upright=1.2|thumb|Détail d'une faïence signée Henriot, vers 1910. Le décor au « Petit Breton », créé vers 1860, deviendra emblématique de la faïence de Quimper et donnera lieu à de multiples imitations.
La faïence de Quimper est produite depuis 1708 dans le quartier faïencier historique de Locmaria, près du centre-ville de Quimper. Sa production s'est développée en faisant venir l'argile de Bordeaux et Rouen, bénéficiant de la présence de deux cours d'eau, l'Odet et le Steir et des forêts environnantes pour le combustible.
L'important développement de la faïence de Quimper au puis au entraînera au une concurrence acharnée des deux manufactures locales qui s'exprimera autant dans la créativité des décors, via plus de 250 artistes recensés, que sur les bancs des tribunaux.
thumb|upright=1.5|Étienne Laget, Soupière Henriot (début ), Manufacture Henriot Quimper.
Historique Avant l'arrivée des premiers faïenciers, Quimper était une ville de marchés et de commerçants prospères, où l'artisanat local et les échanges régionaux structuraient la vie économique. Son industrialisation commence au XVIIe siècle lorsque Jean-Baptiste Bousquet, maître pipier de Marseille, s'installa dans la ville pour y exercer son activité. Il s'aperçoit rapidement qu'il y a une forte demande pour des ustensiles en terre cuite (plats, assiettes, jarres, saloirs) et que la région offre des ressources nécessaires à leur fabrication: à l'anse de Toulven, des filons de kaolin d'une blancheur exceptionnelle affleuraient, les forêts bordant l'Odet fournissaient le bois nécessaire pour chauffer les fours, et une main-d'œuvre abondante et consciencieuse était disponible.
Suite à son initiative, d'autres manufacturiers s'installent à Locmaria. La faïence de Quimper devint rapidement le principal moteur économique de la ville, ce qui lui valut une renommée jusqu'aux Amériques.
La production d'assiettes peintes à la main et émaillées attira de nombreux artistes, contribuant au renouveau de l'art breton jusqu'au milieu du XXe siècle, période durant laquelle elle fut confrontée à la concurrence de la main-d'œuvre à bas coûts des pays en développement, ce qui entraîne la réduction des débouchés et la perte d'emplois dans la faïencerie.
Dans la période d'entre deux guerres, d'autres industries (conserves alimentaires, biscuiteries, confection industrielle et galvanisation), se développent autour de la ville, attirant des populations ouvrières venues des campagnes des environs.
Les premiers faïenciers de Locmaria
Famille Bousquet-La Hubaudière Jean-Baptiste Bousquet, originaire du village de Saint-Zacharie en Provence, arrive en 1699 à Locmaria, depuis 1791 quartier de Quimper, pour y faire profession de « terrailler ». Potier et maître pipier (fabricant de pipes en terre), il utilise sans doute le four banal du couvent des Bénédictines.
Son fils Pierre Bousquet (1673-1749« Le faïencier Pierre Bousquet vu par un descendant », sur le site Actu, Côté Quimper.), maître faïencier patenté de Marseille, effectue quelques séjours préparatoires chez son père : de l'eau, des bois, des cours d'eau pour l'approvisionnement et l'écoulement des marchandises; des taxes modérées, une main d'œuvre bon marché et pas de concurrence dans l'Ouest. En 1708, Pierre achète une maison et bâtit un four, créant ainsi la première faïencerie de Quimper. Il fabrique de la vaisselle de faïence, des plats et assiettes, et surtout des pièces de forme, vierges, grottes de religion, tonnelets, cruches, pots à eau, tasses et autres récipients.
Le second fils de Jean-Baptiste, Charles, né à Saint-Zacharie en 1690, poursuit la production des pipes en terre après la mort de son père.
Pierre Bousquet a deux filles de son épouse Isabeau Hélette (1674-1753) : Marie-Elisabeth : épouse de Pierre Bérardier, elle est la mère de Denis Bérardier (1735-1794), principal du collège Louis-le-Grand, député à l'Assemblée nationale constituante et protégé pendant la Terreur par ses anciens élèves Camille Desmoulins et Maximilien de Robespierre (Denis Bérardier a d'ailleurs été élevé par Pierre Bousquet) ; Marie-Jeanne, qui épouse le faïencier Pierre Bellevaux.
