L'Écluse est un ancien cabaret parisien, situé au 15, quai des Grands-Augustins, dans le de Paris. Il ouvre en février 1951, et propose alors une programmation de spectacles tous les soirs à partir de (sauf le lundi).
Le cabaret ferme définitivement ses portes en 1975, remplacé de 1978 à 2017 par un bar à vin à l'enseigne de L'Écluse Grands-Augustins, puis par un pub irlandais.
Histoire L'histoire des lieux Autour de 1900, au 15, quai des Grands-Augustins, on trouve un marchand de musique qui vend notamment des partitions et les premiers disques à 78 ou par minuteArticle du site "Parisrues.com" : "Histoire du n° 15 du quai des Grands-Augustins". Consultation du .. Entre les deux guerres, un y ouvre un bistrot, fréquenté par les mariniers et les scaphandriers de la région parisienne. Ce qui explique une partie de la décoration de la salleVoir les images d'époque ici et ici. : un scaphandre derrière la vitrine près de l'entrée, une bouée et un filet de pêche pour couvrir le mur du fond de la scène et un casque de scaphandre sur le piano. Après la Seconde Guerre mondiale, vient s'installer dans cet endroit un spécialiste de livres anciens, Jean-Marie Brunier.
En 1949, René Legueltel, futur propriétaire du cabaret , prend possession des lieux pour y ouvrir de nouveau un café, le Café de l'écluse. C'est donc vraisemblablement à lui que l'on peut attribuer la paternité du nom de l'établissement. Le café devient alors un lieu de représentation où l'on peut découvrir des artistes débutants tels que Léo Ferré, Francis Lemarque, le mime Marceau, le duo Marc & André et bien d'autres.
Les fondateurs du cabaret Le Café de l'écluse est repris au début de l'année 1951 par une équipe de quatre artistes, Brigitte Sabouraud, Léo Noël, Marc Chevalier et André SchlesserMarc Chevalier et André Schlesser forment le duo Marc & André qui se produit au Café de l’écluse en 1949 et 1950., qui souhaitent faire de ce lieu un vrai cabaret dédié aux nouveaux artistes.
En 1951, France Olivia, pianiste et autrice-compositrice, est la première accompagnatrice des artistes.
Léo Noël, chanteur déclamant s'accompagnant de son orgue de Barbarie portatifCf. France Musique Les Greniers de la mémoire par Karine & Philippe Tétart - Diffusion du et Karine , bibliographie et publications, écrites ou sonores Consultation du ., est le présentateur de spectacle et l'animateur en chef du cabaret.
En 1958, Léo Noël présente la chanteuse Barbara, alors égérie du cabaret, sous le nom de « la Chanteuse de minuit »Ce titre fait référence au premier disque qu'elle vient d'enregistrer, qui est une chanson dédiée à son horaire de passage après minuit, le fameux (voir dans cette page la rubrique Activités.« Balade sur les pas de « la dame en noir », Barbara », paris.fr, 4 octobre 2021..
En 1966, à la suite du décès de Léo Noël, le duo Marc Chevalier et André Schlesser lui succède jusqu’à la fermeture du cabaret en 1975. Brigitte Sabouraud, devenue chansonnière accordéoniste et directrice du cabaret, après de nombreuses représentations, décide de quitter l'aventure en 1970.
Les auditions des candidats se succèdent le premier mercredi de chaque mois de 17 à et, rapidement, on se bouscule pour être auditionné par ces quatre artistes, L'Écluse étant devenu, autour de 1955, le cabaret en vogue du quartier latin. Le choix des interprètes et des artistes qui peuvent y présenter leur numéro ou leur tour de chant se fait principalement sur la base d'intuition, de goût, de rigueur et de métier.
Les quatre fondateurs continuent à se produire sur cette scène, qui est aussi la leur. Ainsi Brigitte Sabouraud y crée son répertoire de chansons de marins, de textes de Francis Carco et de créations personnellesCf. SABOURAUD Brigitte (1922-2002). Consultation du ., dont certaines sont reprises par Barbara, tout en s'accompagnant à l'accordéonCf. Article : Brigitte Sabouraud : lorsque s’est tue la sirène consultation du .. C’est probablement à elle, passionnée d’histoire marine, que l’on peut attribuer le choix de la décoration de la salle.
