thumb|right|Char de l'entrée de Jésus du dimanche des Rameaux, confrérie de l'Entrée de Jésus, pénitents verts nazarenos à Astorga en Espagne. Une confrérie de pénitents (ou archiconfrérie de pénitents) est une association, sans but lucratif, relevant cumulativement du droit associatif (en France loi de 1901) et du droit canon, qui réunit des hommes et des femmes, de religion chrétienne, catholique, dans le but de pratiquer publiquement le culte catholique, en portant une tenue spécifique, et de pratiquer, également, mais cette fois dans la discrétion, des actes de charité. Les confréries sont placées sous la vigilance de l’évêque du diocèse dans lequel elles ont leur siège et qui autorise leur création.
La pénitence dans l’Antiquité thumb|Le roi David faisant pénitence, Livre d'heures d'Étienne Chevalier (miniature de Jean Fouquet), milieu du , British Library.
Les Hébreux connaissaient déjà la notion de pénitence qui figure dans l’Ancien Testament (David dans 2 Samuel XII, Néhémie IX, Daniel IX, Jonas à Ninive...), mais le Christ en renforce l’importance lorsqu’il proclame, au début de l’évangile de Saint Marc (I, 15) : « Le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche ; faites pénitence… ».
Le sacrement de pénitence, qui célèbre la conversion et la réconciliation du pécheur avec le Dieu des chrétiens, a été organisé par l’Église au de notre èreEncyclopaedia Universalis, « Sacrement de Pénitence ». Organisant notamment la réintégration des « lapsi » tombés lors des persécutions antichrétiennes, il répond ainsi aux critiques des donatistes et des novatiens, intransigeants, qui accusaient l'Église catholique de laxisme envers les gens qui avaient trahi la foi au cours des persécutions.
L’entrée en pénitence était un acte public accompli dans l’assemblée, après l’aveu de la faute fait secrètement à l’évêque. Le pécheur entre ainsi dans l’« ordre des pénitents », où il demeure plus ou moins longtemps selon les circonstances. Saint Basile de Césarée parle de deux ans pour le vol, sept ans pour la fornication, onze ans pour le parjure, quinze ans pour l'adultère, vingt ans pour l'homicide et toute la vie pour l'apostasie, mais les évêques pouvaient nettement diminuer ce temps en fonction de la bonne volonté du pénitent.
Tant qu’il n’est pas réconcilié avec l’Église, le pénitent public est privé de la pleine participation à l’Eucharistie et aux autres sacrements, tout en devant mener une vie mortifiée, s’imposer des jeûnes et des aumônes et se soumettre à certains interdits concernant la vie conjugale et sociale. Il doit porter une tenue simple et modeste. Progressivement se codifient quatre degrés dans la pénitence publique : les pleurants : ils restent à la porte de l'église, vêtus de cilice, de la cendre sur la tête (c'est l'origine de la cérémonie du Mercredi des Cendres au début du Carême), recommandant aux fidèles entrant dans l'église de prier pour lui ; les auditeurs : ils peuvent entrer dans l'église pour la première partie de la messe (l'enseignement), puis doivent sortir ; les prosternés : ils peuvent rester toute la messe, mais doivent se tenir à genoux ; les connisants : ils prient debout, jusqu'au temps où ils doivent recevoir l'absolution par l'imposition des mains. Ce système disparaît au Moyen Âge, lorsqu'on remplace la pénitence publique par la pénitence secrète.
Dans les premiers siècles, il n’y a pas encore de distinction réelle entre les clercs (dont le sens signifie : « ceux qui ont Dieu comme part d’héritage ») et les laïcs (du latin laicus, c’est-à-dire : « profane »).
Puis une séparation se fait avec l’apparition des ordres monastiques, au , et l’apparition de l’idée que ceux qui se retirent du monde, ou célèbrent le culte, ont la meilleure part, laissant l’imperfection humaine, et les risques qu’elle comporte, aux laïcs, mariés, possesseurs de biens terrestres, et travailleurs manuels.