Pierre Bellevaux, né dans le Nivernais, se forme à la faïence à Rouen avec son oncle Edmée Serrurier. Il devient peintre, puis marchand faïencier circulant entre la Bretagne et Paris. En 1731, il épouse la fille de Pierre Bousquet et devient directeur de la faïencerie, apportant les techniques des faïences de Rouen. Il meurt en 1743, laissant une fille aussi appelée Marie-Jeanne.
Pierre Clément Caussy, né le à Rouen et mort en à Quimper, épouse en 1749 Marie-Jeanne Bellevaux, et poursuit l'entreprise à Quimper. En 1770, il emploie 80 salariés. À sa mort, il laisse l'entreprise à sa fille Marie-Elisabeth, épouse d'Antoine de la Hubaudière (1744-1794), ingénieur des Ponts et Chaussées.
Antoine de la Hubaudière (1744-1794) : il laisse d'abord son épouse Marie-Elisabeth Caussy et son beau-père diriger la manufacture, puis abandonne son ancien métier pour venir épauler son épouse.
Autres François Eloury, ancien ouvrier tourneur de Caussy, crée une poterie à proximité en 1778, produisant du grès et des pipes. Son frère, André, s'y essaye aussi mais avec moins de succès.
Le fils de François, Guillaume Eloury, commence une production de faïence blanche et mi-brune, comme la mode commence à s'en répandre.
Guillaume Dumaine, potier en grès originaire de Ger (actuel département de la Manche), lui aussi ancien ouvrier de Caussy et de La Hubaudière, après avoir fait faillite à Quimperlé en 1783, installe un atelier de poterie de grès à Locmaria en 1791, employant de façon saisonnière un à deux ouvriers de sa famille normande .
Au début du , il n'y a donc qu'une seule grande manufacture de faïence à Locmaria : la Grande Maison De la Hubaudière, et une naissante, la maison Eloury.
Le siècle de l'expansion thumb|upright=1.2|Décor aux oiseaux (vers 1920), Musée de la Faïence de Quimper.
Vue d'ensemble La mécanisation apporte son lot d'évolutions avec des machines à vapeur et des roues à engrenages pour le travail de la terre, tandis que
Manufacture De la Hubaudière
Elle reste une entreprise de premier plan durant le .
Manufacture Porquier puis Porquier-Beau La manufacture Porquier frères prend le contrôle de la maison Eloury en 1838 et dépasse en importance la manufacture De la Hubaudière.
Après plusieurs tentatives dans la seconde moitié du de revenir à la faïence artistique, la veuve Porquier associe vers 1875, sous la raison Porquier-Beau, son fils Arthur à Alfred Beau, dont l'apport en matière de peintures sur faïences et de style artistique sera déterminant pour Quimper. Elle gardera la production commune sous sa marque AP
Manufacture Tanquerey puis Henriot Les Tanquerey, acquéreurs en 1841 de la manufacture Dumaine, prennent de l'importance et se lancent également dans la faïence culinaire.
À partir de 1891, le jeune Jules Henriot, , se lance à son tour dans la faïence artistique.
Au début du , Quimper compte trois grandes manufactures de faïence, : « HB » pour Grande Maison De la Hubaudière, « AP » et « PB » pour Porquier et Porquier-Beau et « HR » pour Henriot.
Le et le temps des mutations thumb|upright=1.2|Un tour à vache au début du . La manufacture Porquier connait de graves difficultés dues en partie à la contrefaçon de sa production par Malicorne et Desvres mais aussi sans doute au coût élevé d'une faïence artistique qui doit trouver ses clients. Elle cesse de fonctionner définitivement en 1904. Jules Henriot rachète la marque, les moules et les poncifs de Porquier en 1913.
