Les talibans ou taliban ( / ṭāliban, ; « étudiants » ou « chercheurs ») sont des fondamentalistes islamistes regroupés dans une organisation militaire, politique et religieuse dénommée l'émirat islamique d'Afghanistan puis Mouvement islamique des talibans, au pouvoir entre 1996 et 2001 et depuis 2021. Ce mouvement est dirigé par Haibatullah Akhundzada, qui a été proclamé commandeur des croyants de l'émirat le .
Le mouvement, en guerre contre le gouvernement de l'État islamique d'Afghanistan, conquiert Kaboul en 1996 et y instaure le régime de l'émirat islamique d'Afghanistan de 1996-2001 avec à sa tête le mollah Mohammad Omar. Il ne contrôlera toutefois jamais l'intégralité du pays et sera renversé par l'intervention de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en 2001, contre laquelle il mènera ensuite une guérilla. Après presque vingt ans de présence militaire de l'OTAN, l'accord de Doha du est signé au Qatar entre les États-Unis et le groupe armé. Il interdit aux États-Unis et à leurs alliés de recourir à la force en Afghanistan, de s'immiscer ultérieurement dans les affaires internes du pays et acte un calendrier de retrait de leurs troupesAgreement for Bringing Peace to Afghanistan between the Islamic Emirate of Afghanistan which is not recognized by the United States as a state and is known as the Taliban and the United States of America - part one. En échange, les talibans s'engagent à lutter activement sur le sol afghan contre tout groupe ou individu menaçant la sécurité des États-Unis et de leurs alliés et à ne leur fournir ni visa, ni permis de voyagerAgreement for Bringing Peace to Afghanistan between the Islamic Emirate of Afghanistan which is not recognized by the United States as a state and is known as the Taliban and the United States of America - part two. Le Conseil de sécurité des Nations unies entérine cet accord le . Parallèlement à son entrée en application, le groupe armé reprend progressivement le contrôle du pays à partir de . Kaboul, la capitale, est reprise le quelques heures après la fuite du président afghan Ashraf Ghani. Les Talibans contrôlent actuellement l’intégralité du pays.
On distingue parfois les talibans « afghans » se battant contre les forces internationales et nationales sous l'égide de l'organisation militaire de l'OTAN dans la guerre d'Afghanistan, et les talibans « pakistanais », opposés aux autorités pakistanaises dans le conflit armé du Nord-Ouest du Pakistan.
Étymologie Taleb désigne en pachto un étudiant en théologie dans une madrasa (université théologique musulmane). Le mot vient de l'arabe طالب (ṭālib), qui signifie simplement « étudiant » (pas forcément en théologie). On parle aussi de « talibé » dans certains pays d’Afrique de l'Ouest : au SénégalOù un talibé est décrit comme « élève d'une école coranique » ; cf. Le Grand Robert, édition de 2001., Mali, Guinée, Niger, Bénin, Togo, Ghana et en Côte d'Ivoire. Le pluriel est ordinaire, marqué par le suffixe -ān pour les animés et personnes. Tout comme celui de « spaghettis », le double pluriel « talibans » est couramment employé en français, « taliban » marquant abusivement le singulier en lieu et place de « taleb »André Racicot, « Traduire le monde : le pluriel de taliban », L'actualité terminologique, volume 34, numéro 4, 2001, ....
Origine
Durant la guerre contre les Soviétiques, des millions de jeunes Afghans sont éduqués dans les madrasas de la zone tribale pakistanaise, implantées par le parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam (JUI), .. Ils y sont fortement influencés par une école de pensée, l'école deobandi, qui prône le retour à « un islam juste et respectant les principes islamiques ». En particulier, , le code tribal des Pachtounes, ..
Les chefs de guerre se déchirent pendant et après l'occupation de l'Afghanistan par l'URSS. Les talibans, eux, veulent d'abord réislamiser les mœurs, la justice, les êtres humains. La forme de l'État n'a pas d'importance pour eux à la condition de respecter la loi divine. Et seuls ceux qui l'ont étudiée, c'est-à-dire les talibans, sont à même de l'expliquer et d'en assurer le respect.