La réforme grégorienne du pape Grégoire VII (1073-1085) vient consacrer la primauté de l’homme spirituel, affirmée par saint Paul (1 Corinthiens II, 15), sur les laïcs, toujours membres de l’Église, mais considérés à un rang subalterne. Dès lors, règne chez certains l’idée que seuls les prêtres et les cloîtrés sont sauvés car retirés du monde ; les laïcs ne pouvant bénéficier, tout au plus, que des prières des clercs. Jusqu’alors n’avaient accédé à la sainteté que des martyrs (de toutes classes sociales), des religieux (fondateurs d’ordre) et des membres de la haute noblesse (souvent de famille royale).
Une réaction des fidèles nécessairement se manifeste. « Bloqués sur le plan ecclésiologique dans une situation d’infériorité structurelle, les laïcs compensèrent ce handicap par un surcroît d’inventivité qui se traduisit, aux , par une floraison d’initiatives qui leur permirent de retrouver au niveau de la spiritualité vécue ce qu’ils avaient perdu en pouvoir et en liberté d’expression au sein de l’Eglise. »
Le renouvellement de la pénitence
thumb|right|Confrérie de pénitents pendant la Semaine sainte à Séville : Nazarenos de la confrérie de la Carretería. C’est, en effet, au qu’apparaît le concept de « pénitence » dans le sens de « don de soi à l’autre », ce qui est totalement différent de l’esprit de mortification et de rachat des fautes.
Cette voie nouvelle s’ouvre aux laïcs dès 1175, avec le pape Alexandre III, à l'occasion de la confirmation des statuts de l'Ordre militaire de Santiago : dès lors, l'idéal de perfection chrétienne n'est plus lié seulement à l'indifférence au monde avec son cortège d’obligations (pauvreté, chasteté, abstinence), mais aussi à l'obéissance, à la pénitence et à la charité dans le monde.
Dans les années 1170-1180, des communautés de pénitents et pénitentes se développent en Italie du Nord, notamment en milieu rural. Ce sont d'abord essentiellement des paysans qui veulent mener une vie religieuse sans renoncer à leur état, qui s'associent pour travailler et prier ensemble. Ils respectent des observances ascétiques et liturgiques particulières, mais, à la différence des convers des monastères cisterciens, ils n'éprouvent pas le besoin de se placer sous la tutelle d'un ordre monastique ou d'une maison religieuse et ne dépendent pas de l'évêque du diocèse. Le mouvement s'étend aux villes de Lombardie avec notamment les Humiliati, communautés de laïcs, hommes et femmes, associant travail et prière. Dans ces communautés mixtes, hommes et femmes coexistaient sur un plan de stricte égalité et ils refusaient de prêter serment devant les tribunaux.
En 1199, le pape Innocent III canonise pour la première fois un non martyr, non religieux, non noble ; il s’agit de saint Hommebon, marchand drapier italien de Crémone (mort en 1197) qui toute sa vie n’a été qu’un bon et charitable chrétien, dans sa vie de famille comme dans sa vie professionnelle. Les laïcs découvrent alors qu’il existe une nouvelle voie d’accès au salut tout en restant dans la société ; nombreux sont ceux qui y adhèrentEugène Avond, « Le Pénitent », in Le Prisme, Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie Morale du Dix-neuvième Siècle, Paris, L. Curmer éditeur, 1841. C’est l’époque de la création des ordres mendiants basés sur l’Amour, c’est également celle de l’apparition des béguinages (en Flandres, Rhénanie et France) et des compagnies d’humiliés en Lombardie (lesquels portaient un vêtement de laine grise).