En raison de problèmes familiaux et financiers, HB doit sous-traiter une partie de sa production dans le Nord, à la Faïencerie de la Madeleine (Boulogne-sur-Mer), appartenant à Jules Verlingue. La production HB est complètement arrêtée en 1914. Jules Verlingue rachète alors en 1917 la « Grande Maison ».
À l'aube de la Grande Guerre, il ne reste plus que deux manufactures à Locmaria, HB-la Grande Maison et Henriot-Porquier.
Le climat social de l'époque est dur. Une grève pour le respect de la journée de 8 heures, 48 heures par semaine, dura ainsi du 2 au en même temps qu’une grève générale du bâtiment quimpérois.
Jules Henriot, à la suite d'un incendie accidentel de plusieurs ateliers, va réorganiser ses locaux et moderniser la production, Jules Verlingue investit lui aussi pour profiter de l'essor touristique dû au chemin de fer.
La concurrence entre les deux manufactures est rude, marquée par le débauchage d'ouvriers, la contrefaçon et bon nombre de procès. Mais les deux manufactures rivalisent surtout par des engagements artistiques forts. Chez Henriot, Mathurin Méheut fait figure de chef de file tandis que chez HB, René Quillivic remplit ce rôle avec Louis Garin.
Différentes gammes coexistent au sein d'une même manufacture. Chez Henriot, l'atelier ordinaire crée les pièces touristiques tandis que l'atelier fantaisie, avec ses propres décorateurs, réalise les pièces plus sophistiquées.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les deux manufactures continuent leur activité. Si la production traditionnelle est quantitativement moins importante, HB, comme Henriot, trouvent un nouveau marché imposé avec le régime de Vichy, mais surtout avec les armées d'occupation. Une importante production voit le jour, utilitaire ou commémorative. En échange de cette production les manufactures sont classées V. Betriebe, donc prioritaires, et sont approvisionnées en matières premières et une partie de leurs ouvriers exemptés du STO.
Une partie de cette production collaborationniste porte une mention évoquant tel ou tel bataillon allemand. Cette attitude durant la guerre amène les manufactures à être traduites devant le comité de confiscation des profits illicites à la fin de l'année 1944.
En 1946 Victor Lucas, un ingénieur céramiste qui avait travaillé pendant 17 ans pour la manufacture Henriot, puis pendant 4 ans pour la faïencerie HB, créé sa propre entreprise, Keraluc (le nom provient de la contraction de "Maison de Lucas" en breton) et soutient des artistes novateurs comme Yvain (assiettes humoristiques), Xavier Krebs (art abstrait, influences africaines et asiatiques) , Pierre Toulhoat, Jos Le Corre (qui utilise principalement comme motifs des lapins, des oiseaux et des poissons), André L'Helguen (sculptures diverses, par exemple la « crèche de Locmaria ») et René Quéré, laissant une expression totalement libre à ces artistes novateursJournal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, n°du 16 juillet 2020..
En 1968, la faïencerie Henriot connait de graves difficultés. Jean-Yves Verlingue, propriétaire de « la Grande Maison », fait une offre de reprise et fusionne en 1969 les sociétés HB et Henriot, réunissant les trois grandes manufactures d'origine (Bousquet, Eloury, Dumaine) sous le nom de « Faïenceries de Quimper ».
En , les Faïenceries de Quimper elles-mêmes déposent leur bilan et cessent toute activité. Paul Janssens, distributeur américain des marques HB et Henriot, réunit un groupe d'investisseurs et reprend la société qui devient « HB-Henriot ». La reprise est conduite jusqu'en 1987 par le directeur général Pierre-Jules Henriot, l'arrière-petit-fils de Jules Henriot. De 1987 à 2003, c'est Michel Marest qui dirige l'entreprise jusqu'à sa vente en 2003, où HB-Henriot est cédée à Pierre Chiron, industriel breton, et dirigée par Michel Merle.
En 1994, les anciennes familles faïencières quimpéroises Henriot et Verlingue, associées à la famille Breton (distributeur de faïence à Quimper depuis plus de 70 ans) ainsi qu'à la Poterie de Montgolfier, lancent la « Faïencerie d'Art Breton », sous la direction de Pierre-Jules Henriot.