Le langage inclusif désigne différentes règles et pratiques qui cherchent à éviter toute discrimination sexiste par le langage ou l'écriture. Cela se fait à travers le choix des mots, la syntaxe, la grammaire ou la typographie. D'autres expressions peuvent être utilisées pour désigner tout ou partie de ces stratégies, comme la rédaction épicène (qui utilise des mots épicènes ou nonComme le terme personne, grammaticalement genré mais hyperonyme.), la rédaction non sexiste (employé surtout en Suisse), la parité linguistique (suivant le principe de parité entre les femmes et les hommes), la communication sans stéréotype de sexe, le langage neutre, et le langage non sexiste, égalitaire ou dégenréle terme “inclusif” est parfois utilisé dans un sens plus restreint pour désigner uniquement les formes les plus modernes telles que le point médian .

Différentes formes de langage inclusif ont été développées dans les langues possédant un marquage grammatical du genre. Deux visées coexistent, d'une part ne plus invisibiliser les formes féminines — comme c’est par exemple le cas lors de l’usage de la règle du masculin générique — et d'autre part neutraliser la binarité de genre. Parmi les arguments avancés en faveur du langage inclusif, certains suggèrent qu'il pourrait contribuer à réduire ou éliminer les discrimination et l'androcentrisme associés à l'usage de certaines formes grammaticales, comme la règle du masculin générique. Cette dernière, très couramment utilisée en français, permet notamment d'employer un terme masculin pluriel (par exemple « les étudiants ») pour se référer à un groupe mixte, neutre, ou dont le genre n'est pas pertinent.

Le terme « langage inclusif » recouvre une grande diversité de stratégies linguistiques, comme la féminisation des titres, noms de métier et fonction, l'accord de proximité ou en nombre, la double flexion, l'usage de termes épicènes ou de tournures neutres, les symboles typographiques permettant la combinaison de suffixes masculins et féminins (parenthèses, point médian, tiret, astérisque, schwa), ou la création de nouveaux pronoms ou suffixes. Ces stratégies forment deux grands groupes : celles visant à faire apparaitre explicitement la forme féminine, et celles visant à faire disparaitre les marques du féminin et du masculin (langage épicène), permettant ainsi notamment d'éviter le mégenrage des personnes transgenres ou non binaires. L'effet du type de stratégie utilisé sur les représentations de genre évoquées dans l'esprit du lecteur ou de l'auditeur fait désormais l'objet d'un consensus en psycholinguistique. En revanche, certaines de ces stratégies de langage inclusif (en particulier l'usage de points médians et tirets en fins de mots) font l'objet de critiques, notamment en raison des difficultés de lecture qu'elles induiraient.

Définitions Le terme langage inclusif désigne un ensemble de stratégies visant à rendre le langage écrit ou oral plus égalitaire dans l'utilisation de termes ou phrases désignant des personnes... Différentes formes de langage inclusif se sont développées dans les langues possédant un marquage du genre grammatical, c'est-à-dire pour lesquelles les mots désignant des personnes sont associés à un genre particulier pouvant correspondre, ou non, au genre de l'individu. La plupart des stratégies de langage inclusif correspondent à la généralisation de formes d’usage courant, telles que la double flexion. D’autres suggèrent le retour à des formes anciennes, telles que certaines féminisations de noms de métier. D’autres enfin impliquent des innovations linguistiques, qu’elles soient typographiques (point médian), lexicales ("iel"), ou morphologiques (suffixe "-x").

Le langage inclusif se subdivise en deux grandes catégories de stratégies, répondant à deux objectifs distincts.

La parité linguistiqueÀ ne pas confondre avec la « parité linguistique » qui désigne en Belgique l'équilibre entre les représentants d'expression française et d'expression néerlandaise au sein des institutions.., lemme parfois employé avec , est l'application dans la langue de la parité femmes-hommes, et s'observe dans le discours par la coordination des féminisations et des masculins... Elle désigne la pratique double genrée, à l'aide d'une écriture usant du féminin et du masculin dans la même phrase sous une forme complète (« les sénatrices et les sénateurs »), ou condensée par des signes typographiques (p.ex. « les sénateur·rice·s »), par des néologismes à l'oral (« les sénateurices »).

Le langage neutre ou épicène vise à remplacer les termes masculins et féminins par des termes épicènes ou neutres. Un langage neutre permet ainsi en particulier de désigner une personne de genre non binaire ou de ne pas forcer l'activation du genre féminin ou masculin lorsqu'elle n'est pas nécessaire à la compréhension du discours..

Ainsi par exemple, en français, l'expression « L’orchestre est composé de musiciens » est une formulation utilisant la règle du masculin générique ; « L’orchestre est composé de musiciens et de musiciennes » correspond à la stratégie de parité linguistique ; tandis que « L’orchestre est composé d'instrumentistes » est une formulation épicène.

