La présidence de Woodrow Wilson débuta le , date de l'investiture de Woodrow Wilson en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti démocrate et ancien gouverneur du New Jersey, Wilson entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1912 face à l'ancien président Theodore Roosevelt, qui se présentait sous l'étiquette du Parti progressiste, et au président sortant William Howard Taft, candidat du Parti républicain. Réélu en 1916, mais avec une marge plus réduite, il fut remplacé à l'issue du scrutin présidentiel de 1920 par le républicain Warren G. Harding.
Figure phare du mouvement progressiste, Wilson fit adopter au cours de son premier mandat de nombreuses réformes dont l'ampleur resta inégalée jusqu'à l'avènement du New Deal dans les années 1930. Arrivé au pouvoir un mois seulement après la ratification du seizième amendement de la Constitution, Wilson joua un rôle important dans l'adoption du Revenue Act of 1913 qui rétablissait l'impôt sur le revenu tout en abaissant fortement les droits de douane. Le Congrès vota à la même période d'autres lois d'inspiration progressiste comme le Federal Reserve Act, le Federal Trade Commission Act of 1914, le Clayton Antitrust Act et le Federal Farm Loan Act. Wilson obtint également le passage de la loi Adamson, qui instaurait la journée de travail de 8 heures pour les employés des chemins de fer, et encouragea la ségrégation raciale dans les agences de la fonction publique. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, Wilson maintint son pays dans la neutralité mais intervint plus ou moins directement dans la guerre civile qui faisait rage au Mexique.
Le second mandat de Wilson fut marqué par l'engagement des États-Unis dans le premier conflit mondial. En , l'Allemagne ayant décidé de reprendre la guerre sous-marine à outrance, Wilson obtint du Congrès l'autorisation d'entrer en guerre et d'instaurer la conscription, ce qui permit un arrivage quotidien de soldats fraîchement entraînés sur le sol français à l'été 1918. Sur le plan intérieur, Wilson augmenta l'impôt sur le revenu, créa le Conseil des industries de guerres, encouragea la coopération syndicale, réglementa l'agriculture et la production alimentaire (loi Lever), nationalisa le réseau des chemins de fer et réprima les opposants à la conscription. Le procureur général Alexander Mitchell Palmer intensifia en outre la répression contre les radicaux de gauche et les anarchistes lors de la première « peur rouge » (1919-1920). Wilson conduisit dans le même temps une politique étrangère interventionniste et moraliste dont l'objectif était de promouvoir la démocratie à l'échelle mondiale. Après la promulgation de ses quatorze points pour la paix et la reconstruction de l'Europe puis l'armistice conclu avec l'Allemagne en 1918, il se rendit à Paris l'année suivante pour participer aux négociations de paix qui débouchèrent sur la signature du traité de Versailles. Wilson fit alors campagne à travers les États-Unis en faveur de la ratification du traité, qui prévoyait notamment l'entrée des États-Unis à la Société des Nations, mais, paralysé par une attaque cérébrale en , il ne put empêcher le texte d'être rejeté par le Sénat.
En dépit de sérieux doutes sur sa santé et ses capacités mentales, Wilson acheva normalement son second mandat et tenta vainement d'en solliciter un troisième. L'élection de 1920 se solda toutefois par une victoire écrasante du républicain Warren G. Harding sur le candidat démocrate James M. Cox. Les historiens et les politologues considèrent généralement Wilson comme un président supérieur à la moyenne ainsi que comme un précurseur du libéralisme américain contemporain. Cependant, ses préjugés et initiatives racistes ont aussi fait l'objet de critiques.
Élection présidentielle de 1912
vignette|gauche|Cartes postales de 1912 à l'effigie de Woodrow Wilson.
Dès son élection au poste de gouverneur du New Jersey en 1910, Woodrow Wilson fut pressenti pour être candidat à l'élection présidentielle de 1912. Ses heurts fréquents avec les « boss » locaux du Parti démocrate renforcèrent sa réputation auprès du mouvement progressiste en plein essor. Avant la convention nationale démocrate de 1912, Wilson s'était efforcé d'obtenir le soutien de William Jennings Bryan, qui avait été par trois fois le candidat démocrate à la présidence et dont les partisans étaient majoritaires au sein du parti depuis sa première tentative en 1896. Le favori de la course à l'investiture était le président de la Chambre des représentants Champ Clark, du Missouri. Le chef de la majorité à la Chambre Oscar Underwood, de l'Alabama, faisait également figure de prétendant sérieux, mais alors que Clark reçut l'appui d'une partie des troupes de Bryan, Underwood cherchait plutôt à courtiser les Bourbon Democrats, plus conservateurs et qui étaient nombreux dans le Sud.
Lors de la convention, Clark fit la course en tête au tour de scrutin, la « machine » new-yorkaise de Tammany Hall s'étant ralliée à sa candidature. Cependant, son score était insuffisant car un candidat devait remporter les deux tiers des délégués pour être choisi et le vote continua. De son côté, Wilson annonça que son colistier serait le gouverneur de l'Indiana Thomas R. Marshall, un nordiste, tandis que plusieurs délégations sudistes lâchèrent Underwood au profit de Wilson, un compatriote. Wilson remporta finalement la majorité des deux tiers requis au tour de scrutin. Comme prévu, Marshall fut désigné pour briguer la vice-présidence.
vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1912.
