La présidence de James K. Polk débuta le , date de l'investiture de James K. Polk en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti démocrate, Polk entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1844 face à Henry Clay, candidat du Parti whig. Il quitta la présidence après un seul mandat, conformément à sa promesse de campagne, et le général Zachary Taylor lui succéda à la Maison-Blanche. Durant ses quatre années au pouvoir, Polk, qui avait été un proche d'Andrew Jackson, manifesta son attachement à la vision de la « démocratie jacksonienne » et au concept de destinée manifeste.

Polk est souvent considéré comme le dernier grand président de la période antérieure à la guerre de Sécession, ayant réalisé et mis en œuvre l'ensemble de ses objectifs de campagne, tant sur le plan de la politique intérieure que des relations internationales. Sa présidence fut particulièrement influente dans le domaine de la politique étrangère et vit les dernières grandes expansions territoriales qui achevèrent de donner aux États-Unis leur aspect contigu. Le Mexique ayant refusé de reconnaître l'annexion du Texas par son administration, Polk déclencha la guerre américano-mexicaine qui se solda par une facile victoire pour les États-Unis et conduisit à la cession par le Mexique de la quasi-totalité du Sud-Ouest américain actuel. Il menaça également d'entrer en guerre avec le Royaume-Uni au sujet du contrôle de l'Oregon, mais parvint finalement à un accord dans lequel les deux pays acceptaient de se partager la région à hauteur du parallèle.

Polk réalisa également ses ambitions en matière de politique intérieure. Il réduisit de façon importante les droits de douane en substituant au Black Tariff de 1842 le Walker Tariff de 1846 qui favorisait les États du Sud moins industrialisés en diminuant les coûts sur les importations et sur la production locale par le biais de la concurrence. Il mit par ailleurs en place un système de trésorerie indépendante qui perdura jusqu'en 1913 et présida à la création de l'académie navale et de la Smithsonian Institution. La mise en chantier du Washington Monument et l'émission du premier timbre postal eurent également lieu sous sa présidence.

Polk ne s'impliqua pas personnellement dans l'élection présidentielle de 1848 mais son action politique eut une influence décisive sur le déroulement de la campagne. Le candidat du Parti whig, le général Zachary Taylor, qui avait participé à la guerre américano-mexicaine, battit son adversaire démocrate, le sénateur Lewis Cass, qui avait reçu le soutien de Polk. Les historiens considèrent Polk comme un grand président américain pour avoir su promouvoir des objectifs et les avoir mis en œuvre dans le cadre de son agenda présidentiel. Il a néanmoins été critiqué pour avoir mené les États-Unis dans une guerre contre le Mexique et pour avoir aggravé les tensions politiques à l'échelle du pays.

Élection présidentielle de 1844

vignette|Affiche de campagne du ticket Polk/Dallas pour l'élection présidentielle de 1844.

Au début de l'année 1844, l'ancien président Martin Van Buren était considéré comme le mieux placé pour être le candidat démocrate à l'élection présidentielle du mois de mars. Polk, qui désirait obtenir la nomination du parti pour la vice-présidence, fit d'abord campagne pour figurer sur le ticket présidentiel aux côtés de Van Buren. Celui-ci ne faisait toutefois pas l'unanimité au sein de son camp, notamment de la part des sudistes qui redoutaient ses vues sur l'esclavage et des « conservateurs entrepreneuriaux » qui avaient en mémoire sa gestion catastrophique de la panique de 1837. La possible annexion du Texas par l'administration du président John Tyler fut au cœur des débats : Van Buren et Henry Clay, le principal candidat whig, se prononcèrent résolument contre l'annexion afin d'éviter une guerre avec le Mexique alors que Polk et l'ex-président Andrew Jackson étaient favorables à l'acquisition territoriale. Déçu par le positionnement de Van Buren, Jackson se déclara en faveur de Polk mais ce dernier était sceptique sur ses chances d'être désigné par la convention démocrate.

