thumb|right|Un cheval ailé blanc, tel que mentionné dans la légende de Chisséria et de Foncine-le-Haut. Plusieurs chevaux légendaires sont mentionnés dans le massif du Jura. Il s'agit principalement de chevaux blancs et ailés se promenant près de sources, s'envolant au sommet des montagnes ou s'ébattant dans les forêts jurassiennes. On trouve également mention de chevaux sans tête, d'un cheval à trois pieds, ou encore de dangereuses montures qui noient dans la Loue les humains tentés de les monter. Ces animaux peuvent être montés durant une chasse sauvage ou simplement bloquer un passage, voire jouer des tours à ceux qui les enfourchent, ou les tuer.
Leurs légendes ont été principalement consignées par Désiré Monnier au début du , et reprises dans divers ouvrages consacrés au folklore au fil du temps, comme celui de Jacques-Paul Migne concernant les croyances populaires, le Manuel de folklore français contemporain d'Arnold van Gennep, Le folklore de France de Paul Sébillot ou encore l'ouvrage de Gabriel Gravier qui s'attache aux légendes de Franche-Comté.
Désiré Monnier et Gabriel Gravier voient pour ces légendes diverses origines possibles, celles des chevaux blancs et ailés semblent anciennes et issues de la tradition celtique, de la mythologie romaine, du Pégase de la mythologie grecque ou encore d'un génie tutélaire des Huns dont le souvenir se serait implanté dans la région. Le cheval Gauvin et les chevaux sans tête semblent être plus récents, et destinés à effrayer les enfants.
Légendes Premiers collectages thumb|Montagne du Jura vue dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, 1826 Ces légendes ont toutes été consignées par Désiré Monnier durant la première moitié du . Elles figurent dans son ouvrage consacré aux traditions populaires comparées, paru en 1854. La Revue des traditions populaires précise en 1908 que . D'une manière générale, il y est noté que les animaux fantastiques ont seulement l'apparence d'un être corporel. On leur attribue, comme aux esprits, la faculté de traverser tous les corps et de se mouvoir avec la rapidité de la pensée. Leurs formes sont . Parfois, ceux qui disent les avoir vus n'ont jamais voulu rien dire de leur forme. En Franche-Comté, la plupart des animaux fantastiques sont des quadrupèdes ; plus rarement des oiseaux, des reptiles ou des êtres moitié poissons et moitié reptiles.
Le cheval blanc de Chisséria ou Pégase de Ségomon
Le cheval blanc de Chisséria est propre au canton d'Arinthod, où circulent également de nombreuses légendes à propos des sylphes. Ce cheval porte aussi le nom de . Il apparaissait dans les airs sous la forme d'un cheval blanc, parfois accompagné d'esprits follets, de sylphes et de sylphides, ou chevauché par un chasseur armé qui parcourait ensuite le ciel. Le canton est réputé pour les anciens cultes aux divinités présidant à la chasse, mais il n'existe pas d'information permettant de savoir qui est son cavalier.
Le village de Chisséria est par ailleurs réputé pour de nombreuses autres légendes :
Le cheval blanc de Foncine ou Pégase de Foncine
Le cheval blanc de Foncine, ou Pégase de Foncine, est un merveilleux cheval blanc ailé, propre à Foncine-le-Haut, Foncine-le-Bas et les Planches, qui formaient une communauté unique jusqu'en 1790. De nombreux témoignages sont relevés dans la région au début du : le cheval apparaît plus volontiers au crépuscule, . De nombreux bergers affirment avoir eu le plaisir de voir blanc paître aux sources de la Saine, près de la grange de la Doye, puis s'envoler avec vers la cime de la montagne sacrée, ce qui les a envahis d'une émotion indéfinissable. Le maire de Foncine-le-Haut lui-même atteste que ce cheval est très connu à son époque : « le docteur Hunier, ancien maire de Foncine-le-Haut, qui, à la vérité, ne se flatte pas d'avoir la vue plus perçante que les bergers de sa commune, atteste du moins que le cheval blanc est de notoriété publique ».
