La présidence d'Andrew Johnson débuta le 1865, à la mort du président Abraham Lincoln, et prit fin le . Andrew Johnson était alors vice-président des États-Unis depuis seulement 42 jours quand il accéda à la présidence. Membre du Parti démocrate avant la guerre de Sécession, il avait été choisi comme colistier de Lincoln en 1864 sur le ticket de l'Union nationale, avec l'appui des républicains et d'une partie des démocrates qui soutenaient l'effort de guerre. Sa présidence fut dominée par les conséquences de la guerre. Le républicain Ulysses S. Grant lui succéda à la Maison-Blanche.
Johnson, qui était lui-même du Tennessee, favorisa la reconstruction rapide des États sudistes sécessionnistes. Il mit en œuvre sa propre forme de reconstruction par une série de proclamations ordonnant à ces États d'organiser des congrès et des élections pour refonder leurs gouvernements civils. Ses plans ne protégeaient pas suffisamment les anciens esclaves et il entra en conflit avec le Congrès dominé par les républicains radicaux. Les États du Sud élurent plusieurs de leurs anciens dirigeants et adoptèrent des codes noirs privant les affranchis de nombreuses libertés civiles. Le Congrès refusa d'accueillir les législateurs de ces États et créa des districts militaires pour les administrer. Johnson mit son veto mais le Congrès passa outre par un vote à la majorité qualifiée, établissant un climat conflictuel pour le reste de sa présidence.
Le Congrès proposa le quatorzième amendement à la Constitution qui fut ratifié en 1868. Alors que le conflit avec l'exécutif s'amplifiait, le Congrès vota le Tenure of Office Act pour empêcher le président de démettre un membre de son cabinet sans l'accord du Sénat. Quand il persista à vouloir renvoyer le secrétaire à la Guerre Edwin Stanton, il fut mis en accusation par la Chambre des représentants, mais évita à une voix près la destitution par le Sénat. En politique étrangère, la présidence de Johnson permit l'achat de l'Alaska et vit la fin de l'intervention française au Mexique.
Ayant rompu avec les républicains, et ne parvenant pas à créer son propre parti sous la bannière de l'Union nationale, Johnson se présenta à la primaire démocrate de 1868, mais fut battu par Horatio Seymour. Les historiens plus récents classent Johnson parmi les pires présidents américains pour ses affrontements fréquents avec le Congrès, sa forte opposition aux droits civils garantis aux Afro-Américains et son inefficacité générale à la présidence.
Investiture
Après avoir remporté l'élection présidentielle de 1860 en tant que membre du Parti républicain, le président Abraham Lincoln décida de concourir quatre ans plus tard sous la bannière du Parti de l'Union nationale afin de s'adjuger le vote des démocrates favorables à la poursuite de la lutte contre la Confédération. Si Lincoln n'eut pas de mal à s'imposer comme candidat lors de la convention du parti organisée au mois de juin à Baltimore, son vice-président Hannibal Hamlin fut éconduit du ticket au profit de l'ancien sénateur Andrew Johnson, un démocrate pro-unioniste qui servait alors en qualité de gouverneur militaire du Tennessee. Le scrutin de 1864 se solda par une confortable victoire de Lincoln et de Johnson et ce dernier prêta le serment de vice-président le .
vignette|alt=Gravure montrant Johnson et Chase tenant un livre entourés de six hommes. La scène se déroule dans un salon richement décoré.|Prestation de serment de Johnson le 15 avril 1865, sous l'autorité du juge en chef Salmon P. Chase et en présence de membres du cabinet.
