La Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté ( ; LIFPL ou WILPF) est une ONG internationale pacifiste et féministe créée en 1915 pour promouvoir le désarmement et la durabilité, autant que lutter contre l'exploitation, les discriminations et l'inégalité sociale. Siégeant à Genève (Suisse), elle dispose de sections nationales dans plusieurs pays.
Elle est issue du congrès international des femmes de La Haye de 1915, un rassemblement de la minorité pacifiste du mouvement féministe international, qui n'avait pas accepté le ralliement de la plupart des organisations féministes de l'époque à l'effort de guerre dans leur patrie d'origine. Portant initialement le nom de Comité international des femmes pour la paix permanente, l'association devient officiellement la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en 1919.
Historique Fondation vignette|Tribune avec les principales déléguées au congrès de La Haye : Maria Boissevain (Pays-Bas), Thora Daugaard (Danemark), Fannie Fern Andrews (États-Unis), Jane Addams (États-Unis), Rosa Manus (Pays-Bas), Aletta Jacobs (Pays-Bas), Chrystal MacMillan (Grande-Bretagne), Kathleen Courtney (Grande-Bretagne), Emily Arnesen (Norvège) et Anna Kleman (Suède). vignette|Déléguées américaines pour le congrès de La Haye : Emmeline Pethick-Lawrence, Jane Addams, Annie E. Malloy, Mary Heaton Vorse et Lillian Kohlhamer.
En avril-, 1200 féministes pacifistes issues de douze pays, dont Minna Cauer, Anita Augspurg et Lida Gustava Heymann, participent au Congrès international des femmes réuni à La Haye, dans le théâtre du jardin zoologique de la ville. Il se tient à l'initiative de l'Américaine Jane Addams et d'associations féministes et pacifistes américaines et hollandaises. Lors du congrès est créé le Comité international des femmes pour la paix permanente, afin de protester contre la Première Guerre mondiale. En effet, le congrès est une scission du mouvement féministe international, alors que la majorité des féministes de l'époque font le choix de soutenir leur gouvernement national et l'effort de guerre qui en découleÉvelyne Morin-Rotureau, Combats de femmes 1914-1918, 2004, p. 5-13., souvent en espérant que cet engagement jouera à la fin du conflit pour qu'elle obtiennent le droit de vote. Au contraire, les femmes réunies à La Haye choisissent de faire prévaloir leurs idéaux pacifistes et la coopération internationale sur leurs intérêts nationaux. Elles débattent aussi des moyens qui permettront d'empêcher les guerres futures ; selon elles, le suffrage féminin serait le moyen le plus puissant, les femmes pouvant s'impliquer pour résoudre les conflits avant qu'ils ne débouchent sur une guerre..
Le congrès réunit des Allemandes, Américaines, des Belges, des Britanniques, des Hongroises, des Néerlandaises, des Norvégiennes ou encore des Suédoises. Les Françaises sont empêchées par les autorités de s'y rendre mais un groupe s'organise malgré tout à Paris. Cette section est présidée par Gabrielle Duchêne ; elle diffuse une brochure pacifiste qui lui vaut d'être perquisitionnée par la police. Membre du groupe, Hélène Brion est jugée en conseil de guerre.
En 1919, lors de son congrès de Zurich, le Comité change de nom pour devenir la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL). Le congrès réunit des femmes issues de plusieurs pays nord-américains et européens (États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Autriche, Tchécoslovaquie, France)Michel Dreyfus, « Le fonds féministe à la BDIC », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 1985, volume 1, pp. 21-23.. La Française Jeanne Mélin y échange une longue poignée de mains avec la déléguée allemande Linda Gustava Heymann, symbole remarqué en faveur du rapprochement franco-allemand.
Pendant la conférence de la paix de Paris (1919), la LIFPL fait des suggestions pour améliorer le projet du texte fondateur de la Société des nations (SDN), par exemple que les traités ne soient ratifiés qu'après avoir été approuvés par un corps législatif élu. Elle fait partie des ONG internationales émergentes de l'après-guerre, dont le but est d'influencer les travaux de la SDN ; le choix d'installer son siège à Genève, à proximité de l'organisation, n'est donc pas anodin. Son action militante a donc lieu au niveau international, mais aussi national, par l'intermédiaire de ses différentes sections, « Les ONG : deux siècles et demi de mobilisation », L'Économie politique, 2002/1, n°13, p. 6-21..
Afin d'empêcher une nouvelle guerre, la LIFPL oriente alors son action sur l'obtention du vote pour les femmes et l'éducation des enfants au pacifisme. Après le conflit, certains pays ont en effet octroyé le droit de vote aux femmes (Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni) mais la plupart ne le donneront qu'après la Seconde Guerre mondiale.
Entre-deux-guerres Avec le Conseil international des femmes et l'Alliance internationale pour le suffrage des femmes, la LIFPL milite pour fin au système « unitaire » au profit du système « dualiste ». Dans le cadre du mariage de deux ressortissants de pays différents, le premier système entraîne la perte de la nationalité de l'épouse pour celle du mari ; le second n'a pas d'effet sur la nationalité. La Société des Nations met en place un comité consultatif sur le sujet en 1931 mais ce n'est qu'en 1957 qu’une convention sur la nationalité des femmes mariées est adoptée par l'ONULinda Guerry, « Genre, nationalité et naturalisation », ehne.fr, 22 juin 2020, consulté le 28 août 2023..
