L'Irish Republican Army (, , Old IRA) est une organisation républicaine irlandaise ayant participé à la guerre d'indépendance irlandaise entre 1919 et 1922. Elle est l'ancêtre de l'ensemble des groupes qui revendiqueront ensuite le nom d'Armée républicaine irlandaise, le nom Old IRA (La Vieille IRA) est utilisé pour la distinguer des groupes qui suivront.
Elle est le résultat de l'union de l'Irish Citizen Army et des Irish Volunteers, deux organisations armées nationalistes irlandaises qui participèrent à l'insurrection de Pâques 1916. Le , la République irlandaise proclamée pendant cette même insurrection est fonctionnellement mise en place par l'élection d'une assemblée, le Dáil Éireann, et les Irish Volunteers sont reconnus par cette assemblée comme sa force armée officielle formant ainsi l'IRA. L'IRA se lance alors dans une guerre de guérilla contre l'occupation de l'ile d'Irlande par les britanniques jusqu'en 1921, c'est la Guerre d'indépendance irlandaise.
À la suite de la signature du Traité anglo-irlandais signant la fin de la guerre d'indépendance l'IRA se divisa en deux : les soutiens du traité formèrent l'Armée nationale irlandaise, qui deviendra ensuite l'armée officielle du nouvel État libre d'Irlande, la majorité restante de l'organisation, refusant les conditions et compromissions de cet accord, constitua une nouvelle Irish Republican Army, illégale et en guerre contre le nouvel Etat pendant la Guerre civile irlandaise.
Histoire Origines L'Irish Volunteers et l'Irish Citizen Army, deux organisations armées fondées en 1913, se sont données comme objectif de mettre un terme au règne britannique de plus de 700 années sur l'ile irlandaise. Elles organisent conjointement l'Insurrection de Pâques 1916, qui se solda par un échec militaire des forces républicaines irlandaises avec des pertes lourdes, de nombreux emprisonnements et déportations de militants. Mais la répression sanglante des britanniques rapprocha la population irlandaise de son mouvement de libération nationale irlandais. Fin 1917, aux premières libérations des prisonniers de 1916, le mouvement républicain se réorganise. En octobre une assemblée est tenue à Dublin et Éamon de Valera est élu comme président de l'armée, Michael Collins comme directeur organisationnel et Cathal Brugha comme chef de l'état-major.
Aux élections générales de 1918, le parti nationaliste Sinn Féin remporte près de 47 % des voix et décroche 73 sièges sur 105. Le parti, fort de ce succès et conformément à ses promesses, refuse de siéger à la Chambre des communes du Royaume-Uni, forme le Premier Dáil. Les Irish Volunteers commence dès lors une campagne d'offensives contres les forces britanniques, la British Army et la police paramilitaire alors en place en Irlande, la Royal Irish Constabulary. La première opération est l'embuscade de Soloheadbeg où Sean Hogan et ses hommes de la brigade de Tipperary tuent trois policiers de la RIC et s'emparent de gélignite.
Le Dáil, inquiet de ne pas être reconnu par les combattants nationalistes, reconnait les Irish Volunteers comme sa force armée officielle et inscrit à la constitution de la toute jeune République qu'ils doivent obéissance à son pouvoir exécutif et à personne d'autre. En aout 1919, Brugha propose au Dáil que les Volunteers lui prête allégeance mais certaines sources affirme que cette allégeance ne sera prêtée qu'un an plus tard en aout 1920. Au contraire, certaines sources notent que dès les derniers mois de 1919 le terme Irish Republican Army remplace les Volunteers dans le langage quotidien. Ce changement attesterait que les Volunteers acceptèrent dès lors l'autorité du Dáil, et donc d'être nommé comme "armée de la République Irlandaise", familièrement désignée comme lArmée républicaine Irlandaise. En 1917, déjà, un groupe d'hommes des comtés de Clare et Tipperary, accusés d'attaques, se revendiquèrent comme soldats de l'''Irish Republican Army et refusèrent de reconnaitre la légitimité de la court, et demandèrent d'être traités en tant que prisonniers de guerre.
