La déportation des Nauruans aux îles Truk est un transfert de population effectué par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Entre juin et , ils décident d'acheminer par bateau de Nauru dans le Pacifique central vers les îles Truk dans les Carolines, à de là. Leur décision est motivée par la surpopulation dont souffre Nauru à la suite de l'installation d'une importante garnison. Arrivés à destination, les îliens sont dispersés sur plusieurs îles et astreints au travail forcé. 40 % d'entre eux meurent en raison des privations auxquelles ils sont soumis, des exactions et des bombardements alliés. Les rescapés sont rapatriés en .

Déportation thumb|Mouvements de population en juin 1943 ; plus de et travailleurs japonais et coréens arrivent sur l'île (flèche rouge) ainsi que 600 habitants d'Ocean Island qui sont déplacés à Nauru (flèche bleue). Durant la même période, sont envoyés en exil dans les îles Truk (flèche verte).

Les Japonais installent sur Nauru une garnison très importante par rapport à la taille de l'île. En on compte sur l'île soit de plus qu'en 1940. On compte et japonais et coréens ainsi qu'un peu moins de 400 Océaniens et Chinois anciens employés de la BPC. Les sont minoritaires sur leur île.. À la fin du mois, autres militaires arrivent à Nauru.

Les autorités de l'île, redoutant une famine sur l'île surpeuplée et soumise à un blocus efficace décident de déplacer la population nauruane. Peu après l'arrivée de ce dernier convoi de militaires, le commandement japonais réunit dans l'urgence un conseil de Nauruans et fait l'annonce de la déportation d'une partie des îliens sous la conduite de Timothy Detudamo. Ils refusent d'indiquer leur lieu d'exil aux Nauruans, ce qui accroît l'inquiétude de la population. Les familles sélectionnées sont celles qui ne peuvent subvenir à leurs besoins à Nauru et on leur explique que l'île où on les envoie regorge de nourriture. Peu avant le départ, Nakayama, second dans la hiérarchie militaire de l'île donne à Timothy Detudamo une lettre portant le sceau de l'empereur Hirohito, indiquant que les Nauruans sont placés sous la protection de celui-ci.. Ce document servira durant la poursuite de la guerre de sauf-conduit aux exilés.

Le , 600 Nauruans et 7 Chinois sont regroupés dans le port d'Aiwo puis embarqués de nuit, afin d'éviter les attaques alliées sur le cargo Akibasan Maru pour une destination inconnue. Le navire prend le départ le jour suivant escorté par un petit navire de guerre en direction des îles Truk à au nord-ouest de Nauru dans les îles Carolines, là où est basé le centre commandement des forces navales japonaises du Pacifique central.

Le mois suivant, 659 Banabans émaciés sont acheminés à Nauru depuis leur île voisine, Ocean Island elle aussi sous domination japonaise en quatre vagues successives, ils relatent aux Nauruans l'état de disette qui règne sur leur terre devenue désertique en raison de la surpopulation japonaise, les forçant pour survivre à manger de l'herbe et l'écorce des arbres.

Un nouveau contingent de arrive le et le même jour, un second groupe de 601 Nauruans, en majorité des femmes et des enfants accompagnés des prêtres catholiques Alois Kayser et Pierre Clivaz, est envoyé en exil alors qu'aucune nouvelle du premier groupe n'est arrivée jusqu'à Nauru.

Sur les navires emmenant les Nauruans vers les îles Truk, les conditions de vie sont relativement supportables malgré l'exiguïté. Pour la grande majorité des exilés, c'est la première fois qu'ils quittent leur île isolée au milieu de l'océan et, malgré l'inquiétude générale, ce fait provoque une certaine excitation parmi les jeunes Nauruans.

Le , le navire chargé de déporter le reste des Nauruans arrive en vue de l'île quand soudain les Nauruans le voient prendre feu, touché par une torpille tirée depuis un sous-marin américain. Cela empêchera les Japonais de mener à bien leur projet de déporter toute la population nauruane et de n'y laisser que des populations océaniennes déracinées sans droits spécifiques sur l'île.

Survie aux îles Truk thumb|Les îles Truk où les Nauruans sont déportés thumb|Monument érigé à Nauru à la mémoire du prêtre alsacien Alois Kayser mort à la suite de tortures infligées par les Japonais

Les îles Truk est un archipel composé d'îles montagneuses ceinturées d'une barrière de corail et ne comportant que quatre passes. Sa configuration stratégique en fait une base idéale, les îles vont devenir le Pearl Harbor japonais, puissamment fortifié, il est réputé imprenable. La marine peut y abriter sa flotte sans crainte. L'importante garnison y dispose de toutes les commodités caractéristiques des grandes bases. L'économie des indigènes des îles Truk s'organise autour de l'armée. Beaucoup parlent japonais et s'identifient à cette puissance. Des milliers de travailleurs Japonais et Coréens sont présents dans les îles, où ils participent à la construction des infrastructures militaires.

