Le T-54 est un char moyen soviétique apparu en 1946 et fabriqué jusqu'en 1959 après six améliorations successives. Tirant les leçons de la Grande Guerre patriotique, le T-54 constituait à ses débuts un remarquable équilibre entre la puissance de feu, la protection et la mobilité. Il fut produit abondamment dans de nombreux pays et connut une multitude de dérivés.
Dénomination Deux systèmes cohabitent pour désigner les différentes versions, le premier les qualifiant par un nombre d’ordre et le second par l’année de mise en service. Le T-54-1 correspond ainsi au T-54 , le T-54-2 au et le T-54-3 au . Les versions suivantes ont le même nom dans les deux systèmes, à savoir T-54A et T-54B. La première méthode présente toutefois l’inconvénient de ne pas permettre de distinguer les deux premières séries de prototypes, appelées et dans la seconde méthode. Toutefois les Soviétiques effectuant régulièrement des mises à niveau de leur matériel, les différences entre deux modèles ne sont vraies qu’au moment de la mise en production. Il est ainsi difficile de distinguer un T-54-3 reconstruit d’un T-54B. Par ailleurs, les militaires soviétiques eux-mêmes n’ont pas pour usage de distinguer les variantes et les appellent toutes simplement T-54 dans leur nomenclature.
Par ailleurs, les véhicules disposent également d’une désignation industrielle, ou numéro d’article, qui est composé du terme , littéralement « objet », suivi d’un numéro. Le T-54 et les versions antérieures sont ainsi désignées , le T-54A et le T-54B . Chaque prototype et véhicule dérivés sont également nommés de la sorte, qu’ils soient entrés ou non en service. Par exemple l’ correspond au SU-122-52 tandis que l’ est un projet non réalisé afin d'installer un canon plus puissant.
Histoire Contexte L’origine du T-54 remonte au T-34 : pendant la Seconde Guerre mondiale, l’ingénieur soviétique Aleksander Morozov cherche à dépasser certaines limites propres à la conception de celui-ci. Il conçoit ainsi le T-43, qui résout notamment les problèmes posés par la suspension Christie obsolète du T-34 en la remplaçant par des barres de torsion. Toutefois, bien que la tourelle soit redessinée, l’armement reste le même, ce qui amène Staline à considérer que le faible gain de performance offert par le T-43 ne mérite pas de bouleverser la chaîne de production. De ce fait, seuls quelques exemplaires sont produits et combattent pendant l’automne 1943.
Poursuivant ses efforts, Morozov développe le T-44, avec pour objectif la réalisation d'un char de mêmes dimensions et masse que le T-34, mais pouvant résister aux tirs du Panther allemand. Pour ce faire, il est nécessaire d’économiser au maximum la masse et le volume du blindage, ce qu’il accomplit en reprenant la suspension à barres de torsion du T-43 et en réduisant la taille de la caisse, au prix d’un membre d’équipage en moins. Le nouveau char entre en service en 1944 et dispose de performances similaires à celles du Panther allemand, bien que ne pesant que , soit 65 % de celui-ci. Le T-44 est cependant loin d’être parfait : non seulement il souffre de nombreux problèmes de jeunesse, mais sa tourelle est également trop petite pour permettre toute évolution de son armement. Pour cette raison, sa production est arrêtée en 1947 après seulement produits. Pendant ce temps, Morozov a commencé à travailler sur un successeur mieux armé, le T-54.
Développement initial vignette|gauche|Un prototype de l'« Objet 137 ». L’autorisation de créer le nouveau char, alors appelé « Objet 137 », est donnée le et les spécifications sont établies le : parmi les exigences clés, il doit disposer d’un blindage d’au moins pour la caisse et pour la tourelle et être armé d’un canon D10T de calibre ainsi que d’une mitrailleuse de calibre DShK. Le premier prototype sort de l’usine Uralvagonzavod de Nijni Taguil le et est envoyé au printemps en essai à Koubinka, où il reste jusqu’en décembre. Les problèmes révélés par les tests sont corrigés dans les mois suivants et le T-54 modèle 1946 reconnu bon pour le service le . Un premier lot aurait alors dû être produit à partir de septembre mais divers problèmes font que le ministère revient en arrière. Seuls deux exemplaires de ce modèle sont donc fabriqués, leurs essais montrant que des progrès restent à faire avant de lancer la production de masse.
Un début de production difficile Deux nouveaux prototypes sont construits au début de l’année 1947 afin de corriger les faiblesses du modèle 1946. Leurs essais, réalisés entre avril et mai, montrent que, malgré des améliorations, certains problèmes persistent. L’administration soviétique ne souhaitant toutefois pas attendre plus longtemps, la production de masse du modèle 1947 est lancée le , même si le char n’est alors pas vraiment considéré bon pour le service. Au total, sont produits, dont 96 spécifiquement destinés à l’entraînement, mais le Conseil des ministres donne l’ordre de l’interrompre le en raison des graves problèmes de fiabilité que rencontrent les exemplaires ayant déjà été distribués aux troupes.
Certains problèmes du modèle 1947 sont particulièrement critiques. Les barres de torsion ont ainsi tendance à se rompre, tandis que le système anti-incendie fonctionne de manière erratique, se déclenchant en l’absence de feu ou, à l’inverse, ne se déclenchant pas quand il y en a un. La tourelle attire en particulier les critiques du fait de sa forme qui dévie souvent les projectiles vers des parties vulnérables. Malgré ces défauts, il est plus léger que le M26 américain de près de six tonnes, tout en étant mieux armé et blindé.