C'est pour cela qu'ils déclarent dans leurs premières années qu'ils ne veulent pas le pouvoir politique. C'est aussi pour cela qu'ils attachent tant d'importance à tout ce qui touche à la vie quotidienne, publique ou privée.
Durant les premières années de leur prise de pouvoir, les talibans jouissent d'un réel soutien populaire, surtout, mais pas uniquement, de la part des populations pachtounes du Sud et de l'Est. Les Afghans sont fatigués de leur guerre avec l'URSS et des exactions des chefs de guerre qui ensanglantent le pays, et beaucoup accueillent volontiers ces religieux qui amènent l'ordre et la sécurité.
De 1994 à fin 1997, les talibans profitent aussi d'un soutien moral, sinon financier et militaire, de la part des services secrets pakistanais, dans une relative indifférence internationale. La présence sur le territoire afghan, à partir de 1996, d'Oussama ben Laden, qui a déclaré haut et fort qu'il allait, entre autres, s'attaquer aux États-Unis par tous les moyens, change la donne. Ben Laden avait déjà eu l'occasion de rencontrer le ministre taliban aux frontières, Djalâlouddine Haqqani, en 1986, lors du programme afghan de la Central Intelligence Agency..
Contexte Il existe en Afghanistan principalement quatre peuples : les Pachtounes, les Tadjiks, les Ouzbeks, et les Hazaras. Les Ouzbeks sont présents au nord ainsi qu'en Ouzbékistan, les Tadjiks parlent une langue iranienne, vivant dans l'Ouest, le Nord-Est et au Tadjikistan. Les talibans sont issus majoritairement des Pachtounes, estimés à d'habitants. Le « noyau dur » du mouvement vient des tribus pachtounes du Sud, qui ont fourni une grande partie des réfugiés au Pakistan. Selon leurs vicissitudes, les talibans obtiendront, puis perdront le soutien de la plupart des chefs tribaux pachtouns.
En 1980, les Soviétiques envahissent l'Afghanistan dans le but, selon certains, de rallier ce pays au bloc soviétique, pour d'autres, de répondre, à ses frontières, au soutien actif des États-Unis d'Amérique aux moudjahidines luttant contre le régime communiste de Kaboul. L'ancien conseiller à la sécurité nationale américain du président Carter, Zbigniew Brzeziński, confirmera par la suite. que les États-Unis ont aidé les opposants quelques mois avant l'invasion soviétique.
Histoire vignette|gauche|Territoires contrôlés par les parties en conflit en 1996. Naissance du mouvement À l'origine, les talibans sont les élèves des écoles religieuses deobandi créées dans les camps de réfugiés au Pakistan. Lors du retrait soviétique, ils étendent leur activité sur le territoire afghan. Ils fournissent quelques volontaires aux moudjahidines, mais ne jouent encore qu'un rôle effacé. Selon la tradition du mouvement, c'est en 1994 que le mollah Omar et ses élèves prennent les armes pour protéger la population locale, à la suite de deux agressions : le viol et le meurtre de deux jeunes filles par un chef de bande, puis la mort d'un jeune homme disputé entre deux chefs de bande. Ils reçoivent le soutien de l'ISI pakistanaise et de la puissante corporation des camionneurs, qui font appel à eux pour mettre fin au banditisme sur la route qui relie le Pakistan à l'Asie centraleAhmed Rashid, L'Ombre des talibans, Autrement, 2001..
Montée en puissance des talibans Les talibans deviennent une force importante en . Ils s'emparent de Kandahar et saisissent un important stock d'armes appartenant au chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar. Ils prennent, en quelques mois, le contrôle de la moitié sud du pays. En , ils sont à Maydan Shahr à une vingtaine de kilomètres au sud de Kaboul, et à une centaine de kilomètres d'Hérat dans l'Ouest. Les talibans ayant défait le Hezb-i-Islami dans le Lôgar et tué Mazari, le chef hazara du Hezb-i-wahdat, Ahmed Chah Massoud, chef tadjik du Jamiat-Islami, en profite pour prendre le contrôle total de Kaboul. La capitale est détruite à 40 %L'Express, 28 juin 2006, 111. par les combats de la guerre civile.