Seconde Guerre mondiale
Guerre froide Après la Seconde Guerre mondiale, la LIFPL dispose toujours d'une certaine aura. En 1946, l'une de ses dirigeantes, Emily Greene Balch, obtient ainsi le prix Nobel de la paix. Si elle sort exsangue du conflit – des sections ont dû poursuivre clandestinement leur activité ou ont été dissoutes pendant la guerre –, la Ligue dispose toujours d'une quinzaine de sections dans différents pays, reprend la publication de son bulletin international et organise son premier congrès d'après-guerre à Luxembourg en 1946. Au sein de cette organisation progressiste mais non révolutionnaire, la section française apparaît comme la plus radicale, particulièrement liée à la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), organisation de masse de femmes pacifistes sous orbite de l'URSS. Dans les associations pro-communistes, cette aspiration à la paix (voir par exemple l'appel de Stockholm) a pour principal objectif de servir les intérêts géostratégiques de Moscou. Au contraire, les sections anglo-saxonnes de la LIFPL sont méfiantes vis-à-vis de la diplomatie soviétique, mais n'en sont pas moins critiques concernant la diplomatie des États-Unis. Si un risque de scission devient réel, tant l'antagonisme semble fort entre la section française et les autres, le groupe d'une centaine de femmes dirigé par la désormais philo-communiste Gabrielle Duchêne ne part pas ; au-delà de sa présidente, les opinions de ses membres restent hétérogènes. Sa dirigeante, quoiqu'aveuglée par sa sympathie vis-à-vis du régime soviétique, cherche surtout des points d'équilibre entre femmes de l'Ouest et de l'Est afin de promouvoir la paix. Après sa mort en 1954, une professeure de sciences, Isabelle Pontheil, lui succède. Si elle reste philo-communiste, la section française profite de la Détente pour sortir de son isolement au sein de la LIFPL, qui se met désormais de façon plus générale à tisser des liens avec des femmes de l'Est afin de poursuivre ses objectifs pacifistes« La section française de la LIFPL au début de la Guerre froide (1944-1962) », Archives du féminisme, bulletin n°26, 2018, p. 29-32..
Depuis 1991
Sections nationales Les sections nationales de la LIFPL naissent pour la plupart en Europe et en Amérique du Nord dans le sillage de la conférence de La Haye de 1915. Au fil des guerres et des décennies, certaines accroissement leurs effectifs, d'autres disparaissent, avant de renaître, tandis que la seconde partie du siècle et le début du XXI siècle sont marqués par la naissance de nouvelles sections dans des pays non occidentaux. À la différence d'autres organisations internationales de femmes (Conseil international des femmes, Alliance internationale des femmes), les sections de la LIFPL forment une fédération de sections et ne dépendent donc pas d'une simple affiliation à une structure internationale. Chaque section connaît des particularités singulières, tant spatiales qu'historiques, et peut se subdiviser, selon les pays, en des sous-sections régionales.
Afghanistan La section afghane est créée en 2016..
Albanie Une section albanaise a existé mais elle est actuellement inactive.
Allemagne vignette|Lida Gustava Heymann. La principale organisation féministe allemande du début du siècle, la Bund Deutscher Frauenvereine (BDF), comptait un courant radical et pacifiste, représenté notamment par Lida Gustava Heymann, Anita Augspurg et Minna Cauer. La BDF soutient la « patrie en danger » dès le début de la Grande Guerre et ses dissidentes pacifistes sont désavouées par l'organisationClaudia Koonz, Les Mères-patrie du : les femmes et le nazisme, Paris, Lieu Commun, 1989, p. 66.. Celles-ci participent au congrès féministe de La Haye de 1915Marianne Walle, « Allemagne, 1915. Le féminisme à l'épreuve de la guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2005/3 (n° 219), p. 63-69., qui donne naissance à la section allemande de la Ligue. Gertrud Baer participe à sa création, formalisée en 1919. Constanze Hallgarten prend la tête du groupe munichois en 1919 jusqu'à sa dissolution en 1933.. Durant la république de Weimar, où l'atmosphère politique baigne dans les idées de nationalisme et de militarisme, la section allemande de la LIFPL est considérée comme radicale. En 1928, elle compte , réparties au sein de locales. Elle est interdite sous le Troisième Reich mais renaît en 1945.
Argentine La section argentine est créée dans les années 1990 mais le contexte national conduit ses membres à s'exiler en Espagne et la section est dissoute. Elle renaît en 2018.
Australie La section australienne est créée 1920, après que des Australiennes ont participé au congrès de 1919. Doris Blackburn a présidé la section.
Belgique Une section belge est créée en 1920, lancée par Jeanne Mélin.
Bolivie Une section bolivienne a existé mais elle est actuellement inactive.
Bulgarie En 1925, Ekaterina Karavelova devient présidente de la section bulgare de la LIFPL.
Burkina Faso La section burkinabé est créée en 2018.
Burundi La section burundaise est créée en 2017.
Cameroun La section camerounaise est créée en 2014 par Sylvie Jacqueline Ndongmo, qui en assure la présidence jusqu'en .
Centrafrique La section centrafricaine est créée en 2018.
Canada vignette|Agnes Macphail, présidente honoraire de la section de Toronto. Plusieurs sections canadiennes ont existé. Celle de Vancouver est créée au début des années 1920 par Dorothy Steeves et Laura Jamieson. D'autres sont fondées à Toronto, à Edmonton et à Winnipeg. Épouse de l'homme politique J. S. Woodsworth, Lucy Staples est une membre importante de la section de Toronto ; Agnes Macphail en est la présidente honoraire. La journaliste s'investit particulièrement dans l'Ouest du pays et demande à la LIFPL de renforcer ses liens avec d'autres associations pacifistes..