À l'ouverture de celle-ci le , la question se posa immédiatement de savoir si la convention devait introduire la règle du vote à la majorité des deux tiers pour le choix du candidat à la présidence. Réclamée à grands cris par les États du Sud, la résolution fut adoptée, ce qui mit fin aux espoirs de Van Buren dont la candidature était toujours contestée par une minorité significative des délégués. Van Buren arriva en tête du premier tour de scrutin sans parvenir à rassembler la majorité des voix nécessaire et il perdit progressivement ses soutiens. Au tour, Polk rafla 44 des 266 délégués, supplantant ainsi Lewis Cass et Van Buren, ses principaux concurrents. À ce stade, plusieurs délégués se rallièrent ouvertement à Polk. Van Buren, réalisant qu'il n'avait plus aucune chance d'être désigné par la convention, se désista en faveur de Polk qui remporta la nomination au scrutin suivant. Polk fut ainsi le premier d'une série de candidats inattendus (en anglais dark horse candidate) à remporter la nomination d'un grand parti politique dans le cadre d'une élection présidentielle.. Le sénateur Silas Wright, un proche de Van Buren, déclina la vice-présidence et la convention désigna l'ancien sénateur George M. Dallas pour figurer aux côtés de Polk sur le ticket démocrate.

Informé de sa victoire, Polk promit aussitôt de n'effectuer qu'un seul mandat afin d'obtenir plus facilement le soutien des ténors du Parti démocrate comme Cass, Wright, John C. Calhoun, Thomas Hart Benton ou James Buchanan, qui ambitionnaient tous de briguer un jour la fonction suprême. Il évita en revanche de se positionner au sujet du tarif protectionniste de 1842, ce qui ne l'empêcha pas de courtiser l'électorat nordiste de Pennsylvanie en tenant des propos favorables au maintien de taxes élevées. La candidature de Wright au poste de gouverneur de l'État de New York, l'un des swing states les plus importants, bénéficia indirectement à la campagne de Polk en unifiant les factions démocrates qui s'opposaient dans cet État.

vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1844.

Le Parti de la liberté, favorable à l'abolition de l'esclavage, désigna comme candidat James G. Birney du Michigan.. Henry Clay décrocha quant à lui l'investiture du Parti whig au premier tour de scrutin. En dépit de son statut d'ancien gouverneur du Tennessee et d'ex-speaker de la Chambre des représentants sous la présidence de Jackson, Polk ne disposait pas d'une notoriété comparable à celle de Clay ou de Van Buren et ses opposants whigs le raillèrent en popularisant le slogan Les whigs diffusèrent également dans tout le pays des centaines de milliers de tracts anti-Polk l'accusant d'être un pantin du Slave Power et un radical qui voulait détruire les États-Unis en annexant le Texas. Polk remporta finalement l'élection par 170 voix de grands électeurs contre 105 pour Clay et recueillit du vote populaire. Il perdit à la fois dans son État natal, la Caroline du Nord, et dans son État de résidence, le Tennessee, mais fut déclaré vainqueur en Pennsylvanie et à New York où Birney avait réalisé un score honorable au détriment de Clay. Une victoire de Clay dans l'État de New York aurait en effet permis à celui-ci de battre Polk au niveau national par six voix d'avance au sein du collège électoral. Le taux de participation à l'échelle du pays s'éleva à 78,9 %.

L'élection de Polk fut suivie d'une période de transition au cours de laquelle Tyler voulut achever le processus d'annexion du Texas. Le Sénat avait déjà rejeté un précédent traité qui proposait le rattachement de la république texane à l'Union mais Tyler fit adopter au Congrès une résolution commune précisant les termes de l'annexion. Le sénateur Benton du Missouri et le secrétaire d'État Calhoun étant en désaccord sur la manière d'annexer le territoire en raison de leurs divergences d'opinion au sujet de l'esclavage, Polk fut impliqué dans les négociations afin de dénouer l'impasse. Avec l'aide du président-élu, la résolution d'annexion fut presque adoptée à l'unanimité par le Sénat. Deux jours avant l'investiture de Polk, le président Tyler adressa aux dirigeants texans une offre d'annexion en bonne et due forme.

