Aux Antilles françaises, un béké (créole martiniquais) est un blanc créole descendant des premiers colons en majorité esclavagistes. Ce terme, issu du créole martiniquais, concerne principalement les descendants originaires de Martinique mais aussi ceux de GuadeloupePour les békés, en Guadeloupe, «c’est chacun de son côté» Eric Favereau, Libération, 13 mars 2009.

En Martinique, les békés constituent un peu moins d'un pour cent de la population, soit environ ..

En Guadeloupe, en langue créole, on parle aussi de « Blan-péyi » (Blancs-pays)Du Neg nwe au Beke Goyave, le langage de la couleur de la peau en Martinique - Isabelle Michelot , bien que ce terme soit plus large puisqu'il peut aussi désigner des individus blancs nés et élevés sur l’île mais dont la famille n'est pas présente depuis l'époque coloniale.

Un grand nombre des colons grands propriétaires terriens de Guadeloupe a fui ou a été condamné à mort lors de la Révolution française et à la suite de la première abolition de l'esclavage en 1794. Par conséquent, les békés actuels de Guadeloupe sont tous originaires de Martinique, où ils ont généralement toujours des liens familiaux ou des intérêts économiques.

Le terme « béké » est parfois également employé comme adjectif.

Étymologie Il semble que le mot soit d'origine igbo (Nigeria), langue dans laquelle il désigne un BlancAnnegret Bollée (dir.), Dictionnaire étymologique des créoles français de l’océan Indien. Tome II : Mots d’origine non-française ou inconnue, 1993, Serge Joséphau, « Africanismes dans le créole », in Quelques aspects du patrimoine culturel des Antilles., Fort-de-France, CDDP, 1977, cités par M.-C. Hazaël-Massieux.

Selon une autre hypothèse, le mot béké viendrait de la langue ashanti, m’béké signifiant « homme détenant le pouvoir »"Les békés à la télé", compte-rendu du documentaire de Canal + Les Derniers Maîtres de la Martinique, le 3 février 2009 .

Origines de la communauté békée Les békés descendent des colons européens qui ont émigré dans les Antilles françaises au XVIIᵉ siècleMartinique : qui sont les békés et pourquoi sont-ils associés à la vie chère ?, lemonde.fr, 26 décembre 2024..

Les immigrants sont principalement des négociants et des membres de familles de la noblesse, pour ces derniers en général des cadets de famille. En Martinique, 28 familles béké sur 209 environ ont une origine noble (soit environ 13 %). ; ce taux est toutefois sans doute sous-estimé à cause du manque d'archives.. De plus, il faut préciser que Louis XIV acceptait d’anoblir les planteurs détenant plus de cent esclaves..

Le terme inclut également les engagés ou « 36 mois » (nom qui correspond à la durée de leur contrat avec leur maître). À la fin de ce contrat le maître leur donnait en nature de pétun. Ce pécule leur permettait soit de payer leur voyage de retour soit d'acquérir les outils nécessaires pour défricher une concession à leur propre compte.. Cependant, une grande partie de cette main-d'œuvre mourait avant l'échéance des .. Ces pauvres ou modestes gens, soldats, artisans ou travailleurs européens sont venus très tôt aux Antilles françaises, avant même, pour certains, l'arrivée massive des esclaves africains.

Métissés ou non avec la population d'origine africaine, les békés pauvres furent parfois, dans un premier temps, rejetés par les riches propriétaires békés. Toutefois, certaines de ces plus anciennes familles de la Martinique ayant réussi dans les affaires ont été anoblies sous Louis XV, comme ce fut le cas pour Jean Assier (1688-1771)Ce dernier, selon l’arbre généalogique commun aux familles békées de Martinique réalisé par Alain Huyghues Despointes, descendant d'une famille arrivée au à Case-Pilote (Les 10 familles les plus entreprenantes de La Martinique, L'Express, 01/12/2008 ), serait un ancêtre commun à la plupart des Békés (« Les békés à la télé », compte-rendu du documentaire de Canal + « Les derniers maîtres de la Martinique » par Édouard Boulogne, le 3 février 2009 )..

Il existe encore des békés de classe modeste ou pauvre, qui furent appelés en Martinique « békés griyav », soit « békés goyave », car certains d'entre eux étaient affectés à la récolte de la goyave et résidaient sur ces plantations.

Les Blancs créoles sont majoritairement d'origine française même si on y trouve aussi des descendants de ressortissants néerlandais (certains ont été chassés du Brésil et amenèrent la culture de la canne à sucre.) ou britannique notamment. Dans une grande majorité catholiques, ils pouvaient également être de confession protestante ou juive.

Histoire

En Martinique

Les premiers Blancs arrivent à la Martinique dès la fin du et obtiennent du roi de France la concession de terres et se lancent dans la culture de la canne à sucre. Sociologiquement, il s'agit de cadets de familles nobles ou de la bourgeoisie désargentés ainsi que d'aventuriers. Ils sont appelés békés, les Européens installés aux Antilles. Les esclaves transportés depuis l'Afrique arrivent en même temps, ainsi que les engagés. Ceux-ci sont des métropolitains qui s'engagent au service d'un Blanc pour une durée donnée en échange du paiement des frais du voyage.

En 1793 ils signent le traité de Whitehall avec les Britanniques, qui place l’île sous domination britannique et y maintient l'esclavage après la signature du décret d'abolition de l'esclavage du 4 février 1794 par la République françaiseLes mutations de la société martiniquaise sous la Révolution et l’Empire, OpenEdition Books, L'historien-citoyen, consulté le 26 février 2026.

