L'histoire de la culture de l'hévéa, rythmée par une série d'inventions créant toutes sortes de produits utiles en Europe, s'est traduite par une profonde redistribution des cartes mondiales, le monopole des forêts amazoniennes étant concurrencé par des plantations anglaises en Malaisie et en Afrique, ou françaises en Indochine, puis par l'apparition de millions de petites exploitations familiales en Thaïlande et en Indonésie, transformant les structures sociales de ces deux pays.

Les indiens d'Amazonie l'utilisent pour des chaussures ou des balles thumb|Joueurs de l' ullamaliztli aztèque jouant devant Charles Quint en Espagne, dessin réalisé par Christoph Weiditz en 1528.

Le caoutchouc, mot emprunté à une langue indienne du Pérou et qu’au sud du Mexique et Guatemala, les Amérindiens Mayas nomment cahutchu (prononcé caoutchou), servait à imperméabiliser des tissus et à fabriquer des balles. Les Espagnols observent en Amérique centrale, que les indigènes s’en servent pour jouer à un jeu de balle ulama (en nahuatl), sur des terrains réservés à cette activité, consistant à maintenir la balle en l’air le plus longtemps possible sans l’usage des mains ni des pieds. Les règles exactes du jeu sont restées obscures, si ce n’est que le coup le plus remarquable consistait à faire passer la balle à travers un anneau fixé sur un des murs latéraux, en envoyant la balle à coup de hanches ou de cuisses. Il s’agissait beaucoup plus qu’un simple jeu pour se divertir, puisqu’il avait aussi des fonctions divinatoires, symboliques, religieuses et guerrières que ce soit chez les Aztèques, les Olmèques ou les Mayas. On rapporte (SVP aidez-nous à citer) que des membres de l'équipe perdante pouvaient être mis à mort..

En 1524 puis en 1528, des joueurs virtuoses aztèques sont ramenés en Espagne, pour exhiber leur adresse devant Charles Quint.

Le caoutchouc était fabriqué à partir du latex de diverses plantes comme l’hévéa (Hevea brasiliensis) grand arbre du bassin amazonien de la famille des Euphorbiaceae, le Castilla elastica, grand arbre de la famille des Moraceae, réparti du Mexique à l’Équateur et le guayule (Parthenium argentatum) arbuste de la famille des Asteraceae du nord du Mexique.

Le latex est connu des européens depuis la découverte de l'Amérique. Christophe Colomb le mentionne dans ses récits de voyage. Le navigateur et historien espagnol Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés (1478-1557) fut le premier européen à décrire les vertus des boules de gomme naturelle à une audience européenne. En 1615, un autre texte espagnol énumère les avantages du latex, racontant en particulier comment les amérindiens s’en servaient pour imperméabiliser leurs chaussures.

Premières observations françaises en Guyane et au Pérou C'est pourtant au que l’on s’y intéresse de plus près dans d’autres pays d’Europe. En 1732, le jeune ingénieur du Roi, François Fresneau, se porte volontaire pour aller à Cayenne, en Guyane, pour y rénover les fortifications. Homme de science et chercheur infatigable, fera finalement une découverte au bout de son séjour, « l'Hevea brasiliensis », l'arbre à caoutchouc autrement nommé « Arbre seringue », dont il tirera un mémoire remarqué par l'Académie des Sciences à Paris. Son parcours est raconté dans un roman, « L'arbre seringue : le roman de François Fresneau, ingénieur du Roy », de Jacques Berlioz-Curlet.

Puis, en 1736 et jusqu’en 1747, les naturalistes français Charles Marie de La Condamine et François Fresneau de la Gataudière effectuent les premières études scientifiques sur le caoutchouc naturel au Pérou, en Équateur et en Guyane. Au cours de son voyage, Charles Marie de La Condamine note sur son cahier de bord ce qu’en font les indiens Maïpas :

Les scientifiques du l'utilisent comme gomme ou pour protéger des montgolfières En 1770, le chimiste anglais Joseph Priestley, membre éminent de la Lunar Society, qui dans la ville de Birmingham confronte les recherches et réflexions d'inventeurs, chercheurs et entrepreneurs, s'intéresse aux produits tropicaux, sur fond de débuts de la révolution industrielle en Angleterre.

