Le machinisme est un terme apparu au milieu du pour désigner la place croissante prise par les machines dans la vie des humains, notamment dans le monde du travail, tous domaines confondus : agriculture, industrie et tertiaire. Il a pour synonyme le mot « mécanisation ».

Dès le début du en Grande-Bretagne, l'essor des machines suscite une crainte diffuse dans les populations vis-à-vis des « machines », comme en témoigne le luddisme, mais ce n'est qu'au début du qu'il génère chez les intellectuels un certain nombre d'interrogations quant à la nature du « progrès technique » et la signification même du mot « progrès »Georges Sorel, Les illusions du progrès, 1908. Réédition : L'Âge d'Homme, 2005.

Le terme « machinisme » disparaît du langage des sciences humaines durant la seconde moitié du , quand, avec l'arrivée de l'informatique, les machines sont déclarées dotées d'une intelligence leur assurant une certaine autonomie et qu'on les désigne alors sous le nom de « technologies ».

Origine du mot En 1843, l'historien français Jules Michelet avance l'idée que les machines n'usent pas seulement les corps mais aussi les esprits. Ainsi dans Le Peuple, il écrit : « Leçons de M. Michelet », in Des Jésuites, par MM. Michelet et Quinet, Liège, 1843..

Critiques

Si le machinisme est l'objet de nombreuses critiques dès le , celles-ci ne s'inscrivent pas pour autant dans le cadre d'une critique du productivisme mais seulement dans celle du capitalisme. Ainsi, en 1898, l'anarchiste Jean Grave pense-t-il que le machinisme pourrait concourir au bonheur s'il n'était pas l'œuvre de la bourgeoisie, puis conduit par elle : Jean Grave, Le Machinisme, Les Temps nouveaux, 1898.

En comparaison avec le mot « mécanisation » qui lui est synonyme, le mot « machinisme » a en général une connotation péjorative. De fait, les critiques à son endroit sont le plus souvent négatives. Dès 1819, l'économiste suisse Jean de Sismondi estime non seulement que l'introduction de nouvelles machines ne profite qu'au patronat mais qu'elle constitue un phénomène dangereuxJean-Charles Leonard de Sismondi, Nouveaux principes d'économie politique, 1819. En 1840, VillerméLouis René Villermé, Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, 1840, et BuretEugène Buret, La misère des classes laborieuses en Angleterre et en France, 1840, deux observateurs du monde social, voient dans le processus de l'industrialisation la cause première de la paupérisation du monde ouvrier, suivis cinq ans plus tard par EngelsFriedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845, peu avant qu'il ne s'associe à Marx.

De la machine à la technique Avec Marx, les machines sont conçues comme faisant partie intégrante des moyens de production, ou infrastructures. Et après lui, la plupart des marxistes ne critiquent pas le phénomène de la production lui-même (dont le machinisme) mais ceux qui sont les propriétaires des moyens de production, les capitalistes.

Durant un siècle, la critique du machinisme va donc rester marginale en regard de celle du capitalisme puis s'éteindre progressivement : ses seuls héritiers sont aujourd'hui quelques intellectuels et activistes technophobes. En revanche, les choses vont évoluer à partir de la Seconde Guerre mondiale, quand se développent la robotique et l'informatique et que les machines sont dotées de capteurs et d'appareillages électroniques de sorte à agir et surtout réagir à leur environnement jusqu'à les rendre autonome et déclarés « intelligents » : la critique du machinisme va peu à peu céder la place à celle de la technique.

En 1954, dans les deux premières pages de son ouvrage La Technique ou l'Enjeu du siècle, Jacques Ellul écrit :

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Thierry Pillon, Georges Friedmann, Problèmes humains du machinisme industriel, Ellipses, 2009

. Maurice Daumas, Histoire générale des techniques, tome 3 : L'Expansion du machinisme, 1725-1860, PUF, 1996 Hélène Robert, Le machinisme et le travail féminin, 1980 Charles Ballot, L'Introduction du machinisme dans l'industrie française, Slatkine, 1978 Lewis Mumford, , 1967-1970. Le Mythe de la machine, Fayard, 1967-1970 Jean Fallot, Marx et le machinisme, PUF, 1966 Maurice Daumas, Histoire générale des techniques: Les premières étapes du machinisme, PUF, 1962 Antoine Mas, L'Introduction du machinisme dans le travail administratif, Duculot, 1956 Jean Fourastié, Machinisme et bien être, Minuit, 1951 Henri Vaysse, Plaidoyer pour le machinisme, les Éditions claires, 1948 Siegfried Giedion, Mechanization takes command, 1948. Tr. fr. La Mécanisation au pouvoir, Denoël, 1948. Réed. 1983 Georges Friedmann, Problèmes humains du machinisme industriel, Gallimard, 1946 Pierre-Maxime Schuhl, Machinisme et philosophie, Félix Alcan, 1938 Edmond Caraguel, Chômage et machinisme, 1935 Lewis Mumford, Technics and Civilization, 1934. Tr. fr. Technique et civilisation, Le Seuil 1950; réed. Parenthèses, 2016 Jacques Laffitte, Réflexions sur la science des machines, Bloud & Gay, 1932 ; Réed. Vrin, 2000 Gina Lombroso, La Rançon du machinisme, Payot, 1931 Louis Hoyack, Où va le machinisme?: Analyse sociologique des temps modernes, Librairie des sciences politiques et sociales, 1931 Jean Nihon, Le machinisme et la classe ouvrière, L'Églantine, 1929 Paul Jean Baptiste Maurer, Machinisme et automatisme, Gauthier-Villars, 1927 Walther Rathenau, La mécanisation du monde, 1913. Tr. fr. Aubier Montaigne, 1992 Max de Nansouty, Le machinisme dans la vie quotidienne, Pierre Roger & Cie, 1909 Jean Grave, Le Machinisme, Les temps nouveaux, 1898 ; réédition : Hachette, 2015

Articles connexes

Liens externes

Michelet et le machinisme, Alexandre Moatti, Altersciences,

Catégorie:Histoire économique