Les événements du canyon de Lumbier (Sucesos de la Foz de Lumbier en espagnol) se sont produits tout le long de la journée du à l'endroit appelé Foz de Lumbier (en français : canyon de Lumbier), un canyon formé par la rivière Irati en Navarre (Espagne).
Il s'agit d'un affrontement armé entre des forces de la garde civile et les membres du commando Nafarroa de l'organisation indépendantiste ETA, qui ont été surpris par celle-ci pendant une banale patrouille et ont conduit, de facto, au démantèlement du dit commando.
Lors de cet événement, un sergent de la garde civile a trouvé la mort dans la fusillade, et deux activistes de l'organisation terroriste ont été retrouvés morts le lendemain. Selon la version officielle, tous les deux se sont suicidés s'étant vus encerclés par les forces de police, aidés d'un troisième comparse qui sera capturé gravement blesséEl País. Muerte en la Foz..
Parmi les secteurs les plus radicaux du nationalisme basque, il a été diffusé la version selon laquelle les deux etarras morts avaient été torturés et exécutés par la garde civile. Un livre, intitulé Foz de Lumbier. Antecedente y crónica de unas ejecucionesAgapea. Foz De Lumbier. Antecedente y crónica de unas ejecuciones.. a été publié. Aucune des recherches effectuées n'a apporté de preuves suffisantes qui renforceraient cette version, et le seul activiste survivant, Germán Rubenach, celui qui a affirmé avoir aidé ses compagnons dans le suicide collectif, a changé plusieurs fois de version dans ses déclarationsEl País. El etarra Rubenach declara que él disparo contra su compañera Susana Arregui en la Foz de Lumbier..
Contexte
Commando Nafarroa L'existence d'un commando stable d'ETA en Navarre (Commando Nafarroa) a été assez habituelle étant donné sa proximité géographique avec le Pays basque. Ses membres depuis 1986 ont été Juan María Lizarralde Urreta, alias Heavy (Andoain, 1956 - Lumbier, 1990 - le premier dans la hiérarchie du groupe), María Susana Arregi Maiztegui (Oñate, 1964 - Lumbier, 1990) et Germán Rubenach Roiz (Bilbao, 1965). En 1988 on leur a adjoint Juan José Zubieta Zubeldia (Lekunberri, 1965) et Javier Goldaraz Aldaya. Pendant cette période ils ont réalisé deux attentats avec des voitures-bombes à Estella et Pampelune, et une attaque d'un quartier général de la garde civile à Alsasua, provoquant un total de trois morts et de onze blessésAngelfire. Comando Navarra o Nafarroa..Ils ont aussi enlevé l'industriel Adolfo Villoslada, libéré 84 jours plus tard avec un préalable d'un paiement d'une rançon de 350 millions de pesetasEl Mundo. Villoslada: «Durante los 84 días del secuestro estuve peor que un animal»..
Contexte géographique La Foz de Lumbier est un canyon creusé par la rivière Irati, à quelque de Pampelune, auquel on peut accéder seulement à travers deux tunnels, l'un en direction de Lumbier et l'autre en direction de Liédena. La gorge est délimitée par des parois de roche escarpées qui la transforment en une souricière. Pour cette raison elle s'est avérée déterminante concernant les événements de 1990.
Des zones de montagne comme la Foz ont été habituellement utilisés par ETA pour placer zulosUn zulo, qui signifie "trou" en , (xilo en souletin) est le nom donné par les etarras pour désigner une cache. pour dissimuler des explosifs et, éventuellement, les personnes séquestrées, comme cela s'est produit avec Adolfo Villoslada en 1989 par le Commando NafarroaEl Mundo. Manual práctico de ETA para construir «zulos blindados».
