L'abbaye de Clairvaux est une ancienne abbaye cistercienne située dans la commune française de Ville-sous-la-Ferté, à quinze kilomètres de Bar-sur-Aube.. Elle a été fondée en 1115 par Bernard de Clairvaux et quelques compagnons, envoyés par Étienne Harding, abbé de Cîteaux. La personnalité de saint Bernard lui donna un rayonnement considérable.
Avec les abbayes de La Ferté, de Pontigny, et de Morimond elle forme le groupe des abbayes primaires (premières fondations) de Cîteaux, elle-même toute première abbaye de l'ordre cistercien. C'est de loin la plus prolifique, avec quatre-vingts abbayes-filles. Elle est supprimée lors de la Révolution française. Depuis 1808, les bâtiments de l'abbaye, rachetés par l'État, sont occupés par une institution pénitentiaire française, la maison centrale de Clairvaux. Celle-ci est fermée en 2023, soulevant des inquiétudes de la part d'historiens et d'élus sur la conservation patrimoniale du site.
Histoire Moyen Âge La fondation du monastère de Clairvaux remonte aux temps de la toute première extension de l'ordre cistercien. En 1115, l'abbaye-mère de Cîteaux a fondé deux abbayes-filles, La Ferté et Pontigny. Au moment de la fondation de Morimond, des pourparlers semblent être en cours pour une nouvelle fondation qui serait située sur les terres de Hugues de Troyes, comte de Champagne, dans le diocèse de Langres.
vignette|gauche|Saint Bernard écrivant par Philippe Quantin. C'est ainsi que l'abbaye de Clairvaux (du latin clara vallis, ) est fondée le Cette date doit cependant être relativisée car la Charte de fondation de l'abbaye conservée à la Bibliothèque de Troyes est un faux établi probablement au par deux érudits cisterciens espagnols pour établir une hiérarchie entre les quatre filles « majeures » de Cîteaux. . par Bernard de Clairvaux, accompagné de douze moines suivant la coutume cistercienne rappelant Jésus-Christ et ses douze apôtres. L'emplacement de l'abbaye est choisi avec précaution, c’est une clairière isolée, le val d'AbsintheLe val d’Absinthe est une légende poétique : c'est une référence bernardine à l’Apocalypse de saint Jean et à la vie d’amertume qu’avait choisie le futur saint Bernard., au bord de l'Aube. Ce site permet aux moines de vivre leur vocation à l'écart du monde tout en ayant accès à un cours d'eau, nécessaire pour vivre et pour utiliser un moulin. En effet, les cisterciens se doivent de respecter la règle de saint Benoît qui stipule le respect du vœu de stabilité et la vie en autarcie. Ce terrain est offert par un proche parent de saint Bernard..
Mal connus, les premiers bâtiments de l'abbaye, en bois puis en pierre, forment un monastère conforme à la règle de saint Benoît avec, autour du cloître, une chapelle, un dortoir et un réfectoire. La cellule de Bernard communique certainement avec la chapelle. De 1115 à 1135, le territoire est aménagé et la forêt exploitée, tandis que le cours de l'Aube est dévié. L'abbaye est bientôt à la tête d'un riche patrimoine foncier constitué de vignes, forges, champs, mines de sel et forêts. Loin de fonctionner en autarcie, son emplacement le long de la route des foires de Champagne la met au cœur des circuits commerciaux de son temps. Son domaine agricole s'organise autour d'un réseau toujours plus vaste de granges.
Devant l'afflux des vocations, l'abbaye, devenue trop exiguë, est déplacée à partir de 1135 à à l'est du site primitif. Le charisme de saint Bernard et la renommée de Clairvaux attirent des recrues de l'Europe entière : entre 1115 et 1153, 888 moines sont passés par Clairvaux, dont un futur pape, Eugène III. Le nouveau monastère est inachevé lorsque Bernard meurt le . La dédicace de l'église abbatiale a lieu en 1174. Sa décoration est simple, répondant à la volonté de saint Bernard « que rien ne détourne l'œil de Dieu » : une croix en bois et, peut-être à partir du , une statue de la Vierge. L'église est dotée d'un grand chœur à déambulatoire, autour du tombeau du saint fondateur, et de neuf chapelles rayonnantes. Du dortoir, un escalier mène à l'église, permettant aux moines de s'y rendre pour l'office de nuit.
