Charles Pasqua est un résistant et un homme politique français, né le à Grasse (Alpes-Maritimes) et mort le à Suresnes (Hauts-de-Seine).

D'origine corse, il entre dans la Résistance à l'âge de . Il débute comme commercial pour la société Ricard, dont il devient le numéro deux en 1967, avant de quitter l’entreprise la même année en raison de son engagement politique croissant.

Figure montante du gaullisme, il rejoint le controversé Service d'action civique (SAC), acquérant une réputation d’homme de l’ombre. En 1968, il s’implante dans les Hauts-de-Seine, où il devient député, sénateur et président du conseil général : il exerce une autorité telle qu'il est longtemps considéré comme le « parrain » du département.

En 1976, il est membre fondateur du Rassemblement pour la République (RPR), dont il incarne l'aile souverainiste et sécuritaire. Il joue un rôle clé dans les campagnes de Jacques Chirac, notamment lors de l'élection présidentielle de 1981, qui voit la défaite de Valéry Giscard d'Estaing. Il est plus en retrait dans les années qui suivent.

Il accède à une visibilité nationale comme ministre de l'Intérieur lors des deux premières cohabitations (1986-1988 et 1993-1995). Il y adopte une politique de fermeté en matière d’immigration, de délinquance et de terrorisme, marquée par un durcissement des conditions de séjour et un renforcement des pouvoirs policiers.

Fidèle à ses convictions souverainistes, il milite activement pour le « non » au référendum de 1992 sur le traité de Maastricht. En 1999, avec Philippe de Villiers, il crée le Rassemblement pour la France (RPF) et conduit une liste aux élections européennes qui crée la surprise en arrivant en deuxième position.

En 2004, il perd son mandat de député européen mais redevient sénateur des Hauts-de-Seine, siégeant comme apparenté au groupe UMP, dont il critique la ligne pro-européenne. Ses dernières années en politique sont marquées par un rôle déclinant alors qu’il tente de relancer un courant gaulliste souverainiste.

Homme de réseaux, il est salué pour son influence et critiqué pour l’opacité de ses pratiques. Il est impliqué dans plusieurs affaires judiciaires, avec deux condamnations à des peines de prison avec sursis et quatre relaxes. Son style souvent jugé autoritaire et son franc-parler marquent le débat public.

Situation personnelle Origines familiales et vie privée Charles Victor Pasqua naît le à Grasse. ; il est le fils d'André Pasqua, policier à Grasse (Alpes-Maritimes), et de Françoise Rinaldi. Son grand-père paternel est un berger corse de Casevecchie.

Âgé de , il se marie en 1947 avec Jeanne JolyJeanne Joly selon le Who's Who in France 1985-1986, page 1126 ()., une Québécoise rencontrée à Grasse avec qui il a un fils l’année suivante, Pierre-Philippe Pasqua (1948-2015). Jeanne Joly meurt en 2016..

Membre de la Résistance À la suite de l'invasion de la zone libre par l'armée allemande en , Charles Pasqua, alors âgé de , s'engage dans la Résistance. sous le pseudonyme « Prairie », et rejoint les rangs de Combat.. Son père est quant à lui déjà investi dans cette lutte..

Carrière professionnelle Titulaire d'une licence de droit, il est embauché comme représentant par Paul Ricard en , grimpe les échelons et devient inspecteur des ventes en 1955, directeur régional en 1960, puis directeur général des ventes en 1962, et enfin directeur de l'exportation l'année suivante. Lorsqu'il quitte Ricard en 1967, il est alors numéro deux du groupe..

Il avait alors été mis en demeure de quitter la société à la suite de la mauvaise gestion de son département ; la note des Renseignements généraux à son sujet affirme qu'il s'est « rendu coupable tant sur le plan contractuel que délictueux d'un véritable concert frauduleux d'actes caractérisés de concurrence déloyale »., ayant utilisé ses contacts pour fonder avec des transfuges de cette société la société Euralim (Europe Alimentation), installée à Levallois-Perret pour importer la boisson Americano Gancia. La note des RG ajoute : « M. Pasqua, qui dispose d'un chauffeur et de gardes du corps, mènerait un train de vie que ne justifient pas ses ressources personnelles semble-t-il »..