Faits Chronologie des événements
25 juin
12:00 - Le duo de gardes civils arrive au canyon de Lumbier. 12:10 - Localisation près de la rivière d'un homme avec des sacs et le sergent descend pour l'identifier. 12:15 - Arrivée de la patrouille de Sangüesa et Lizarralde tire sur celui-ci. fusillade et fuite. 12:20 - Les gardes emmènent leur blessé et donnent l'alerte. 12:45 - Arrivent les premiers effectifs de la garde civile. Un hélicoptère patrouille la zone. 12:55 - Les gardes reviennent avec l'aide médicale. 13:00 - Les assistants confirment le décès du sergent Hervás. 13:15 - Arrivent les GAR et quadrillent la zone. Commencent les recherches. 14:25 - Arrivent les chiens pour le ratissage. 15:10 - On relève le cadavre du sergent Hervás et les chiens intègrent la battue. 20:00 - Quelques habitants de Lumbier affirment avoir entendu un coup de feu. 20:45 - Localisent l'etarra gravement blessé Germán Rubenach. Est transporté dans un centre hospitalier. 21:00 - On suspend les recherches jusqu'au matin suivant. La Foz est toujours fouillée.
26 juin
07:00 - On recommence la recherche des terroristes. 08:45 - Découverte des cadavres de Juan María Lizarralde Urreta et Susana Arregi avec tirs à la tête. 09:00 - On communique la trouvaille des corps au juge chargé de l'affaire. 10:30 - Arrivée dans les lieux des faits de la juge Aoiz María Jesús Erroba 11:30 - On procède au lever des cadavres.
Dates du Ministère de l'Intérieur
Le matin du , la patrouille de Lumbier formée par le sergent José Luis Hervás Manas (Yeste, (province d'Albacete), 1955 - Lumbier, 1990) et le caporal Domingo Ortega Torres s'approchent, en direction de Liédena, dans une Nissan Patrol réglementaire à l'endroit de la Foz. Leur affectation était la prévention de petits larcins qui se produisait généralement dans la zone à l'encontre des touristes qui laissaient leur véhicule dans les parages.
Vers 12 h 00, et observant une personne (Lizarralde) avec des sacoches suspectes au bord de la rivière, le sergent est d'abord descendu jusqu'à ce dernier pour un contrôle d'identification, le caporal restant près de leur véhicule. À ce moment, sont arrivées deux autres personnes (Rubenach et Arregi), avec des sacs de sport. Pendant ce temps le caporal observe depuis le haut la conversation tandis qu'arrive une autre patrouille de la garde civile, également en Nissan, occupée par le sergent José Domínguez Peris et l'agent Benito Rivero Petronila, tous les deux de la garnison de Sangüesa.
Quand Ortega va informer son collègue Hervás de l'arrivée de la patrouille, on entend deux coups de feu et le sergent, qui se trouvait avec les etarres, s'effondre immédiatement. Les gardes qui se trouvaient dans la partie supérieure du lit de la rivière commencent à descendre et une fusillade débute avec les activistes, qui s'enfuient en courant vers le haut de la rivière. À la suite des tirs, sont blessés Rubenach à une jambe et le sergent Domínguez à la hanche. Au moment de leur fuite, ils croisent deux touristes néerlandais qui se trouvaient dans la zone.
Sans vérifier l'état du sergent Hervás, les autres gardes abandonnent la zone avec leur véhicule pour transférer le sergent Domínguez à l'hôpital de Sangüesa, et sur le chemin ils donnent l'alerte par radio. D'autres gardes arrivent sur les lieux des faits ainsi que du personnel sanitaire, qui constatent le décès de José Luis Hervás et l'absence de son arme réglementaire. Vers les 13 h 00, arrivent les forces du Groupe Antiterroriste Rural, qui entame une recherche sur la zone aidés d'un hélicoptère et par des chiens policier, détecteurs d'explosifs. À 20 h 45, ils localisent Germán Rubenach dans les broussailles, qui est gravement blessé de plusieurs coups de feu, et le transfère immédiatement vers un centre hospitalier. La nuit tombant, les forces spéciales suspendent les recherches dans le canyon. Plusieurs habitants de Lumbier affirment avoir vu une Fiat 127 rouge, occupée par deux personnes, traversant le village à toute allure.