Guerre d'indépendance irlandaise
Campagne militaire et organisation L'IRA a mené une guerre de guérilla contre les forces en présence de la couronne britannique de 1919 à 1921. La guérilla, tactique utilisée déjà à maintes reprises contre les envahisseurs, ne fut que très rarement aussi efficacement et systématiquement utilisée jusqu'à la victoire politique, montrant la voie à l'ensemble des mouvements de libération de l'Empire britannique.
La campagne menée par l'IRA se décompose en trois phases.
Réorganisation (1919) La première phase est marquée par la réorganisation des groupes militants déjà ou anciennement actifs, majoritairement les Irish Volunteers, en armée de guérilla, refusant les affrontements directs et préférant le harcèlement des Britanniques. Ernie O'Malley fut un des commandants qui traversa le pays pour monter des dizaines d'unités de guérilla. Sur le papier, près de personnes furent liés de près ou de loin aux activités des Volunteers. Seulement d'entre eux prirent part active dans les combats et embuscades.
En 1919, Collins monte l'unité The Squad ou The Twelve Apostles, spécialisée dans l'assassinat des membres des renseignements britanniques repérés et basée à Dublin. L'IRA tuera de cette manière jusqu'à 14 officiers en une seule matinée .
La cible favorite de l'IRA restera les casernes de la RIC. Le harcèlement militaire et le soutien populaire poussa même la RIC à déserter la majorité des casernes rurales faute de volontaires, qui étaient jusqu'ici en écrasante majorité catholiques et locaux.
Escalade du conflit (janvier 1920 - juillet 1920) Dans sa deuxième phase, l'IRA passe à des cibles plus importantes, les casernes fortifiées de la RIC des grandes villes d'Irlande. De janvier à juin, 16 sont détruites et 29 sévèrement endommagées. Près de 400 casernes, de toutes tailles et dans tout le pays, furent réduites en cendres en avril 1920 dans une opération coordonnée de l'IRA .
Plusieurs évènement témoignent de l'escalade du conflit. Premièrement, la loi martiale est partiellement promulguée par le pouvoir britannique - autorisant l'enfermement arbitraire et l'exécution des membres de l'IRA. Secondement, le déploiement généralisé de la British Army et de groupes paramilitaires, les tristement célèbres Black and Tans et l'Auxiliary Division.
Guérilla (aout 1920 - juillet 1921) L'IRA, à la suite de ses coups de force en 1920, doit à présent affronter une force d'occupation avec plus de présence que dans les premiers mois de la guerre. Finies les attaques sur les casernes fortifiées et défendues, l'IRA se concentrera à présent sur les embuscades. Sa réorganisation permet la formation de « colonnes volantes » - des unités pensées et mise en place pour la guérilla, d'une vingtaine d'hommes, quelques fois plus grandes. Dans les zones rurales, les colonnes peuvent utiliser le terrain à leur avantage (en se basant dans les zones montagneuses par exemple).
Novembre 1920 voit l'apogée de la violence, particulièrement à Dublin. Le 21 novembre 1920, a lieu le premier Bloody Sunday (1920), le matin Les Douzes Apôtres de Collins exécutent 14 agents britanniques. En représailles, les forces britanniques ouvrent le feu sur un match de Football gaélique au Croke Park, tuant 14 civils à leur tour. Avant la fin de la journée deux importants républicains et un ami a eux furent également arrêtés et exécutés.
Bien que l'ensemble du pays connu la violence de la guerre, le gros des affrontements se situèrent à Dublin et dans le Munster. Dans le Munster, l'IRA mena un nombre important d'attaques victorieuses, comme les 18 Auxiliaires de la RIC tués par la Brigade de Cork à Kilmichael en novembre 1920 ou les 13 soldats tués par les hommes de Liam Lynch près de Millstreet en 1921. Les unités de Dublin, dont la Squad de Collins, fusionnèrent dans l'Active service unit d'Oscar Traynor, qui se donna pour objectif de frapper, au moins, trois fois par jour les forces d'occupation (fusillades, lancers de grenades...). Autre part dans le pays la guerre fut plus sporadique et bien moins intense, bien que quelques poches de résistances firent de nombreuses attaques, comme les hommes de Seán Mac Eoin dans le Longford ou au printemps 1921 dans le Mayo.