Le cloître est construit dans la seconde moitié du et modifié aux siècles suivants. Autour du cloître s'organisent le bâtiment des convers, la cuisine, le réfectoire des moines, le chauffoir et le bâtiment des moines. Celui-ci comprend, à l'étage, le dortoir des moines et, au rez de chaussée, le scriptorium. Un lavabo est situé devant l'entrée du réfectoire. De fait, l'architecture cistercienne, tant à Clairvaux qu'à Fontenay par exemple, répond à des nécessités. Il y a des bâtiments de vie (bâtiments des moines et des convers), des communs (moulins, cuisines, etc.) et l'abbatiale réservée à la prière. Les bâtiments se regroupaient autour du cloître. L'abbaye de Clairvaux était ainsi organisée d'après les sources écrites et autres vues cavalières et cela jusqu'au ..
Le rayonnement de Clairvaux L'abbaye de Clairvaux est, de loin, la plus féconde de toutes les abbayes cisterciennes, en raison principalement du charisme de saint Bernard. Elle fonde ou incorpore à l'ordre cistercien quatre-vingts abbayes filles directes (et plus trois cent cinquante abbayes filles en tout) à travers toute l'Europe :
En France
En Europe
Temps Modernes Au , la communauté monastique de Clairvaux est restée prospère avec ses de forêts, de vignes et de terres labourables. En 1708 désirant plus de confort, les moines ont fait démolir une grande partie des bâtiments médiévaux, ils ont fait construire une abbaye monumentale de style classiqueJean-François Leroux-Dhuys, , émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 12 juin 2012.. Le bâtiment des convers est cependant conservé, car il était devenu, entre-temps, une grange.
Abbés
L'abbaye de la Révolution à nos jours
La Révolution En 1789, l’abbaye a été saisie et vendue comme bien national à la suite du décret du prenant les biens de l’Église catholique française. En 1792, des industriels achetèrent le site pour y installer leurs ateliers (une verrerie fut ainsi installée dans l'abbatiale). Ces industriels ont fait banqueroute et le site a été acheté par Napoléon Bonaparte pour en faire une prison en 1808.
De la Révolution à 1970
Le centre pénitentiaire de Clairvaux est un établissement pour peine établi sur le site de l'abbaye de Clairvaux depuis 1804Source : Ministère français de la Justice.. La transformation d'abbayes en prisons au est courante (le Mont-Saint-Michel, Fontevraud, etc.) et est liée à la réforme du système pénal qui instituait une nouvelle peine, la privation de liberté, instituée par Napoléon en 1808. Les abbayes, avec leurs murs d'enceinte et leurs cellules, semblaient alors idéales. De plus, les populations locales trouvaient ainsi un substitut à la communauté religieuse qui leur avait procuré jusque-là une certaine aisance économique..
L'ensemble de l'abbaye fut ainsi occupé par la prison : le bâtiment des convers devint prison de femmes puis manufacture (notamment de textile), les entrepreneurs locaux utilisant la main-d'œuvre carcérale ; le grand cloître fut voué à la grande détention masculine, notamment les insoumis de la Grande Armée dès 1812, année au cours de laquelle l'abbatiale fut vendue comme carrière à pierres pour honorer des dettes. Le directeur de la prison fut révoqué à la suite de cela, car il n'y avait plus de lieu de culte pour les détenus.
En 1847, la prison manufacture connaît un grand scandale. qui révèle que sept cents détenus ont trouvé la mort en trente mois en raison de mauvaises conditions d'incarcération (enfermés la nuit sans surveillance dans de vastes cellules collectives à la merci des chefs de bande et des caïds), d'alimentation (nourris au pain dont la mie est additionnée de chaux pour lui donner l'allure du pain blanc) et de travail..