Le suivant, dans la soirée, le président Lincoln fut mortellement blessé par John Wilkes Booth, un sympathisant confédéré. Le tir contre le président faisait partie d'une conspiration visant à assassiner Lincoln, Johnson et Seward. Ce dernier fut grièvement blessé mais survécut tandis que George Atzerodt échoua dans sa tentative contre Johnson, s'étant enivré au lieu d'assassiner le vice-président. Leonard J. Farwell réveilla Johnson dans sa chambre de Kirkwood House pour l'informer que Lincoln avait été abattu au théâtre Ford. Il se précipita au chevet du président où il resta un court moment et promit à son retour, . Lincoln mourut à et Johnson prêta serment entre 10 et en présence du juge en chef Salmon P. Chase et de la plupart des membres du cabinet. Son comportement fut décrit comme par les journaux. À midi, Johnson présida la première réunion de son administration dans le bureau du secrétaire au Trésor et il reconduisit la totalité de ses membres. Il présida les funérailles de Lincoln à Washington avant que la dépouille du défunt président ne soit envoyée à Springfield pour y être enterrée.
À la demande du procureur général James Speed, Johnson autorisa une commission militaire à traduire en justice les auteurs présumés de l'assassinat de Lincoln. Un procès de six semaines eut lieu qui déboucha sur la condamnation à mort de quatre des accusés. Les circonstances de l'assassinat ont donné lieu à des spéculations sur Johnson et sur l'avenir que lui attribuaient les conspirateurs. Dans le vain espoir de sauver sa vie après sa capture, Atzerodt donna de nombreux détails concernant la conspiration mais ne dit rien pour corroborer l'idée que la tentative prévue contre Johnson n'était qu'une ruse. Les théoriciens du complot indiquent que le jour de l'assassinat, Booth se rendit à Kirkwood House et y laissa un mot à l'intention de Johnson portant l'inscription . Il est ainsi possible que Booth, craignant qu'Atzerodt ne réussisse pas à tuer Johnson, ou inquiet qu'il n'ait tout simplement pas le courage de l'assassiner, ait voulu par ce message tenter d'impliquer le vice-président dans la conspiration..
Composition du gouvernement
Lors de sa prise de fonction, Johnson promit de poursuivre la politique de son prédécesseur dont il conserva initialement la totalité du cabinet. Le secrétaire d'État William Henry Seward s'affirma comme l'un des membres les plus influents de la nouvelle administration et Johnson lui laissa toute latitude pour mener une politique étrangère expansionniste. Au début de son mandat, Johnson faisait confiance au secrétaire à la Guerre Edwin M. Stanton pour mener à bien son programme de reconstruction et il avait également une opinion favorable du secrétaire à la Marine Gideon Welles ainsi que du secrétaire au Trésor Hugh McCulloch. Il avait en revanche moins d'estime pour le maître des postes William Dennison, le procureur général James Speed et le secrétaire à l'Intérieur James Harlan.
Harlan, Dennison et Speed démissionnèrent en après la rupture de Johnson avec les républicains du Congrès. Le successeur de Speed, Henry Stanbery, devint l'une des figures les plus importantes du gouvernement mais il démissionna pour défendre Johnson lors de son procès. Johnson suspendit Stanton de ses fonctions en raison de divergence de points de vue au sujet de la Reconstruction et le remplaça provisoirement par le général Ulysses S. Grant. Le président s'entendait mal avec Grant et il proposa le ministère de la Guerre au général William Tecumseh Sherman, qui déclina l'offre, puis à Lorenzo Thomas qui donna son accord. Thomas ne fut cependant jamais officiellement investi et Johnson dut nommer à la place John M. Schofield en guise de compromis avec les républicains modérés.
vignette|Le président Andrew Johnson, par Mathew Brady.