La source près de laquelle il apparaît est sacrée, et réputée pour ses vertus guérisseuses contre la fièvre depuis l'époque celtique. Une légende raconte qu'une fille s'est précipitée un jour dans le gouffre où les eaux de la Saine prennent source, pour ne plus jamais reparaître. Il pourrait s'agir d'une nymphe ou d'une fée condamnée par le christianisme à ne plus jamais se montrer à ses adorateurs.
Les chevaux de Cosges
Deux chevaux très similaires sont mentionnés par les habitants de Cosges, dans le canton de Bletterans et les plaines qui s'étendent à l'ouest du Jura. Leur ciel est traversé par un chasseur aérien qui presse les flancs d'un cheval ailé. Ils ont aussi été témoins d'un : un .
Ces chevaux se retrouvent dans la toponymie du village : le lieu-dit semble étroitement lié aux apparitions légendaires.
Les chevaux de Relans
thumb|left|Cheval blanc sans tête Relans passe pour un . Un dictionnaire des communes du Jura mentionne Relans comme en 1837, signalant que . On voyait .
Un autre cheval sans tête habitait autrefois ce territoire : il était blanc aussi, et paraissait s'être attribué la garde de l'entrée d'un chemin qui pénétrait dans le bois de Commenailles car c'était toujours en cet endroit qu'on le rencontrait. Le plus souvent, il fondait au galop sur le voyageur, et le jetant sur son dos il allait le déposer au loin, soit dans les champs, soit au milieu des bois. D'autres fois, il arrivait sans bruit derrière le passant, et lui posait ses pieds de devant sur les épaules. Il semblerait que ce cheval ait disparu
Outre ses chevaux, Relans est réputé pour ses dames vertes qui , pour un bouc noir qui tourne autour de l'étang de la Gaberie avec une chandelle entre les cornes, pour visible au bord de l'étang de la Basse, et au fond de la Mare-Rouge, pour le son argentin de deux cloches lancées à toute volée pour annoncer l'heure de minuit à Noël.
Le sylphe cavalier de Bonlieu
thumb|right|Vue du lac de Bonlieu, où est mentionné le sylphe cavalier Le sylphe cavalier est décrit comme un roi qui tient un sabre levé, monté sur un cheval blanc, ailé, et superbement harnaché. Il parcourt ainsi les cieux, caracolant dans près des lacs du haut-Jura comme ceux de Bonlieu et de Narlay. Il s'agirait d'un esprit aérien, dont les montagnards des parages disent que c'est l'âme en peine d'un ancien seigneur de l'Aigle.
Quelques observateurs rapportent avoir vu le cavalier de Bonlieu botté, armé et casqué, chevauchant dans les airs sur son blanc palefroi pour s'abattre dans la plaine sans la toucher et repartir aussi promptement que l'éclair. D'autres ont aperçu son cheval seul, attaché par la bride à la roche escarpée de Magney comme à un râtelier. Il était en dehors de la roche, en l'air, le crin hérissé, la queue tendue, attendant avec impatience que son maître vienne l'enjamber, afin de recommencer au plus tôt ses courses à travers le ciel. Il se reposait parfois dans la forêt de La Chaux-du-Dombief.
thumb|left|Vue de La Chaux-du-Dombief depuis le Pic de l'Aigle, lieux où aurait été aperçu le sylphe cavalier. À l'époque où la légende est consignée, dans la première moitié du , les vieillards rapportaient que dans leurs jeunes années, ils recherchaient un livre écrit par qui y avait . Ils rapportent ainsi que bon nombre de personnes, l'ont invoqué avec succès. Toutefois, le sylphe cavalier est également réputé avoir favorisé la contrebande de nombreuses fois. Il se raconte aussi qu'il seconde les cœurs aimants séparés par trop de distance, et qu'il est assez bon pour recevoir en croupe un jeune amoureux à qui la nuit ne serait pas assez longue pour la passer en voyage et en tête-à-tête avec sa belle ; à condition, bien sûr, qu'il soit bien persuadé de la pureté de pareilles amours. Il était réputé grave et même triste, et ne s'amusait pas aux dépens des mœurs et de la tranquillité des familles. Il s'agit d'un héros sombre et malheureux, tantôt à cheval et tantôt à pied.
