Dolores González Catarain (ou Gonzalez Katarain, respectivement en orthographe castillane et basque), alias Yoyes, fut une dirigeante de l'organisation armée indépendantiste Euskadi Ta Askatasuna (ETA), célèbre pour avoir été la première femme dirigeante de l'ETA et pour avoir été assassinée pour trahison par cette même organisation en 1986, à «30 años desde que ETA matara la 'vía Yoyes'» (El Correo, 2016).
Biographie Parcours au sein de l'ETA Elle intègre l'ETA au début des années 1970 et entame une relation sentimentale avec Joxe Etxeberria, Beltza, qui trouve la mort en 1973 en faisant exploser la bombe qu'il portait.
Yoyes est chargée de la direction d'un commando de membres non fichés par la police (commandos légaux, dans leur jargon) formé par des femmes et projette de dynamiter un autobus occupé par des membres de la Garde civile «Hoy se cumplen 20 años del asesinato» «Yoyes había intentado reventar un autobús de la Guardia Civil en la carretera de Martutene a Donostia con casi 100 kilos de Goma-2.» (El Mundo, 2006). En 1978 elle fait partie du comité exécutif de la branche militaire de l'ETA. Une année plus tard, la police française l'arrête ; elle est incarcérée dans une prison du sud-est de la France «El asesinato que marcó una inflexión» (Diario de Noticias de Alava, 2006).
Après l'assassinat en 1978 du dirigeant de l'organisation Jose Miguel Beñaran Ordeñana, Argala, par le Batallón Vasco Español (Bataillon Basque Espagnol, groupe armé d'extrême-droite), elle s'éloigne progressivement de l'ETA, en désaccord avec la ligne dure qui s'y impose.
Exil au Mexique et retour en Espagne En 1980 elle quitte l'ETA et s'exile au Mexique, où elle étudie la sociologie et la philosophie, et travaille pour les Nations unies. En 1984, elle voyage à Paris, où elle obtient le statut de réfugié politique.
En , n'ayant aucun acte d'accusation contre elle et d'après les dispositions de la Loi d'amnistie de 1977, mais aussi grâce à l'aide d'un ami au ministère espagnol de l'Économie, elle entre en contact avec le dirigeant socialiste et directeur de la Sécurité de l'État, Julian SancristóbalJulian Sancristóbal, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol et gouverneur civil de Biscaye pendant le gouvernement de Felipe González, a été plusieurs fois soupçonné de corruption et terrorisme d'État., et décide de retourner au Pays basque. Elle négocie également son retour avec le dirigeant etarra Txomin Iturbe : la condition est que ce retour s'effectue discrètement pour qu'il ne puisse être utilisé à des fins propagandistes par le gouvernement «El 'mito Yoyes' sobrevive a ETA» «Su insumisión estuvo además aderezada con un goteo lento y discreto, pero firme y sonoro, de críticas públicas a la actuación y deriva de la organización armada, así como a la postura seguidista y poco política de HB. Sus catilinarias contra los que años antes eran sus correligionarios tomaron carta de naturaleza en el libro Desde mi ventana, publicado a mediados de los 80.» (Deia, 2008).
Toutefois, Yoyes ayant été pendant des années la militante la plus recherchée, son retour a une forte répercussion médiatique. Le gouvernement espagnol le présente comme le fruit des mesures de réinsertion qui existent alors. L'hebdomadaire Cambio 16 publie un long rapport, intitulé « Le retour de l'etarra [= membre de l'ETA] » : la photographie de Yoyes en une a été considérée comme son arrêt de mort.
Le se terminent les négociations pour son retour et, le , elle arrive finalement en Espagne avec son mari et son fils, s'installant à Saint-Sébastien. Peu de temps après, elle écrit dans son journal«La sombra de Yoyes 30 años después» (Deia, 2016) :
Il n'a pas été clarifié pourquoi Yoyes retourne au Pays basque, alors qu'elle est consciente du danger qu'elle court, comme elle le manifeste elle-même«Yo, la madre de Yoyes, ya perdoné» (El Mundo, 2006) :
Cependant elle ne fait pas de déclarations publiques lors de son retour, essayant de passer inaperçue.
Assassinat Lorsque Yoyes retourne au Pays Basque fin 1985, l'ETA réalise une consultation urgente pour décider de son sort. Son contact dans l'organisation, Txomin, chef avec lequel Yoyes a pris contact pour organiser son retour, a été déporté par la France vers l'Algérie, et ne peut donc intercéder pour elle. La direction de l'ETA se réunit de nouveau pour prendre des mesures face à l'ancienne dirigeante ; lors de cette seconde réunion, Iñaki de Juana Chaos, celui qui alors avait le plus d'influence dans la direction etarra, affirme qu'il n'a aucun doute et que s'il la trouvait, il la tuerait.