La conception est alors reprise en profondeur pour résoudre ces problèmes. Concernant la suspension, la solution adoptée est de réduire la masse du char, ce qui permet de la soulager, mais impose de fait de réduire le blindage de la caisse. Le modèle 1949 reçoit l’autorisation de production le , mais les essais montrent dès le mois d’août que la tourelle, bien qu’ayant été totalement redessinée, reste défectueuse. En raison d’une mauvaise répartition des masses, il est en effet difficile de la faire tourner, en particulier dans les pentes. Malgré cela, la production est quand même lancée en novembre, car l’Armée rouge a besoin de plus de . Au total, modèle 1949 sont produits pendant les douze mois de production.
La maturité du concept Pendant ce temps, l’étude d’une nouvelle version, et surtout d’une nouvelle tourelle, est lancée le . Après avoir été testée au début de l’année 1951, la nouvelle version est approuvée et entre en production en . Les défauts rédhibitoires ayant été corrigés, les Soviétiques peuvent ainsi se concentrer sur le perfectionnement du char. Le principal objet de leur attention est la stabilisation du canon : ils avaient découvert ce système qui permet de tirer en roulant - au lieu de devoir s'arrêter pour tirer avant de repartir - sur les M4 Sherman reçus des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, mais n’avaient jusque-là pas vraiment exploré ses possibilités. Ce n’est cependant qu’au début des années 1950 qu’ils commencent à obtenir des résultats tangibles dans ce domaine. Ceux-ci aboutissent le avec la mise en service du T-54A, qui est doté d’un nouveau canon stabilisé.
À cette date, une version améliorée du stabilisateur est à l’étude. Elle se concrétise avec la production d’un prototype au début de l’année 1956. La mise en production est approuvée le , sous le nom de T-54B. Elle débute en et prend fin en , avec un total de construits.
Considérés comme obsolètes dans les années 1970, les T-54 restent toutefois dans les réserves stratégiques de l’Armée rouge puis des forces armées de la fédération de Russie jusqu’au milieu des années 1990. Ce n’est qu’en 1997 qu’ils sont rayés de l’inventaire, les exemplaires subsistants étant stockés ou détruits.
Dernières améliorations Les exemplaires existants continuent d’être améliorés après la fin de la production. Au bout de dix ans, les véhicules subissent une reconstruction complète, à l’occasion de laquelle les anciens modèles se voient équipés des améliorations apparues sur les dernières versions. Des innovations sont également introduites sur tous les véhicules, comme l’OPVT-54B, un système permettant de guéer les rivières, en 1960 ou de nouvelles munitions en 1961. Certains projets échouent toutefois, comme l’Obiekt 139, visant à doter le T-54 d’un canon plus puissant, ou l’Obiekt 140, dont le but est d’améliorer la suspension.
Les responsables soviétiques ont l’idée de sortir pour le quarantième anniversaire de la révolution d’octobre une version considérablement améliorée du T-54B. Nommé Obiekt 137G2M, le prototype ne comprend pas seulement des améliorations, mais dispose également d’une conception entièrement repensée afin d’être plus simple à fabriquer et entretenir. Finalement, les différences sont si importantes que le véhicule est renommé T-55 lorsqu’il est accepté pour le service le .
Production et exportations On estime qu'entre des diverses versions de ce char ont été produites bien que Steven Zaloga ait écrit qu'on a construit et sans compter les engins spécialisés.
Destiné initialement à équiper l'Armée rouge et celles du pacte de Varsovie, le T-54 fut largement exporté à travers le monde.
Durant la guerre froide, ils furent en service en URSS, Afghanistan, Algérie, Allemagne de l’Est ( en 1990.), Angola, Bangladesh, Bulgarie, Chine, Chypre, Corée du Nord, Cuba, Égypte, Finlande, Hongrie, Inde, Irak, Israël (prise de guerre), Libye, Maroc, Mongolie, OLP, Ouganda, Pakistan, Pérou, Pologne, Roumanie, Somalie, Soudan, Syrie, Tchécoslovaquie, Vietnam, Yémen du Nord, Yémen du Sud, et Yougoslavie. Les chars soviétiques se retrouvent ensuite en Russie et dans les pays de la CEI. De nombreux pays les utilisent encore dans les années 2010 dont le Nicaragua..
En 2014, quelques-uns de ces chars servent aux peshmergas des forces armées du Kurdistan irakien dans leur lutte contre l'État islamique.
Histoire opérationnelle vignette|gauche|Un T-54 détruit à Budapest en novembre 1956. vignette|Un char en Tchécoslovaquie le 21 août 1968. L’URSS n’a pas utilisé le T-54 dans des guerres ouvertes contre d’autres pays, mais en a en revanche fait usage dans la répression des mouvements indépendantistes au sein du bloc soviétique. Le blindé est ainsi utilisé pour la première fois au combat lors de l’insurrection de Budapest en . Le nombre de chars engagés n’est pas connu, mais au moins un T-54A a été détruit à cette occasion. Dix ans plus tard, en , il équipe également les forces soviétiques chargées d’écraser le mouvement du Printemps de Prague. Lors l'invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie, les chars de la confondent ceux de la , qui a omis de peindre les signes de reconnaissance sur ses véhicules, avec des Tchécoslovaques et ouvrent le feu. Ces derniers, se croyant eux aussi attaqués, ripostent et plusieurs blindés sont détruits dans le combat qui s’ensuit. Pendant la même opération, une autre colonne de T-54 et T-55, arrivant sur le site du tournage du film Le Pont de Remagen, croit voir dans les véhicules utilisés pour le tournage une force d'invasion de l'OTAN et manque de peu de leur tirer dessus.
Lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie depuis 2022, des chars T-54 ont été filmés en côté russe en direction du front.. Selon un rapport de , ils seraient utilisés pour de l'appui feu à plus de du front, là où leur destruction par des armes antichars est plus complexe.. En date du , un minimum de 3 sont perdus au combat.
Caractéristique Motricité