thumb|right|Vue du lac de Narlay, autre lieu où est mentionné le sylphe cavalier En 1864, Paule Méré évoque le Jura et ses légendes dans la Revue des Deux Mondes :
Trois-pieds Ce cheval tripède est issu du département du Doubs, car il habite les bois de Nancray, dans les moyennes montagnes qui dominent Besançon mais fréquente aussi quelques autres localités. La légèreté de Trois-pieds n'aurait . On assure que l'adroit écuyer qui parviendrait à le brider ferait de cet étrange animal tout ce qui lui plairait. Mais qu'une fois que Trois-pieds s'en affranchit, c'est pour toujours ; il s'échappe comme un trait et va retrouver, au fond des bois, son allure naturelle et les jours de sa liberté.
Le cheval Gauvin Le cheval Gauvin semble être le plus connu, cet animal maléfique est commun à toute la région de Franche-Comté et au Jura suisse, où il se promène le long des cours d'eau et tente de tuer toute personne qui l'enfourche. Dans le département français du Jura, le cheval Gauvin est réputé fréquenter la vallée de la Loue et la forêt de Chaux, où il enlevait des jeunes filles.
Désiré Monnier raconte qu'une femme de Chamblay passa un jour près du cimetière du village pendant la nuit, là où apparaissait le cheval Gauvin :
Au milieu du , sa tradition était encore vivante à Montbarrey et on le disait s'être montré plusieurs fois aux habitants près de Gillabois. Ce cheval était censé quitter son repaire inconnu à minuit, et parcourir les villages au grand galop. Les anciens du village, qui ne se vantaient pas de l'avoir vu, assuraient en 1839 qu'ils en ont eu grand peur dans leur jeune âge. On parlait du chevau Gauvin aux enfants à Montbarrey, à Joux et à Dole.
Le drack
thumb|left|Le Doubs à hauteur de Mouthe, un lieu où sévit le drack selon la légende Le drack semble fréquemment confondu avec les créatures mentionnées plus haut. Selon la Société des traditions populaires, il s'agit d'une espèce de quadrupède blanc ressemblant à un cheval (généralement) sans tête, mais très léger et très rapide dans sa course. Il est possible que son nom dérive du radical de . Il existe un certain nombre de versions des légendes jurassiennes où le cheval blanc est identifié comme étant en fait un drack. Le drack est ainsi décrit comme inoffensif à Vernantois, où il passe son temps à brouter près du moulin de Moirons. À l'Étoile, il emporte les voyageurs attardés dans le ciel. À la ferme de Champvent-du-Milieu, près de Mouthe, il ramène le fermier depuis les foires du village voisin. À Cosges, il transporte des voyageurs et ceux de Chisséria le verraient souvent passer. À Tavaux, il erre sur la route et s'empare des malheureux piétons qu'il va noyer dans le Doubs. C'est à Commenailles qu'on le connaît le mieux puisque le cheval sans tête qui vient sans bruit par derrière les voyageurs et pose ses deux pattes de devant sur leurs épaules serait un drack. Il les charge ensuite sur son dos et les emporte ventre à terre dans le bois d'où ils ont grand peine à sortir. C'est un monstre considéré comme très dangereux au début du , puisque dans les communes voisines, notamment à Relans, les vieillards donnent aux gens des consignes pour éviter la présence du drack qui, dit-on, garde l'entrée du bois.
Origine et symbolique thumb|upright=1.5|Localisation des chevaux légendaires du Jura
Désiré Monnier voyait en 1854 plusieurs origines possibles dans ces légendes, issues selon lui de l'influence celte, grecque, ou encore tartare. Il note que l'iconographie des chevaux blancs jurassiens ressemble à celle que les Hindous ont peinte dans l'un de leurs tableaux sacrés pour représenter la dixième incarnation de Vishnou, quand ce dieu, qu'on représente souvent à cheval, viendra monté sur Kalkî.
Le travail de comparaison effectué par Monnier et Émile Vingtrinier est abondamment critiqué par M. Bourquelot de l'École des chartes, en 1857, qui les accuse d'avoir simplement relevé des ressemblances, sans prouver l'origine des légendes.