La Mary Celeste (souvent appelée à tort Marie Celeste) est un brick-goélette américain découvert abandonné au large des Açores le . Le navire, qui a quitté New York un mois plus tôt, a le gréement endommagé et la cale partiellement inondée mais est toujours en état de naviguer. Sa cargaison d'alcool dénaturé est quasiment intacte tout comme l'intérieur des cabines mais aucun membre de son équipage n'est retrouvé. Le mystère entourant la disparition des marins n'a jamais été résolu et la Mary Celeste reste l'un des exemples les plus connus de vaisseau fantôme.
Lancé au Canada sous le nom d'Amazon, en 1861, le navire est acheté par des armateurs américains en 1868. Il est renommé et navigue sans incident notable jusqu'en 1872. Découvert par le brick-goélette britannique Dei Gratia, la Mary Celeste est remorquée jusqu'à Gibraltar où le tribunal maritime étudie diverses explications, dont une tentative d'escroquerie, une mutinerie de l'équipage ou un acte de piraterie, sans parvenir à en prouver aucune. Après ces audiences, la Mary Celeste continue à naviguer avec de nouveaux propriétaires mais elle ne se sépare jamais de sa réputation de navire maudit. En 1885, son capitaine l'échoue volontairement sur un récif sur la côte d'Haïti lors d'une tentative de fraude à l'assurance.
L'absence de certitude encourage les spéculations et les rumeurs qui finissent par obscurcir la réalité des faits d'autant plus que le récit mythifié est popularisé par de nombreuses œuvres de fiction. De nombreuses théories ont été proposées pour expliquer la disparition de l'équipage, dont un acte criminel, la crainte d'une explosion de la cargaison, une trombe, l'attaque d'un calmar géant ou des interventions paranormales.
Amazon vignette|gauche|alt=Photographie de plusieurs maisons dans une baie bordée de collines couvertes d'arbres|Spencer's Island en 2011. La quille de la future Mary Celeste est posée à la fin de l'année 1860 dans le chantier naval de Joshua Dewis à Spencer's Island sur la côte de la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse. Le vaisseau est construit avec du bois local sous la forme d'un brick-goélette (dit brigantine en Amérique du NordArticle « brigantine », Academic Dictionaries and Encyclopedias sur enacademic.com) avec deux mâts et des bordages à franc-bord. Baptisé Amazon, le navire est lancé le et enregistré à Parrsboro le . Les documents indiquaient qu'il a une longueur de , une largeur de et un tirant d'eau de pour un tonnage de . LAmazon appartient initialement à un consortium local de neuf personnes présidé par Lewis. Parmi les associés figure Robert McLellan, le premier capitaine du navire.
Pour son premier voyage en , lAmazon se rend à Five Islands dans le bassin des Mines pour embarquer une cargaison de bois à destination de Londres. Après avoir supervisé le chargement, le capitaine McLellan tombe malade et, sa condition empirant, le navire retourne à Spencer's Island où McLellan meurt le . John Nutting Parker le remplace pour la traversée de l'Atlantique mais le voyage est mouvementé : lAmazon percute des équipements de pêche au large d'Eastport dans le Maine et, après avoir quitté Londres, elle coule un brick lors d'une collision dans la Manche. vignette|Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. Parker commande le navire durant deux années et navigue essentiellement dans les Antilles. LAmazon traverse lAtlantique en et se rend en France. À Marseille, elle est peinte par un artiste inconnu ayant peut-être été Honoré de Pellegrin. Parker quitte le navire en 1863 et William Thompson lui succède au commandement jusqu'en 1867. Le second de lAmazon se rappelle que durant ces années, . En , le navire est jeté à la côte de l'île du Cap-Breton lors d'une tempête. Les dégâts sont tels que ses propriétaires l'abandonnent et le vaisseau est acheté comme épave le par Alexander McBean de Glace Bay en Nouvelle-Écosse.
Moins d'un mois plus tard, McBean vend l'épave à un homme d'affaires local qui la revend en à Richard W. Haines, un marin de New York. Ce dernier l’achète pour puis dépensa (environ de 2014) pour réparer le navire dont il devint le capitaine. En , il l'enregistre comme un vaisseau américain au bureau des douanes du port de New York sous son nouveau nom de Mary Celeste.
En , le navire est saisi par les créanciers de Haines et vendu à un consortium new-yorkais présidé par James H. Winchester. Au cours des trois années qui suivent, la composition du partenariat évolue à plusieurs reprises mais Winchester conserve une part majoritaire. Aucun document ne liste les activités de la Mary Celeste durant cette période. Au début de l'année 1872, le navire subit d'importantes modifications d'une valeur de (environ de 2014). Sa longueur passe à , sa largeur à et son tirant d'eau à . Par ailleurs, un second pont est ajouté. Le compte-rendu d'un inspecteur indique l'agrandissement de la dunette, un nouveau tableau arrière et le remplacement de nombreuses charpentes. Les travaux accroissent le tonnage du navire à . Le , le partenariat est composé de Winchester, avec six douzièmes des parts, deux investisseurs, avec chacun un douzième, et le nouveau capitaine Benjamin Briggs ayant les quatre douzièmes restants.
Vaisseau fantôme Équipage vignette|Le capitaine de la Mary Celeste, Benjamin Briggs. Benjamin Briggs est né à Wareham dans le Massachusetts le . Il est l'un des cinq fils du capitaine Nathan Briggs et quatre deviennent marins dont deux comme capitaine. Benjamin est un chrétien pratiquant qui lit régulièrement la Bible et témoigne fréquemment lors des prières. En 1862, l'année de son mariage avec sa cousine Sarah Elizabeth Cobb, il commande le schooner Forest King, sur lequel le couple part en lune de miel en mer Méditerranée. Ils ont un fils, Arthur, en et une fille, Sophia Matilda, en .