Cérémonie d'investiture

vignette|Investiture de James K. Polk devant l'aile est du Capitole. Illustration parue dans l’Illustrated London News le 19 avril 1845.

Polk devint officiellement le président des États-Unis le lors d'une cérémonie organisée devant l'aile est du Capitole. La prestation de serment s'effectua sous l'autorité du juge en chef Roger B. Taney. Pour la première fois dans l'histoire du pays, la cérémonie fut annoncée par le télégraphe et fit l'objet d'une illustration dans la presse — en l'occurrence l’Illustrated London News..

Le discours d'investiture du nouveau président, rédigé avec l'aide d'Amos Kendall, se voulait porteur d'un message d'espoir et de confiance. Avec mots, ce fut le deuxième plus long discours d'investiture de l'histoire américaine, derrière celui de William Henry Harrison quatre ans plus tôt. Dans son texte, Polk fit référence aux idées jacksoniennes qui avaient guidé son action politique et énonça les grands principes qui, dans la lignée de ceux du Parti démocrate, devaient fixer le cap de son administration. L'un des principaux thèmes de son discours fut l'expansion territoriale vers l'ouest des États-Unis. Il expliqua ainsi l'importance de l'entrée du Texas au sein de l'Union et remarqua que de nombreux Américains étaient implantés dans des terres situées encore plus à l'ouest, en Californie ou en Oregon. Il déclara :

Au moment où Polk arriva à la présidence, la population des États-Unis avait doublé tous les vingt ans depuis la guerre d'indépendance jusqu'à atteindre un niveau semblable à celle de la Grande-Bretagne. Le mandat de Polk bénéficia du progrès technologique avec le développement des chemins de fer et une utilisation accrue du télégraphe. L'amélioration des communications et l'embellie démographique contribuèrent à hisser les États-Unis au rang de grande puissance militaire et favorisèrent la mise en place d'une politique expansionniste.

Organisation du cabinet

Polk gouverna avec l'aide de son cabinet auquel il attachait une grande importance. Ce dernier se réunissait deux fois par semaine ; lors de ces séances, Polk et les six membres de son gouvernement discutaient des grandes affaires en cours. Cependant, en dépit de la confiance qu'il accordait à son cabinet, Polk interférait jusque dans les menus détails dans l'action des départements d'État, notamment sur le volet militaire. En constituant son propre gouvernement, Polk écouta le conseil de Jackson qui lui avait recommandé d'éviter des individus nourrissant eux-mêmes des ambitions pour la présidence. Il choisit cependant de nommer James Buchanan au poste crucial et prestigieux de secrétaire d'État. Polk, qui voulait désigner un New-Yorkais compétent à la tête du département du Trésor, sollicita l'avis de Wright et de Van Buren et tous deux recommandèrent . Le sénateur Robert J. Walker obtint le poste de procureur général. Cave Johnson, un proche de Polk, accéda quant à lui à la fonction de Postmaster General. Polk était personnellement attaché au secrétaire à la Marine en poste, John Y. Mason, mais il dut s'en défaire sur l'insistance de Jackson car il avait appartenu au précédent cabinet Tyler et Jackson ne souhaitait pas que ses membres puissent faire partie de la nouvelle administration. Polk nomma à sa place George Bancroft, un historien qui avait joué un rôle décisif dans l'élection de Polk. Pour le poste de secrétaire à la Guerre, le président envisagea de faire appel à , de Virginie, afin de composer un cabinet équilibré, trois de ses membres étant issus d'États libres et trois autres d'États esclavagistes.