Cabinet JohnsonFonctionNomDatesPrésidentAndrew Johnson1865-1869Vice-présidentAucun1865-1869Secrétaire d'ÉtatWilliam Henry Seward1865-1869Secrétaire au TrésorHugh McCulloch1865-1869Secrétaire à la GuerreEdwin M. Stanton1865-1868 Ulysses S. Grant1867 (intérim) John M. Schofield1868-1869Procureur généralJames Speed1865-1866 Henry Stanbery1866-1868 William M. Evarts1868-1869Postmaster GeneralWilliam Dennison1865-1866 Alexander Randall1866-1869Secrétaire à la MarineGideon Welles1865-1869Secrétaire à l'IntérieurJohn P. Usher1865 James Harlan1865-1866 Orville Browning1866-1869
Nominations judiciaires
Johnson nomma neuf juges fédéraux durant sa présidence, tous dans des cours fédérales de district. Il ne nomma aucun juge à la Cour suprême. En , il choisit Henry Stanbery pour remplacer le juge assesseur décédé l'année précédente mais le Congrès cherchait à réduire la taille de la Cour. Celle-ci comptait dix juges et le de 1866 empêcha le remplacement des sièges vacants jusqu'à ce que la cour n'en compte plus que sept. Ainsi ne fut pas remplacé après son décès en 1867. En 1869, le ramena le nombre de juges à neuf et reste toujours en vigueur de nos jours. Johnson nomma son ami de Greeneville, Samuel Milligan, à la cour d'appel fédérale où il resta de 1868 jusqu'à sa mort en 1874..
Politique intérieure
Fin de la guerre de Sécession et abolition de l'esclavage
Johnson entra en fonction peu après la reddition du général sudiste Robert E. Lee à Appomatox, mais d'autres armées confédérées continuaient la lutte. Le , soutenu par la totalité de son cabinet, il ordonna au général Ulysses S. Grant d'annuler un armistice conclu par le général nordiste William Tecumseh Sherman avec le général confédéré Joseph E. Johnston par lequel les forces sudistes de Caroline du Nord se rendaient en échange du maintien de l'administration de l'État et la protection des propriétés privées. L'accord ne mentionnait pas l'émancipation des esclaves et cela était inacceptable pour Johnson et les membres du cabinet. Le président envoya un message à Sherman pour lui demander d'obtenir la reddition des troupes confédérées sans faire de concessions politiques. Le , il décida d'offrir une prime de pour l'arrestation du président confédéré Jefferson Davis alors en fuite ; ce dernier fut arrêté le . Tout ceci donna à Johnson la réputation d'un homme qui serait dur envers le Sud, et sa popularité restait importante chez les élus républicains du Congrès.
Reconstruction
Contexte
Alors que la guerre de Sécession avait pris fin, Johnson dut répondre à la question du devenir des États du Sud. Lincoln avait autorisé la mise en place de gouvernements loyalistes en Virginie, en Arkansas, en Louisiane et dans le Tennessee au fur et à mesure que ces territoires étaient repris par les troupes nordistes. Il avait par ailleurs défendu un plan selon lequel des élections seraient organisés dans un État si 10 % des électeurs prêtaient allégeance à l'Union. Le Congrès considérait que cela était trop clément ; une loi demandant que la moitié des électeurs prêtent serment pour que l'État soit réintégré fut approuvée par les deux Chambres mais Lincoln y apposa son veto.
Lors de l'accession de Johnson à la présidence, le Congrès était divisé en trois factions distinctes. Les républicains radicaux voulaient punir les principaux dirigeants de la Confédération et défendaient l'égalité des droits pour les Afro-Américains. Ils considéraient que les esclaves affranchis pouvaient être poussés à voter républicain en reconnaissance de leur émancipation ; les votes des noirs permettraient ainsi aux républicains de se maintenir au pouvoir et d'affaiblir les démocrates sudistes. Bien que divergents sur les questions économiques, les républicains radicaux étaient unis dans leur approche de la Reconstruction, de la protection des droits des minorités et de la nécessité d'un rôle accru du gouvernement fédéral dans le contexte de l'après-guerre. Les républicains modérés étaient moins enthousiastes au sujet du droit de vote des Noirs pour des raisons de politiques locales ou parce qu'ils considéraient que ces derniers ne voteraient pas « correctement ». Ils étaient néanmoins déterminés à garantir aux Afro-Américains une liberté qui ne soit pas uniquement de pure forme et empêcher le retour des anciens confédérés au pouvoir. Quant à la troisième faction, celle des démocrates nordistes, elle défendait une réintégration immédiate des États du Sud et ne soutenait pas le droit de vote des Afro-Américains car cela affaiblirait le contrôle démocrate du Sud.
Reprise des travaux du Congrès