Le cabaret L'Écluse Le cabaret L'Écluse devient un des hauts lieux du Quartier latin de l'après-guerre. Deux décennies durant, il façonne les légendes de la rive gauche. On y découvre Jacques Brel en 1953. Barbara fait ici ses premières apparitions dès 1954, quatre ans avant d’en devenir la principale « sociétaire ».
Les spectacles alternent de 1951 jusqu’aux années 1970. Quand arrivent les problèmes financiers, autour de 1973, tous les anciens pensionnaires de L'Écluse se mobilisent pour aider à son sauvetage en donnant une participation financière, ou artistique. Cependant, les efforts sont vains : pour tenter de faire vivre ce lieu mythique qui sombre dans l’oubli, un spectacle au théâtre du Châtelet est prévu pour le , date concomitante avec celle d’une grève des machinistes. Le spectacle n'est pas reporté mais simplement annulé, ce qui contribue à couler le navire. Fermé provisoirement à la fin de 1974, le cabaret L’Écluse ne peut rouvrir au début de 1975 et ferme alors définitivement ses portes, après quelque d'existence. « Puis la petite flamme s’est éteinte, soufflée par la télévision, le yéyé, , l’industrie du disque… et la vogue du café-théâtre ». Tout s'est combiné alors pour faire baisser plus que dangereusement la fréquentation des cabaretsCf. Article Les cabarets font de la résistance, de Françoise Lemoine consultation du ..
Les routes de Marc et André se séparent à la fin de 1974, avec la fermeture de l'Écluse. Ils poursuivent alors leur carrière chacun de son côté, Marc Chevalier créant un centre de formation aux métiers d’art et de la communication (CREAR), et André Schlesser continuant son chemin d’interprèteCf. Marc et André, interprètes, directeurs de salle consultation du . encore quelque temps avant de se retirer.
Brigitte Sabouraud confie en au micro de Marie-Hélène Parinaud sur Radio Bleue :
Pierre Tchernia, en témoin de cette époque, écrit dans sa préface du livre de Marc Chevalier Mémoires d'un cabaret - L'Écluse : « La chanson à écouter et le visuel à regarder étaient justement répartis. Les textes comme les gestes valaient la peine de l'attention. À qualité de spectacle, qualité de public. L'un des éléments les plus importants du capital de L’Écluse fut de faire travailler de jeunes artistes, ou plutôt des jeunes qui voulaient devenir artistes. »
De nombreux jeunes artistes naissants y ont ainsi débuté et rodé leurs tours de chants : Christine Sèvres, Pia Colombo, Cora Vaucaire, Jacques Brel, Barbara, Les Frères ennemis, Jean-Pierre Darras, Philippe Noiret, le duo : Richard de Bordeaux et Daniel Beretta... la liste est longue. Robert Bouquillon, en même temps qu'il était artiste peintre, y a été pianiste« Robert Bouquillon », Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, ..