En Guadeloupe

En Guadeloupe, les Blancs Péyi (Blancs-Pays) ont une histoire différente de ceux de la Martinique. Contrairement à cette dernière, qui était sous occupation britannique, la Guadeloupe connut la Révolution française et surtout la première abolition de l'esclavage en 1794. C'est dans ce contexte de guerre contre les troupes britanniques et pour éviter que des colons ne livrent l'île aux Britanniques pour rétablir les privilèges et l'esclavage que la quasi-totalité des grands propriétaires terriens (les grands planteurs) de l'île a été guillotinée par les troupes révolutionnaires amenées par Victor Hugues (commissaire de la Convention).

Les rares survivants s'enfuirent dans les îles alentour. Les descendants des colons guadeloupéens n'ayant pas été exécutés (petits planteurs, marins, commerçants, militaires…) sont appelés « Blancs Pays ». Par la suite, progressivement, quelques békés de la Martinique s’installèrent en Guadeloupe tout en conservant étroitement leurs liens avec leurs familles d'origine. En Guadeloupe, ils constituent 1% de la population, aux Antilles ils détiennent 40% de l'économie..

Situation sociale En Martinique en 2009, les békés représenteraient environ pour environ . Dans le passé, le groupe était lui-même très hiérarchisé en fonction du nom, de la fortune et du niveau d'éducation.

Les grandes familles sont les Hayot (famille d'origine normande arrivée à la Martinique à la fin du , dont un des descendants, Bernard Hayot, propriétaire du Groupe Bernard Hayot, est la plus grande fortune des Antilles françaises, et de FranceLes 500 plus grandes fortunes de France 2020 Challenges, 8 juillet 2020), les Huyghues Despointes (famille protestante originaire des Pays-Bas, initialement implantée au Brésil, arrivée à la Martinique au Entre calvinistes et catholiques - Deuxième partie. Politique et religion aux , presses universitaires de Rennes, 2010, dont une partie des descendants est aujourd'hui propriétaire des principales usines de produits alimentaires), les Fabre, les Duchamp, les Assier de Pompignan (l'une des plus anciennes familles de békés de la Martinique – trois siècles après l'arrivée de son ancêtre Jean, on dénombre 300 de ses descendants directs sur l'île), les Plissoneau, les Dorn, les Reynal de Saint-Michel, les Lucy de Fossarieu, Vivies, Loret, Barbotteau ou encore les Aubéry..

Dans les années 1990, les békés contrôlent 29,2 % des entreprises de plus de vingt salariés de Martinique et 16,5 % des entreprises de plus de dix salariés en Guadeloupe. En 2009, selon les estimations citées par Libération, en France, les Békés sont estimés à moins de 1 % de la population, mais sont très présents dans la filière agroalimentaire qu’ils détiendraient à 90 %, et détiendraient aussi 50 % des terres"Des familles riches qui trustent les terres "— Libération du 13 mars 2009 ..

Toutefois, beaucoup de descendants de familles békés aux Antilles, en Martinique comme en Guadeloupe, n'ont pas un niveau social élevé.

Personnalités békées Des listes de patronymes dits békés sont reprises dans certains ouvrages. À la fin des années 1960, l'ethnologue Édith Kováts-Beaudoux recense 150 familles.. En 2002, le généalogiste béké Eugène Bruneau-Latouche « présente dans l'ordre alphabétique deux cent neuf familles subsistantes, vivant de par le monde et issues d'une origine créole martiniquaise antérieure à 1901 » en intégrant des familles qui ne sont donc plus toutes représentées à la Martinique : Cacqueray de Valménier, Cornette de Saint-Cyr, Dampierre, Jorna, Lafaye de Guerre, Tascher de La Pagerie, etc...

Guadeloupe

Martinique

Les « 210 familles »

Ce tableau répertorie exclusivement les familles d'origine européenne établies à la Martinique depuis les débuts de la colonisation, plus d'une centaine d'entre elles vivent toujours sur placeDeux cent neuf anciennes familles subsistantes de la Martinique, u-picardie.fr, 2002. Pour chaque famille sont précisés le pays ou la province française d'origine (parfois différent du lieu de naissance ou de résidence du premier colon), la date d'arrivée à la Martinique, l'activité professionnelle du premier colon avant son établissement à la Martinique ainsi que celles de son père et de son grand-père paternel.

Peu de familles békées sont d'origine noble, . ou, sous Louis XIV, parce qu'ils possédaient plus de cent esclaves.

Contrairement aux légendes véhiculées, plus rares encore sont les familles actuellement subsistantes qui descendaient en ligne indirecte des rois de France avant leur arrivée sur l'île. Il n'y en a que neuf : Bernard de Feyssal (de), Chancel de La Grange, Dampierre (de), Fabrique Saint-Tours (de), Froidefond des Farges (de), Louveau de La Guigneraye, Percin (de), Prévost de Sansac de Traversay et Tascher de La Pagerie (de).

Au sein d'une même famille, les situations socio-culturelles actuelles sont cependant très diverses entre les différentes branches. Un grand nombre de familles reprises dans cette liste ont des branches békées et métisses. Parmi ces dernières, il s'agit le plus souvent de descendances illégitimes, reconnues ou non, généralement en ligne féminine, plus rarement en ligne masculine.