À Belfast, la guerre eu ses particularités. Dans la ville, à majorité protestante et unioniste, les actions de l'IRA entrainaient presque systématiquement des représailles contre la population catholique de la ville, comme le massacre de la famille McMahon et le Bloody Sunday de Belfast en 1921. Particulièrement au nord, l'IRA, en plus de protéger la population catholique des attaques loyalistes et des forces de l'ordre, mena une campagne ciblée contre des cibles économiques (usines, commerces...). À Belfast seulement, où les violences continueront jusqu'en octobre 1922, bien après la trêve signée et respectée dans le reste du pays, entre 400 et 500 personnes perdirent la vie.
L'IRA fut impliquée dans la destruction de plusieurs centaines de maisons dans le Munster. La Church of Ireland Gazette reporte également plusieurs cas d'exécutions sommaires de loyalistes par arme à feu ou incendie dans le début des années 1920. Dans le Comté de Cork entre 1920 et 1923 l'IRA aurait fusillé plus de 200 civils dont 70 (36 % - ce qui correspond à 5 fois la proportion dans le comté) étaient protestants. Cela pourrait être du à l'inclinaison historique des protestants à l'unionisme. Cependant, en 1922, une convention des Irish Protestant Churches à Dublin signa une résolution « attestant » que ".
Les années 1920 furent en Irlande, une période d'agitation sociale, et plusieurs grèves, conseils ouvriers (Soviet de Limerick) et autres actions sociales civiles furent mises à profit de la lutte nationale. L'IRA occupa alors un rôle d'agent de contrôle social et favorisant l'union nationale contre l'occupant, fut mobilisée pour casser les grèves et calmer l'agitation.
En avril 1921, l'IRA se réorganise une nouvelle fois, dans la suite de sa reconnaissance par le Dáil, dans le sens d'une armée régulière. Des divisions sont créées par régions, avec des commandants qui se voient attribuer une certaine responsabilité, théorique, pour de larges zones géographiques. En pratique, peu de choses changent et la nature d'armée de guérilla reste la caractéristique première de l'IRA, au grand dam de membres du Sinn Féin, Arthur Griffith et Éamon de Valera en premier lieu, qui auraient préféré renforcer effectivement le contrôle du Dáil sur l'Etat major de l'IRA.
En mai 1921, des unités de Dublin, sous impulsion de Éamon de Valera pour rattraper l'influence de Collins, attaquent et brulent la Custom House, le siège du gouvernement local de l'État britannique. C'est un revers notable pour l'IRA qui voit 18 de ses membres se faire capturer et 6 autres mourir.
Jusqu'à la fin de la guerre en juillet 1921, l'IRA subit une pression constante de l'armée britannique, son déploiement toujours plus important dans les zones de conflit et subit une pénurie d'armes et de munitions. Les estimations donnent à peu près 3000 armes à feu à l'IRA (majoritairement volés aux britanniques), dont une grande partie d'armes de poing. Un ambitieux plan d'achat d'armes d'Italie échoue en 1921 quand l'IRA se trouve dans l'incapacité à acheminer l'argent à ses revendeurs. Avant la fin de la guerre, des Thompson sont importés des États-Unis (495 sont interceptés par les autorités américaines et seuls quelques-uns arriveront en Irlande peu avant la trêve).
En juin 1921, Collins évaluait l'espérance de vie de l'IRA à quelques semaines, voir jours. L'IRA arrivait au bout de ses réserves de munitions. Plus de 5000 hommes ont été emprisonnés et plus de 500 d'entre eux tués. Collins et Mulcahy estimaient leur nombre de volontaires actifs disponibles à moins de 3000. Mais l'été 1921 voit la guerre s'arrêter soudainement.