Joseph Priestley découvre que l'on peut effacer des marques d'encre en les frottant avec du caoutchoucTristan Gaston-Bretton, « Charles Goodyear et la révolution du caoutchouc », Les Échos, 15 juillet 2008.. Cette découverte sera à l'origine des premières gommes à effacer. Joseph Priestley lui donna son nom anglais de rubber (de rub out, effacer). Quant à son nom en français, caoutchouc, il semble qu'il provienne du mot amérindien cachuchu. Une douzaine d'années plus tard, en 1783, le chimiste français Jacques Charles — lancé dans une compétition avec les frères Montgolfier pour réaliser le premier vol habité — fait construire un ballon (on disait alors un « globe ») constitué d'une étoffe de soie imperméabilisée par un vernis à base de caoutchouc.

Les premières applications industrielles et premières transformations à partir de 1790 En 1791, le chausseur anglais Samuel Peal lance la première application commerciale du caoutchouc. Il brevète un procédé d'imperméabilisation de tissus, en les traitant avec une solution de caoutchouc et d'essence de térébenthine.

En 1803, la première usine de production de caoutchouc (bandes élastiques pour jarretières et bretelles, suspensoirs) fut construite dans la capitale française, Paris.

En 1811, l'Autrichien (1781-1872) fabrique les premiers produits entièrement en caoutchouc.

En 1820, l'Anglais Thomas Hancock découvre que la plasticité du caoutchouc est augmentée à la suite de son broyage (dans sa machine le qui n'est à l'origine qu'un moulin à café en bois) et son pressage, ce qui permet la mise en forme du produit ultérieurement.

En 1823, le chimiste écossais Charles Macintosh (1766-1843) découvre le procédé d’imperméabilisation des tissus, par dissolution du caoutchouc dans un solvant (du naphte porté à ébullition qui se révèle le solvant idéal rendant homogène le caoutchouc). Il confectionne les premiers imperméables et crée la première fabrique de produits en caoutchouc. La matière brevetée prit son nom. Elle devint en Grande-Bretagne synonyme du mot « imperméable » et le nom d’une marque de vêtements qui existe toujours. Dès 1830, les articles en caoutchouc connurent un tel succès que bouteilles et chaussures fabriquées par les Amérindiens furent importées massivement. Inconvénient majeur, ils devenaient cassants par temps froid, puis collants et malodorants en été.

En 1834, le chimiste allemand et l'Américain découvrent que l'addition de soufre au caoutchouc éliminait la nature collante des produits finis.

En 1839, Charles Goodyear achète à Hayward les droits exclusifs d'exploitation du procédé d'imprégnation du caoutchouc avec du soufre. Cette même année, il invente fortuitement la vulcanisation, un extrait de caoutchouc soufré tombant dans un poêle. Il met au point une cuisson au feu du caoutchouc mélangé à du soufre en testant différentes températures de cuisson et stabilise ainsi les propriétés élastomères de la gomme. Mais le procédé ne permet pas d'obtenir une matière véritablement homogène.

En 1842, il met définitivement au point la vulcanisation en mélangeant le caoutchouc à un peu du soufre et en le chauffant par de la vapeur sous pression, on peut désormais le stabiliser et lui donner de l'élasticité. Cette découverte entraîne une forte croissance de l’exploitation de l'hévéa, qui se concentre dans un premier temps en Amazonie.

À partir de 1835, l'hévéa utilisé pour des bottes, des pneus et des préservatifs Pendant la plus grande partie du , les transports terrestres continuent à s’effectuer sans autres pneus que des produits durs et usables, ce qui freine la progression.

Vers 1835, Charles Dietz invente un « remorqueur à chaudière » dont il garnit les roues, entre la jante de bois et le cercle d'acier, d'une couche de liège puis de caoutchouc boulonnée sur la jante. Charles Dietz invente sans le savoir l’ancêtre du pneu.