Au moment de la naissance de son second enfant, Briggs est devenu un membre respecté de sa profession. Peu après, il décide de prendre sa retraite et de se lancer dans les affaires avec son frère Oliver, également fatigué de sa vie de marin. Ils renoncent à ce projet et ils achètent chacun des parts dans deux navires : Oliver dans la Julia A. Hallock et Benjamin dans la Mary Celeste. En , Benjamin prend le commandement de la Mary Celeste pour ce qui doit être son premier voyage après sa refonte à destination de Gênes en Italie. Il est accompagné par son épouse et sa fille tandis que son fils est confié à sa grand-mère.
Briggs choisit son équipage avec soin. Le second capitaine, Albert G. Richardson, a épousé une de ses nièces et a déjà navigué avec lui. Son adjoint, Andrew Gilling, âgé d'environ , est un Américain d'origine danoise. Le steward Edward William Head vient tout juste de se marier et est recruté avec une lettre de recommandation de James Winchester. Les quatre derniers marins sont des Allemands originaires des îles de la Frise : les frères Volkert et Boz Lorenzen, Arian Martens et Gottlieb Goodschaad. Un témoignage ultérieur les décrit comme . Dans une lettre destinée à sa mère, postée peu avant la traversée, Briggs se déclare pleinement satisfait du navire et de l'équipage. De son côté, Sarah Briggs informe sa mère que l'équipage lui semble capable.
Départ de New York vignette|Sarah Elizabeth Cobb, épouse du capitaine Briggs, et leur fille Sophia Matilda. Le , Briggs arrive au sur l'East River à New York pour superviser le chargement de la cargaison à destination de Gênes : d'alcool dénaturé (sorte d'éthanol). Une semaine plus tard, il est rejoint par son épouse et leur fille. Le dimanche , Briggs écrit à sa mère pour lui indiquer qu'il a l'intention de prendre la mer le mardi en ajoutant : .
Le mardi matin, le , la Mary Celeste quitte le quai pour s'avancer dans le port de New York. Les conditions météorologiques sont cependant médiocres et Briggs décide d'attendre. Il jette l'ancre devant Staten Island et Sarah en profite pour rédiger une dernière lettre à sa belle-mère. Le temps s'améliore le et la Mary Celeste quitte le port pour la haute mer.
Alors que la Mary Celeste s’apprête à prendre la mer, un autre brick-goëlette, le Dei Gratia immatriculé au Royaume-Uni se trouve non loin de là à Hoboken, où il attend son chargement avec du pétrole à destination de Gibraltar. Son capitaine, David Morehouse, et son second, Oliver Deveau, sont également originaires de Nouvelle-Écosse. Étant donné leur parcours similaire, il est probable que Morehouse et Briggs se connaissent. Certaines sources avancent qu'ils sont de bons amis et qu'ils dînent ensemble la soirée avant le départ de la Mary Celeste . Mais les preuves de cette rencontre se limitent à un entretien avec la veuve de Morehouse cinquante ans après les faits. Le Dei Gratia prend la mer pour Gibraltar le , huit jours après la Mary Celeste, en empruntant la même route maritime.
Découverte vignette|Gravure de la Mary Celeste, telle qu'elle aurait été retrouvée, 1870-1890. Vers le mercredi , le Dei Gratia se trouve à mi-chemin entre les Açores et la côte portugaise. Alors que le capitaine Morehouse montait sur le pont, le timonier repère un navire à environ dix kilomètres et approchant en zigzaguant. Les mouvements erratiques du navire et la disposition inhabituelle de ses voiles poussent Morehouse à penser que quelque chose ne va pas. Alors que les navires se rapprochent, personne n'est visible sur le pont ni ne répond aux signaux envoyés. Morehouse demande alors à Deveau et à son adjoint John Wright de se rendre à bord du navire inconnu. Après avoir identifié le navire comme étant la Mary Celeste grâce au nom peint sur la poupe, les deux hommes montent à bord et concluent que le navire est abandonné. vignette|Albert G. Richardson, second capitaine du navire. Les voiles sont en mauvais état et certaines ont disparu tandis que le gréement est endommagé avec des cordages pendant des deux côtés du navire. L'écoutille principale est verrouillée mais les deux autres sont ouvertes. La seule embarcation de sauvetage a disparu tandis que l'habitacle abritant le compas a été déplacé et sa protection en verre brisée. La cale du navire est inondée sur une hauteur de , quantité d'eau importante mais pas dramatique pour un navire de cette taille. Une canne de sondage improvisée probablement utilisée pour mesurer le niveau d'eau dans la cale est retrouvée abandonnée sur le pont.
La dernière entrée dans le livre de bord, découvert dans la cabine du second capitaine, est datée du à , soit neuf jours auparavant. Elle indique que la Mary Celeste se trouvait à environ (environ ) au sud-ouest de l'endroit où elle est découverte, non loin de l'île Santa Maria dans les Açores.
Deveau note que l'intérieur des cabines a été sali par l'eau qui est rentrée par les trappes mais qu'elles sont en relativement bon ordre. Dans la cabine de Briggs, il découvre un piano en palissandre placé contre la paroi et retrouve des objets personnels, dont un sabre dans son fourreau, mais la plupart des documents du navire et les instruments de navigation du capitaine ont disparu. Les ustensiles de cuisine sont bien rangés et si aucun repas n'est servi ou en cours de préparation, les provisions sont abondantes. Il n'y a aucun signe apparent d'incendie ou de violence et tout indique que l'équipage a abandonné précipitamment le navire via la chaloupe manquante.