Parcours politique Débuts En 1947, il rejoint le Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par le général de Gaulle. Il participe aux activités de son service d'ordre dans le Sud de la France.. Il mobilise ses anciennes troupes du service d'ordre en à Marseille et participe ensuite à la fondation dans cette ville de l'Union pour la nouvelle République.

Selon une source, il est, avec Jacques Foccart, Achille Peretti et Étienne Léandri., l'un des créateurs en 1959 du Service d'action civique (SAC), organisme de protection, « police privée » du gaullisme. L'historien du SAC François Audigier cite une interview de Pasqua en 1979 dans laquelle il se reconnaît comme l'un des fondateurs du SAC. Pasqua nie cependant dans sa déposition donnée à la commission d'enquête parlementaire sur les activités du SAC créée à la suite de la tuerie d'Auriol avoir été un fondateur de cette organisation. Il y affirme ne l'avoir rallié qu'en 1962, après la guerre d'Algérie, avoir été chargé de mission régional pour les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes jusqu'à la fin de l'année 1964 ou au début de l'année 1965, lorsqu'il gagne la région parisienne. Il est ensuite désigné premier vice-président, de 1967 à sa démission à l'automne 1969, lorsque le SAC est réorganisé à la suite de l'élection de Pompidou à la présidence de la République..

Il se lance dans la vie publique en 1964, en créant la liste « Libre entreprise » à la chambre de commerce de Marseille.

Le , il est un des principaux organisateurs de la manifestation pro-gaulliste qui marque le basculement des « événements de mai ».. Le mois suivant, alors qu'il est vice-président du SAC, il est élu député lors du raz-de-marée gaulliste, à Clichy-Levallois, sous l'étiquette UDR.

Implantation locale vignette|redresse|gauche|Charles Pasqua et Jacques Chirac dans le cadre des assises du RPR de 1982. Membre des partis gaullistes à partir de 1947, il s'établit politiquement dans les Hauts-de-Seine. Député dans la du département de 1968 à 1973, il siège au conseil général à partir de 1970 et en devient le président trois ans plus tard. Après ses défaites aux élections législatives de 1973 et aux cantonales de 1976 dans le canton de Levallois-Perret-Sud, lors desquelles il est à chaque fois battu par le maire communiste de Levallois-Perret, Parfait Jans, Charles Pasqua se présente dans la ville de Neuilly-sur-Seine.

Il est élu pour la première fois sénateur dans les Hauts-de-Seine aux élections sénatoriales de 1977. En 1983, conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine, il est pressenti pour succéder à Achille Peretti, décédé d'un arrêt cardiaque. Il est devancé par Nicolas Sarkozy, dont il avait été témoin de mariage avec Marie-Dominique Culioli quelques mois plus tôt. Sur les conseils de Bernard Pons, Jacques Chirac renonce à le soutenir.

Président du groupe RPR au Sénat à partir de 1981, il abandonne son mandat sénatorial le , lorsqu'il entre au gouvernement Chirac .

Homme de réseaux Homme redouté., Charles Pasqua maîtrise différents réseaux parallèles : casinos, machines à sous, pétrole, armements et amitiés corses (comme avec l’intermédiaire Étienne Leandri condamné pour collaboration économique à la Libération). En 1973, son nom apparait dans une enquête du magazine américain Newsweek parmi les contacts de Jean Venturi, l'un des parrains du trafic d’héroïne organisé par les truands corses. Charles Pasqua évoque une « pure calomnie ».