En , l'Écossais Robert William Thomson invente la roue aérienne (le premier vrai pneumatique) qui aboutit à insérer sous les jantes une ceinture creuse réalisée à partir de plusieurs épaisseurs de toiles caoutchoutées en forme de U ou de V, disposées sur tout le pourtour, entourées de cuir et boulonnées sur une roue en bois afin d'absorber une partie des vibrations causées par le mouvement. Mais cette précieuse invention, ne s'adaptant pas aux chariots, tombe dans l'oubli.

En 1853, l'Américain Hiram Hutchinson achète les brevets de Charles Goodyear et adapte le caoutchouc aux bottes, et en 1854, il ouvre la première usine utilisant le caoutchouc en France, sur le site de Langlée, à Châlette-sur-Loing (Loiret). Douze ans plus tard, en 1868, l’invention des pneus pleins d’un produit d’hévéa non gonflable pour vélocipèdes, permet de prolonger les travaux de Robert William Thomson. Et en 1870, l’apparition des premiers préservatifs à base de caoutchouc de latex va augmenter encore les besoins d’hévéa et susciter dans les années qui viennent une fièvre du caoutchouc dans les pays riverains de l'Amazonie.

La fièvre du caoutchouc génère un projet de grande liaison ferroviaire en pleine Amazonie thumb|Le Théâtre Amazonas de Manaus, inauguré en 1896, témoigne de l'âge d'or du caoutchouc au Brésil. La découverte de la vulcanisation et de la chambre à air dans les années 1850 donna lieu à une fièvre du caoutchouc dans les pays ayant des territoires amazoniens, comme le Brésil, la Bolivie, le Pérou, la Colombie et l’Équateur. La fièvre du caoutchouc connut son apogée entre 1879 et 1912, suivie d’une résurrection dans les années 1942-1945 et donna leur impulsion à des villes amazoniennes telles Iquitos au Pérou, Belém do Pará et Manaus au Brésil, la principale ville amazonienne, capitale de l’État d’Amazonas.

L’idée de construire un chemin de fer sur les rives des ríos Madeira et Mamoré émergea en Bolivie en 1846. L’objectif était d’exporter le caoutchouc par l’océan Atlantique, la cordillère des Andes bloquant l’accès au Pacifique. En 1867, les ingénieurs José et Francisco Keller organisèrent une grande expédition dans la région des rapides du río Madeira, pour trouver le tracé d’une éventuelle voie ferrée, et deux ans plus tard l’ingénieur américain George Earl Church obtint du gouvernement bolivien la concession pour créer une entreprise afin d’explorer des alternatives pour assurer la navigation fluviale entre les rios Mamoré et Madeira. Voyant les difficultés de cette entreprise, il se focalisa sur la possibilité de construire un chemin de fer. Les négociations continuèrent. En 1870, il reçut du gouvernement brésilien le permis de construire une ligne ferroviaire pour contourner les rapides du río Madeira. La construction ne commencera que plus tard.

La fièvre du caoutchouc gagna la Bolivie et le Pérou : Iquitos, fondée en 1757, par les Jésuites et érigée en capitale du département de Loreto par le maréchal péruvien Ramón Castilla y Marquesado en 1864, fut le centre caoutchoutier de la forêt péruvienne et le premier port fluvial sur le rio Amazonas péruvien. De là, on commerçait avec Manaus, qui commença son expansion vers 1880.

L'hévéa sort pour la première fois de l'Amazonie : le « rapt botanique du siècle » En 1876, la production amazonienne était faible. La demande occidentale excédant l’offre, et les tentatives d’introduction de l’hévéa ailleurs qu’au Brésil ayant échoué, l’explorateur anglais Henry Alexander Wickham réussit l'un des plus grands rapts botaniques de tous les temps, en rapportant d'hévéa brésilien au jardins botaniques royaux de Kew à Londres, pour un prix total de "Matériaux caoutchouteux: morphologies, formulations, adhérence, glissance et usure", par Gilles Petitet et Michel Barquins, aux Éditions PPUR presses polytechniques, paru en 2008, page 32 .