Enregistrements 1958 : Un soir à L'Écluse ( Véga ). Dix artistes, enregistrés en direct à L'Écluse durant l'été 1958, interprètent seize titresCf. UN SOIR A L'ECLUSE [Enregistrement sonore BNF - Notice n° : FRBNF38046866 / Présentation de Léo NOEL] consultation du 28 mai 2010.. Léo Noël y fait la présentation et Yvonne Schmitt y accompagne les artistes au piano droit (celui que Barbara appelait sa « casserole »). 1959 : Barbara à L'Écluse (Disques Pathé-Marconi). Au dos de la pochette de l'enregistrement de ce récitalNB : Contrairement à ce que l'on peut lire ici et là, notamment sur internet, ce disque a bien été enregistré au cabaret L'Écluse, le faible niveau d'applaudissements étant lié à la capacité limitée de la salle (environ ). Il existe la même polémique d'ajouts d'applaudissement sur des albums de jazzmen enregistrés dans des clubs de jazz. Il faut cependant se replacer dans le contexte de l'époque : les mixages de bandes son ajoutés sont plutôt arrivés dans les années 1960, avec par exemple Creed Taylor, qui arrive comme directeur de la maison Verve Records. Concernant ce disque, on ne trouve pas d'information tangible corroborant le sujet, juste des affirmations. Par contre, ce qui semble évident, c'est que sur la version CD de réédition, on a profité de la remasterisation des bandes pour effacer les applaudissements, car il semble qu'il n'y ai pas d'enregistrement studio de ces titres à cette époque. Enfin, la sortie de la compilation « Un soir à l'Écluse » confirme qu'il y a bien eu des enregistrements dans ce lieu, dont Barbara, qui s'y est produite à de nombreuses reprises, devant à ce cabaret son succès naissant. On y retrouve le titre Souvenance de son album., un texte signé par l'équipe de L'ÉcluseSoit : respectivement, Brigitte Sabouraud, Léo Noël, Marc Chevalier et André Schlesser. présente Barbara : « Chaque soir en présentant Barbara au public de L'Écluse, nous voudrions dire toute la ferveur que nous lui gardons depuis le premier jour où elle vint en ce lieu. Sombre, les yeux baissés, pareille à une rose courroucée dans sa blouse de velours noir, sans un regard pour l'auditoire, elle alla au piano et chanta. Nous n'oublierons jamais la cantilène des amours perdues, le miracle des mots lancés comme des cailloux, phrases hachées comme pétales arrachés, sa voix dure, tendre ou généreuse redisant l'éternelle complainte des joies et des peines, puis ironiques et féroces, les refrains s'emballèrent comme pantins en foire tandis que le piano gémissait et riait sous ses doigts. Mais à quoi bon rimer et dire ! Voici le moment où elle va paraître, le moment où le voisin parle plus bas, où chacun repose son verre sans bruit sur la table tandis que tout se fige, que les lumières s'allument… La voici ! ».
1964 : Un soir à L'Écluse ( Production disques Lucien Adès TS 25 LA 565). Reproduction en dans un format réduit de dix titres du de 1958. Le texte figurant sur la pochette de ce disque devenu très rare présente ainsi ce célèbre cabaret : « Au 15, quai des Grands-Augustins, à l'ombre de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle, vous trouverez ce bistrot de mariniers ; à ses pieds coule la Seine. […] Ici Brigitte Sabouraud, Léo Noël, Marc Chevalier et André Schlesser ont toujours eu à cœur de faire connaître à leur public des artistes véritables. […] »
1998 : Un soir à L'Écluse (CD EPM/ADES SP18). Reprise de de l'édition d'origine complétée d'une chanson de Barbara (Souvenance)Ce CD disponible à la vente est également diffusé dès 1998 par le bar à vin L'Écluse Grands-Augustins qui a succédé au cabaret, à l'occasion des de ces bars à vin..
Activités Les premiers spectacles débutent le . Fidèle à la tradition et à l'esprit Rive gauche qui anime le quartier à l'époque, le cabaret L'Écluse accueille plusieurs types d'activités artistiques. Une soirée de spectacle est composée de six numéros d'une durée de 10 à chacun, le « clou du spectacle » étant constitué par le en la personne de l'artiste confirmé de la soirée. Il n'est pas rare dans l'histoire courte du cabaret de voir se produire des inconnus débutants qui reviennent deux ou trois ans plus tard en sixième place, telle la chanteuse Barbara. Ceci contribue d'ailleurs à entretenir la popularité de l'endroit qui permet à de nombreux artistes de se lancer et qui devient une véritable école du spectacle, particulièrement pour la chansonCf. Les Greniers de la mémoire par Karine Le Bail & Philippe Tétart - Diffusion du 5 septembre 2009 consultation du 25 mai 2010. :
Des dessins et des illustrations (spectacles de projection de diapositives) La Tête des uns, le corps des autres, photomontages de Jean Harold, en 1956. Les tableaux présentés faits de photographies découpées dont il assemblait et collait avec soin que les morceaux qu'il avait choisi de conserver, se voulaient volontairement irrévérencieux pour l'époque. Son travail permettait de mettre des personnages médiatiquement connus dans des situations caustiques et quelque peu empreintes d'improbabilité. Les Âneries de Laville, en 1967Diaporama de l'exposition disponible sur Le cabaret L'Écluse -Rubrique Dessin consultation du 20 mai 2010..