La prison accueille pendant le , dont et . Parmi les prisonniers célèbres, on compte Claude Gueux dont s'inspira Victor Hugo pour l'un de ses romans. Une loi de 1875 rendant obligatoire la cellule individuelle, l’administration pénitentiaire installe par manque de moyens des (grillages entourant des lits le long d'un couloir) utilisées jusqu’en 1970Clairvaux : parcours de visite - Le grand cloître des détenus..
La prison hors de l'abbaye Le centre de détention était hébergé dans des bâtiments du mais la maison centrale proprement dite bénéficie d'immeubles modernes bâtis en 1971 au nord de l’ancienne abbatiale alors que dans les bâtiments historiques se sont installés des services du ministère de la Justice et, depuis 2002, du ministère de la Culture dont les bâtiments sont ouverts toute l'année aux visites. Un vaste programme de restauration a eu lieu, comprenant notamment le dortoir des convers rénové entre 2003 et 2013 (unique vestige de l'abbaye médiévale), la prison des enfants, le réaménagement des espaces extérieurs, la mise en sécurité du parcours de visite et se terminant en 2015 par le réfectoire des moines devenu en 1813 une chapelle pour les prisonniers. En moyenne s'y rendent chaque année, autant pour voir les conditions pénitentiaires au que pour assister au festival de musique classique Ombres et lumières, fondé en 2004 par Anne-Marie Sallé ; des musiciens se produisent également devant les prisonniers de la maison centraleClaire Bommelaer et Thierry Hilleriteau, « La double vie de Clairvaux », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », samedi 13/ dimanche 14 juin 2015, ..
Description Bâtiment des convers Ce bâtiment des convers date du et il est caractéristique de l'architecture cistercienne : le premier niveau comprenait un cellier et un réfectoire parfaitement identifiable de nos jours ; le deuxième niveau était occupé par le dortoir. L'ensemble respecte parfaitement la notion de l'art cistercien définie par saint Bernard : la sobriété par opposition à ce qui se pratiquait alors à Cluny. Ce bâtiment des convers fait aujourd'hui environ soixante-dix mètres de long sur quinze de large et comprend trois nefs de douze travées. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le (d'autres parties de l'abbaye bénéficient de protections supplémentaires aux monuments historiques : inscription en 1994 et 1997, classement en 1999). Le bâtiment des convers appartient au ministère de la Culture depuis 2003. À ce titre, il est l'objet de restaurations depuis les années 1970, mais surtout entre 2003 et 2013.
Notes et références
Voir aussi
Sources bibliographie
. . . . Pierre Aubé, Saint Bernard de Clairvaux, Fayard, 2003. . . . . . . . . . . .
Autres Jean Waquet, Recueil des chartes de l'abbaye de Clairvaux, , Fascicule I, précédée d'une préface par Pierre d'Herbécourt. Troyes, Archives départementales de l'Aube, 1950, In-4°, VIII-80 p. Documentaires sur le Moyen Âge. Une belle reconstitutionn 3D de l'abbaye de Clairvaux à travers les âges depuis sa création
Articles connexes
Liens externes , visites de l'abbaye de Clairvaux à Bar-sur-Aube Vue actuelle des anciens bâtiments monastiques sur cister.net Archives de l'abbaye sur internet (archives départementales de l'Aube) Base Mérimée : ancienne abbaye de Clairvaux Bibliothèque virtuelle de Clairvaux Le cloître et la prison, les espaces de l’enfermement, webdocumentaire par Falk Bretschneider, Julie Claustre, Isabelle Heullant-Donat, Élisabeth Lusset (2018)
Catégorie:Abbaye dans l'Aube Catégorie:Abbaye fondée dans la décennie 1110 AbbayeClairvaux Catégorie:Abbaye monument historique en France AbbayeClairvaux AbbayeClairvaux AbbayeClairvaux AbbayeClairvaux AbbayeClairvaux AbbayeClairvaux Catégorie:Fille de Cîteaux Catégorie:Abbaye cistercienne en Champagne AbbayeClairvaux