La fondation des confréries dites de pénitents, qui apparaissent elles aussi en ce même moment, est encore, aujourd’hui, controversée. Elle est attribuée par certains à un dominicain italien du nom de Ranieri dal Borgo (ou de de Sansepolcro, mort en 1304) qui aurait mis l’accent sur la pratique de la flagellation ; par d’autres, à un chanoine de Saint-Vital de Rome, ou encore à saint François d’Assise ou saint BonaventureGeorges Barbier, Société du Gonfalon, dite Archiconfrérie de la Sainte Croix de Nice in Les Pénitents des Alpes-Maritimes, Editions Serre, 1981 lequel en est, assurément, le principal organisateur.
Les idées de Ranieri sont sans doute à l’origine des « Flagellants » que l’on a souvent tendance à confondre avec les pénitents, mais qu’il faut mettre à part. En effet, apparu au cours de la seconde moitié du , et développé au , le mouvement des Flagellants, qui accomplissaient en public un rite pénitentiel en se donnant mutuellement la discipline au cours de processions expiatoires, a été assez rapidement canalisé et transformé par l’Église. Ce courant donnera, en Italie et en Catalogne, toute une poésie religieuse en langue vulgaire, jusque-là sans précédent. Il en restera, cependant, une influence sur les confréries de pénitents : le port symbolique, à la ceinture, d’un petit martinet.
En opposition à ce concept de pénitence noire (fondée sur la flagellation et les mortifications), une bulle du pape Honorius III, dès 1221, formalise le concept de pénitence blanche dont l’objet est la promesse publique de se consacrer à Dieu, dans la charité mutuelle, l'amour du prochain, le refus de la violence, la fréquentation des sacrements (au moins trois fois l’an au lieu d’une seule comme c’était la norme depuis le quatrième concile du Latran de 1215). Dans la même année 1221, François d’Assise invente la notion de Tiers-Ordre, ou « Ordre des Pénitents », ou « Ordre des Frères de la Pénitence », permettant à un laïc, n’ayant pas prononcé de vœux religieux au sens canonique du terme, de vivre selon la règle de vie des futurs franciscains.
Dès les années 1215, il existe des communautés de pénitents urbains dans certaines régions d'Italie comme la Romagne, pieuses confréries réunissant des laïcs des deux sexes qui portent volontairement un habit d'une seule pièce, en drap gris ou beige, signe visible de leur profession. Tout en restant dans le monde, ils rejettent la vie mondaine, ne participent pas aux banquets et aux spectacles, n'exercent pas de fonctions publiques afin de ne pas commettre d'injustice. Ils refusent de porter des armes et de prêter serment. Les célibataires observent la chasteté et ceux mariés observent une continence périodique à l'occasion des vigiles de certaines fêtes religieuses, d'où leur nom parfois de coninentes en latin ou pinzocheri en italien.
La première confrérie de pénitents qui sera créée, le sera en France, en Avignon, le , par le roi Louis VIII qui revêt un habit de toile grise (couleur de la cendre), pour une procession à travers la ville, en expiation de sa conversion aux idées cathares. Le nom de cette confrérie, qui existe toujours, est : la Dévote et Royale Compagnie des Pénitents Gris d'Avignon..
Après un temps d’hésitation et d’observation, la hiérarchie ecclésiastique finit par prendre acte de cette mutation en déclarant, avec le canoniste Henri de Suse, dit Hostiensis, dans son ouvrage Summa aurea rédigé en 1253 :« Au sens large, on appelle religieux ceux qui vivent saintement chez eux, non parce qu’ils se soumettent à une règle précise, mais en raison de la vie plus dure et plus simple que celle des autres laïcs qui vivent de façon purement mondaine ».
Ainsi était reconnue la figure du « laïc religieux », termes pour le moins antinomiques, qu’il fallait dès lors officialiser.
Institutionnalisation thumb|right|Confrérie de pénitents pendant la Semaine sainte à Grenade en 2009 : Pénitents de l'Oraison de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers et de N.-D. de l'Amertume, portant leur bannière de procession.