la politique indienne de Jackson en continuant d'expulser par la force les tribus amérindiennes de leurs territoires.

Sa présidence connut davantage de succès sur le plan des affaires étrangères : Van Buren parvint à éviter un conflit armé avec la Grande-Bretagne dans un contexte de tensions au sujet du Canada et ménagea le gouvernement mexicain en refusant l'admission du Texas au sein de l'Union. Son échec à juguler la crise économique de 1837 lui fut cependant grandement reproché et constitua l'une des causes principales de sa défaite à l'élection présidentielle de 1840. Pendant les quatre années de son mandat, Van Buren connut des alternatives de revers et de succès et son bilan à la tête du pays est considéré comme mitigé, au mieux, par les historiens. En revanche, il joua un rôle crucial dans la construction du Parti démocrate qui domina la vie politique américaine dans les décennies suivantes.

Élection présidentielle de 1836

À la suite de l'affaire Petticoat qui marqua le premier mandat d'Andrew Jackson, le secrétaire d'État Martin Van Buren s'était imposé comme l'héritier naturel du président en exercice et il fut élu vice-président aux côtés de Jackson en 1832. Les deux hommes avaient des personnalités très différentes mais ils collaborèrent efficacement tout au long du second mandat de Jackson.. Ayant refusé de briguer un troisième mandat en vue de l'élection présidentielle de 1836, ce dernier, qui jouissait d'une grande influence au sein du Parti démocrate, soutint activement la candidature de Van Buren. qui fut désigné à l'unanimité par la convention nationale démocrate de 1835.. Le choix du colistier se fit entre le représentant Richard Mentor Johnson du Kentucky et l'ancien sénateur William Cabell Rives de Virginie. Rives était soutenu par la majorité des délégués sudistes mais son adversaire avait la faveur du président et l'influence de Jackson fut déterminante pour permettre à Johnson de figurer sur le ticket démocrate..

Dans le camp adverse, les opposants à la politique de Jackson, rassemblés au sein du Parti whig, se mobilisèrent pour barrer la route à Van Buren. En l'absence d'unité du parti et d'une organisation suffisamment solide pour désigner un ticket unique ou définir un programme cohérent, les whigs multiplièrent les candidatures afin d'empêcher les démocrates d'obtenir la majorité des voix et reporter ainsi l'élection à la Chambre des représentants. Alors que les États du Sud étaient plutôt favorables au sénateur du Tennessee Hugh Lawson White, un ancien partisan de Jackson, la campagne au Nord mit aux prises le général William Henry Harrison, célèbre pour sa victoire sur les Amérindiens à la bataille de Tippecanoe en 1811, et le sénateur Daniel Webster qui fut rapidement distancé par son rival. Chacun de ces candidats adhérait à la ligne du Parti whig qui dénonçait la « tyrannie exécutive » de Jackson et dépeignait Van Buren comme un politicien de carrière indigne de confiance.

vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1836.

Au sujet de l'esclavage, Van Buren s'efforça de tenir un discours capable de plaire à la fois aux États pro-esclavagistes du Sud et aux États du Nord où l'esclavage était interdit. Cela concernait surtout les électeurs sudistes pour qui tous les yankees, dont Van Buren faisait partie, étaient automatiquement suspects sur cette question.. Le candidat démocrate se déclara opposé à l'abolition et partisan du maintien de l'esclavage dans les États où il était pratiqué. Dans ce débat, Van Buren se garda bien d'évoquer ses convictions personnelles selon lesquelles l'esclavage était immoral bien que garanti par la Constitution.. Il s'en prit dans les faits aux abolitionnistes qui n'étaient populaires nulle part dans le pays et trancha, en sa qualité de vice-président, en faveur d'un projet de loi sénatorial qui soumettait le courrier à caractère abolitionniste aux lois des États, ce qui revenait à entériner son interdiction dans le Sud. Ses partisans contrèrent les accusations d'insincérité en provenance des whigs sudistes en affirmant que, pour Van Buren, il n'était pas du devoir du Congrès d'interférer dans la politique des États en matière d'esclavage, que l'abolition de celui-ci dans le district de Columbia n'était pas à l'ordre du jour et que l'agitation autour de l'esclavage était dangereuse pour la sauvegarde de l'Union. Tout à sa volonté de bâtir une formation politique d'envergure nationale, Van Buren était en effet prêt à des concessions dont la moindre ne fut pas la reconnaissance de l'institution esclavagiste en tant que telle. En jetant les fondations du premier parti moderne de l'histoire des États-Unis, les démocrates évacuèrent ainsi sciemment toute référence à l'esclavage de leur plateforme partisane..

