Alfred Amédée Dodds, né à Saint-Louis du Sénégal le et mort à Paris le , est un général français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Métis par ses deux parents, après s'être distingué comme capitaine durant la Guerre de 1870, il est commandant supérieur des troupes françaises au Sénégal à partir de 1888, puis, commandant en chef de la seconde expédition du Dahomey (actuel Bénin), il mène la conquête du territoire entre 1892 et 1894, en déposant le roi Béhanzin. Promu général de division en 1899, il est commandant supérieur des troupes en Indochine en 1900-1902. Élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur en et nommé commandant du corps d'armée des troupes coloniales le même mois, il est membre du conseil supérieur de la guerre de 1904 jusqu'en 1907, date à laquelle il est décoré de la médaille militaire puis placé dans la réserve.

Vingt-six œuvres d'art collectées par Alfred Dodds lors de ses campagnes militaires sont offertes par lui au musée du Trocadéro en 1893 et 1895, puis détenues par le musée du Quai Branly. Elles sont restituées au Bénin en 2021.

Biographie Famille Alfred Dodds est le fils de Antoine Henri (ou Henry) Dodds (1818-1882), négociant, métis, quarteron, dernier directeur de la Poste à Saint-Louis (avant sa fusion avec le télégraphe), et de Charlotte Billaud de la Chapelle (1823-1890), métisse ou signare, ou mulâtresse, de père français né à la Grenade et de mère issue d'une vieille famille franco-sénégalaise.

Il naît en 1842, aîné d'une famille qui comptera dix enfants.

Son grand-père, John Dodds (1790-1874), officier britannique, aide-de-camp du dernier gouverneur anglais à Saint-Louis, avait épousé une Sénégalaise, Sophie Feuilletaine (1797-1866), fille d'un officier puis négociant d'origine lorraine et d'une femme peuleLuc Garcia, Le Royaume du Dahomé face à la pénétration coloniale (1875-1894), éd Kathala, 1988 - Sylvain Sankalé, « A la mode du pays... - Chroniques saint-louisiennes d’Antoine François Feuiltaine - Saint-Louis du Sénégal 1788-1835 », thèse pour le doctorat en histoire du droit et des faits économiques et sociaux - faculté de droit de Montpellier - 1998 - 750 pp..

Formation Il est versé dans l'infanterie de marine à sa sortie de Saint-Cyr en 1862. Lieutenant le , il est affecté à La RéunionVoir sur ecole.nav.traditions.free.fr. ; il se distingue lors de la répression d'une insurrection débutée en décembre 1868. Blessé à la tête, il empêche sa section de tirer sur la foule. Il est proposé au grade de capitaine.

Guerre de 1870 Promu capitaine le , il se distingue durant la guerre de 1870 à Bazeilles et il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Il s'évade après la capitulation de Sedan et rejoint l'armée de la Loire puis celle de l'Est. Il est interné en Suisse à la fin de la guerre, en . Puis il fait partie de l'armée de Versailles qui fait le siège de la commune de Paris.

Premières campagnes en Afrique

Il est en poste au Sénégal de 1871 à 1874, puis à Brest de 1874 à 1876, puis à Cherbourg et à Toulon. Chef de bataillon le , il participe aux opérations de la Casamance entre 1877 et 1878 et se distingue à l'assaut de Moricounda. Il retourne au Sénégal entre 1881 et 1883 et commande un bataillon de tirailleurs sénégalais. Il est nommé lieutenant-colonel le et promu officier de la Légion d'honneur en décembre.

Commandant du 2 régiment de tirailleurs tonkinois (1886-1887) De à , commandant du 2 régiment de tirailleurs tonkinois, il participe aux opérations dans le delta du Tonkin à Ba-Dinh. Il est promu colonel le , à 45 ans, et rentre en France en 1888.

Commandant supérieur des troupes au Sénégal (1888-1891) En , il est nommé commandant supérieur des troupes au Sénégal. Il pacifie le Fouta-Djalon en Guinée en 1891.

De retour en France en , il prend le commandement du 8e régiment d'infanterie de marine à Toulon et est fait commandeur de la Légion d'honneur en décembre.

Conquête du Dahomey (1892-1894)

thumb|Une du Petit journal - supplément illustré du 3 décembre 1892 - Au Dahomey. Le général Dodds.