Il contribue à l'ascension politique de Jacques Chirac et accompagne la « chiraquisation » du parti gaulliste, l'UDR, en installant en 1974 son propre service d'ordre concurrent de celui du SAC. « Le gaullisme d'ordre se divisait à présent en deux familles rivales : les réseaux de Charles Pasqua et ceux de Jacques Foccart », constate le spécialiste du SAC François Audigier. Il travaille ensuite avec Marie-France Garaud et Pierre Juillet à la fondation du RPR, dont il devient secrétaire général adjoint.

Il organise la campagne de Jacques Chirac pour l'élection présidentielle de 1981. Dans l'entre-deux tours, il contribue à la défaite du président de la République sortant, Valéry Giscard d'Estaing, en appelant les adhérents RPR à voter contre lui, favorisant ainsi la victoire du candidat socialiste, François Mitterrand..

Ministre de l'Intérieur Charles Pasqua est nommé ministre de l'Intérieur dans le premier gouvernement de cohabitation, lorsque Jacques Chirac est Premier ministre de François Mitterrand, de 1986 à 1988. Alors que Mitterrand s'oppose à quatre des nominations, dont la sienne, Chirac cède sur les trois autres mais maintient Pasqua à ce poste.. À cette fonction, Charles Pasqua est l'auteur de la loi portant son nom, rendant plus difficile le séjour des étrangers en France, et de la loi du sur le découpage électoral, dénoncé comme déséquilibré par les socialistes. Il est en fonction durant les manifestations étudiantes contre la loi Devaquet, qui voient la mort de Malik Oussekine le . Il préside à l'arrestation du groupe terroriste Action directe. La gauche lui reproche sa politique sécuritaire, tandis qu'il séduit les militants gaullistes.

Dans un entretien accordé dans Valeurs actuelles entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988, alors que Jean-Marie Le Pen a obtenu 14,4 % de voix au premier tour, Charles Pasqua préconise une alliance avec l'extrême droite, déclarant que « le FN se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité »..

Après son passage au gouvernement, il redevient sénateur le , à la suite de la démission d'Émile Tricon. À nouveau président du groupe gaulliste, il reste membre de la Haute assemblée jusqu'au . En , il dépose pour la seconde fois avec plusieurs autres sénateurs une proposition de loi « relative au rétablissement de la peine de mort ainsi que pour la protection des fonctionnaires de sécurité et de justice » (la première fut déposée en ).

De 1993 à 1995, il est ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, dans le gouvernement Balladur, alors Premier ministre de François Mitterrand. La réforme du code de la nationalité française, dite « réforme Pasqua », est votée par le Parlement. En 1994, il doit faire face aux manifestations étudiantes contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP), qui sont marquées par des affrontements violents entre la police et des groupes de jeunes... Le , il est confronté à une sanglante fusillade en plein Paris qui fait trois morts parmi les forces de l'ordre. Elle est perpétrée par deux étudiants Florence Rey et Audry Maupin qui sont présentés comme ayant participé activement à la mobilisation contre le CIP et que l'on dit proches des milieux anarchistes. À la suite de ce drame, Charles Pasqua se déclare une nouvelle fois « personnellement en faveur » du retour de la peine de mort pour « les assassins les plus sordides, ceux qui attaquent les personnes âgées sans défense, ceux qui violent ou qui tuent des enfants, ceux qui assassinent des responsables des forces de l'ordre »Cité par ..

C'est dans ce contexte tendu qu'il défend, à l'automne 1994, un projet de loi « d'orientation et de programmation relative à la sécurité » qui vise à harmoniser l'action des services de police, de douane et de gendarmerie ainsi qu'à augmenter leurs moyens d'action. Parmi les dispositions qu'il prévoit pour maintenir l'ordre public figurent le renforcement des mesures de contrôle et de fouille en marge des manifestations et l'autorisation de la vidéosurveillance.. Ce projet de loi qui suscite de vives controverses avec l'opposition socialiste est finalement adopté en ;