Il existe alors des précédents, comme la disparition (ou meurtre, son corps n'ayant jamais été retrouvé) en 1976 de Pertur et, en 1984, l'assassinat par l'ETA d'un autre repenti, Miguel Francisco Solaun.
Yoyes accusée de trahison, Francisco Mujika Garmendia, Pakito, originaire comme elle de la localité d'Ordizia, ordonne sa mort : elle est abattue le par Antonio López Ruiz, Kubati, tandis qu'elle se promène avec son fils de trois ans pendant les festivités dans sa localité nataleSon fils aurait dit à la police : «Bi gizonak ildute» (« Deux hommes l'ont tuée »)..
La séance plénière municipale de la ville décide de suspendre les festivités, rejetant l'attentat «fasciste et totalitaire», sans que le frère de Yoyes, conseiller municipal du parti pro-ETA Herri Batasuna, condamne le meurtre de sa propre sœur «Hace 20 años: ETA asesina a Yoyes en presencia de su hijo» (La Voz de Salamanca, 2006). De leur côté, les dirigeants proches de l'entourage de l'ETA justifient son meurtre Iñaki Aldekoa : « Une armée ne peut permettre la trahison de ses militants et, moins encore, de ses généraux ». Iñaki Esnaola : « Yoyes n'était pas Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus »..
Kubati est arrêté en , alors qu'il téléphone depuis une cabine publique de Tolosa, lors d'une opération que la Garde civile a appelée du prénom du fils de Yoyes. Après 26 ans de prison, il a été libéré en 2013« Treize détenus de l'ETA libérés en Espagne après le verdict de Strasbourg » « José Antonio Lopez Ruiz, dit "Kubati", arrêté en 1987 et condamné à 1.210 ans de prison notamment pour l'assassinat, en 1986, d'une ex-dirigeante de l'ETA repentie, Dolores Gonzalez Catarain, dite "Yoyes". »(Midi Libre, 2013). L'année suivante, il prend la parole à Durango lors d'une déclaration collective d'anciens détenus de l'ETA soutenant la fin de l'action armée décidée par l'organisation en 2011« La famille ETA prend la pose de la lutte démocratique » « Face aux micros de Durango, celui qui lit le manifeste a été condamné pour 13 assassinats. José Antonio Lopez Ruiz, dit Kubati, a notamment tué une sœur d'armes repentie, Maria Dolores Gonzalez Catarain, dite Yoyes, parce qu'elle avait accepté des mesures de réinsertion. Vingt-neuf ans après l'avoir abattue de deux coups de feu, Kubati est chargé de proclamer la justesse de la voie ouverte par Yoyes. Kubati et ses 62 acolytes n'ont aucun mot d'excuse pour aucune de leurs victimes. Tout au plus disent-ils «accepter toutes (leurs) responsabilités relatives aux conséquences du conflit». Durango représente «la plus grande honte de la démocratie espagnole», a réagi l'Association victimes du terrorisme (AVT). » (Le Figaro, 2014).
Yoyes aujourd'hui Actuellement, Yoyes continue d'être une icône médiatique «Los fantasmas de Pertur y Yoyes acechan a Aralar» (La Voz de Galicia, 2001) : son décès est considéré comme un tournant dans la société basque et au sein de l'ETA, au moment où divers secteurs de cette organisation mettaient en question le futur de leur activité, l'ETA mettant un terme aux réinsertions «La victoria (póstuma) de Yoyes» (Noticias de Alava, 2016).
Elle a été définie comme une femme « très admirée » et « engagée, avec une clairvoyance politique » ainsi que par sa « condition de femme » dans une organisation conduite majoritairement par des hommes «Por atreverse a discrepar», (El Diario Vasco, 2006).
Filmographie Yoyes (1999), film d'Helena Taberna, avec Ana Torrent dans le rôle de Yoyes« Pour la réalisatrice Helena Taberna, Yoyes est devenue une légende, 'une héroïne de tragédie grecque' » (Libération, 2000). Yoyes (2011), documentaire du programme Documents TV de la télévision espagnole (TVE) Extraits de reportages consacrés à la figure de l'ex-etarra Yoyes. Sanctuaire (2015), film d'Olivier Masset-Depasse, avec Juana Acosta dans le rôle de Yoyes« Avec "Sanctuaire" j'ai voulu faire un film sur une gauche qui se perd » (Le Nouvel Observateur, 2015).
Sources et bibliographie
Notes et références
Catégorie:Membre d'Euskadi ta Askatasuna Catégorie:Naissance à Ordizia Catégorie:Naissance en mai 1954 Catégorie:Décès en juin 1986 Catégorie:Décès à 32 ans Catégorie:Mort dans un attentat d'Euskadi ta Askatasuna Catégorie:Décès au Guipuscoa Catégorie:Assassinat par arme à feu