Les stratégies de langage inclusif recouvrent un grand nombre de pratiques, plus ou moins courantes et plus ou moins acceptées:

accorder les noms de métiers et de fonctions au genre de la personne qui l'occupe ; utiliser des formes doubles explicitant les marques de genre masculines et féminines (p.ex. “françaises, français”) ; utiliser l’ordre alphabétique lors des énumérations ; utiliser des termes épicènes, ne portant pas de marque de genre (p.ex. “l’athlète”, “they” singulier en anglais) ; utiliser des tournures indirectes ou des expressions non sexuées, comme les « droits humains » plutôt que « droits de l'homme »« Droits humains » est toutefois critiqué en raison des connotations liées à l'adjectif (droits appliqués avec humanité) et de l'utilisation d'un qualificatif (droits qui sont de nature humaine) qui efface la référence au sujet alors qu'il s'agit d'exprimer que ces droits appartiennent à un individu. Cf. Droits de l'homme#Terminologie. ; utiliser des formes doubles contractées. Celles-ci s’appuient à l’écrit sur des innovations linguistiques spécifiques à chaque langue : parenthèse (p.ex. enseignant(e)) ou point médian (p.ex. enseignant·e) en français, barre oblique (die Lehrer/innen) ou étoile (die Lehrer*innen) en allemand. Des formes doubles contractées se rencontrent parfois également à l’oral (p.ex. “auditeurices”). employer des règles d’accord ne respectant pas nécessairement la primauté du masculin (p.ex. accord en nombre ou accord de proximité) utiliser des néologismes correspondant à des pronoms neutres (p.ex. “iel” en français, …) ou à des suffixes neutres (p.ex. "ə" en italien, "@" en espagnol) il est en outre recommandé d’éliminer les expressions sexistes, et de veiller à ne pas véhiculer de biais sexistes ou de stéréotypes de sexe Cette multiplicité de stratégies regroupées sons un même terme conduit la linguiste Danièle Manesse à désigner l'écriture inclusive comme "un ensemble aux frontières floues". Ceci conduit effectivement à nombre de confusions, jusque dans les circulaires officielles qui proscrivent « le recours à l’écriture dite inclusive » tout en imposant d’écrire « le candidat ou la candidate ».

Arguments sur le langage inclusif Le langage inclusif peut être envisagé sous de nombreuses perspectives différentes, notamment linguistiques, politiques, ou encore psycholinguistiques, chacune pouvant donner lieu à des arguments en faveur ou contre l'usage de certaines stratégies linguistiques particulières.

Arguments symboliques et historiques Parmi les arguments les plus anciens et les plus répandus en faveur du langage inclusif figure celui du langage comme lieu d’expression et de reproduction des rapports de domination sociale. Dans cette perspective, la prévalence du genre masculin dans la langue refléterait à la fois une inégalité sociétale et contribuerait à la perpétuer. Le langage inclusif serait alors un outil permettant de lutter contre ces déséquilibres en agissant directement sur les représentations collectives.

Cette thèse s’appuie sur certains constats historiques sur l'évolution récentes des langues. En français, des types d'accords ou de forme féminines pour les noms de métiers qui existaient au moyen-âge ont disparu sous l'effet d'un processus d'homogénéisation qui a favorisé le genre masculin. De plus, certains grammairiens du XVIIe siècle justifiaient la règle de la primauté du masculin par des arguments fondés sur une prétendue supériorité masculine. En anglais, le they singulier qui était en usage depuis plusieurs siècles a été attaqué par les grammairiens du XIXe qui ont cherché à imposer l'usage du he masculin générique. En allemand, les noms masculins ont été promus comme possédant une dimension générique au début du XXe siècle. En revanche, les chercheurs ne s’accordent pas sur l’importance à accorder à ces arguments historiques.

La dimension politique du langage a également été soulignée par les mouvements féministes. Dans La Pensée straight, Monique Wittig écrit :Durant ces vingt dernières années, la question du langage […] est entrée dans les discussions politiques des mouvements de lesbiennes et de libération des femmes. C’est qu’il s’agit là d’un champ politique important où ce qui se joue c’est le pouvoir.Dans une perspective plus institutionnelle, la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions, définit son rôle comme celui d’ « accompagner l’évolution sociale » en faveur de l'égalité entre les genres et de « supprimer le sentiment de décalage du langage par rapport aux mœurs. » . Benoîte Groult, présidente de cette commission de 1984 à 1986, insiste sur l’importance du langage pour l'affirmation de soi des femmes : « Je trouve que le langage est symbolique. C’est très important [pour une femme] d’être à l’aise dans les mots et de se désigner par un féminin » . D'autres écrivaines comme Christiane Rochefort soulignent le rôle de la féminisation des professions pour permettre aux femmes de se projeter dans ces carrières. Interrogée sur sa vocation d'écrivaine, elle répond : « Comment, étant une fille, aurais-je pu seulement imaginer que je pourrais être quelque chose qui n’a même pas de féminin ? ». En résumé, ces arguments mettent en avant l' "invisibilisation" des femmes dans le langage. Le concept de visibilité est cependant critiqué par Yana Grinshpun, en avançant que la langue est un système de règles détaché des objets existants (voir section suivante).