En , il est nommé commandant supérieur des établissements français du Bénin (Royaume du Dahomey)«Commandant supérieur des établissements français du Bénin : Alfred Amédée Dodds», site des ANOM. Lire en ligne. et commandant en chef de la deuxième expedition au Dahomey. Un débat a lieu quelques mois plus tard à la Chambre des députés afin de pouvoir confier à Dodds le commandement des troupes de mer en plus de celui des troupes terrestres. La décision est prise et le ministre de la Marine Godefroy Cavaignac (1853-1905), qui souhaitait un commandement séparé, démissionne en septembre<ref>François Berge, « Le Sous-secrétariat et les Sous-secrétaires d'État aux Colonies : histoire de l'émancipation de l'administration coloniale » in Outre-Mers. Revue d'histoire, Année 1960, n168-169, p. 365. Lire en ligne.</ref>.. vignette|droite|Bivouac de la colonne Dodds sur la place d'Abomey ().Dodds prend la ville royale d'Abomey, capitale du royaume du Dahomey le Voir sur histoirecoloniale.net., dépose le roi Béhanzin qui prend le maquis, libère ses esclaves et permet la renaissance de royaumes soumis par le Dahomey (Kétou...), met fin aux sacrifices humainsRestitutions : vent de l’histoire ou air du temps ?, Yves-Bernard Debie.. Il est nommé général de brigade le , après la prise de la ville sainte de Cana (ou Kana) puis fait grand officier de la Légion d'honneur en décembre.

vignette|droite| Une du Petit journal - supplément illustré du 27 mai 1893 - Le général Dodds reçoit la Médaille du Dahomey.

L'amiral Henri Rieunier, ministre de la Marine, charge le au matin Hanès, commissaire de la marine, de remettre au général Dodds, de retour de Dahomey à bord du paquebot le Thibet, dans le port de Marseille, la première médaille commémorative de l'expédition.

Une troisième expédition, menée par Dodds, d’octobre 1893 à janvier 1894 a pour but de capturer Behanzin. Le 15 janvier 1894, un nouveau roi de Dahomey, allié à la France, est mis en place et Béhanzin se rend puis le protectorat français sur le Dahomey est proclaméLa conquête du Dahomey (1890-1894), Service historique de la défense. Lire en ligne..

Commandant supérieur des troupes en Indochine (1896, 1900-1902) Adjoint à l'inspecteur général des troupes de marine en septembre 1894, il reçoit en avril 1896 le commandement supérieur des troupes en Indochine. Il est rappelé peu après et remplacé par le général de division Bichot en septembre. Cette affaire suscite des interrogations dans la presse de l'époque qui soupçonne « une question de race » d'être à l'origine de ce rappel« Le rappel du général Dodds » dans L'Extrême-Orient, 6 septembre 1896. Lire en ligne.. Il rentre en France et est mis en disponiblité en novembre.

Promu général de division le , il retrouve en septembre 1900 son poste de commandant supérieur des troupes en Indochine, en remplacement du général Borgnis-Desbordes, poste qu'il conserve jusqu'en septembre 1902.

Commandant du Corps d'armée des troupes coloniales (1902-1904) Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le et nommé commandant du corps d'armée des troupes coloniales le même mois.

Membre du Conseil supérieur de la guerre (1904-1907) En 1904, il devient membre du conseil supérieur de la guerre jusqu'en 1907.

Il est décoré de la médaille militaire le , distinction suprême pour un officier général, et passe dans la réserve en févrierMichel Wattel et Béatrice Wattel (préf. André Damien), Les Grand’Croix de la Légion d’honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Paris, Archives et Culture, 2009, p. 148..

Il meurt à Paris le , au domicile de ses neveux, âgé de 80 ans.

Les donations Dodds restituées au Bénin Alfred Dodds fait deux donations d’œuvres au musée du Trocadéro, à Paris, en deux versements : huit pièces en 1893, dix-huit en 1895. En 1893, il donne , et, en 1895, ..

Le transfert de propriété de ces œuvres, considérées comme , est rendu possible par une loi adoptée par le parlement le et promulguée le .

En , le musée du Quai Branly organise une exposition de ces 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey avant leur restitution.. Elles sont restituées au Bénin en .

Hommages En 1935, l'avenue du Général-Dodds dans le arrondissement de Paris, près du musée des colonies, reçoit son nomVoir sur parisrues.com..

Décorations Nota : la médaille militaire se porte en avant de la LH pour les officiers généraux.Attention : selon la Grande Chancellerie, aucun texte officiel n'existe et il s'agit d'une simple habitude.

Grand officier le Commandeur le Officier le Chevalier le

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Robert Cornevin, « Dodds, Amédée » in Hommes et Destins : dictionnaire biographique d’outre-mer, tome 1, Académie des sciences d'outre-mer, 1975, pp. 194-195. . François Desplantes, Le Général Dodds et l'expédition du Dahomey, Mégard, 1894 ; lire en ligne. Léon Silbermann, Souvenirs de campagne par le Soldat Silbermann, Plon, Paris, 1910, édition, en particulier & . Pierre Gentil, « Les troupes du Sénégal,1816-1890 », tome 2 « Les troupes du Sénégal : du colonel Pinet-Laprade au colonel Dodds (1865-1890) », Paris, université de Paris, 1978, 545 p. (thèse d'État). François Manchuelle, « Métis et colons : la famille Devès et l'émergence politique des Africains au Sénégal, 1881-1897 », Cahiers d'études africaines'', 1984, 24, , .

Articles connexes Seconde guerre du Dahomey Histoire du Sénégal Prosper Dodds Béhanzin Wharf de Cotonou

Liens externes

Sources externes

Coupures de journaux sur Alfred-Amédée Dodds dans les archives de presse du du ZBW

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