Le matin on reprend les recherches, et à 8 h 45, on trouve dans une zone proche à on a trouvé Rubenach, les cadavres de Susana Arregi et Juan María Lizarralde, que présentent des tirs dans la tête. Près du cadavre d'Arregi on trouvait le pistolet Star du sergent José Luis Hervás. Tous les deux présentaient des signes évidents qu'ils étaient morts depuis plusieurs heures, et Lizarralde se trouvait le corps à moitié dans l'eauEl País. El jefe del 'comando' de la Foz pudo morir ahogado, segun se deduce del informe de Toxicología.. La fouille minutieuse du secteur a permis de trouver trois douilles de balle, deux correspondants au pistolet du sergent et l'autre, de calibre à celui de Lizarralde. Plus tard on trouvera une autre douille correspondant au pistolet de service du sergent Hervás. À 11 h 30 on procède au lever des cadavres.
Répercussion politique Le 29, le ministre de l'Intérieur, José Luis Corcuera, a comparu de façon volontaire devant le Congrès des députés pour expliquer de manière officielle le déroulement des faits. Il a commencé son intervention ainsi :
Congrès des députés. Comparecencia del senor Ministro del Interior (Corcuera Cuesta), a petición propia, para informar sobre los últimos hechos relacionados con la lucha antiterrorista en Navarra (número de expediente 214/000021).
« Messieurs, je ne viens pas démontrer l'innocence de la garde civile. Celle-ci je la suppose, comme il correspond à un État de droit. Ce seront ceux qui jugent le contraire ceux qui doivent apporter les preuves nécessaires. Je me propose, messieurs, de leur transférer l'information dont je dispose par rapport aux événements de lundi passé à la Foz de Lumbier, en laissant le verdict définitif entre les mains des recherches non encore terminées par le juge chargé du dossier. Permettez-moi, avant de rapporter ce qui est arrivé, messieurs, qu'il est opportun d'encadrer les faits pour lesquels je comparais aujourd'hui devant cette Commission dans des termes qui, pour certain, ne laissent aucun doute. D'abord, vers le midi du , un sergent de la garde civile, dans le cadre de sa mission, est assassiné par trois terroristes. Deuxièmement, après un échange de tirs, ceux-ci blessent gravement un autre membre du corps de la garde civile. Tersio, des heures plus tard, d'autres gardes civils, compagnons du sergent assassiné, localisent un des agresseurs, qui est gravement blessé. Quatrièmement, de manière immédiate ils sollicitent les moyens pour que le membre d'ETA soit transféré dans un hôpital. Cinquièmement, très probablement, sa localisation et le transfert par la garde civile lui sauve la vie. »
Pour conclure :
« (...) De ce point de vue, messieurs, deux possibilités s'offrent :
a) que la décision était collective et chacun exécute l'option contre sa personne. Le fait que le cadavre de Susana Arregui présente deux tirs peut être parce que s'agissant d'une arme semi-automatique, puisqu'elle portait celle du sergent auquel ils l'avaient soustraite, toute surpression sur la détente dans le dixième de seconde avait fait que le pistolet ait pu produire deux tirs, ou même par défaut mécanique de l'arme, parce que parfois, comme l'indique SS. ceci s'est déjà produit. b) Que Lizarralde Urreta pour une cause ou motif que je ne connais évidemment pas, aurait tiré sur sa compagne ou ses compagnons et attentera ensuite contre sa vie. »
Après leur intervention, les différents groupes parlementaires ont accepté les arguments exposés par le ministre, bien qu'ils aient insisté sur la nécessité de continuer l'enquête.
Enquête
Les autopsies pratiquées en première instance sur les deux terroristes ont indiqué que Lizarralde présentait une blessure avec traumatisme cranio-encéphalique dans la tête causée par arme de feu et avec trajectoire de droite à gauche effectué « en contact avec la peau », garantissant la théorie du suicideABC La autopsia confirma la hipótesis de que el etarra Lizarralde se suicidó.. pour sa part, Susana Arregi présentait un tir de pistolet effectué pratiquement en contact avec la peau de la tête, avec la trajectoire de gauche à droite et un deuxième effectué à quelque 30 centimètres de distance, effectué par une autre personne. On a été indiqué comme hypothèse la plus probable que serait un tir d'une autre personne, sans écarter la possibilité du suicide. La seule chose qu'ils ont pu spécifier est qu'ils sont morts entre douze heures et dix huit heures.