Le jour de l'élection, Van Buren arriva en tête avec 170 votes de grands électeurs et des voix au suffrage populaire. En deuxième position venait Harrison avec 73 votes, devant White (26 votes) et Webster (14 votes).. Les onze électeurs de Caroline du Sud se prononcèrent en faveur d'un cinquième candidat, Willie Person Mangum. Par rapport à la précédente campagne de Jackson en 1832, Van Buren obtint de meilleurs résultats en Nouvelle-Angleterre mais réalisa une performance moindre dans le Sud et l'Ouest. Sa victoire était due tout à la fois à son talent politique et ses qualités personnelles, au soutien et à la popularité de Jackson, à la bonne organisation du Parti démocrate et à l'inefficacité des whigs.. Le vote des grands électeurs de Virginie pour le candidat à la vice-présidence se porta toutefois non pas sur Johnson mais sur l'ancien sénateur William Smith, privant Johnson de la majorité à une voix près. En vertu du douzième amendement, le Sénat procéda à un arbitrage et Johnson fut élu. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates confirmèrent leur mainmise sur les deux chambres du Congrès.

Cérémonie d'investiture

vignette|Investiture de Martin Van Buren le 4 mars 1837.

Van Buren prêta le serment présidentiel le sous l'autorité du juge en chef Roger B. Taney, lors d'une cérémonie devant l'aile Est du Capitole.. À 54 ans, il était alors le plus jeune président de l'histoire américaine. Dans son discours, Van Buren déclara que le rôle du président était de préserver les institutions politiques créées par les Pères fondateurs et en particulier, dans la plus pure tradition jeffersonienne, de limiter l'interventionnisme du gouvernement fédéral au profit de la liberté et de la souveraineté du peuple et des États..

La cérémonie d'investiture marqua l'avènement d'une véritable « dynastie présidentielle » avec le départ de Jackson et l'arrivée au pouvoir de Van Buren, son dauphin. Les deux hommes se rendirent ensemble à la cérémonie à bord d'un phaéton construit dans le bois de l'USS Constitution et tiré par quatre chevaux gris. C'était la première fois qu'un président sortant accompagnait son successeur au Capitole le jour de son entrée en fonction. Les festivités furent moins une célébration en l'honneur du nouveau président qu'un hommage à son prédécesseur, ce que Van Buren ne manqua pas de remarquer dans son discours inaugural :

Composition du gouvernement

Van Buren conserva la plupart des ministres et des fonctionnaires nommés par Jackson. Ce faisant, il espérait freiner la progression des whigs dans le Sud tout en affichant, au moins en apparence, l'unité du Parti démocrate. Les membres du gouvernement étaient originaires de diverses régions du pays : le secrétaire au Trésor Levi Woodbury venait de Nouvelle-Angleterre, le procureur général Benjamin F. Butler et le secrétaire à la Marine Mahlon Dickerson étaient issus des États du centre des États-Unis, le secrétaire d'État John Forsyth représentait le Sud et le ministre des Postes Amos Kendall, du Kentucky, était un natif de l'Ouest. Pour occuper le ministère de la Guerre, demeuré vacant depuis la fin de la présidence de Jackson, Van Buren songea à William Cabell Rives qui avait brigué la vice-présidence en 1836, mais ce dernier déclina la proposition et le président jeta finalement son dévolu sur Joel Roberts Poinsett, qui s'était opposé à la sécession de la Caroline du Sud lors de la crise de la nullification.

Les nominations de Van Buren mécontentèrent à la fois les Pennsylvaniens qui estimaient, à l'instar de James Buchanan, que leur État méritait d'être représenté au sein du gouvernement et certains démocrates pour qui Van Buren aurait dû procéder à des choix plus partisans afin d'accroître son influence politique. Le nouveau président souhaitait toutefois éviter les litiges inhérents au favoritisme et manifester clairement, à travers le maintien du cabinet Jackson, son intention de poursuivre l'œuvre de son prédécesseur. Par ailleurs, Van Buren avait aidé à choisir la plupart des membres de l'ancienne administration et était habitué à travailler avec eux.

Soucieux d'améliorer la discipline et l'état d'esprit qui régnait dans la marine, Van Buren obtint en 1838 la démission de Dickerson et le remplaça par James K. Paulding. Butler quitta ses fonctions la même année et Van Buren désigna Felix Grundy, un sénateur du Tennessee proche de Jackson, pour lui succéder. Plus tard, Grundy céda lui-même sa place à Henry D. Gilpin de Pennsylvanie. John M. Niles, un fidèle du parti et ancien sénateur du Connecticut, fut nommé ministre des Postes en 1840.

Si Van Buren avait les coudées franches en matière de politique étrangère et dans les questions qui relevaient du département du Trésor, le Bureau des postes ainsi que les ministères de la Guerre et de la Marine bénéficiaient d'une autonomie assez large. Le président se réunissait régulièrement avec son cabinet et mit fin aux entretiens informels que Jackson affectionnait en son temps. Considérant que le président devait être « un médiateur et, dans une certaine mesure, un arbitre entre les opinions contradictoires » de ses conseillers, Van Buren sollicitait fréquemment l'avis de ses ministres et tolérait les échanges ouverts et même francs entre ses collaborateurs. Le détachement dont il faisait preuve à l'égard des débats lui permettait de formuler son opinion en dernier et de veiller à toujours avoir le dernier mot.

vignette|Le président Martin Van Buren vers 1840.