Hérat est prise en , Kaboul le et les talibans en profitent pour tuer l'ancien président communiste Mohammad Najibullah qui avait trouvé refuge dans une maison de l'ONU depuis sa destitution. Le mollah Omar, chef des talibans, devient de facto le nouveau chef d'État sous le titre de commandeur des croyants. Le régime politique mis en place par les talibans prend le nom d'émirat islamique d'Afghanistan.
vignette|Manifestations anti-talibanes à Peshawar au Pakistan en 1998 . Mazâr-e Charîf est prise une première fois en 1997 mais cela s'avère être un piège dans lequel environ talibans seront froidement massacrés, et lorsque les talibans reprennent Mazar en 1998, ils se vengent en massacrant, à leur tour, plusieurs milliers de Hazaras, hommes, femmes et enfants.. Ils exécutent également 10 diplomates et journalistes iraniens accusés d'espionnage, et l'Iran est sur le point d'entrer en guerre contre les talibans. L'Hazaradjat est alors presque encerclé et tombe après la chute de Bâmiyân en .
L'Alliance du Nord, rassemblement de frères ennemis, mais unis contre les talibans, se désagrège alors. La plupart de ses chefs se réfugient à l'étranger et Ahmad Shah Massoud reste le seul dirigeant de l'alliance à résister depuis son fief montagneux du Pandjchir, d'où il garde le contrôle du Nord-Est de l'Afghanistan. Ailleurs dans le pays, seules quelques poches de résistance en Hazaradjat, sous le commandement de Khalili, continuent de harceler les talibans, provoquant vengeances, massacres de civils et une totale destruction de la ville de Bâmiyân et de ses alentours.
Position du régime taliban à l'international vignette|Talibans à Herat en . Au niveau international, le gouvernement taliban n'a été reconnu que par trois États : Pakistan, Arabie saoudite et Émirats arabes unis. Au contraire, la Russie, l'Inde, l'Iran et les républiques d'Asie centrale s'en méfient et soutiennent leurs adversaires.
Cependant, la Russie a des contacts diplomatiques avec les talibans. Zamir Kabulov, l’envoyé diplomatique russe en Afghanistan, affirme ainsi que le groupe taliban est une réelle force politique armée. Il assure aussi que la Russie fait pression sur les talibans pour les forcer à signer un cessez-le-feu national et mettre fin à la guerre...
Le , les États-Unis lancent des douzaines de missiles de croisière sur des camps d'entraînement présumés d'Oussama ben Laden, en représailles aux attentats contre leurs ambassades de Nairobi et Dar es Salam.
En 1999, à la suite des exactions des talibans et leur connivence avec Al-Qaïda, le Conseil de sécurité des Nations unies met en place des sanctions et crée le Comité des sanctions contre Al-Qaida et les talibans le .
Les talibans font dynamiter les deux bouddhas sculptés de Bamiyan en , classés dans le patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.
Le à Khwadja Bahuddin, Ahmad Shah Massoud est tué lors d'un attentat-suicide commis par Abdessatar Dahmane et Bouari El-Ouaer, deux islamistes d'origine tunisienne se faisant passer pour des journalistes munis de passeports belges, l'un d'eux détenait un faux passeport.
Chute du régime taliban Après les attentats du contre les tours du World Trade Center à New York dont la planification est attribuée à Oussama ben Laden, les États-Unis adressent un ultimatum aux talibans : ils réclament la livraison de tous les dirigeants d'Al-Qaida, la fermeture des camps terroristes et l'acceptation de missions d'inspection américaines. Les talibans proposent alors que Ben Laden soit jugé selon la loi islamique si les États-Unis apportent des preuves de sa culpabilité, offre jugée « insuffisante » par les Américains.