Dans le cadre de cette élection, les deux principaux adversaires de Wilson étaient le président sortant William Howard Taft, candidat du Parti républicain, et l'ancien président Theodore Roosevelt, originaire du même parti que Taft mais qui avait décidé de faire campagne sous l'étiquette du Parti progressiste. Un quatrième candidat, le socialiste Eugene V. Debs, fit également un score important le jour du vote. Roosevelt avait rompu avec son ancien parti lors de la convention nationale républicaine de 1912, où Taft avait décroché la nomination de justesse. La scission du Parti républicain offrait aux démocrates une chance inespérée de reconquérir la présidence pour la première fois depuis l'élection de 1892. Roosevelt s'imposa rapidement comme le principal adversaire de Wilson. Les deux hommes firent en grande partie campagne l'un contre l'autre même si leurs programmes respectifs étaient relativement similaires ; tous deux défendaient notamment l'idée d'un exécutif fort et interventionniste.
Le jour de l'élection, Wilson remporta 435 voix au sein du collège électoral (sur 531) et du vote populaire, Roosevelt obtenant pour sa part la majorité des votes de grands électeurs restants et du vote populaire, soit l'une des plus fortes performances d'un tiers parti à une élection présidentielle. Taft n'arriva qu'en troisième position avec du vote populaire et seulement 8 votes de grands électeurs, suivi par Debs avec des suffrages. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates conservèrent leur majorité à la Chambre des représentants et devinrent majoritaires au Sénat. Wilson fut ainsi le premier sudiste à remporter une élection présidentielle depuis la guerre de Sécession et, après Grover Cleveland, le deuxième démocrate élu à la présidence depuis 1856.
Composition du gouvernement
Après son élection, Wilson offrit le poste de secrétaire d'État à William Jennings Bryan, lequel conseilla le président-élu sur la sélection des autres membres du cabinet. William Gibbs McAdoo, un soutien de la première heure qui épousa la fille de Wilson en 1914, devint secrétaire au Trésor, tandis que James Clark McReynolds, connu pour avoir remporté plusieurs procès contre des trusts, fut nommé procureur général. Sur le conseil d'Underwood, Wilson désigna Albert S. Burleson, représentant du Texas au Congrès, en tant que ministre des Postes. Le département du Commerce et du Travail ayant été scindé en deux entités distinctes le jour même de l'investiture de Wilson, celui-ci confia la direction du nouveau département du Travail à l'ancien syndicaliste William B. Wilson. Bryan, hostile à la ligne dure adoptée par Wilson envers l'Allemagne à la suite du naufrage du Lusitania, démissionna en 1915. Le président le remplaça par Robert Lansing et prit dès lors plus sérieusement en main la politique étrangère de son administration. Newton D. Baker, un démocrate progressiste, entra en fonction comme secrétaire à la Guerre en 1916 et dirigea l'action de son ministère au cours de la Première Guerre mondiale. Après la fin du conflit, le cabinet fut partiellement remanié : Carter Glass succéda à McAdoo en tant que secrétaire au Trésor et Alexander Mitchell Palmer devint procureur général.
De 1913 à 1921, le chef de cabinet de Wilson, faisant également office de secrétaire et d'attaché de presse, fut Joseph Patrick Tumulty, dont l'énergie débordante contrastait avec l'attitude souvent froide du président. À l'instar de ses prédécesseurs McKinley et Roosevelt qui accordaient une grande importance à l'opinion publique, Wilson, avec l'aide de Tumulty, multiplia les entretiens avec les journalistes et inaugura le principe de la conférence de presse ; la première du genre, à laquelle assistèrent plus d'une centaine de journalistes, se tint à la Maison-Blanche le . Wilson mit cependant fin à cette pratique pendant la Première Guerre mondiale. Sa première épouse, Ellen Wilson, étant décédée le , Wilson se remaria l'année suivante avec Edith Bolling Galt. Cette dernière joua auprès de son mari un rôle considérable — et controversé — lorsque la santé de Wilson se détériora fortement vers la fin de sa présidence. Dans le domaine de la politique étrangère, le conseiller le plus important, qui fut aussi le confident de Wilson, était le « colonel » Edward M. House, dont l'influence et la proximité avec le président dépassaient de loin celles des autres membres du cabinet. La rupture entre les deux hommes fut toutefois consommée au début de l'année 1919, du fait des maladresses commises par House en l'absence de Wilson lors de la conférence de paix de Paris.. Quant au vice-président Thomas R. Marshall, il ne joua pas un rôle très important au sein de l'administration..
vignette|upright=1.5|Woodrow Wilson et son cabinet en 1918.
Cabinet WilsonFonctionNomDatesPrésidentWoodrow Wilson1913-1921Vice-présidentThomas R. Marshall1913-1921Secrétaire d'ÉtatWilliam J. Bryan1913-1915 Robert Lansing1915-1920 Bainbridge Colby1920-1921Secrétaire au TrésorWilliam G. McAdoo1913-1918 Carter Glass1918-1920 David F. Houston1920-1921Secrétaire à la GuerreLindley M. Garrison1913-1916 Newton D. Baker1916-1921Procureur généralJames C. McReynolds1913-1914 Thomas W. Gregory1914-1919 Alexander M. Palmer1919-1921Postmaster GeneralAlbert S. Burleson1913-1921Secrétaire à la MarineJosephus Daniels1913-1921Secrétaire à l'IntérieurFranklin K. Lane1913-1920 John B. Payne1920-1921Secrétaire à l'AgricultureDavid F. Houston1913-1920 Edwin T. Meredith1920-1921Secrétaire au CommerceWilliam C. Redfield1913-1919 Joshua W. Alexander1919-1921Secrétaire au TravailWilliam B. Wilson1913-1921
Nominations judiciaires
vignette|Le juge Louis Brandeis, nommé à la Cour suprême par le président Wilson en 1916.