Après cinq jours de voyage, le premier groupe de 600 Nauruans arrive dans le lagon des îles Truk le .. Ils sont tout d'abord débarqués sur l'île de Moen, puis le chef Detudamo convoqué par les autorités japonaises revient vers les Nauruans les informant du fait qu'ils vont être installés sur la petite île de Totiw et devront travailler pour les Japonais. Après avoir été vaccinés, les Nauruans sont emmenés vers cette île située quatorze kilomètres plus loin. Là, sur cette terre luxuriante, regorgeant d'arbres fruitiers et d'animaux, les Nauruans sont livrés à eux-mêmes, les Japonais leur recommandant de faire en sorte d'assurer leur autosuffisance. Le propriétaire de la majorité de l'île, un colon allemand du nom de Hartmann se montre bienveillant à leur égard, leur permettant un accès libre aux ressources de l'île. Quelques jours plus tard les Japonais reviennent afin de recruter dans chaque famille un homme chargé d'aider à la construction d'un aérodrome sur l'île de Parem. D'autres Nauruans, dont des femmes et de enfants, sont envoyés travailler dans des plantations sur Moen. Timothy Detudamo conscient de la vulnérabilité des Nauruans loin de leur île, en compétition avec d'autres populations pour l'accès aux ressources entreprend d'organiser le reste du groupe et de trouver des moyens d'assurer sa subsistance. Des danses sont organisées pour les Japonais et les natifs des îles Truk afin de récolter des fonds, le chef nauruan collecte l'argent de toute sa communauté afin de créer un fond destiné à assurer les frais d'hospitalisation en cas de nécessité mais surtout, se met à la recherche d'une terre. Dès son arrivée sur Totiw, il envoie des émissaires dans les diverses îles de l'atoll, sachant que les Nauruans auraient tôt fait d'épuiser les ressources de la petite île où ils sont parqués. Il parvient enfin à trouver un terrain de deux hectares dans l'intérieur de Tol, l'île la plus grande des îles Truk, le plus loin possible des Japonais, qu'il rachète pour yens à ses propriétaires indigènes grâce à l'argent des siens. Puis, les Nauruans entament leur difficile déménagement vers leur nouvelle propriété. Le chemin d'accès depuis la côte est très difficile, traversant un relief accidenté recouvert d'une végétation inextricable, les plus âgés et les malades doivent être portés. Ils créent ensuite un village constitué de huttes recouvertes de feuilles de cocotiers qu'ils nomment Fouba, constituent des jardins pour y faire pousser patates douces et manioc. La terre qu'ils ont choisi est riche et ils ont la possibilité dès leur arrivée de pouvoir récolter de nombreux fruits.

Le second groupe de 600 Nauruans arrive dans les eaux des îles Truk en . D'abord transportés jusqu'à Moen, ils sont ensuite amenés sur la petite île de Totiw, comme pour le premier groupe. Cependant, en raison de l'impact du surpeuplement causé par la présence quatre semaines durant de leur prédécesseurs sur l'écologie fragile de l'île, ils n'y trouvent pas de quoi assurer leur subsistance. Alertés par l'afflux d'exilés banabans affamés à Nauru peu avant leur départ, ils ont pris leurs précautions avant leur propre exil et on plusieurs sacs de riz en réserve, ce qui leur permet de tenir quelque temps. Cinquante hommes sont réquisitionnés pour travailler avec leurs compatriotes sur le chantier de l'aéroport de Parem et le reste du groupe est dispersé dans plusieurs îles.

À Parem, le travail de construction de la piste d'atterrissage s'effectue dans des conditions très dures.. Durant sept mois, les Nauruans aux côtés desquels travaillent des travailleurs japonais et coréens doivent remblayer le terrain constitué de mangrove avec du gravier et de la terre qu'ils extraient eux-mêmes sans outillage adapté. Ils reçoivent des rations de nourriture supérieures à celles des autres Nauruans mais le travail est harassant, sans jour de repos, de l'aube au crépuscule. Les Nauruans ayant des notions de japonais servent d'interprètes, ceux qui ont une maîtrise supérieure de la langue sont engagés en tant que contremaîtres. Tel est le cas de Hammer DeRoburt, futur père de l'indépendance nauruane qui fait montre de ses qualités de meneur d'hommes au sein du groupe nauruan. Des conflits violents voient le jour avec les travailleurs coréens sur des questions de répartition de la nourriture, ils donnent souvent lieu à des batailles rangées entre les protagonistes.

Les deux prêtres catholiques de Nauru, Alois Kayser et Pierre Clivaz, sont sévèrement torturés le par les Japonais qui soupçonnent la communauté nauruane de détenir un poste radio. Le père Kayser meurt de ses blessures..

Rapatriement Fin , la British Phosphate Commission, l'administration de l'île et les autorités britanniques élaborent un plan complexe visant à rapatrier les îliens exilés.. Il est décidé que les Banabans dont les villages ont été rasés doivent être collectés depuis les archipels où ils ont été disséminés par les Japonais, les îles Carolines, les îles Gilbert et Nauru puis installés sur l'île Rabi dans les Fidji à des milliers de kilomètres de leur terre natale. Les Gilbertins doivent être rapatriés depuis les îles Carolines et Nauru vers leur archipel et les Nauruans doivent être acheminés depuis les îles Truk vers leur île. Le , 777 Gilbertins et Banabans quittent l'île à bord du navire Trienza appartenant à la BPC. Le même bateau servira plus tard au rapatriement des Nauruans

Le , Thomas Cude, chef de la police de Nauru avant-guerre, débarque aux îles Truk et se rend sur l'île de Sioto où les Nauruans sont pour la plupart rassemblés afin d'entamer le processus de rapatriement.. Il constate que les conditions de vie y sont bien pires que celles des Nauruans restés sur leur île jusqu'à la fin de la guerre. Beaucoup de maladies infectieuses affectent les exilés et leur diète est très pauvre. Accueilli par une foule en liesse, il donne pour la première fois aux exilés depuis des mois des nouvelles de leur île et fait circuler une liste contenant les noms des survivants. Il s'acquitte aussi de la tâche de retrouver sur les autres îles les Nauruans disséminés dans les îles Truk et de les regrouper à Sioto. Puis, durant une semaine, il enquête sur les crimes de guerre commis à l'encontre des Nauruans, ce qui lui permet de recueillir de nouveaux témoignages en sus de ceux déjà collectés par les Américains.